‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 31 sur 176 · ABRAHAM · texte numérisé non relu

ABRAHAM

Vous mentez 1

SAMPSON

Dégainez, si vous êtes des hommes ! (Bas.) Grégory, souviens-toi de ton coup d'épaté 2. (Ils se battent. — Benvolio accourt, tirant Cépée pour les séparer.)

1 Tybalt, Thibaut. — Le chat s'appelait, depuis longtemps, maître Thibaut, ce qui explique des plaisanteries à venir sur le prince des chats. Ce nom vient probablement du maître Tybcrt ou Diep-recht, le chat — adversaire de maître Ysengrin, dans le roman du Renard.

2 Ce mot d'argol rend exactement Stvashing blow, le coup qui fait du tapage, de l'esbrouffc. En allemand, deineu Schivadronen hicb — Ion coup d'escadron. Epate vient d'ailleurs de spada, épéc, — en roman, Spata, épée longue et sans pointe.

BENVÔLIO.

Séparez-vous, imbéciles ! Haut les épées ! Vous ne savez pas ce que vous faites !...

TYBALT, accourant à son tour.

Quoi ! Benvolio, as-tu dégainé contre ces valets sans coeur ! Tourne-toi par ici;.. et vois ta mort!

BENVOLIO.

Je ne fais ici que préserver la paix. Rengaine ton épée ou uses-en avec moi pour séparer ces hommes.

TYBALT

Quoi! avoir dégaîné et parler de paix! Je hais le mot comme je hais l'enfer, tous les Montaigus et toi-même!... A toi, couard! (Ils se battent. Au bruit accourent -des partisans des deux maisons qui se jettent dans la mêlée. Puis des citoyens avec leurs bâtons.) 1

LES voix, se croisant.

Des bâtons! des cannes! des pertuisanes ! Cognez! ÀssommezT-les! A bas les Capulets! A bas les Montaigus!

Entre le vieux CAPULET, en robe de chambre, avecLADY CAPULET.

CAPULET

Quel bruit est-ce là? Ho! donnez-moi ma longue épée!

LADY CAPULET, le retenant.

Une béquille! une béquille! Pourquoi demandez-vous une épée!

CAPULET, exaspéré.

Mon épée, ai-je dit! Le vieux Montaigu arrive et fait des fioritures 2 avec sa lame en nargue de moi!

Entrent le vieux MONTAIGU et LADY MONTAIGU.

MONTAIGU

Toi, scélérat de Capulet 1 [A Lady Montaigu.) Ne me tenez, pas! Laissez-moi aller!

LADY MONTAIGU, le tenant.

Tu ne remueras pas un pied pour chercher un ennemi!

Entre le PRINCE, avec sa cour.

LE PRINCE, s1 écriant :

Rebelles sujets ennemis de la paix, profanateurs de cet acier, teint du sang de vos voisins3... n'écouteront-ils pas? Hé ! Holà! Vous, hommes, brutes! qui éteignez le feu de votre pernicieuse rage dans là pourpre fontaine, issue de vos veines! So'us peine de torture, de ces mains sanglantes jetez sur le sol vos armes furieuises et êcour--

* Clubs. Ces gourdins ont donné leur nom aux assemblées populaires. Le patois normand a con^sèvv.è clave, gros bâton court,., claveau, massue. :

2 Flourisliès.

s Ncighbour-siàiiiëd, vôisinemént ensanglanté. : J tez la sentence de votre prince irrité... Ces querelles civiles nées d'un mot, bulle d'air — par toi, vieux Capulet, et par toi, Montaigu — ont trois fois troublé le repos de nos rues et fait rejeter aux anciens citoyens de Vérone les graves attributs qui leur conviennent, pour manier, en des mains aussi vieilles, de vieilles pertuisanes, décré-pites par la paix, pour séparer vos haines décrépites !

« Si jamais vous troublez encore nos rues, vos vies paieront caution pour la paix. Pour l'instant, que tout le monde s'en aille. Vous, Capulet, viendrez avec moi. Vous, Montaigu, venez cet après-midi pour connaître notre bon plaisir en celte alïaire, à la vieille Franche-Ville, lieu ordinaire de nos jugements. Encore une fois, sous peine de mort, que tous les hommes partent! (Sort le Prince avec sa suite, Capulet, Lady Capu-let, les citoyens cl les laquais. Montaigu reste avec Benvolio.)

La mêlée.

MONTAIGU

Qui a remis en perce 1 cette ancienne quereller Parlez, neveu. Étiez-vous là, quand cela commença?

BENVOLIO.

Ici étaient les laquais de votre adversaire et les vôtres, bataillant de près avant que je me sois approché. Je dégaînai pour les séparer : à cet instant vint le furieux Tybalt, avec son épée prête, que, tout en souillant un défi à mes oreilles, il tournail-lait au-dessus de sa tête, coupant le vent, qui, point blessé, le sifflait en mépris ! Comme nous échangions des coups de pointe et de lame, il en vint plus et plus qui bataillèrent des deux côtés, jusqu'à ce que vint le prince qui les sépara.

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