CHANSONS
Fi des fantaisies pécheresses 1
Fi de débauche et de luxure !
Débauche n'est qu'un feu de sang,
Allumé par désirs impudiques,
Nourri dans le coeur et dont la flamme aspire,
*'■ Les Anglais ne mettent qu'un N à lîonny. En effet ils écrivent honour, honesty.
2; The miâdle eanh : La terre qui'est entre le ciel et l'enfer.
Comme les pensées la poussent, plus haut et plus haut.
Pincez-le, fées, toutes ensemble. .
Pincez-le pour ses vilenies
Pincez-le, brûlez-le et tournez autour de lui
Jusqu'à ce que chandelles, étoiles et lune soient éteintes !
Pendant la chanson, les fées pincent Falslaf. D'un côté vient le docteur Calas qui enlève une fée habillée en vert: d'un autre côté Slender enlève une fée en blanc: puis Fenton arrive qui enlève Anne Page. Toutes les fées s'enfuient. Falslaf ôfe sa tête de cerf et se dresse.
Entrent PAGE, MISTRESS PAGE el MISTRESS FORD qui s'emparent de lui.
PAGE
Non, ne fuyez pas! Je crois que nous vous avons attrapé maintenant! N'y-a-t-il ici que Herne le chasseur pour, vous tirer d'affaire !
Mrs PAGE.
Je vous en prie, allons, ne menons pas la plaisanterie trop loin. Eh bien, bon Sir John, comment aimez-vous les femmes de Windsort Et vous, mon mari... (Elle montre les cornes.) Cette belle paire ne convient-elle pas à la forêt mieux qu'à la ville ?
FORD
Eh ! Sir, quel est le cocu maintenant ? — Maître Brook, Falstaff est un gredin,. urt gredin de cocu ! Voilà ses cornes, maître Brook, et, maître Brook, il n'a joui de rien qui soit à Ford, excepté de son panier à lessive, de son bâton et de vingt livres d'argent — et qu'il faudra payer à maître- Brook : ses chevaux sont saisis pouf la somme, maître Brook I
Mrs FORD.
Sir John, nous avons eu mauvaise chance. Nous ne pouvions jamais nous rencon-trer. Je ne vous prendrais plus pour amoureux, mais je vous compterai toujours pour mon cerf *.
FALSTAFF
Je-commence à percevoir qu'on a fait de moi un âne.
FORD. '
Oui, et un boeuf aussi. Pour les deux les preuves existent.
' FALSTAFF
Et ce ne sont pas des fées ! Deux ou trois fois, j'ai eu dans l'idée que Ce n'était pas des fées :et pourtant, ma conscience coupable > la soudaine surprise de mes facultés m'amenaient à accepter ces grosses sottises, en 'dèpiï.2 dé toute rimé et raison, comme croyance possible que c'étaient des fées. Voyez matotehâht êôrrimê' l'esprit peut devenir un Jack-Carême, quand il est à mauvais emploi* •
.'■ EVANSi:
Sir John Falstaff, servez" Dieu, iaissez4a vos vices et lès.'fées; ne vous pincef©rit plus. ■
1 Plaisanterie déjà indiquée sur deer, cerf, et dear, chéri.
2 In despile tketeeth of ail rliyme and, reason. — Cette expression — in despile of theieeth -W
en dépit dés dents répond au vieux français — maugré ses dents —qui veut dire iiialgré tout, quand
même.
FORD
' Bien dit, Sir Hugh. ,
EVANS, à Ford.
.Et laissez-la aussi vos jalousies, je vous prie.
FORD, à Evans,'
Je ne me défierai plus de ma femme maintenant, jusqu'à ce que vous puissiez lui ., faire la'cour'en bon anglais...
