‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 29 sur 176 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE Une place publique. — Entrent SAMPSON et GRÉGORY 2, laquais desCapule/s,

armés d'épées et de boucliers.

SAMPSON

Grégory, sur ma parole, nous ne porterons plus le charbon 3 !

* Par réminiscence du théâtre antique et des Moralités, un personnage, pareil au Choeur ancien, vient expliquer en quelques vers le sujet de la pièce qui va être représentée. Ainsi dans Hamlet, avant la représentation du Meurtre de Gonzaguc.

2 Cette scène est absolument intraduisible : car elle consiste en un échange de jeux de mots, de calcmbourgs, ayant leur source dans dos onomatopées do langue anglaise qui naturellement n'existent pas dans la langue française. Ainsi les quatre premières répliques roulent sur les mots coal, charbon, colliers, porteurs, c/ioler, colère, clcollar, collier de chanvre. Guizot, esprit joyeux, essayait de forger dos équivalents français. Nous croyons préférable d'avouer notre impuissance.

Ces laquais sont deux grotesques, chargés, tout en échangeant des lazzis, d'engager l'action.

3 Carry coals, phrase proverbiale qui signifie — subir des avanies, être le dindon de la farce, le souffre-douleur. On a beaucoup discuté sur le sens exact du mot coals. Un auteur a fait remarquer que le charbon do terre était presque inconnu à l'époque de Shakespeare, et il voit dans coal un mot signifiant fardeau, et rappelant notre forme colis. C'est ingénieux. Mais le charbon de bois était connu au xvi° siècle et même avant. Et Shakespeare n'a pas spécifié qu'il s'agit de houille.

"Waltor Scott a employé la môme expression — carry coals — dans le sens de tout supporter sans se plaindre. \}2

CRÉGORY.

Non, Car alors nous serions des charbonniers.

SAMPSON

Je veux dire que, si nous sommes en colère, nous tirerons l'épée.

GRÉGORY

Ouais ! tant que vous vivrez, tirez... votre cou du collier de chanvre !

SAMPSON

a,- Je frappe vite; quand je suis remué.

.J-JmtL. GRÉGORY.

• - WpW Mais tu ne te remues pas vite pour

' MRS» '■"* frapper.

tâSSÊS&lf SAMPSON.

|pQHf 's-itég&m. *&Èk& ^c clu' me remue> c'est un chien de

" Ifïliill T^§s9HSwlNfri 'a ma'son de Montaigu !

K': *^^' .îifJËiuSglJgraflPjnFniffijflll ;- GRÉGORY WÊÊÈÈ IfitlÉi "«HBfflffllMlr^ ^c rcmucr--- c'est filer! et être vail-- S^^%ftp^? 'SP^ ^M 'ailt- c'est rester cn place! Donc si tu es

SSpHPW^i ^^w^ '|SB> Un chien de cette maison me remue'... JV ' |4*^«^^|i;l'!É! 1 '■ TOJWII à rester en place. Je prendrai le côté du itift" iftl&ÊhPi' ïïe^mÊËZt ^ift ^îNp niur contre tout gars ou fille des Mon-i^BISr^iaM 1ï»P';'-;;:' i' '/ GRÉGORY.

^wlHli^^É m'Ëfl imlllï!^' ^ÉËt) Cela te montrera esclave et. faible, ^'-;-l^ïïKl^^^^^^^«l''iBlllï^S^iÉi^BÉ^r car cc sont 'es P'us fables qui sont mis B«HiPSffiWH^^^^^^a,H^^«ISriHH": au rnur.

flB^^^Wirw^^P™' SAMPSON.

aBJU^--^^j^SSi^^^»^^^^^^-• "'■ ^ra' ' L'onc 'es 'cmmcs — étant la IBKPP^r^^.S' '"^slEX^"- P^us fa'ble vaisselle — sont toujours je-- ^^^^^S>-/^^^^^^^^""■"" ' ^^ tées au mur. Donc je repousserai du mur

les gars des Montaigu et pousserai leurs

Une place de Vérone. «...

filles au mur.

GRÉGORY

La querelle est entre nos maîtres — entre nous et leurs hommes.

SAMPSON

C'est tout un. Je veux me montrer tyran. Quand j'aurai bataillé avec leurs hommes, je serai cruel avec leurs filles... je leur couperai la tête...

GRÉGORY

La tête aux filles.

SAMPSON

Oui, la tête aux filles ou leur pucelage 2 prends ça dans le sens que tu voudras.

1 Suite de jeux de mots sur to move, remuer — To be rnooed, être ému ■*- To move on, s'enfuir,

3 JMaidcn/iead, le mot a CQ double sens.

ROMÉO ET JULIETTE D33

GRÉGORY

Elles prendront ça dans le sens où elles le sentiront.

SAMPSON

Elles me sentiront tant que je serai capable de me tenir reete... c'est connu, je suis un joli morceau de viande.

GRÉGORY

C'est bien que tu ne sois pas un poisson, si tu l'étais, tu ne serais que merluche *. Tire ton outil! En voici venir de la maison des Montaigu2...

Entrent ABRAHAM et BALTHAZAR, valets des Montavgus.

SAMPSON

Mon outil est tout nu, dehors. Querelle, je serai dans ton dos...

GRÉGORY

Hein!... pour tourner le dos et filer 3 !...

GRÉGORY

Quand ils vont passer, je vais froncer le sourcil... qu'ils prennent cela comme ils voudront!...

SAMPSON

Non ! Comme ils l'oseront! Je vais leur mordre mon pouce*... Honte pour eux s'ils le supportent...

ABRAHAM, à ScimpSOtl.

Est-ce pour nous que vous mordez votre pouce, monsieur?

SAMPSON

Je mords mon pouce, monsieur ! ~

ABRAHAM, insistant. ... "'

Est-ce pour nous que vous mordez votre pouce, monsieur ?

SAMPSON, bas à Gre'gory.

La loi est-elle de notre côté, si je dis oui ?

GRÉGORY. .'■..■..'''"■':! ;':.i ■'.*'- ■' . .

Non! .■'...■•.

SAMPSON, à Abraham.

Non, monsieur, je ne mords pas mon pouce... pour vous, monsieur!' Mais .je mords mon pouce, monsieur ! ^'"■:"~r.-™---™ -----

GRÉGORY, à Abraham.

Querellez-vous, monsieur ?

1 Poor John, un Pauvre Jean, nom populaire d'un morceau de morue salée, valant un farthing,,' deux liards. Ainsi nous appelons un hareng saur un gendarme.

2 Cette scène entre laquais grossiers et brutaux répond, au point de vue du procédé dramatique,, aux conversations entre domestiques par lesquelles s'ouvrent, pendant l'entrée bruyante des. specta-teurs, maints vaudevilles ou comédies de notre théâtre.

Quant aux plaisanteries plus que salées qui sont.céans, elle ne peuvent être bien comprises qjùe dans le texte. , ;' ;, '

3 L'action s'engage, les calembourgs cessent, preuve nouvelle que ce n'est là-qu'une, sorte dé parade pour occuper le théâtre jusqu'à ce que les spectateurs soient disposés à écouter. ?

4 C'est, d'après Gotgrav.e, le signe d'insulte qui consiste à faire claquer l'ongle du pouce entre ees dents,.. ' ' '..'■■'■'.- 'H

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