‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 143 sur 176 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Le parc de Windsor.

Entrent CAIUS et RUGBY,

CAÏUS

Jack Rugby.

RUGBY

Monsieur?

CAÏUS

Quelle heure, Jack?

RUGBY

Il est passé l'heure, monsieur, où Sir Hugh avait promis de vous rencontrer,

CAÏUS, ' ;■■.''

Bigre! il a sauvé son âme en ne venant pas. Il a bien prié sa Bible... qu'il n'est pas venu! Bigre, Jack Rugby, il serait déjà mort, s'il était venu!

RUGBY

Il est avisé, monsieur. Il savait que votre Honneur -l'aurait tué, s'il était venu,

' Dé pourceau.

2 Undes quatre rois de l'enfer. Barbason est une sorte de Robin des Bois. Voir la démonologio d< Wierus. Quant à Amaimon, c'est évidemment Mammon,

Liv. yi4 71 ,02

- ÇAïUS, •'-

Bigre ! le hareng n'est pas mort, aussi je le tuerai! Prenez votre rapière, Jack. Je vais: vous dire. eo-mment je ]e tuerai, . - . - RUGBY..

Hé! monsieur, je ne sais pas l'escrime.

CAÏUS

Vilain! prenez votre rapière ! '

RUGBY

Restez tranquille. Voilà du monde...

Entrent L'HÔTE, SHALLOW et PAGE.

. j ■ L'HÔTE.

Dieu te bénisse, mon gros docteur !

SHALLOW

Et vous sauve, maître docteur Caïus.

PAGE

Bonjour, bon maître docteur.

SLENDER

Je vous dis bonjour, monsieur.

CAÏUS

Pourquoi étes-vous — un, deux, trois, quatre — tous venus.

L'HÔTE

Pour,voir le combat, pour te voir porter des bottes, pour te voir transpercer, pour te voir de ci, pour te voir de là... pour te voir passer tes pointes, tes estocades, tes ripostes, tes rompages, tes coups de bas... Est-il mort, mon Ethiopien? Est-il mort, mon Francisco? Ha, mon gros! Que dit mon Esculape, mon GaIien,mon coeur de sureau!... Ha! est-il mort, gros Pissat! Est-il mort?

CAÏUS

Bigre, il est le plus lâche Jack-Prêtre du monde. Il n'a pas montré sa face.

L'HÔTE

Tu es un roi de Catalogne, mon Pot-de-Chambre'* ! Hector dé Grèce, mon gars! "

CAÏUS

Je vous prie, portez témoignage que je suis resté six ou sept... deux ou trois heures à l'attendre et qu'il n'est pas venu.

-, SHALLOW

C'est lé plus sage des deux, maître dtoetëur. C'est un soigneur d'âmes et vous un soigneur de corps. Si vous voulez vous battre, vous irez au contrepoil 2 de vos professions. N'est-ce pas vrai, maître Page ?;

1 Si l'injure amicale—^Pissat — n'est pas très-'compréhensible', ici l'allusion est plus nette, . Castalion /dirg, arinak!:—,&iï trouve dans le; patois normand Gastelogrie et dans Cotgi'ave Gastàiaigne, pour Catalogne. Or, la faïence:de Catalogne est connue, et il est admissible que les vases de: nuit por-taient Te nom de lioi's de Catalogne. ■ " '■' KAgâinst tire Iiaiv, contre le poil de... l'équivalence des deux expressions-est- évidente, MonléguVa traduit■: contre les cocardes de... \-

Maître Shallow, vous avez été vous-même un grand batailleur,-quoique mainte* nant un homme de paix.

SHALLOW

. Cordieu ! maître Page, quoique je sois vieux et homme de paix, quand je vois une épée dehors, les doigts me grattent d'en faire une: Bien que nous soyons juges et docteurs et hommes d'église, maître Page, il y a en nous du sel de la jeunesse... nous sommes fils de femmes, maître Page!..,

" - - PAGE

C'est vrai, maître Shallow.