FALSTAFF
Ai-je mis ma cervelle à. sécher au soleil qu'elle manque de matière pour prévenir une aussi grosse attrape ? Suis-je monté par un bouc welche ? Àurai-je un. bonnet de drap frison * 1 11 est temps qu'on m'étrangle avec un morceau de frbmàgè grillé ! •'■'"..'/...- • ■ ••■•'-.'".•'-■
EVANS
Fromage n'est pas bon pour donner du beurre. Votre ventre est tout beurre... ".-.'■. FALSTAFF. - ..... " .'. .-
Fromage et beurre ! Ai-je vécu pour subir les brocards d'un individu qui fait Jdes : fritures d'anglais? C'est assez pour démolir la luxure et lès équipées de nuit 2, par tout le royaume. ,
Mrs PAGE. ■....',.• .■■'•".-,
Eh bien, Sir John, croyez-vous, quand même nous aurions poussé la vertu hors' de nos coeurs par la tête et les épaules et nous nous serions données sans scru^ pules à l'enfer, croyez-vous que jamais le diable aurait pu faire de vous notre délice? ."...■:
•-■■-• FORD. ■'■ ■■ ....:■.'..,■... •
Quoi ? un hachis de pudding ! un sac de filasse ?
Mrs PAGE.' ' ...'...
Un homme soufflé ! •
PAGE
Vieux, refroidi, fané, avec des entrailles intolérables.
FORD
Un qui est aussi médisant que Satan!
. . PAGE. .'"..'.-•':'■ : Et aussi pauvre que. Job! . . • '. : ■.•■ .:: . ' ';., :
FORD.. !....'..;;.'.'. . . ■ ; •; '..':.; '. ';;::.:,..'
Et aussi méchant que sa femme !
EVANS
. Et adonné aux fornications, et aux tavernes et au vin d'Espagne et aux autres; et a T hydromel et aux boissons et aux blasphèmes, et aux insolences.et auxquer'eileset ; coeter.a * !... "'■'■■ ■■ ; :::.'!.:. '::.-.-; ...... v. ;:.:..-,;.'..■.-.."..•i ;■,■■;:.-•.■:■ 1 : FALSTAFF. v; - ' ■ - - " . ' !v ' '"j :y:. "y y; - ]y viy ; -
Bien, je suis votre plastron. Vous avez le pas sur' moi : jéisuis; a bas.', J^rré: suis
* A cox-comb, un bonnet de fou, en forme de crête de coq.
2 The late-walking, nous disons aujourd'hui le noctambulisme. "
3 Pribbles and prabbles, mots dont le sens réside surtout dans l'onomatopée, ainsv que Diras avons
en' français des criques et des craques, de bric et de broc, etc pas capable de répondre à cette flanelle 1 welche... L'ignorance elle-même peut s'exercera mes dépens 2. Usez de moi comme vous voudrez!
FORD
Pardieu, Sir, nous allons vous porter à Windsor, chez un certain maître Brook, auquel vous avez escroqué de l'argent et pour qui vous vouliez faire l'entremetteur : au dessus etpar dessus tout ce que vous avez souffert ce sera, je crois, pour vous mordante affliction que de rendre cet argent.
Mrs FORD.
Non, mon inâri, laissez aller cela, ce sera votre amende. Abandonnez cette somme, et ainsi nous serons tous bons amis.
FORD
Bien. Voici ma main. A la fin tout est pardonné 3.
PAGE
Et maintenant sois joyeux, chevalier. Tu mangeras ce soir chez moi un bon pos-set 4, et je veux que tu te moques de ma femme qui maintenant se moque de toi, dis lui que Slender a épousé sa fille.
Mrs PAGE, à part.
Les docteurs doutent de ça]: si Anne Page est ma fille, elle est maintenant la femme du Docteur Caïus.
SLENDER, entrant.
Holà ! Ho ! Ho ! père Page !
PAGE
Mon fils, eh bien, mon fils, avez-vous dépêché l'affaire.
SLENDER
Dépêché!... Je défie le meilleur du comté de Glocester de savoir ça... sinoni là, que je sois pendu !....•
PAGE
Quoi, donc, fils ?
