‹ ŒuvresChapitre 2 sur 50 · IS · texte numérisé non relu

IS

komme a osé de nos jours catrepirenclre Tapologie dt cette journée. Lecteur , devine quel Cut l'ëtat de cet homme de saug? et si son ouvrage te tombe jamais sous la main,* dis à Dieu avec moi : 6 Dieu , garantis-moi d'iiabiter avec ses pareils sous un m^me toit.

IRRELIGIEUX , ^à], { Gram. ) , qui *n'a point de religion , qui manque àt respect pour les choses saintes , et qui n'admettant point de Dieu , regarde la piété et les autres vertus qui tiennent k leur existence et à leur cuhe , connue des mots vides de sens.

On n'est irréligieux que dans la société dont on est membre ; il est certain qu'on ne fera à Paris aucun crime à un manométan de son mépris pour la loi de Mahomet , ni à Constantinople aucun cnme à un chrétien de l'oubH de son culte.

Il n'en est pas ainsi des principes moraux ; ils sont les mêmes partout. L'inobservance en est et en sera répréhensifole dans tous les lieux et dans tous les temps. Les peuples sont partagés en diiérens cultes , religieux ou irréligieux , selon l'endroit de la nirface d€ la terre oii ils se transportent ou qu'ils habitent ; la morale est la même partout.

Cest la loi universelle que le deigt de Dieu a gravée dans tons les cœurs.

Cest le précepte étemel de la sensibilité et des besoins communs.

H ne faut donc pas confondre l'immoralité et l'irréligion. La Bioralité peut être sans la religion ; et la religion pent être, est même souvent avec l'immoralité.

Sans étendre ses vues annlelà de cette vie , il j a une foule de raisons qui peuvent démontrer à un homme , que pour être heu* rem dans ce monde, tout bien pesé , il n'y a rien de mieux à ûiire qne d'être vertueux.

Il ne faut que du sens et de l'expérience , poor sentir qu'il n'y a aucun yice qui n'entratne avec lui quelque portion de malheur, et aucune vertu qui ne soit accompagnée de quelque portion de bonheur ; qu'il est impossible que le méchant soit tout-à-fait heureux , et rhomrae de bien tout^à-fait malheureux ; et que malgré l'intérêt et l'attrait du moment, il n'a pourtant qu'une conduite k tenir.

D'irréligion , on a fait le mot irréligieux , qui n'est pas encore fort usité dans son acception générale.

ISOLÉ, ISOLER ( Gramm. ) , c'est séparer du reste, rendre seul. On inole un corps àes autres ; un bÀtiment du feste d'une habitation, une statue dans un jardin , nne figure sur un tableau , ase colonne du mur , etc.

Cb homme is^U est un honuae libre, indépendant ^ qui ne

tient k rien. On sVp&rgne bien des peines ; mais on se prive d« beaucoup de plaisirs en s'isolanC. Y a-t-il plus à gagaer qu'à perdre ? je n'en sais rien. L'expérience m'a appris qu'il y a bien des circonstances oii l'homme isolé devient inutile à lui-même et aux autres : si le danger le presse , personne ne le connaît , ne s'intéresse à lui , ne lui tend la main. Tï a négligé tout le monde , il ne peut dans le besoin solliciter pour personne.

Les connaissances prennent beaucoup de temps ; mais on tes trouve dans l'occasion. On est tout à soi dans la solitude ) maia on est seul dans le monde. ^

En né se montrant point , on laisse aux autres la liberté de nous imaginer comme il leur plait ; et c'est un inconvénient ; on risque tout à se montrer. Il vaut encore mieux qu'ils nous imaginent comme nous ne sommes pas , que de nous voir comme nous sommes.

JUDICIEUX , adj. ( Gramm. ) , qni marque du jugement , dd l'expérience et du bon sens. On entend plus de choses ingénieuses et déb'cates , que de choses sensées eijudicieuaeë. Il n'importe de plaire qu'aux hommes judicieux ; ce sont leur autorité qui entraine l'approbation des contemporains , et leurs jugemens que l'avenir ratifie. Un trait ingénieux amuse en conversation 5 mais îLn'y a que le moi judicieux qui se soutienne par écrit.

