‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 152 sur 176 · PREMIER DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

PREMIER DOMESTIQUE

J'espère que non. J'aimerais autant porter autant de plomb.

Entrent FORD, PAGE, SHALLOW, CAIUS et SIR HUGH EVANS,

' avec les domestiques portant le panier.

FORD

. Oui, mais si cela est prouvé vrai, maître Page, avez-vous quelque moyen encore de me désaffoler 2! Déposez le panier, vilain... que quelqu'un appelle ma femme — et vous, jeune homme dans un panier, sortez de là ! ô canaille de ruffians ! il y a une bande, une clique, un paquet, un complot contre moi. Mais maintenant le diable en sera pour sa honte ! Holà ! femme ! dis-je ! Venez, venez tout de suite ! Voyons quelles honnêtes hardes vous envoyez là-bas à blanchir I

4 F. V. Hugo traduit : « Il n'est pire eau que l'eau qui dort. » C'est évidemment le même sens. Mais ce n'est pas le dicton visé par Shakespeare et qui est plus intéressant, dans une oeuvre anglaise, qu'un proverbe français. Guizot a traduit drafj'\>av tout ce qu'il trouve, ce qui détruit le sens.

a Unfool— Sens très clair — et non décoeufler (Montégut) ou railler (F. V. Hugo.)

Ah ! cela est trop : maître Ford, vous n'irez pas plus longtemps sans être atta-ché !... il faut qu'on vous lie les ailes' 1 !

EVANS

Oui, c'est un lunatique I II est furieux comme un chien enragé ! (Entre mislress Ford.)

FORD

Je dis comme vous, monsieur !... Venez ici, mistress Ford, l'honnête épouse, là modeste épouse la vertueuse créature qui a un imbécile de jaloux pour mari ! Je suspecte sans cause, mistress, hein ?

Mrs FORD.

Que le ciel me soit témoin,'je dis oui, si vous me suspectez en quelque déshon-nêteté.

FORD

Bien dit, face de bronze! Continuez!... (Arrachant le linge du panier.) Hors de là, manant !

PAGE

C'est trop !

Mrs FORD.

Vous n'avez pas honte ! Laissez ces hardes tranquilles !

FORD, même jeu.

Je vais vous trouver tout de suite !

EVANS

C'est déraisonnable 1 Voulez-vous enlever les hardes de votre femme... Arrière ! ■ - . " ■ FORD.

Videz le panier, je l'ordonne.

Mrs FORD.

Voyons, mon homme, voyons I

FORD

Maître Page, comme je suis un homme, il y a eu quelqu'un de transporté hors de ma maison hier dans ce panier. Pourquoi n'y serait-il pas de nouveau ? Je suis sûr qu'il est dans ma maison. Mes renseignements sont vrais. Ma jalousie est raisonna-ble... arrachez-rnpi tout le linge !

Mrs FQRD.

Si vous trouvez là un hpmme, il mourra de la mort d'une puce.

PAGE

Il n'y a pas d'homme!

SHALLOW

Par ma fidélité, ce n'est pas bien, maître Ford, cela vous fait tort.

EVANS

Maître Fprd, jl yous faut prier- et ne pas suivre les imaginations de votre propre [coeur. C'est des jalousies !

FORD

Bien, il n'est pas là où je le cherche.

I Ji pinion, *- Terme de fauconnerie,

PAGE

Non ni ailleurs sinon dans votre cervelle.

FORD

Aidez-moi à fouiller ma maison cette seule fois. Si je ne trouve pas ce que }ê cherche, n'essayez pas de colorer mon extravagance, que je sois pour toujours votre plastron de table... qu'on dise de moi — Jaloux comme Ford — qui a poursuivi une noisette creuse comme l'amant de sa femme. Donnez-moi encore une fois satisfaction, encore une fois cherchez avec moi.

Mrs FORD.

Holà ! mistress Page ! Descendez, vous et la vieille. Mon mari veut aller dans la chambre.