SLENDER
Je suis allé là-bas à Eton pour épouser mistress Anne Page... et c'était un grand lourdaud de garçon ! Si ça n'avait été dans l'église, je l'aurais secoué... ou il m'au-rait secoué ! Si je n'avais pas cru que c'était Anne Page, que jamais je ne bouge plus... et c'était le gars d'un maître de poste !
1 La flanelle se faisant au pays de Galles, — Ainsi nous dirions : — Je n'ai pas à répondre à ce morceau de drap d'Elbeuf!... pour un habitant d'Elbeuf. Montégut a préféré transformer flannel en flamine, prêtre romain I- >
2• Is a plummet over me, passage dont l'obscurité a défié tous les commentaires. Plummet est
littéralement un plomb de sonde. En torturant ridée, on arrive à ceci : « L'ignorance elle-même à
plus de profondeur, de valeur que moi » ou encore en prenant le sens de fil à plomb : « L'ignorance
a plus d'aplomb, dé rectitude que moi ». Ces interprétations n'ont évidemment rien dé satisfaisant.
Mais il est un sens auquel il semble qu'on n'ait pas songé. En blason, plumeté signifie parsemé dé
mouchetures ayant la forme d'un bouquet de plumes. Il est admissible que Falstafî emprunte une
comparaison à l'art héraldique, et la phrase signifierait: — L'ignorance elle-même me mouchètej
m'éclabousse — ce qui rentrerait dans là logique du dialogue.
8 Ces deux dernières répliques sont omises par Montégut et F. V. Hugo.
* Voir la note, Macbeth, page 258. . -.
Sur ma vie, alors, vous avez pris ce qu'il ne fallait pas.,,
SLENDER. la-m ■
Quel besoin avez-vous de me dire ça ? Je le crois, puisque j'ai pris un garçon pour une fille. Si je l'avais épousé — car il était tout à fait en appareil de femme — je n'aurais pas voulu de lui.
PAGE
Eh 1 c'est votre propre sottise ! Ne vous ai-je pas dit que vous reconnaîtriez ma fille à sa parure !
SLENDER
Je suis allé à celle en blanc et j'ai crié Muni et elle a crié Budget ! comme nous en étions convenus, Anne et moi. Et pourtant ça n'était pas Anne, c'était Je gars d'un maître ^$*ilk nfc^JMB
Jésus ! master Slender, ne pouvez-vous pas .fjiP^l|l ^"-^^Ëtlflt voir si vous épousez un garçon ! $£ÊiÈÊm!IL, WÊim^
Oh ! je suis vexé, à plein coeur! Que dois-je O ra y /"^.„;%,:\ mMÊmi
Bon George, ne soyez pas en colère. Je ^ ■■■■A--fX-''''!'o:Vj'''^%jP^)Bi^& connaissais votre projet: j'ai changé en vert le ►.-■'••v-ySîffS^'v , costume de votre fille, et, en vérité, elle est ^ maintenant avec le docteur au Doyenné et là, mariée 1
CAÏUS, entrant.
Où est mistress Page ? Bigre, je suis filouté ! J'ai épousé un garçon » un gars I un paysan, bigre ! un gars ! ce n'est pas Anne Page ! Bigre 1 je suis filouté 1
Mrs PAGE.
Pourquoi ? Avez-vous pris celle en vert ?
CAÏUS
Eh oui, bigre! et c'est un garçon!... Bigre, je vais ameuter tout Windsor. (// sort.)
FORD
C'est étrange... qui a pris la vrai Anne ?
PAGE
Mon coeur a des craintes... voici maître Fenton.,. (Entrent Fenton et Anne Page.) Eh bien maître Fenton ?
ANNE
Pardon, bon père ! ma bonne mère, pardon!
PAGE
Eh bien, mistress I par quel hasard n'ètes-vous pas parti avec maître Slender?
Mrs PAGE.
Pourquoi n'ètes-vous pas partie avec le maître Docteur, ma fille ?
* En français dans le texte, ainsi que le mot paysan.
