‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 149 sur 176 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Une chambre dans la maison de Paçe.

Entrent FENTON et MISTRESS ANNE PAGE.

FENTON

Je vois, je ne puis gagner l'affection de ton père. Aussi ne me renvoie plus à lui, douce Nanette.

ANNE

Hélas ! quoi alors ?

FENTON

Hé 1 il faut être toi-même. Il objecte que je suis de trop grande naissance et que, ma situation étant gâtée par mes dépenses, je cherche seulement à la relever avec sa fortune. En outre, il place devant moi d'autres barrières, mes querelles passées, mes mauvaises fréquentations, et il me dit qu'il est impossible que je t'aime, toi, mais bien Un héritage !...

ANNE

Peut-être bien qu'il dit la vérité.

FENTON

Non] que le ciel m'assiste dans ma vie à venir. Aussi bien, je le confesserai, la fortune de ton père fut le premier motif de ma recherche, Anne. Puis, en te courtisant, je t'ai trouvée de plus de valeur que les empreintes d'or ou les sommes scellées dans dès sacs; et ce sont aujourd'hui les richesses de toi-même que je vise...

1 Nos traducteurs suppriment cette réplique, et les commentateurs .pudiques l'ignorent. Voici ce qu'elle signifie. Caïus dit : —I will be tlie third, je serai le troisième. Mais en sa qualité de français, il' prononce Turd qui signifie : — M.., D'Où la riposte d'Ëvans, qui équivaut on français à la réplique ; ~ Mâche ':■ ..-■■.■■■ ^ '■..■ ■

ANNE

Gentil maître Fenton, recherchez encore l'affection de mon père, rèeherehez4a encore, monsieur. Si l'occasion et de très humbles démarches ne peuvent y réussir, eh bien, alors!... écoutez par ici... (Ils causent en aparté.)

Entrent SHALLOW, SLENDER et MISTRESS QUICKLY.

SHALLOW

Brisez leur colloque, mistress Quickly. Mon cousin parlera pour lui-même.

SLENDER

Je ferai trait ou flèche là-dedans 1 A la grâce de Dieu, il ne s'agit que de se risquer...

SHALLOW

Ne vous épouvantez pas... ' -

SLENDER

Non, elle ne m'épouvantera pas... je n'ai pas souci de ça... mais tout de même j'ai peur...

Mrs QUICKLY, à Anne.

Entendez-vous, maître Slender voudrait vous dire un mot.

ANNE

J'y vais... (Bas, à Fenton.) C'est celui que mon père choisit. Oh! que tout un monde de méchants et vils défauts paraît beau à travers trois cents livres * de rente !...

Mrs QUICKLY.

Et comment va ce bon "maître'Fenton? Je vous prie, un mot avec vous. (Elle l'emmène à part.)

SHALLOW, à Slender.

Elle vient !... à elle, cousin !... 6 mon garçon, tu as eu un père !

SLENDER

J'ai eu un père, mistress Anne. Mon oncle peut vous dire de ses bons tours... je vous prie, mon oncle, dites à mistress Anne le tour, quand mon père vola deux oies,, dans un poulailler, bon oncle I

SHALLOW

Mistress Anne, mon cousin vous aime.

SLENDER

Ah oui, je le fais... autant que j'aime n'importe quelle femme du Comte de Glocester,

SHALLOW

Il vous donnera le train d'une damoiselle...

SLENDER

Ah oui, je le ferai, viennent chiens à queue courte ou longue, âu-d'essous du rang d'esquire.

SHÀLLOW, ■■•■■■■■

Il vous fera donation de eent-einqùante livres.

' ANNE

Bon maître^ Shallow, laissezrle faire sa cour lui-même,

•• Livres sterling, bien entendu i ^-7,500 franGs,

SHALLOW

Pardieu, je vous remercie... je vous remercie de ce soulagement... elle vous appelle, cousin. Je vous laisse... (Il s'écarte.)

ANNE

Et maintenant, maître Slender ?

SLENDER

Maintenant, bonne mistress Anne?

ANNE

Quelles sont vos volontés ?

SLENDER

Mes volontés!... Coeur de Dieu, c'est une jolie farce, vrai! Je n'ai pas encore écrit mes volontés *, grâce au ciel ! Je ne suis pas une créature malade, j'en remercie le ciel ! .

ANNE

■ Je veux dire, maître Slender, que voulez-vous de moi?

