CHAPITRE XLIIÏ
I>ans l'antre ténébreux les voilà descendus; L'homme maudit, étendu sur le saine, ûêvait d'un air farouche à son sort déplorable. Spencer.
'aurore commençait à peine à paraître quand Morton entendit frapper doucement à sa porte, et la jeune fille lui demanda à voix basse s'il voulait venir à la caverne avant que les gens se levassent.
Il s'habilla à la hâte , et joignit sa petite conductrice. Elle marchait lestement devant lui, un petit panier au bras. Elle ne suivait aucun chemin ni sentier tracé ; elle gravissait des montagnes, traversait des vallons; plus ils avançaient, plus la nature prenait un aspect sombre et sauvage; enfin 3 après avoir marché une demiheure, ils ne virent plus que des rochers parsemés de quelques bruyères.
— Sommes-nous encore loin du lieu où nous voulons nous rendre ? demanda Morton.
— Encore un mille environ, répondit la petite fille; nous y serons bientôt.
— Faites-vous ce chemin bien souvent ?
— Tous les deux jours , pour porter des provisions et du lait.
— Et vous n'avez pas peur en vous trouvant seule dans de pareils lieux?
— De quoi aurais-je peur? Jamais âme vivante ne vient ici, et ma grand'mère dit qu'on n'a jamais rien à craindre quand on fait le bien.
— Forte de son innocence comme d'un triple acier qui couvrirait son sein! pensa Morton. —Et il la suivit sans parler davantage.
Ils arrivèrent bientôt dans un endroit qui paraissait avoir été couvert de bois autrefois, mais où des ronces et des épines remplaçaient les chênes et les sapins. Là, la jeune fille tourna tout à coup entre deux montagnes, et conduisit Morton vers un ruisseau. Un bruit sourd, qu'il entendait depuis quelque temps, et qui augmentait à mesure qu'ils avançaient, l'avait préparé en partie au spectacîe qui s'offrit à lui? et dont la vue excitait la surprise et la terreur. En sor-
tant de la gorge de rochers par où ils avaient passé , ils se trouvèrent sur la plate-forme d'un roc bordé par un ravin qui semblait avoir plus de cent oieds de profondeur, et où le ruisseau , qui descendait d'une autre montagne, se précipitait en écumant. L'œil cherchait en vain à sondet- /a hauteur de sa chute ; il ne pouvait saisir r/i'une vapeur et une étroite issue , jusqu'au point où les angles saillants des rochers qui hérissaient le passage venaient lui dérober le sombre abîme dans lequel s'engouffraient les eaux bouillonnantes. Plus loin, à la distance peut-être d'un quart de mille, reparaissait le cours sinueux de l'onde sur un lit de plus en plus élargi ; mais jusque-là elle était perdue comme si elle eût passé sous les voûtes d'une caverne , tant les fragments des rochers à travers lesquels elle avait coulé étaient près de s'entre-croiser.
Pendant que Morton admirait ce bruyant spectacle qui semblait fuir tous les yeux , à cause des touffes de verdure et des rochers qui cachaient les eaux, son jeune guide, le tirant par la manche, lui dit, en lui faisant signe d'approcher d'elle son oreille : — Écoutez, l'entendez-vous?
Morton écouta attentivement , et au milieu du tumulte de la cascade, il crut distinguer des cris, des gémissements, même des paroles articulées, sortir du fond du gouffre, comme si le démon de l'onde eût mêlé ses plaintes aux mugissements de ses flots irrités.
— Voici le chemin, Monsieur, dit la petite fille : suivez-moi, s'il vous plaît; mais prenez bien garde.
En même temps, elle quitta la plate-forme , et s'aidant des pieds et des mains, s'accrochant à quelques bruyères, à des saillies de rochers, elle se mit à descendre à reculons vers le précipice au bord duquel ils se trouvaient. Morton, aussi adroit qu'intrépide, n'hésita pas à la suivre, et comme elle il cherchait à assurer son pied avant de lâcher le soutien dont sa main s'était saisie.