FENTON
Vous l'affolez. Écoutez la vérité. Vous l'auriez mariée très indignement, là où il n'y avait nul échange d'amour. La vérité est qu'elle et moi, depuis longtemps enga-gés, sommes maintenant si sûrement liés, que rien ne peut nous séparer. C'est une offense sainte qu'elle a commise. Et cette tromperie perd le nom de fraude, de désobéissance, de toute appellation contre le devoir, puisqu'aussi elle a évité, esquivé un millier d'heures d'irréligieuse malédiction, dont un mariage forcé l'eût accablée.
FORD
Ne nous exaspérons pas. Il n'y a pas de remède. En amour, le ciel lui-même guide les états. L'argent achète la terre, mais les épouses sont vendues par le destin.
FALSTAFF
Je suis content, quoique vous ayez pris position pour me frapper, que votre flèche ait glissé 1
PAGE
Bien 1 quel remède ? Fenton, que le ciel te donne joie! Ce qui ne peut être esquivé * doit être embrassé 1
FALSTAFF
Quand courent les chiens de nuit, toutes sortes de cerf sont chassés.
EVANS
Je danserai et mangerai des prunes à votre noce.
Mrs PAGE.
Bien, je ne. ferai pas plus longtemps la moue. Maître Fenton, que le ciel vous donne beaucoup, beaucoup de joyeux jours I Bon mari, allons-nous-en tous à la maison, rire de celte aventure autour d'un feu de campagne... Sir John et tout le monde.
FORD
Parfaitement!... Sir John, vous allez tenir parole à maître Brook... car cette nuit, il va coucher avec mistress Ford. (Ils sortent.)
< Eschetved, exactement le mot français esquivé — roman, éc/iivé. NOTE. —Napoléon, nous apprend M™° de Ré- r musat, reprochait à Henri IV d'avoir manqué de p gravité. Nos critiques ne sont pas éloignés d'a^ 11 dresser le même blâme à Shakespeare. Du génie, 1 soit, mais quel manque de ternie 1 C'est qu'en c effet en France, depuis la désastreuse époque où I Louis XIV a façonné nos âmes à la grandiosité, 1 il n'est pas tenu à éloge de se montrer trop gai* < Il convient que, même en ses rires, l'honnête s homme, comme on dit, sache garder la mesure. 1 Peut-être admettra-t-on le rire du Titan, mais < point celui du gai et exubérant compagnon qui, i les coudes sur la table, s'esclaffe, et, sans souci '.< du qu'en dira-t-on, profère de grosses et sonores ] bêtises pour s'amuser, soi et ses amis, l'Esprit ne ! doit rire que du bout dés lèvres : et on n'est pas éloigné de faire un crime à notre Molière des : grosses facéties de Scapin ou du Bourgeois gen-tilhomme.
Quant à Shakespeare, bien qu'en ces dernières années l'indulgence lui ait été acquise, cependant les critiques les plus autorisés ne manquent pas de glisser quelques réserves au sujet de ses énor-mes drôleries ; Hugo, qui n'était point cependant d'humeur triste, mentionne à peine les Joyeuses Commères. Par contre son fils, en un élan de romantisme échevelé, a accumulé, à propos de Falstaff, les hyperboles les plus étonnantes. — Supprimez de l'art cette création : un vide énorme se fait dans l'art... C'est une personne et c'est un type... il se nomme Falstaff et il s'ap-pelle Légion,.. Ce grotesque unique est né du prodigieux accouplement du sensuel et de l'idéal... Le sublime a pour fantôme le grotesque. »
Ainsi pendant quatre pages.
Si nous nous réservons d'étudier plus complè-tement cette amusante figure, dans la note quj suivra les deux Henri IV, nous pouvons dès à présent tenter de la remettre au point ; et sans qu'il soit nécessaire, croyons-nous, d'enfourcher Pégase ou d'aller déranger Satan, Falstaff nous apparaît comme un personnage comique, de large envergure, bien campé, bien complet et en pos-ture de provoquer le rire, selon l'intention du poète. Mais il messied de le retirer de son cadre pour le jucher, comme géant du rire, sur quelque mont colossal.
