‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 109 sur 176 · GRAINE-DE-MOUTARDE · texte numérisé non relu

GRAINE-DE-MOUTARDE

Que désirez-vous ?

BOTTOM

Rien, bon monsieur, si ce n'est d'aider le bon çavelero 2 Toile-d'Araignée à me gratter... Il faut que j'aille chez le barbier, monsieur. Car, à ce que je vois, je suis étonnamment poilu de la face : et je suis un âne si sensible, que si seulement un poil me démange, il faut que je me gratte.

Voyons, veux-tu entendre de la musique, mon doux amour ?

BOTTOM

J'ai une oreille raisonnablement bonne en musique : qu'on apporte les pincettes et les cliquettes 3...

Ou bien, dis, doux amour, que désires-tu manger ?

BOTTOM

Sincèrement, un picotin. Je pourrais engloutir votre bonne avoine sèche. Ma foi, j'ai grand désir d'une botte de foin... bon foin, doux foin n'a pas de rival!

. J'ai une fée hardie, qui découvrira la cachette de l'écureuil et t'apportera des noix fraîches.

BOTTOM

J'aimerais mieux une poignée— ou deux—de pois secs; mais, je vous en prie, que personne de votre peuple ne me dérange... J'ai une exposition 4 au sommeil qui me vient. (Il se penche dans les bras de Tiiania.)

Dors, ô toi ! et je vais t'enlacer dans mes bras... Fées, allez mis-en et par tou:

1 II est évident que le comique de ces scènes ne réside que dans le jeu et l.»s. mines de l'acteur., tôle d'âne, ' '

2 Pour caballero.

3 2'ongs and bones. Pourquoi Guizpt et F.-V. Hugo ont-ils traduit bottes — os —par clef. Impôt sible de le comprendre. Bones signifie ici ces castagnettes que l'ont les enfants avec deux palettes d'ui

* Bottom dit exposition pour disposition.

A7- 1 chemins, partez !... (Elle se couche auprès de Botïom et l'entoure de ses bras.) Ainsi le chèvrefeuille s'entortille gentiment à l'arbre de miel1... Ainsi le lierre femelle se roule en bague aux doigts d'écorce de l'orme... Oh! combien je t'aime!... Combien je t'adore!... (Tous deux s endorment.)

OBERON s'avance. — Entre PUCK.

OBERON

Bienvenu, bon Robin. Vois-tu ce doux spectacle? Maintenant je commence à prendre leur passion en pitié: tout à l'heure, l'ayant rencontrée, dans le bois, cherchant de douces saveurs pour ce haïssable imbécile, je l'ai objurguée et me suis querellé avec elle ! Elle avait entouré ses teriipes velues d'une couronne de fleurs fraîches et brillantes, et cette même rosée* pareille à dé rondes perles d'orient, s'ar-rêtait maintenant dans les yeux des jolies fleurettes, comme des lârhies que leur arra-chait cette disgrâce.

« Quand je l'eus, à mon aise, tancée et qu'en doux termes elle m'eut réclamé merci, alors je lui demandai le garçon enlevé, qu'elle m'a tout de suite donné, en-voyant sa fée pour le porter à mon bosquet, dans le pays des fées. Et maintenant que j'ai ce garçon, je veux délier la détestable imperfection de ses yeux.

« Donc, gentil Puck, enlève la calotte 2 enchantée de la tête de ce manani d'Athènes, de telle sorte que se réveillant en même temps que les autres, ils puissen tous retourner à Athènes, sans plus penser aux accidents de cette nuit que comme è l'ennuyeuse vexation d'un rêve.

« Mais, tout d'abord, je veux délivrer la reine des Fées... (Il s'approche d'elle e lui louche les yeux d'une herbe magique— chantant:)

Sois telle que tu étais !

Sois telle que tu étais!

Le bouton de Diane sur la fleur de Gùpidon

A celte force et ce béni pouvoir I

« Allons, ma Titania... éveillez-vous, ma douce Reine! »

TiTANiA, s'éveillant.

Mon Oberont... Ah! quelles visions!... Il me- semblait que j'étais amoureuse d'un âne!

OBERON, lui montrant Boliom.

Voici votre amour, là, couché.

Comment ont pu advenir ces choses? Oh! comme maintenant mes yeux ont hor reur de son visage !

OBERON

Silence, un instant ! Robin, enlève sa tête. Titania, appelez la musique. Et d'u sommeil plus mort que l'ordinaire sommeil, frappez les sens de ces cinq personhaç-es

^ ^ Woadbine et Honeysuclde désignent tous deux le chèvrefeuille. La seconde expression signifi qui allaite de miel (les abeilles.)

a Scalp. Le péricrâne. Ce mot est-il la racine du mot scalper? Tout semble l'indiquer, et pourtai le latin scalpere, couper, tailler, convient également, comme aussi le vieux mot français escalope, dan le sens de coquille, qu'on enlève avec un couteau. Problème non résolu.

