‹ Œuvres de William ShakespeareChapitre 87 sur 176 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Au château de Dunsinane. — Une chambre.

Entrent MACBETH, LE DOCTEUR et des SERVITEURS.

MACBETH

Ne m'apportez plus de rapports. {A part.) Qu'ils fuient tous! Jusqu'à ce que le bois de Birnam déménage à Dunsinane, je ne puis être infecté de peur. Qu'est-ce que le gamin Malcolm? n'est-il pas né d'une femme? Les Esprits qui savent toutes les circonstances mortelles ont ainsi prononcé: — Ne crains pas, Macbeth: pas un homme, né d'une femme, n'aura pouvoir sur toi! — Donc, fuyez, thanes menteurs et. mêlez-vous aux pourceaux anglais 2. L'âme que je détiens et le coeur que je porte ne dériveront pas sous le doute et ne naufrageront pas sous la peur... {Entre un servi-teur.) Le diable te damne à te rendre noir, faquin à face de crème !... Où as-tu pris cette tête d'oie?

LE SERVITEUR

Il y a dix mille...

MACBETH

Dix mille oies, misérable? . ..

LE SERVITEUR

Soldats, Sire.

1 Quand tout en lui a horreur d'exister.

2 English epicures. Épicuriens ne rendrait pas l'énergie d'une expression légendaire.

MACBETH

Va, frotte ta face et sur-rougis ta peur, gamin au foie couleur de lys! Quels soldats, torchon! Mort à ton âme! Ces joues de chiffon,Tes tiennes, sont conseil-leuses de peur! Quels soldats, face de petit lait 1!

LE SERVITEUR

L'armée anglaise, s'il vous plaît.

MACBETH

Ote ta face d'ici!... (Appelant.) Seyton!... j'aimai au coeur, quand je vois... — Seyton, hé! — Cette poussée me relèvera pour toujours ou me.jettera tout de suite en bas du trône. J'ai vécu assez longtemps : la route de ma vie est tombée en sécheresse, en feuilles jaunes, et tout ce qui devrait accompagner l'âge vieux, hon-neur, amour, obéissance, troupes d'amis, je ne dois plus chercher à l'avoir. Mais, en leur place, malédictions, non criées, mais profondes, des honneurs de lèvres, souffles que le misérable coeur voudrait, mais n'ose pas refuser... (Appelant) Seyton!

SEYTON, entrant.

Quel est votre gracieux plaisir ?

MACBETH

Quelles nouvelles en plus ?

SEYTON

Tout ce qui était rapporté est confirmé.

MACBETH

Je combattrai, jusqu'à ce que, de mes os, ma chair soit hachée. Donne-moi mon armure.

SEYTON

Elle n'est pas encore nécessaire.

MACBETH

Je veux la mettre. Encore plus de chevaux dehors, qu'on coure à travers le pays... qu'on pende ceux qui parlent de peur... Donne-moi mon armure... (Au mé-decin.) Comment va votre malade, docteur?

LE DOCTEUR

Pas aussi malade, My Lord, que troublée par des imaginations, .venant en foulé et qui la privent de son repos.

MACBETH. .-""'

Guéris-la de cela. Ne peux-tu pas soigner un esprit malade... arracher de sa mémoire une tristesse enracinée... raser les troubles écrits dans son cerveau* et avec quelque doux antidote d'oubli, nettoyer le coeur bourré de cette bourre dangereuse qui pèse sur le coeur?...

LE DOCTEUR

En ceci, le patient se doit soigner lui-même.

MACBETH

Jette la médecine aux chiens., je n'en veux plus!... (Aux serviteurs^ Allons, mettez-moi mon, armure... donnez-moi ma masse d'armes 2... Seyton, envoie...

1 Whcy signifie la partie aqueuse du lait, dépouillé de sa crème. Ce n'est donc pas le —lait caillé — de F. V. H.

2 Et non une lance. Staff ost un engin court et fout. Docteur, les Thanes me fuient. — Allez, mcssire, dépêchez! — Si tu pouvais, docteur, examiner l'eau 1 de mon pays, trouver sa maladie et la purifier en une saine et ancienne santé, je t'applaudirais à tous les échos pour qu'ils applaudissent de nouveau. — Ote cela, te dis-je 2! — Quelle rhubarbe, quel séné, quelle drogue pur-gative pourrait purger ce pays des Anglais!... — As-tu entendu parler d'eux?

LE DOCTEUR

Oui, mon bon Seigneur! Vos royaux préparatifs nous en ont appris quelque chose.

MACBETH, à Se/ton.

Porte mon armure derrière moi!... {Au docteur.) Je n'aurai l'effroi ni de la mort ni de la destruction, jusqu'à ce que la forêt de Birnam vienne à Dunsinane... (// sort.)

LE DOCTEUR

Fussè-je sauf et hors de Dunsinane que l'appât du gain difficilement m'attirerait ici. (// sort.)

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