II se mêle admirablement aux faits et aux per-sonnages de la Comédie qui, n'en déplaise à nos critiques officiels, est excellente de tous points, comme farce et comme pièce d'observation, et il faut encore ajouter qu'elle est des mieux faites, des plus habilement combinées, et qu'elle doit encore servir de modèle à nos faiseurs de vaude-villes et de scènes comiques.
Gomme protagonistes, nos deux commères sont d'une excellente vérité. Ce sont bien là deux bonnes bourgeoises de quarante ans, fraîches,
grasses, avenantes, n'ayant aucune des mièvre--
ries des femmes de cour, et honnêtes, tout sim--
plement, parce qu'elles sont heureuses, dans le
milieu qui leur plaît, et que leurs maris sont de ■
braveë gens. Le goût français, jusqu'ici, ne s'ac--
commode guère de ces sortes de personnages.
Nos grosses bourgeoises de théâtre doivent, par
principes d'un esthétisme obligatoire, être des
commères ridicules, amoureuses bien entendu. La
simple honnêteté ne nous apparaît pas comme
scénique. La fidélité au mari, ou mieux- à l'état
de ménage, nous semble quelque peu bas. Et il
ne nous conviendrait pas d'en faire le ressort
d'une pièce. Là est donc, pour nous, la véritable
hardiesse de Shakespeare. Non pas que, ainsi que
l'a écrit M. Mézières par une évidente erreur, il
ne se trouve dans Shakespeare, femmes parjures
ni fausses, observation superficielle à laquelle
répondent la Gertrude d'Hamlet et Lady Macbeth ;
non point qu'il outre la morale au point de ne
point admettre que certaines en aient l'irrespect,
ainsi que le prouvent les théories d'Emilia à
Desdemona.Mais sans pruderie, avec un sentiment
vrai de la réalité, il a développé cette idée — que
des femmes peuvent être gaies sans être impudi--
ques, selon l'observation très juste d'une des deux
commères. Pas un instant là vanité ne leur monte
au nez : la recherche de Falstaff leur apparaît, dès
la première minute, ridicule, absurde, grotesque.
Elles n'ont pas d'autre pensée que de faire des
gorges chaudes à ses dépens : d'ailleurs Mrs Ford
dit très justement : — Faut-il que j'aie esquivé
jusqu'ici les lettres d'amour pour en être accablée
atijourd'hui I — Donc- elles n'ont même pas co--
queté : elles représentent cette classe d'honnêtes
femmes qui, occupées de leur ménage,; de leurs
enfants, de leur lessive, se contentent parfaite--
ment du conjugalisme moyen, estimant qu'elles
ont à remplir une mission de ménagères et de
bonnes compagnes.
Ce qui trompe Falstaff, c'est qu'à la cour le rire
de la femme cache toujours une arrière-pensée :
n'étant jamais franc, il confine au badinage ero--
tique. 11 n'en va pas ainsi chez nos belles et
bonnes commères, qui sont toute franchise et
épanouissement.
Les deux maris sont eux-mêmes bien posés. —
Ford a confiance en sa femme. Mais au fond il est
: encore amoureux d'elle et il admet fort bien qu'on
1 ' puisse courtiser ses belles couleurs^ et sa robuste
saiité. Iln'apas honte d'être jaloux. Il l'avoue, il le
l crie sur les toits. Il n'use d'aucun compromis, il ne
, tergiverse pas. Gemotdecocuquelui ressassé Fais*
t taff, dans une scène qui rappelle celle où ïago
torture le Maure par ses allusions brutales à l'ac--
couplement de Desdemona avec Cassio, fait hor--
t reur à ce brave homme, dont, on le sent bien, le
i coeur souffrirait de l'accident plus encore que
, l'amour-propre. Type très naturel dans cette bour--
geoisie non corrompue, aussi naturel, d'ailleurs, que celui dé Page, le bon confiant, qui pas un instant ne croit à la félonie de sa femme.