Après avoir parcouru de cette manière un espace d'environ vingt pieds, ils trouvèrent un endroit où ils purent s'arrêter. Ils étaient à près de trente pieds au-dessous du point d'où les eaux se jetaient dans l'abîme, et à soixante-dix du fond du précipice qui les recevait. La cataracte tombait si près d'eux, qu'ils étaient mouillés par les vapeurs qu'elle produisait. Il fallut pourtant s'en approcher encore davantage , et , quand ils en furent à dix pas , Morton vit un vieux chêne qui semblait avoir été renversé par un effet du hasard t
et qui formait sur F abîme un pont aussi effrayant que périlleux. La tête de l'arbre se trouvait de son côté, et les racines, sur l'autre bord louchaient à une ouverture étroite qui lui parut être Ventrée d'une caverne, et au travers de laquelle il vit une lumière rouge et sombre formant un contraste frappant avec les rayons du soleil, qui commençaient à dorer le sommet de la montagne. Sa jeune conductrice le tira encore par l'habit , et lui montrant le vieux chêne , car le bruit de la cataracte ne lui permettait plus de faire entendre sa voix, elle lui indiqua qu'il fallait y passer.
Morton regarda ce pont avec surprise, car bien qu'il n'ignorât pas que, sous les règnes précédents, les presbytériens persécutés avaient cherché un refuge parmi les antres, les buissons, les cavernes et les cataractes, dans les lieux les plus déserts; quoiqu'il sût que des champions du Covenant avaient longtemps habité, au delà de Dobs-Linn, sur les hauteurs sauvages de Polmoodie, et que d'autres s'étaient retirés dans la caverne plus terrible encore appelée Creehope-Linn, dans la paroisse de Close-Barn, son imagination ne s'était jamais représenté les horreurs d'une telle résidence, et il fut étonné que ce lieu romantique lui eût échappé, à lui qui était un admirateur si passionné des beautés sublimes et imposantes de la nature. Mais il se dit que ce lieu étant dans un district lointain et sauvage, et destiné à servir d'asile aux prédicateurs persécutés et aux professeurs de la non-conformité, le secret de son existence avait été soigneusement gardé par le petit nombre de bergers dont il pouvait être connu (r). Il se demandait aussi comment il franchirait ce pont doublement dangereux par son étroitesse et l'eau de la cataracte qui le rendait glissant. L'espace à traverser n'était pas très-large ; mais un abîme de soixante à quatre-vingts pieds béant au-dessous de lui méritait quelque attention.
Enfin, il était déterminé à risquer l'aventure, lorsque Peggy, comme pour lui inspirer du courage, passa sur l'arbre sans hésiter et y repassa sur-le-champ une seconde fois pour venir le rejoindre. Combien il envia les petits pieds nus de la jeune fille, qui, en saisissant les aspérités qu'offrait l'écorce du chêne, rendaient sa marche plus assurée ! Sans hésiter plus longtemps, il mit intrépidement le pied sur le terrible poni, et fixant ses regards sur la rive opposée, sourd au bruit de la cataracte qui tombait à ses côtés, oubliant le précipice qui s'ouvrait au-dessous de lui, il atteignit en une seconde l'autre bord, ei se trouva près de l'ouverture de la caverne. Là, il s'arrêta un instant, la lueur
d'un feu de charbon lui permettant d'en voir l'intérieur, et lapointe d'un rocher qui le couvrait de son ombre empêchant que celui qu'elle recelait pût l'apercevoir.
Ce qu'il observa n'aurait guère encouragé un homme moins dé« terminé que lui.
Burley ne lui parut pas autrement changé que par une barbe grise qu'il avait laissée croître depuis leur dernière rencontre. Debout au milieu de la caverne, il tenait d'une main sa Bible et de l'autre son épée nue. Son visage, à demi éclairé parla lueur de la flamme, ressemblait à celui d'un démon plongé dans la lugubre atmosphère du Pandémonium ; ses gestes et ses paroles, autant qu'on pouvait les comprendre, étaient également violents et sans suite. Seul, et dans un lieu presque inaccessible, on eût dit d'un homme qui défend ses jours contre un ennemi mortel. — Ah ! ici, ici, s'écriait-il, accompagnant chaque mot d'un coup frappé de toute la force de son bras dans le vide de l'air. — Nel'avais-jepas dit? J'ai résisté, et tu as fui ! — Lâche que tu es î viens avec toutes les terreurs, — viens avec toutes mes erreurs et mes fautes, qui te rendent plus redoulable encore; — ce livre est assez puissant pour me délivrer, — Que parles-tu de cheveux blancs? plus les épis sont mûrs, plus ils demandent la faucille. — Es-tu parti ? — es- tu parti ? Tu fus toujours un lâche.