SLENDER

Vraiment, et de ma propre part, je veux de vous peu de chose ou même rien du tout. Votre père et mon oncle ont eu des pourparlers... Si c'est ma chance, bien ! Si ça ne l'est pas, heureux qui aura la part !... Ils peuvent vous dire comment va la chose, mieux que. moi... tenez, vous pouvez.demander à votre père, le voilà qui vient.

Entrent PAGE et MISTRESS PAGE.

PAGE. ;-.',j;:

Bonjour, maître Slender!... Aime-le, ma fille Anne... (Apercevant Fetvtoiv.) Hé bien ! que fait ici maître Fenton ? Vous me blessez, monsieur,, en hantant ainsi-chez moi. Je vous ai dit, monsieur, que j'ai disposé de ma fille.

FENTON

Ah ! maître Page, ne vous impatientez pas.

Mrs PAGE.

Mon cher maître Fenton, ne venez pas chez mon enfant.

PAGE. ■■.••"

Ce n'est pas mariage pour vous.

FENTON. '

Monsieur, voulez-vous m'écouter.

PAGE

Non, cher monsieur Fenton. Venez, maître Shallow, venez, mon fils Slender. Entrons. Connaissant mes intentions, vous me blessez, maître Fenton. (Sortent Page, Shallow et Slender.)

Mrs QUICKLY, à Fenton.

Parlez à mistress Page.

FENTON

Bonne mistress Page, aimant votre fille en l'honnête façon que je fais, forcément,

■• Dans le sens de dernières volontés, testamenU contre tous échecs, procédés et rebuffades, je dois mettre en avant le drapeau de mon amour et ne point faire retraite. Accordez-moi votre bon vouloir.

ANNE

Bonne mère, ne me mariez pas à cet imbécile, là-bas !

Mrs PAGE.

Ce n'est pas mon intention. Je vous cherche un meilleur mari.

Mrs QUICKLY.

C'est mon maître, le maître Docteur...

ANNE

Hélas ! j'aimerais mieux être vite . ,v ,A mise en terre et être boulée * à mort ■ •>-ïtégÊÊÈS* \v,';^v'

Venez, ne vous troublez pas. Mon <Ë l^^v^C'fP^^ ' moe^W^''tt~r cher maître Fenton, je-ne serai pour -^^^=- 'M^^mtïi i^^m. ^^^^^^-"^ vous ni amie ni ennemie. Je demande- ||||'V^ , ' ^ "^^v^^ ■ \ lÉ '■^^ÉÊ^^^téiÀ rai à ma fille comment elle vous aime, ||| iJfc-^^^\ *4*' ^■PaBrla^ et selon ce que je la trouverai, je serai |||H ,»,'^mÉlWmï ■Al^^MÊw^^^^â^''/"-'' disposée. Jusque là, adieu, monsieur. ^liltr^HI^^^W T&S^^MÊm^^^ ip/ Il faut qu'elle rentre. Son père serait .||y.-\^Jffi^Mmé*^\ W N";^^BfefflW'/'

Adieu, bonne madame... adieu, ;$$||vi '-V/Jil i'tyifwli illfP -v Nanette. (Sortent mistress Page et "wt\ JS^Mw''" T

Mrs QUICKLY. ' '.' '

Maintenant, celui-ci fait mon affaire... Comment, je dis, vous voulez jeter votre enfant à un imbécile et à un médecin... regardez-moi maître Fenton... celui-là est mon affaire...

FENTON

Je te remercie et te prie, à un moment, ce soir, donne cette bague à ma douce Nanette. Voilà pour tes peines. (// sort.)

Mrs QUICKLY.

Maintenant que Dieu t'envoie bonne fortune 1 II a un bon coeur. Une femme courrait à travers le feu et l'eau pour un pareil bon coeur. Mais pourtant je voudrais que mon maître eût Mistress Anne... ou bien je voudrais que ce fût maître Slender... ou bien, pour sûr, je voudrais que ce fût maître Fenton... je ferai ce que je pourrai pour tous les trois, car, je l'ai promis et je serai aussi bonne que ma parole, mais spécialement pour maître Fenton. Bien ! il faut que j'aille faire à Sir John Falstaff une autre commission de la part de mes deux maîtresses... quelle bête je suis de lâcher ça!

1 Bowled. C'est par erreur qu'on traduit lapidée. Le mot anglais vise le travail fait avec la bêche qui roule ce que renferme la terre. C'est également le sens conservé dans nos campagnes, notamment de l'Est, où on boule — on retourne — la terre. Dans le patois Saintongeois, bouler, remuer en tout sens. Enfin le mot bouler, dans notre langue familière, signifie rouler. Envoyer bouler, rouler, prome* her, quelqu'un.

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