SHALLOW

Cela se trouvera, maître Page. Maître Docteur Caïus, je suis venu pour vous ramener à la maison. Je suis assermenté pour la paix : vous vous êtes montré un sage médecin et Sir Hugh s'est montré lui-même un sage et patient homme d'église..', il faut venir avec moi, docteur.

L'HÔTE

Pardon, ma pratique, mon juge !... (A Ca'tus.) Un mot, Purin 1 !

CAÏUS

Purin ! Qu'est-ce que c'est que ça ?

L'HÔTE

Purin, dans notre langue anglaise, c'est courage, mon gros! - "'"

CAÏUS

Bigre ! j'ai autant de purin qu'un Anglais ! Ce gredin de Jack de chien de prêtre ! Bigre! moi lui couper les oreilles !

L'HÔTE

Il t'écrabouillera 2, serré, mon gros..

CAÏUS

Écrabouiller, qu'est-ce que c'est que ça ?

L'HÔTE

Ça veut dire qu'il te fera des excuses.

CAÏUS

Bigre ! je vois ça, il m'écrabouillera l... car, bigre, je veux des excuses 1

L'HÔTE

Et je l'y provoquerai ou l'enverrai promener,

CAÏUS

Je vous remercie.

L'HÔTE

Et mieux que ça, mon gros !.,. mais d'abord, I^Aux autres:,-$, ftarQ maître juge et maître Page et aussi cavalerù Slêndér,: allez par la;viïle.,â;-F:fo;gmorë..... •

PAGE. ;.;;'-' ,'

Sir Hugh est là, hein ?

••• Suite des plaisanteries sur l'urine. Muck wàter, eau de fumier,pMin.

2 Clapperclaw. Le sel de cette scène consiste en ce que, le Docteur Gàïus étant français et ne comprenant que les mots usuels, l'Hôte l'injurie, en employant des expressions d'argot familier, dont il lui donne ensuite une explication absolument fantaisiste.

L'HÔTE

Il est là. Voyez en quelle humeur il est. Et j'amènerai le docteur par les champs... ne sera-ce pas bien ?

SHALLOW

Nous allons faire ça... Adieu, bon maître docteurl (Sortent PAGE, SHALLOW et SLENDER.)

CAÏUS

Bigre, moi, je veux tuer le prêtre. Car il parle, comme un Jack-Singe qu'il est, à Anne Page.

L'HÔTE

Fais-le mourir. Mais, d'abord, rengaine ton impatience, jette de l'eau froide sur ta colère. Viens avec moi à travers champs jusqu'à Frogmore. Je te conduirai là où se trouve mistress Anne Page, dans une ferme, à une fête et tu lui feras la cour... Hein ? le jeu est fait * ? Est-ce bien dit ?

CAÏUS

Bigre, je vous remercie pour ça! Bigre, je vous aime et je vous procurerai de bonnes pratiques, des comtes, des chevaliers, des lords, des gentlemen, mes patients.

L'HÔTE

C'est pourquoi je serai ton second contre Anne Page. Est-ce bien dit?...

CAÏUS

Bigre ! c'est bon et bien dit 1

L'HÔTE

Alors filons.

CAÏUS

Suis mes talons, Jack Rugby. (Ils sortent.)

• Cried game. Jeu crié, allusion aux enfants qui crient — faitl — pour avertir que le jeu est prêt, par exemple que l'un d'eux est caché.

Pistol et Nyin.

Un champ auprès de Frogmore.

Entrent Sir HUGH EVANS et SIMPLE.

EVANS

Je vous en prie, bon serviteur de maître Slender et de votre nom l'ami Simple, de quel côté avez-vous cherché maître Caïus, qui s'intitule lui-même Docteur en Physique ?

SIMPLE

Parbleu, Sir, partout, vers la cité, vers le parc... route du vieux Windsor et par-tout, sauf route de la ville...