A la suite de ces exclamations, il abaissa la pointe de son épée et resta debout et immobile comme un maniaque après ses accès.
— L'heure dangereuse est passée, dit la jeune fille! elle ne dure guère après que le soleil est sur cette colline. Vous pouvez vous avancer et lui parler; je vais vous attendre de l'autre côté du ravin. Il n'aime pas à voir deux personnes à la fois.
Morton s'avança vers son ancien collègue avec prudence et à pas lents.
— Quoi î tu viens quand ton heure est passée ! telle fut la première exclamation de Burley, qui brandit son épée avec un geste et un air de terreur mêlé de rage.
— Je viens, monsieur Balfour, dit Morton avec calme, je viens pour renouveler avec vous une reconnaissance qui a été interrompue depuis la journée du pont de Bothwel.
Dès qu'il eut reconnu que c'était Morton en personne qu'il avait devant lui, idée qui le frappa promptement, Burley exerça soudain sur son imagination déréglée cet ascendant supérieur qui était un des
traits saillants de son étrange caractère : il laissa retomber son épée, et, la mettant dans le fourreau, il murmura quelques mots contre le froid et l'humidité, qui réduisaient un vieux soldat à la nécessité de faire un peu d'escrime. Reprenant ensuite son genre d'entretien froid et solennel : — Tu as tardé longtemps, Henri Morton, dit- il ; tu viens dans la vigne quand la douzième heure a sonné. Eh bien, es-tu prêt à mettre la main à l'œuvre ? Es-tu un de ceux qui foulent aux pieds les trônes et les dynasties, qui n'écoutent que la voix d'en haut ?
— Je suis surpris, répondit Morton qui voulait éluder ces questions, que vous m'ayez reconnu après une si longue absence.
— Les traits de ceux qui ont voulu opérer avec moi la rédemption d'Israël sont gravés dans mon cœur. Et qui aurait osé me venir chercher dans cette retraite, si ce n'est le fils de Silas Morton? — Vois-tu ce pont fragile qui unit mon asile à la demeure des hommes ? un seul effort de mon pied peut le précipiter dans l'abîme, me mettre en état de braver la rage des ennemis qui seraient sur l'autre bord, et laisser à ma discrétion celui qui aurait osé le franchir pour pénétrer jusqu'ici.
— Je crois qu'ici vous n'avez guère besoin de recourir à ce genre de défense.
— Le crois-tu? dit Burley d'un ton d'impatience ; le crois-tu, quand les démons incarnés de la terre sont ligués contre moi, et que Satan lui-même... — Mais n'importe, ajouta-t-il en se reprenant, il suffit que j'aime ce lieu de refuge, ma caverne d'Abdulam,queje ne voudraispas changer pour îesplusbeaux lambris du château des comtes de Torwood avec leurs vastes domaines et leur baronnie... A moins que ta folle passion ne soit évanouie, tu dois penser différemment.
— C'est précisément de ce château et de ces domaines que j'ai à vous entretenir, et je ne doute pas que je ne trouve monsieur Burley aussi "raisonnable que l'ai vu quelquefois lorsque nous combattions pour la même cause.
— Oui; en vérité ! telle est ton espérance ! t'expliqueras-tu un peu plus clairement?
— Volontiers. Vous avez exercé, par des moyens qui me sont inconnus, une influence secrète sur la fortune de lady Marguerite Rellenden et de sa petite-fille: il en est résulté qu'elles ont été dé-
pouillées des biens auxquels elles avaient des droits légitimes, et que l'injustice en a investi ce vil scélérat de Basile Olifant.