Point encore très intéressant, il y a pourtant lutte entre Page et sa femme, mais lutte absolu-ment courtoise au sujet du mariage de Mrs Anne. Par une seconde erreur, plus singulière peut-être que la première, M. Mézières — dans son honorable désir de montrer en Shakespeare un homme du monde imbu des principes de morale en cours dans nos salons —affirme « qu'il entoure d'une auréole de dignité et de noblesse la phy-sionomie du père de famille... remplissant leur devoir avec autant de fermeté que d'intelligence. » Le lecteur a-t-il oublié le ridicule Polonius, et, quant à l'autorité paternelle, n'est-elle pas singu-lièrement amoindrie par la brutalité du père Capuletouparles exigences autoritaires d'Egeus?.. Et, en ce qui concerne les Joyeuses Commères, comment justifier cette dernière observation : « L'amour finit par triompher, mais sans que celte victoire affaiblisse l'autorité du père. » Eh bien, et le mariage de Fenton avec Anne Page. Le père, lanière, présentaient chacun leur candidat. Conclusion : Anne s'enfuilavec un troisième'qu'ils repoussaient. Cela n'affaiblit-il pas quelque peu l'autorité du père?
Notre faute, c'est de vouloir toujours affubler les personnages de Shakespeare des qualités ou des défauts des nôtres. Ce qui ressort au contraire .dos combinaisons du poète anglais, c'est que, dans son pays, le respect de la conscience indivi-duelle prime tout. Capulet, brutalement autori-taire, est odieux. Page et sa femme, voulant con-traindre les sentiments de leur fille, sont ridicules. Ce qui triomphe, c'est la volonté personnelle de l'enfant, et les pères, auxquels on a résisté, s'in-clinent devant ces manifestations de conscience. Si on devait tirer quelques conséquences de ces observations, c'est que l'esprit de Shakespeare» largement ouvert à l'équité, était dégagé de toute intolérance catholique et estimait à sa juste valeur le dogme de l'autorité.
Ces quatre personnages des Joyeuses Com-mères, en qui d'ordinaire on ne voit que des com-parses de Falstaff, sont, au contraire, des êtres bien vivants, de belle venue et de justes propor-tions. Ceci est de la bonne et delà saine comédie, à laquelle vient se mêler alors le puissant bouffon qu'est Falstaff.
Shakespeare l'a choisi à dessein pour le tenta-teur des deux bonnes commères. Car si quelque considération devait troubler leur quiétude mo-rale, ce serait la qualité de — Knight ■— qui appartient à Sir John. JJ6. respect excessif des Anglais pour les titres justifierait une faiblesse, et la vertu des Dames Ford et Page s.e rehausse du peu d'effet que ce mot — chevalier — produit sur lpur entendement. Du reste, elles ont de la noblesse à la fois dédain et quelque crainte,
Fenton ne trouve pas grâce auprès des époux
Page, qui estiment bien plus — en leur qualité de
bourgeois — quelques sacs d'écus bien pleins et
une conduite régulière. Notez même, en passant,
que la qualité d'étranger — de Français — du
DrCaïu s ne prévaut pas un seul moment contre
lui. De bons maris — ceux qu'ils espèrent tels,
bien entendu — plutôt que des chevaliers, beaux
viveurs et sans le sou.
Du reste, Falstaff, tout chevalier qu'il est, a cent
raisons de ne point émouvoir celle qu'il suppose
de si facile conquête. Son infatualion grotesque
s'oppose à ce qu'il se voie tel qu'il est, obèse,
hachis de pudding, sac de filasse, médisant, pau--
vre et méchant. Sa chevalerie se croit tellement
supérieure à celte bourgeoisaille, qu'il écrit ses
deux billets comme sommation d'un conquérant à
villes ouvertes. Sans l'exubérante gaieté de Sha--
kespeare, il serait parfaitement odieux, mais, en
fait, c'est un personnage excentrique à la façon de
Bilboquet des Saltimbanques ou de Robert Ma--
caire. Comme ces deux fantoches,c'est un vicieux
de fonds, dont le cynisme amuse par son excès
même. Bien plus, c'est l'alcoolique crapuleux,
ayant, entre deux ivresses, les saillies stupéfiantes
et les blagues formidables. Que de nobles ruines
conservent comme dernière fortune une audace
et un orgueil, encore séduisants pour quelques
naïfs! Mais contre le robuste bon sens de ces
Windsoriens, toutes ses manigances ne prévalent
point : et c'est sans scrupule que les deux com--
mères offrent son dos à une raclée de coups de
bâton.El à cepropos, comment encore M. Mézières
a-t-il pu écrire que Shakespeare évite à dessein
les scènes où la main et leur pied jouent leur rôle.