EVANS

Je vous requiers véhémentement de chercher aussi de ce côté là.

SIMPLE

Je vais le faire, Sir. (// s'éloigne.)

EVANS

Bénie soit mon âme ! Suis-je assez plein de colère et trépignant d'esprit!... je serai content s'il m'a trompé... que je suis mélancolique !... je veux lui cogner ses pots de chambre sur sa caboche degredin, quand je trouverai bonne occasion pour ce travail... Bénie mon âme ! ... (// chante.)

Aux basses rivières, aux chutes de qui

Mélodieux oiseaux chantent madrigaux.

Là nous ferons nos lits de roses

Et un millier d'odorants bouquets...

Aux basses rivières...

Merci de moi I j'ai grande disposition à pleurer.

Mélodieux oiseaux chantent madrigaux,

Comme quand j'étais assis à Babylone...

Et au milieu d'odorants bouquets

Aux Basses rivières...

SIMPLE, revenant.

Là-bas ! il vient, de ce côté, Sir Hugh.

EVANS

Jl est le bienvenu.

Aux basses rivières, aux sources de qui..,

Le ciel favorise le droit!... quelles armes a-t-il ?

SIMPLE

Pas d'armes, Sir. Voici mon maître, master Shàllow, et un autre gentleman... venant de Frogmore... par-dessus la barrière, de ce côté...

EVANS

Je vous prie, donnez-moi mon manteau... ou bien gardez-le sur votre bras...

Entrent PAGE, SHALLOW et SLENDER.

SHALLOW

Hé ! maître pasteur ! Bonjour, mon cher Sir Hugh ! Éloigner un joueur de ses dès et un bon étudiant de ses livres, voilà qui est merveilleux!

SLENDER, soupirant.

Ah! douce Anne Page 1 !

PAGE

Dieu vous garde, bon Sir Hugh !

EVANS

Qu'il vous bénisse du salut de sa miséricorde, vous tous!

SHALLOW

Quoi ! l'épée et la sainte parole! étudiez vous donc tous les deux, maître pasteur?

PAGE

Et encore jeune, avec votre pourpoint et vos culottes, par ce rude jour de rhuma-tismes !

EVANS

A cela y a des raisons... et des causes.

PAGE

Nous sommes venus à vous pour Vous rendre bon service, maître pasteur.

EVANS

Très bien. Qu'est-ce que c'est ?

PAGE

Il y a là-bas un très révérend gentleman qui, sans doute, ayant reçu tort de quelqu'un, est tout à fait hors de gravité et de patience... comme vous n'en vîtes amais.

1 Pendant toute la scène Slender ne fait que soupirer son : — Douce Anne Page I

LES JOYEUSES COMMÈRES DE WINDSOR ç%

SHALLOW

J'ai vécu quatre vingtaines d'années et plus. Je n'ai jamais entendu homme de sa situation, gravité et éducation, si loin du respect de soi-même.

EVANS

Qui est-ce I

' PAGE

Je crois que vous le connaissez... maître Docteur Caïus, le renommé médecin français.

EVANS

Voeu de Dieu et sa passion de mon coeur! J'aimerais autant que vous me parliez d'une assiette de soupe!

PAGE

Pourquoi ?

EVANS

Il n'a pas plus connaissance d'Hippocrate ou de Galien!... et de plus, c'est unv gredin, le plus couard gredin avec qui vous puissiez désirer lier connaissance.

PAGE, à Shallow.

Je vous lé garantis, c'est l'homme qui devait se battre avec lui...

SLENDER

O douce Anne Page!

SHALLOW, à Page.

• Il me paraît ainsi, à voir ses armes... gardez-les à distance.,,. voici le D* Caïus.

Entrent L'HÔTE, CAIUS et RUGBY

PAGE

Non, bon maître Pasteur, rengainez- votre outil!

SHALLOW. '

Et faites-en autant, bon maître Docteur.