— Tu crois cela?
— J'en suis convaincu, et vous ne chercherez pas à nier une chose dont la lettre que vous m'avez écrite est une preuve.
— Et en supposant que je ne le nie point, et en supposant que j'aie le pouvoir et la volonté de détruire l'ouvrage de mes mains, de rétablir la fortune de la maison de Bellenden , quelle sera ta récompense? Espères-tu obtenir la main de la belle héritière, et tous ses biens? Dis-moi, en es-tu assuré?
— Je n'en ai pas la moindre espérance.
— Et pourquoi donc as-tu entrepris de venir dans l'autre du lion afin de lui arracher sa proie? Sais-lu que cette tâche n'est pas moins difficile à exécuter que ne le fut jadis le plus périlleux des travaux de Samson? Qui donc doit en recueillir le fruit?
— Lord Evandale et sa fiancée , répondit Morton avec fermeté. Pensez mieux du genre humain, monsieur Burley, et croyez qu'il existe des hommes capables de sacrifier leur bonheur à celui des autres.
— Eh bien, de tous les êtres qui portent l'épée, qui savent dompter un cheval, tu es, sur mon âme ! le plus pacifique et le moins sensible aux injures. Quoi ! tu veux mettre dans les bras de ce maudît Evandale la femme que tu aimes depuis si longtemps ! C'est pour un rival que tu veux lui faire rendre ries biens dont de puissantes considérations l'ont privée ! Tu crois qu'il rampe sur la terre un autre homme, offensé plus que toi peut-être, et cependant assez insensible, assez humble pour penser ainsi; et tu as osé supposer que cet homme sera John Balfour !
— Monsieur Burley, je ne dois compte qu'au ciel des sentiments qui m'animent. Quant à vous, que vous importe que Tillietudlem appartienne à Basile Olifant ou à lord Evandale?
— Tu es dans l'erreur. Il est vrai que tous deux ils sont des fils des ténèbres, aussi étrangers à la lumière que l'enfant qri n'a pas encore ouvert les yeux ; mais ce Basile Olifant est un Nabal, un misérable dont la fortune et le pouvoir sont à la disposition de celui qui peut l'en priver. La rage de n'avoir pu obtenir la possession de ces biens l'a jeté dans notre parti : il s'est fait papiste pour en devenir le maître ; il est maintenant partisan de Guillaume , afin de les con-
oil LES PURITAINS D'ECOSSE.
server; et il sera tout ce que je voudrai qu'il devienne, tant que j'aurai entre les mains la pièce qui peut l'en déposséder, et dont je ne me suis jamais dessaisi : les biens qu'il possède sont un mors dont je tiens les rênes; il faut qu'il suive la route que je lui prescrirai. Il les conservera donc, à moins que je ne sois sûr de les donner à un ardent et véritable ami. Mais lord Evandale est un réprouvé dont le cœur est de pierre et le front de diamant. Les biens de ce monde ne sont pour lui que les feuilles desséchées tombées d'un arbre et enlevées par le vent ; il verrait le tourbillon les entraîner loin de lui sans en être ému , sans faire un pas pour les ressaisir. Les vertus mondaines des hommes qui lui ressemblent sont plus dangereuses pour notre cause que la cupidité sordide de ceux qui sont gouvernés par leur intérêt personnel , — esclaves de l'avarice , dont on peut diriger la marche, et forcés de travailler à la vigne du Seigneur, ne fût-ce que pour le salaire de l'iniquité.
— Tout cela pouvait être fort bon il y a quelques années, dit Morton; j'aurais pu alors trouver une apparence de justesse dans vos raisonnements, quoique je ne les eusse jamais regardés comme fondés sur la droiture et l'équité. Mais dans les temps actuels, il me semble sans utilité pour vous de conserver sur Olifant l'influence dont vous me parlez. Quel usage en pouvez-vous faire? Nous buissons de la paix et de la liberté civile et religieuse : que désirez- cous de plus ?