Musique! Ho! Musique!... à charmer le sommeil!.

Mon Oberonl quelles visions t

PUCK, enlevant la têle d'âne de Bollom, Et maintenant, si tu t'éveilles, tu verras de tes propres yeux d'imbécile.

OBERON

Sonne, musique ! Venez, ma Reine, prenez mes mains et berçons le sol sur lequel sont ces dormeurs. Maintenant, vous et moi de nouveau sommes en amitié, et nous irons demain à minuit, solennellement, danser dans la maison du duc Thésée notre danse triomphante et la bénir en toute sa belle postérité.

Là, les couples d'amants fidèles seront unis, tous, comme Thésée, en joliesse!

PUCK

Roi des Féeries, attention! Ecoute... j'entends l'alouette du matin.

OBERON

Allons, ma Reine, en un grave silence, courons après l'ombre de la nuit. Car nous pouvons mesurer le globe, aussi rapides que la Lune errante.

Venez, mon Seigneur! et dans votre fuite, dites-moi ce qui se passa cette nuit, et comment je fus trouvée dormant, sur la terre, avec ces mortels... (Its sortent.— On entend le son des cors.)

Entrent THESEUS, HIPPOLYTA, EGEUS et leur suite.

THESEUS.

Allez, l'un de vous, trouver le forestier : car maintenant nos cérémonies sont ter-minées L.. Et puisque voici l'avant-garde du jour, mon Amour va entendre la musique de mes chiens. (A un page.) Découple-les dans la vallée de l'Ouest. Va!... (A un autre.) Hâte-toi, te dis-je, et trouve le forestier. — Nous allons, belle Reine, monter au sommet de la montagne et entendre la musique confondue des chiens et de l'écho.

HIPPOLYTA.

J'étais une fois avec Héraclès et Cadmus quand, dans un bois de Crète, ils tra-quaient l'ours avec des chiens de Sparte. Jamais je n'entendis si galant tapage. Car, outre les taillis, tout, les creux, les fontaines, les environs semblaient crier le même cri. Jamais je n'entendis aussi musicale discordance, aussi doux tonnerre !

* Dur observation. — Les rites de la nouvelle Lune. Voir les deux premières répliques : acte I, scène I.

THESEUS.

Mes chiens sont issus de race Spartiate 1, cendrés, à larges babines, avec — à leurs têtes — des oreilles pendantes qui balaient la rosée du matin, à genoux cagneux et à fanons, comme les taureaux de Thessalie, lents à la poursuite, mais pourvus de gueules comme des cloches en accord... Jamais à cris plus harmonieux ne répon-dirent les hallalis ou les cors joyeux, en Crète, à Sparte ni en Thessalie... Jugez, quand vous entendrez... (Apercevant les dormeurs.) Mais... doucement! Quelles sont ces nymphes ?

EGEUS. se penchant vers Hermia.

My Lord, celle-ci est ma fille, ici endormie, et celui-ci Lysander. Voici Demè-trius, et là Helena, fille du vieux Nedar. Je m'étonne de leur réunion en ce lieu.

THESEUS.

Sans doute, ils se sont levés de bonne heure pour célébrer les rites de Mai ; et ayant entendu nos intentions, sont venus ici en honneur de notre cérémonie. Mais, parlez, Egeus ! n'est-ce pas aujourd'hui qu'Hermia doit donner réponse sur son choix.

EGEUS.

C'est aujourd'hui, My Lord.

THESEUS.

Allez, ordonnez aux chasseurs de les éveiller aux sons des cors. (On entend les cors. Clameurs derrière le théâtre. Demètrius, Lysander, Hermia et Helena, s'éveillent et se dressent sur leurs pieds.)

THESEUS.

Bon matin, amis. La Saint Valentin est passée. Les oiseaux des bois commen-cent-ils seulement à s'accoupler ?

LYSANDER, s'agenouillant devant Theseus.

Pardon, My Lord (Les autres s'agenouillent auprès de lui.)

* Pourquoi Guizot a-t-il substitué laccdci/ionicune à sparliale. Le bon goût est fertile en surprises.

THESEUS.

Je vous en prie. Levez-vous, tous. Je sais, vous êtes deux rivaux, deux ennemis. Gomment vint cette gentille concorde, comment la haine est-elle si libre d'inquiétudes qu'elle dorme près de la haine, sans craindre une inimitié !