L'HÔTE

Désarmez-les et laissons-les se disputer... qu'ils gardent leurs; mem&rés entiers ë£' hachent' notre anglais *.,-. ■>■".;"

CAÏUS, bas à Evans. '

Je vous prie, laissez-moi vous dire un mot à l'oreille... pourquoi) ne vOùfez^Vo'usipas vous rencontrer avec moi...

EVANS, bas à Caïus.

Je vous prie, usez de patience... tout à l'heure,

■ CAÏUS ,, haut.

Bigre, vous êtes le couard, le Jack-Chien, le Jaek-Singelî

EVANS,''bas-à Çaïus.

Je vous prie, ne soyons pas des objets de risée aux gjsÉlésf des; autres.,, j© désir©' votre amitié et je vais d'une façon ou d'une autre vous faire dés excuses. (Hautji Jfë vous casserai vos pots de chambre sur votre crête de coq de coquin, pour maiiqjuer à vos rencontres et rendez-vous !

1 On devine l'effet burlesque de cette scène entre un gallois et un français,; estropiant l'anglais à qui mieux mieux. Ainsi chez nous, un anglais et un auvergnat.

CAÏUS

Diable! — Jack Rugby, mon hôte de la Jarretière, n'ai-je pas posé pour lui, pour le tuer? N'èlais-je pas à l'endroit que j'avais indiqué?

Comme je suis une âme de chrétien, à présent, voyez-vous, voici SUF^É l'endroit qui avait été fixé... j'en appelle à mon hôte de la Jarretière... JSJjjjg^

Paix, vous dis-je. Gallia et Galle, français et welchc, soigneur MÊÊÊ^É^Ë d'âme et soigneur de corps!... §fy if||§^?f

CAÏUS, éclatant de rire. "Wx, ^BÊimÊê

Ah ! c'est très bon ! excellent ! . ?A>\ Haptij

Paix, dis-je. Écoutez mon hôte de la Jarretière. Suis-je politique ? ÉMÈ? flryf Suis-je subtil? Suis-je un Machiavel? Perdrai-je mon docteur? Non, p^^Ê^^J^%^ il me donne des potions et des motions *... Perdrai-je mon pasteur? W^f^S^ "^*^ mon prêtre ? mon Sir Hugh? Non. Il me donne des proverbes et des "^^ ' non-verbes 2... Donne-moi ta main, être terrestre!... C'est ça... donne-moi ta main, être céleste!... C'est ça!... Enfants de l'art, je vous ai trompés tous deux. Je vous ai envoyés à de fausses places. Vos coeurs sont puissants, vos peaux sont entières, que le vin brûlé serve de conclusion !... Allons, mettez leurs

épées en gage... Suivez-moi, gars de paix, suivez, suivez, ^J^JTwf Ma foi, un hôte enragé!... Suivez, gentlemen, suivez... *% ''/JW£A ^ ' ^ouce Anne Page!... (Sortent Shallow, Slender, Page wÈÊÈ^MMWmr ' ^° ' cornPrenc's"ie ^ Avez-vous fait des sots de nous deux !

fa^5lB™llr2«& C'est bien. Il a l'ait de nous ses choses à moqueries ! Je

1 ®**,^™TOfiËliiv VOL1S demande, soyons amis et cognons-nous tous deux la cer-- \ jfy^f^^JlÊ^^ velle pour nous venger de cette teigne, de ce scorbutique et \-■" JP -:"'. filou compagnon, l'hôte de la Jarretière...

/C CAÏUS

Bigre, de tout mon coeur... il m'a promis "de me conduire

où est Anne Page. Bigre, il m'a trompé aussi.

EVANS

Bien, je lui cognerai la caboche 3... je vous prie, suivez-moi. (Ils sortent.)

* Des consultations. Cette homophonie est dans le texte.

a C'est-à-dire des mots si estropiés qu'ils ne sont plus des mots.

* Ilis noddles. Ce mot fantaisiste pour tête a été conservé dans l'argot populaire.

LIY. 72. 72 Ï7.P

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