— Ce que je veux de plus? s'écria Burley en tirant son épée hors du fourreau avec une promptitude qui fit presque tressaillir Morton. Regarde les brèches de cette arme ; il y en a trois : les vois-tu?
— Oui ; mais que voulez-vous dire?
— Le fragment d'acier qui manque à cette première brèche resta dans le crâne du perfide qui le premier introduisit l'épiscopat en Ecosse; cette seconde entaille fut faite sur le sein d'un impie, le plus fier des soutiens de la cause des prélats, à Drum-Clog ; la troisième est la trace d'un coup porté sur le casque de l'officier qui défendait la chapelle d'Holyrood lorsque le peuple s'insurgea, et qui lui fendit la tête malgré le fer qui la couvrait. Ce glaive a fait plus d'un grand exploit, et chacun de ses coups a été une délivrance pour l'église. — Oui ajouta-t~il en le replongeant dans le fourreau, mais il lui reste encore plus à faire. Il doit extirper l'hérésie pestilentielle de l'érastianisme, venger la liberté de l'église, rendre au Covenant sa gloire.
— Qu'ensuite la rouille le consume à côté des ossements de son maître '.
— Songez donc, Burley, dit Morton, que vous n'avez ni ies forces suffisantes ni les moyens nécessaires pour renverser un gouvernement aussi fermement établi que l'est le nôtre. En général, le peuple est tranquille et satisfait; on ne compte que peu de mécontents, et ce sont ceux qui tiennent encore pour le roi Jacques. Vous ne voudriez certainement pas vous joindre à des gens qui ne se serviraient de vos armes que pour faire réussir leurs projets particuliers.
— Ce sont eux, au contraire, qui, sans le vouloir, assureront notre triomphe, répondit l'enthousiaste. J'ai été dans le camp du réprouvé Claverhouse, comme David dans celui des Philistins. J'étais convenu avec lui d'un soulèvement général ; sans ce misérable Evandaîe, tout l'ouest serait en armes aujourd'hui. — Je le massacrerais, ajouta-t-il en grinçant les dents, embrassât-il le pied de l'autel. — Si tu voulais, reprit-il d'un ton plus calme, toi le fils de mon ancien ami, déjouer ses projets sur miss Bellenden, épouser Edith ; si tu me faisais serment de mettre la main au grand œuvre avec un zèle égal à ton courage, ne crois pas que je préférasse l'amitié d'un Basile Olifant à la tienne; je te remettrais à l'instant cette pièce (il lui montra un parchemin), qui est le testament du comte de Torwood, et tu lui rendrais la possession des biens de ses pères. Ce désir n'est plus sorti de mon
i. Le parti persécuté, conduit par sa position à placer toute sa confiance dans le ciel, lorsqu'il semblait repoussé de la terre entière, s'abandonna naturellement à une crédulité enthousiaste ; et, comme ces hommes se croyaient en lutte ouverte aveG l'esprit de ténèbres, ils se convainquirent que quelques-uns d'entre eux possédaient le don de prédiction, qui, quoiqu'ils ne l'appelassent pas positivement poésie inspirée, n'en différait pas beaucoup suivant leur opinion. Le sujet de ces prédictions était généralement d'une nature mélancolique; car c'est pendant les temps de crimes et de confusion que
« Les prophètes à l'œil pâle annoncent d'effrayants changements, b
Le célèbre Alexandre Pedeu fut poursuivi par les terreurs d'une invasion des Français, et on l'entendit souvent s'écrier : « Obi les Monzies, les Monzies français (probablement, messieurs), comme ils courent, combien de temps courront-ils? 0 Seigneur, coupez-leur les jarrets et arrêtez leur course ! d II déclara plus tard que le sang français coulerait dans les eaux de l'Ayr et de la Clyde en plus grande abondance que l'eût jamais fait celui des montagnards. Dans une autre occasion, il dit qu'il avait vu marcher les armées françaises en long et en large de la terre, dans le sang jusqu'à la bride de leurs chevaux, et tout cela pour un Covenant brûlé, détruit et enterré. — Gabriel Semble prophétisait aussi. Eu passait devant la maison de Kenmure, à laquelle des ouvriers faisaient quelques réparations , il dit : « Jeunes gens, vous êtes fort occupés à réparer et à élargir cette maison, mais elle sera brûlée comme un nid de corbeaux dans le brouillard d'un matin de mai. » Cette prédiction rut vérifiée, et la maison fut brûlée par les troupes anglaises, eu matin de mai, par un temps couvert de nuages. On pourrait citer d'autres exemples encore, mais c'est assez pour montrer le caractère du peuple et de l'époque (s).
cœur depuis le jour où je t'ai vu combattre si vaillamment au pont de Bothweli. Edith t'aimait, tu l'aimais aussi.
