‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 148 sur 176 · LES DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

LES DOMESTIQUES

A la blanchisseuse, pour, sûr!

Mrs FORD.

Hé! qu'avez-vous à faire avec ce qu'ils portent? Il ne vous reste plus qu'à vous mêler de la lessive!

FORD

La lessive ! je voudrais pouvoir me passer mes cornes à la lessive ! Lessive, cornes, lessive!... Oui, lessive! je vous le garantis, cornes 2!... et de la saison encore... ça

se verra! (Les domestiques sortent avec le panier.) Messieurs, j'ai rêvé cette nuit. Je

vous conterai mon rêve. Voici, voici, voici mes clefs : montez dans mes chambres,

* Guizot s'est mépris sur la forme du-panier en disant: — Passez la perche dans les deux anses.

— Le panier se porte en passant la perche sous l'anse unique et large, comme on fait d'un seau d'eau.

à Buck signifie à la fois lessive et cerf — cornes de cerf. cherchez, fouillez... je vous garantis que-nous débusquerons-le renard... laissez-moi d'abord-fermer cette issue... et maintenant en chasse.*..!

PAGE

Bon maître Ford, contenez-vous. Vous vous faites trop de mal.

;' •■-: . FORD

Très, vrai, maître Page!... Allons, gentlemen! vous verrez la chasse tout de suite. Suivez-moi ! (Il sort.)

EVANS

Ce sont des humeurs très fantastiques et des. jalousies !

CAÏUS

Bigre! ce ne sont pas façons de France... on n'est pas jaloux en France.

PAGE

v"':. Voyons,: :s;u.ivons-le, messieurs. Voyons le résultat de ses recherches... (Soiient PAGE, EVANS et ■'.CAÏUS.)

Mrs PAGE.

Tout cela n'est-il pas deux fois excellent ?

Mrs FORD.

Je ne sais ce qui me plaît le mieux, que mon mari soit attrapé ou Sir

Mrs PAGE.

Dans quel état était-il, quand votre mari a demandé qui était dans le panier?

Mrs FORD.

Je suis presque effrayée du besoin qu'il aura de se laver... le jeter ainsi dans l'eau lui sera tout bénéfice.

Mrs PAGE.

Le diable le pende, ce déshonnête lascar 2 !... Je voudrais que tous ceux du même train fussent dans la même détresse !...

Mrs FORD. ' '

Je crois que mon mari avait-quelque soupçon spécial que Falstaff était ici, car je ne l'ai jamais vu jusqu'ici en si grosse jalousie.

Mrs PAGE.

Je vais monter un coup pour vérifier ça : et nous jouerons encore de nouveaux tours à Falstaff. Sa maladie de débauché n'aura pas cédé à cette médecine-là.

Ml'S FORD.

Si nous envoyions cette stupide carogne, mistress Quickly, lui porter des excuses; de ce qu'on l'ait jeté à l'eau et lui donner nouvelle espérance, pour lui infliger nou-veau châtiment?...

Mrs PAGE.

Faisons cela : faites-le appeler pour demain huit heures, afin d'excuses...

1 Uncape. On n'est pas d'accord sur la signification de ce mot que Schmidt pense équivaloir; à un-,- . couple, découplez les chiens. Uncape pourrait plutôt signifier: — décoiffez 1 — ce qui; serait cri de

fauconnerie.

a Rascal, canaille, mot passé dans notre argot familier, sous la. forme inversée lascar.

Rentrent FORD, PAGE, CMUSel Sir HUGHEVANS.

..FORD'.' Je ne peux pas le trouver : peut-être le gredin s'est vanté de ce qu'il ne pouvait accomplir.

Mrs PAGE, à son amie.

Vous entendez?

Mrs; FORD, Oui, oui, silence!... (A Ford.) Vous en usez bien avec moi, maître Ford, pas vrai?

FORD

Oui... c'est vrai!...

Mrs FORD. ■ • Que le ciel vous fasse meilleur que vos pensées,

FORD

Amen! • . . -

Mrs PAGE.

Vous vous faites puissamment tort, maître Ford.

FORD

Oui, oui... je dois supporter ça...

EVANS

S'il y a quelqu'un dans la maison, dans les chambres, dans les coffres, dans les armoires... que le ciel me pardonne mes péchés au jour du jugement.

CAÏUS

.; Bigre... et à moi-aussi,., il. n'y a personne. . - '

PAGE

Fi ! Fi ! maître Ford, vous n'avez pas honte! Quel Esprit, quel diable vous suggère cette imagination. Je ne voudrais pas avoir maladie 1 de ce gehre-là> pour le trésor du château de Windsor !

;'• FORD

C'est ma faute, maître Page. J'en souffre.

^ EVANS

Vous souffrez de mauvaise conscience. Votre épouse est une honnête fèmriië, comme j'en voudrais une en cinq mille et même en cinq cents... •

CAÏUS

Bigre! je vois que c'est une honnête femme ! .--

FORD

Bien 1 Je vous ai promis Un dîner. Venezy. vêriézy prorriënons-hoû$ daMs; lé parc, je vous prie, pardonnez-moi. Je vous; dirai plus tard pourquoi j'ai fait cela; Viens', nia femme ! Venez, mistress Page,,, je vous êri prie^ pardbnhez-moi;.:;;. je ; vous ëir priéde tout mon coeur, pardonnez-moi ! .'—.-.-

PAGE

'■ ' Entrons ; messieurs; Mais, croyëz^moi, r#us.;nw^ pour demain màtm-,-: chez moi, à déjeuner : après; quoi nous auronsv line^fes© aux ; ' c-isëàux."J'ai un beau faucon pour; le; bois. Cela va-t-il?.,, • -

FÔ'RD, ■ Parfaitement.

EVANS

S'il y en a déjà un, je ferai deux dans la compagnie.

CAÏUS

Et s'il y en a un ou deux, je ferai trois.

EVANS

Plein vos dents, dégoûtanti !

FORD

Passez donc, maître Page.

EVANS, à Caïus.

Je vous prie, rappellez-vous demain ce pouilleux de gredin, mon Hôte de la Jarre-tière.

CAÏUS

C'est bien!... bigre, de tout mon coeur!

EVANS

Un pouilleux de gredin, avec ses farces et ses moqueries ! (Ils sortent.)

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