LYSANDER

My Lord, je répondrai avec quelque trouble, étant mi-dormant, mi-éveillé : mais en tout cas, je jure que je ne puis vraiment dire comment je suis venu ici. Mais, je crois... (car je voudrais parler sincèrement et maintenant je m'imagine que voilà le fait) je suis venu ici avec Hermia. Notre intention était d'aller loin d'Athènes, en quelque Heu où nous pourrions être hors du péril de la loi Athénienne...

EGEUS.

Assez, assez ! (À Theseus.) My Lord, vous en avez assez. Je réclame la loi, la 'oi, sur sa tête! Ils voulaient se dérober, ils voulaient, Demètrius! nous frustrer, vous et moi, vous, de votre femme, moi, de mon droit de consentement — de ce consen-tement à ce qu'elle soit votre femme !

DEMETRIUS

My Lord, la belle Helena m'a parlé de leur fuite, de leur projet, dans Ce bois : et en fureur, je les ai suivis ici, la belle Helena, en passion, me suivant. Mais, mon bon seigneur, je ne sais par quel pouvoir (mais c'est par un pouvoir quelconque), mon amour pour Hermia a fondu comme la neige et me semble maintenant le sou-venir d'un vain jouet dont je raffolais dans mon enfance. Et toute la foi, la vertu de mon coeur, l'objet et le plaisir de mes yeux, c'est la seule Helena ! A elle, My Lord, j'étais engagé avant d'avoir vu Hermia. Comme en maladie, je repoussais ce mets: mais, comme en santé, revenu à mon goût naturel, je le désire, je l'aime, je languis pour lui et à jamais lui serai fidèle...

THESEUS.

Beaux amants, votre rencontre est fortunée. De ce discours, plus tard, nous entendrons davantage. Egeus, je surmonterai votre volonté : car, dans le temple, près de nous, avec nous, ces couples seront liés d'un noeud éternel. Et comme le matin est quelque peu avancé, notre projet de chasse sera mis de côté. En avant, avec nous, pour Athènes! Trois et trois 1, nous tiendrons fête de grande solennité. Venez, Hippoîyta. (Sortent Theseus, Hippolyta, Egeus et la suite.)

DEMETRIUS

Toutes ces choses paraissent petites et indistinctes, comme les montagnes éloi-gnées se perdent en nuages. '

HERMIA

Il me semble que j'ai vu ees choses avec des yeux différents l'un; dé. l'autre, tant chaque chose semble double.

HELENA

Et moi aussi. Et j'ai retrouvé Demètrius comme un joyauià moi et pas à moi.

DEMETRIUS

Il me semble que nous dormons, que nous rêvons encore. Nie çroyez-vou;s pas que le duc était ici et nous a ordonné dele suivre T...

Oui... et aussi mon père.

HELENA

Et aussi Hippolyta.

LYSANDER

Et il nous a ordonné de le suivre au temple.

DEMETRIUS

Mais alors, nous sommes éveillés. Suivons-le, et, en chemin, racontons-nous nos rêves. (Ils sortent.)

BOTTOM, s'évcillant brusquement.

Quand viendra ma réplique, appelez-moi et je répondrai... ma prochaine est : — Très beau Pyramusl... (Appelant.) Hé! Ho!... Peter Quince ! Flûte, le raccommo-deur de soufflets!... Snout, le rétameur! Starveling !... Jour de ma vie !... envolés

et me laissant endormi !... J'ai eu une très rare vision... j'ai ^ (f, eu un rêve... nu-dessus de l'esprit de l'homme de dire quel j^jjjBfci^v rêve c'était... Me semble que j'étais... il n'y a pas d'homme %hfifw^S*%fr(.\ pour dire quoi. Me semble que j'étais... me semble que ïfflK': ^^''KW \ j'avais... mais l'homme n'est qu'un imbécile, un idiot... s il iSPS^^^wPI v',; s'offre à dire ce qu'il me semblait avoir... l'oeil de l'homme HllflC^v-if ///V. Y na jam£US entendu, l'oreille de l'homme n'a pas vu, la main ^j " *vi»^Vi jmn ! je l'homme n'est pas capable de coûter ni la langue de |H|~ '"]**•* concevoir ni le coeur de raconter1... ce qu'était mon rêve...

^\ je veux que Peter Quince écrive une ballade sur ce rêve: on l'appellera le Rêve de Bottom, parce qu'il n'a pas de fondement 2, et je le chan-terai à l'extrême fin de la pièce, devant le duc. Par aventure, et pour le rendre plus gracieux, je le chanterai après ma mort... (Il sort.)

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