— Burley, dit Morton, je ne veux pas dissimuler, même avec vous. J'étais venu vous voir dans un but louable, dans l'espérance de vous décider à un acte de justice, et non dans aucune vue d'intérêt personnel ; je n'ai pas réussi ; j'en suis fâché pour vous plus encore que pour ceux qui restent victimes de cette iniquité.
— Vous refusez donc mes offres? demanda Burley les yeux étincelants de rage.
— Sans hésiter une seule minute. — Si l'honneur et la conscience avaient sur vous quelque empire, vous me remettriez ce parchemin, sans condition, pour que je le rende à ceux à qui il appartient légitimement.
— Qu'il soit donc anéanti ! s'écria Burley ne se possédant plus de fureur.
Et, jetant le testament dans le brasier qui était devant lui, il le poussa avec le pied au milieu des charbons enflammés pour qu'il fût promptement consumé.
Morton s'élança pour l'en arracher ; mais Burley le saisit lui-même au collet, et une lutte s'ensuivit. Tous deux ils étaient robustes, et la passion qui les animait redoublait leurs forces. Morton parvint pourtant à se dégager des liens serrés que formaient autour de son corps les bras de son adversaire, mais trop tard : la pièce importante était réduite en cendres.
L'énergumène , jetant sur Henry des yeux où brillaient le plaisir de la vengeance satisfaite et une rage féroce, lui dit : — Je ne puis plus rien pour toi maintenant; mais tu as mon secret : il faut mourir, ou faire serment d'entrer dans tous mes projets.
— Je méprise vos menaces, répondit froidement Morton; j'ai pitié de votre délire, et je vous quitte.
En parlant ainsi, il s'avançait vers l'issue de la caverne. Burley s'y précipite , et , poussant du pied le chêne qui offrait le seul moyen d'en sortir, il le fait rouler dans l'abîme avec un bruit semblable à celui du tonnerre. — Eh bien! dit-il d'une voix qui rivalisait avec le mugissement de la cataracte et le bruit de la chute de l'arbre, te voilà en mon pouvoir; rends-toi, ou meurs.
Placé à l'entrée de la caverne, il brandissait son arme meurtrière.
— Je n'ai pas encore appris à céder aux menaces, répondit Morton/;
Je ne veux pas combattre l'homme qui a sauvé les jours de mon père, et je lui épargnerai un Mche assassinat,
A ces mots , s'éiançant avec la légèreté qui lui était naturelle , et que peu d'hommes pourraient égaler , il sauta par-dessus le gouffre crue Burley croyait devoir être pour lui un obstacle infranchissable. Dès que son pied eut touché l'autre bord , il s'éloigna , et en tournant la tête il aperçut Burley qui le regardait d'un air de surprise et de fureur. Bientôt après celui-ci s'enfonça dans son antre.
Morton rejoignit sa petite conductrice, qus la chute du chêne avait effrayée. 11 lui dit que cet événement était l'effet d'un accident , et apprit d'elle qu'il n'en pouvait résulter aucun inconvénient pour Burley, attendu qu'il avait eu la précaution de disposer dans la caverne plusieurs autres arbres semblables, en cas que quelque circonstance imprévue obligeât celui qui l'habitait à détruire pour sa sûreté ce moyen de communication.
Les aventures de la matinée n'étaient pas encore terminées pour Morton. En approchant de la chaumière, la petite fille poussa un cri de surprise en voyant venir au-devant d'eux sa vieille grand'mère, quoique son état de cécité ne lui permît guère de s'éloigner de son fiabitation.