Cette monomanie de découvrir en lui un auteur de
— bon goût — s'accorde-t-elle avec les coups
dont Capulet menace Juliette, avec le horion très
réel qu'Othello administre à Desdemona, avec les
coups de trique dévolus à Falstaff. Et que dire de
ces manifestations parfaitement physiques —brû--
lures et pinçons sur le chêne de îierne ? De ces
coups, Shakespeare ne fait pas une question de
principes, pas plus que de leur absence. Il cogne
quand il faut et quand il le veut. C'est faute à
notre académicien dont les études sont d'ailleurs
si excellentes — que de toujours vouloir établir
des systèmes là où il n'y a que des occasions.
Shakespeare —■ d'ailleurs —n'a pas philosophé
en cette facétie exhilarante : il a amoncelé tout ce
qui pouvait provoquer le gros rire de la foule. Les
prétendants d'Anne Page, Slender, Gaïus, Sir
Hugh Evans, sont bons pantins de fête foraine,
avec leur stupidité, leur prononciation grotesque,
leurs fautes de langue. Avec une habileté qui
prouve un fonds de joyeuseté personnelle, Sha--
jcespeare ne laisse pas un seul instant respirer son
public. Le moindre comparse, — tel que ■— Mon
Hôte de la Jarretière — concourt à l'effet, remplit un vide, fait le pont entre deux scènes de vrai comique. Ainsi encore de la scène drolatique où Sir Hugh interroge le petit Page. Ainsi surtout des trois sacripants qui entourent Falslaff, l'un avec son-nez cramoisi, que nous retrouverons dans Henri IV, les deux autres avec leur dignité idiote, quand ils s'avisent de refuser un mandat, digne de Pandarus de Troie, sans oublier cette excellente Mrs Quickly, qui voudrait contenter tout le monde pour loucher de toutes mains. Il est bien entendu que, physiquement, le costume, les allures, les attributs comiques de ces divers gui-gnols ajoutent à l'irrésistible effet de leur balour-dise ou de leur excentricité.
Nos adaptateurs ont passé auprès des Joyeuses Commères sans y toucher, sans doute parce que celle grosse bouffonnerie ne leur paraissait viable, ni à la Comédie Française, ni à l'Odéon. Mais
notre conviction absolue est que, sur un théâtre
populaire, elle aurait devant le bon public, devant
les gais compagnons, un succès très réel, à cette
condition unique d'être outrancière dans la gaieté,
dans la fantaisie, adaptée et écrite avec cette
seule préoccupation qui fut celte de Shakespeare,
faire rire avec une oeuvre à l'emporte-pièce, admi--
rablement charpentée et tout à fait honnête et de
saine morale.
Un dernier mot. — Le titre exact serait : les
joyeuses Épouses de "Windsor. — Il nous a paru
meilleur de conserver le titre traditionnel, de
même que nous n'avons pas modifié celui du
Songe d'une Nuit d'été qui devrait rigoureuse--
ment s'écrire — d'une nuit de mi-été. Ces pièces
sont trop connues pour que leurs titres puissent
être changés.
PRÉFACE bu TRADUCTEUR v
LETTRE DE M. VICTORIEN SARUOU. ." ' vi HAMLET. — Personnages et Avertissement 2 ACTE I. SCÈNE I. La plate-forme du château d'Elseneur 3