FORD

La vieille ! quelle vieille est-ce là 1

Mrs FORD.

Hé bien, c'est la tante de ma servante, de Brentford.

FORD

Une sorcière, une gueuse 1, une vieille gueuse dé menteuse ! Ne lui avâis^je pas interdit ma maison 1 Elle vient en commission, hein I Nous sommés dés imbéciles, nous ne savons pas ce qui se passe sous la profession de diseuse de bonne aven-ture. Elle travaille par charmes, par lettres magiques, par la figure et autres farces 2 comme celle-là, hors de notre élément. Nous ne savons rien. Descendez, vous, sor-cière, vous, monstre I Descendez, vous dis-je 1

Mrs FORD.

Oh non 1 non! mon bon, mon doux mari !... mes bons messieurs, né le laissez pas frapper la vieille femme ! (Entre Fàlslaff en vêlements de femme, conduit par Mis-tress Page.)

Mrs PAGE. '

Venez, mère Prat, donnez-moi votre main.

FORD

Je vais la pratiquer 3 moi!... Hors de ma porte, sorcière, vous torchon, vous friperie, vous putois, vous, rogne... (Il la bâlonne.) dehors ! dehors I je vous conju-rerai, je vous dirai la bonne aventure ! (Falstaff se sauve.)

Mrs PAGE.

Vous n'êtes pas honteux ! Vous avez tué la pauvre -femme !

M-rS FORD,

Oui, il lé fera... c'est un bel honneur pour vous 1

FORD

Qu'on la pende, la sorcière !

EVANS

Par oui et par non, je crois en effet que la femme est une sorcière... je n'aime pas

4 A quean, une gouine — argot français.

2 Daubery — français dauber, se moquer— En anglais le sens s'est tout à fait déplacé:. Àùj&"ûr-d'hui un dauber est. un mauvais peintre, un barbouilleur, ne valant pas mieux que le .maçon qui.crépit — daubs — un mur

8 Jeu de mots — Prat — pratiquerj quand une femme a une grande barbe... j'ai guetté une grande barbe sous son voile...

FORD

Voulez-vous me suivre, messieurs ? Je vous en prie, suivez. Voyez seulement l'issue de ma jalousie. Si je ne crie pas à la piste, n'ayez jamais foi en moi quand j'ouvrirai de nouveau la voie...

PAGE

•Obéissons encore une fois à son caprice. Venez, gentlemen ! (Sortent Page, Ford, Shallow et Evans.)

Mrs PAGE.

Croyez-moi, il l'a battu pitoyablement.

Mrs FORD.

Non, par la messe, il ne l'a pas fait. Il l'a battu, il me semble, très impitoyable-ment1...

Mrs PAGE.

Je ferais consacrer le bâton et je le pendrais au dessus de l'autel. Il a fait méri-toire service.

Mrs FORD.

Que pensez-vous ? Nous faut-il, du droit de notre féminité et avec le témoignage d'une bonne conscience, le poursuivre de plus longue vengeance ?

Mrs PAGE.

Le démon de la luxure est, pour sûr, chassé hors de lui ; à moins que le diable l'ait en toute propriété, avec amendes et répétition, il ne viendra jamais, je crois, sur la voie de perdition, s'attaquer à nous.

Mrs FORD.

Dirons-nous à nos maris comment nous l'avons arrangé?

Mrs PAGE.

Oui, de toutes les façons, ne serait-ce que pour arracher les visions de la cervelle de votre mari. Et s'ils trouvent dans leur volonté-que le pauvre gros vicieux de che-valier doit être maltraité davantage, nous deux serons encore les exécutrices.

Mrs FORD.

Je garantirais qu'ils le voudront déshonorer publiquement. Et, à mon avis, il n'y aurait de conclusion à la plaisanterie s'il n'était publiquement déshonoré.

Mrs PAGE.

Venez avec cette idée à la forge pour lui donner forme. Je ne voudrais pas que les choses refroidissent. (Elles sortent.)

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