— Peggy, cria Bessie dès qu'elle eut reconnu la voix des deux voyageurs, courez bien vite, allez brider le cheval de monsieur, et conduisez-le derrière la haie d'épines, où vous l'attendrez. — Sommes-nous seuls? dit-elle ensuite à Morton, personne ne peut-il nous entendre?
Inquiet et impatient de savoir ce qu'elle avait de nouveau à lui apprendre, il l'assura qu'elle pouvait parler sans crainte.
— Si vous voulez du bien à lord Evandale , dit-elle, voici le moment ou jamais de le prouver: il court le plus grand danger. Que le ciel soit loué de m'avoir laissé l'ouïe quand il m'a retiré la vue! — Non, non, il ne faut pas entrer : venez par ici, suivez-moi.
Elle le conduisit derrière la maison , près d'une fenêtre qui donnait dans une chambre où deux dragons vidaient un pot de bière. Morton ne pouvait ni les voir ni en être vu , mais il entendit très-distinctement leur conversation.
— Plus j'y pense, disait l'un, moins cela me plait. Lord Evandale était un bon officier ; c'était l'ami du soldat, et s'il nous a punis après l'affaire de Tillietudlem , ma foi, Inglis, il faut convenir que nous l'avions bien mérité.
— Que le diable m'emporte si je lui pardonne pour cela ! répondit Inglis; mais n'importe, je vais lui donner à mon tour du fil à retordre.
-~- Nous ferions mieux de nous réunir à lui , et d'aller joindre les montagnards. N'avons-nous pas mangé le pain du roi Jacques ?
— Tu n'es qu'un âne ! Il a laissé passer l'heure parce que Holliday, l'imbécile, a vu un esprit, et parce que sa maîtresse a des bluettes. A présent , le secret ne sera pas gardé pendant deux jours : et pour qui sera la récompense? pour celui qui aura chanté le premier.
— C'est pourtant vrai. — Mais ce coquin, ce Basile Olifant paierat-iibien?
— Comme un prince. Il n'y a personne au monde qu'il haïsse autant qu'Evandale, et il craint, toujours d'avoir avec lui quelque procès pour les biens de Tiilietudlem lorsqu'il aura épousé miss Bellenden; et s'il se trouvait, une bonne fois hors de son chemin , adieu toute inquiétude.
— Mais nous aurons un mandat d'arrêt contre lui , et une force suffisante pour le mettre à exécution? Nous ne trouverons pas beaucoup de gens disposés à agir contre le capitaine , et il ne se laissera pas prendre au trébuchet. Il se défendra comme un lion, il aura pour lui Holliday et probablement quelques autres de nos camarades.
— Tu es fou, et tu parles comme si tu étais un poltron. Evandale demeure seul à Fairy-Knowe, pour ne pas donner de soupçons 3 il ne peut y avoir auprès de lui qu'Holliday et le vieux Gudyil, qui ne vaut plus un coup de sabre. Olifant est juge de paix; il signera un mandat, et nous donnera quelques-uns de ses gens. Il m'a dit qu'il nous ferait accompagner par un ancien chef de puritains, un diable incarné, nommé Quintin Mackell, qui se battra d'autant mieux qu'il a une vieille dent contre Evandale.
— A la bonne heure. Au surplus vous êtes mon supérieur, et si cela tourne mal...
— J'en prends le blâme sur moi. Allons, encore un pot de bière, et partons pour Tiilietudlem. — Holà, hé ! Bessie Maclure. Où est donc cette vieille sorcière?
— Retenez-les autant que vous pourrez, dit Morton à son hôtesse en lui mettant sa bourse dans la main, je n'ai besoin que de gagner du temps.
Il courut prendre son cheval , et en mettant le pied dans Terrier, — Oh rrai-je? dit-il. A Fairy-Knowe? Non ; à moi seul je ne suffirais
pas pour les défendre. Courons à Glascow : Wittenbold, qui y commande, me donnera un détachement, et me procurera le secours de l'autorité civile. — Allons, Moorkopf , il faut faire preuve de vitesse.