JUIFS ( Philosophie des ). Hist. de la Philos, Nous ne con^ naissons point de nation plus ancienne que Iskjuiue. Outre sou antiquité , elle a sur les autres une seconde prérogative qui n'est pas moins importante ; c'est de n'avoir point passé par le polythéisme j et la suite des superstitions naturelles et générales pour arriver à l'unité de Dieu. La révélation et la prophétie ont été les deux premières sources de la connaissance de ses sages. Diea se plut à s'entretenir avec Noé , Abraham , Isaac , Jacob f Joseph, Moïse et ses successeurs. La longue vie qui fut accordée à la plupart d'entre eux , ajouta beaucoup à leur expérience. Le loisir de l'état de pâtres qu'ils avaient embrassé , «tait trè»-favorable à la méditation de la nature. Chefs de familles nombreuses, ils étaient trës-versés dans tout ce qui tient à l'économie rustique et domestique , et au gouvernement paternel. A l'extinction du patriarchat , on voit paraître parmi eux un Moïse , un David , un Salomon , un Daniel , honunes d'une intelligence peu com^ Binne , et à qui l'on ne refusera pas le titre de grands législateurs. Qu'ont su les philosophes de la Grèce , les Hiérophantes de l'Egypte , et les Gymnosophistes de l'Inde qui les élève au-dessus des prophètes ?

N4àé construit l'arche ^ sépare les animaux purs des animaux

impars , 8€ pourvoit des substances propres à la nourriture d'une I infinité d'espèces différentes , plante la vigne , en exprime le vin, et prédit à ses enfans leur desiineV.

Sans ajouter foi aii% rêrenes que les païens et tes Juifi ont débitées sur le compte de Sent et de Chain , ce que l'Histoire nous en apprend sufôt pour nous les rendre respectables ; mais quels hompies nous offi'e-t-elle qui soient comparables en autorité , en dignité , en jugement , en piété, en innocence , à Abraham , à Isaac et à Jacob ? Josepb se fît admirer par sa sagesse chez le peuple le phis instruit de la terre , et le gouverna pendant quarante ans.

Mais nous voilà parvenus au temps de Moïse; quel* historien î quel législateur ! quel philosophe ! quel poète ! quef homme !

La sagesse de Salomoa a passé en proverbe. II écrivit une multitude incroyable de paraboles; il connut depuis le cëdrë qui croit sur le Liban , jusqu'à l'hysope ; il connut et les oiseaux , et les poissons, et les quadrupèdes , et les reptiles ; et Ton accounit de toutes les contrées de ht terre pour le voir , Fentendre et "^ Padmirer.

Abraham , Moïse , Saloiûon, Job , Danief, et tous les sageB qui se sont montrés chez la nation fuit^e avant la captivité de Babylone , nous fourniraient une ample matière , si leur histoire n'appartenait plutôt à la révélation qu'à la philosophie.

Passons maintenant à l'histoire des Jui/a , au sortir de la captivité de Babylone , à ces temps oh ils ont quitté* le nom d'Israéhtes et d'Hébreux , pour prendre celui de Juifs,

De la philosophie des Iitifs depuis le retour de la captivité de- Babylofse , }usgu*à la ruine de Jérusalem. Personne n'ignore' que les Juifs n'ont jamais passé ponr un peuple savant. Il est certain qu'ils n'avaient aucune teinture des sciences exactes , et qu'ils se trompaient grossièrement sur tous les articles qui en dépendent. Pour ce qui regarde la physique , et le détail immense qui lui appartient , il n'est pas moins constant qu'ils n'en avaient aucune ctmnaissaifte , non plus que des diverses parties de l'histoire naturelle, n fiiut donc donner ici au mot philosophie une signifi* cation plus étendue que celle qu'il a ordinairement. En effet il manquerait quelque chose à l'histoire de cette science , si elle était prtîfée du détail des opinions et de la doctrine de ce peuple , détail gui jette un grand jour sur la/>Ai7{>«o/>A/« des peuples avec lesquels ils ont été liés.

Pour traiter cette matière avec toute la clarté possible , il fant distinguer exactement les lieux oh les Juifs ont fii» leur demeure, et les tesips ou se sont faites ces transmigrations : ces deux choses ont entrdoé un gvand changement dans leurs opinions. U y a

surtout Jeux époques remarquables ; la première est le schisme des Samaritains qui commença long-temps avant Esdras , et qui cclata avec fureur après sa mort ^ la seconde remonte jusqu'au temps ou Alexandre transporta en Egypte une nombreuse colonie de Juifs qui y jouirent d'une grande considération. Nous ne parlerons ici de ces deux époques qu'autant qu'il sera nécessaire pour expliquer les nouveaux dogmes qu'elles introduisirent chez les Hébreux.

Histoire des Samaritains • L'Écriture<-Sainte nous apprend (£/. Ràff, i5 ) , qu'environ deux cents ans avant qu'Esdras vit le jour , Salmanazar roi des Assyriens , ayant emmené en captivité les dix tribus dlsraël , avait fait passer dans le pays de Samarie de nouveaux habitans , tirés partie des campagnes voisines de Babylone , partie d'Avach , d'£math , de Sepharvaïm et de Cutha ; ce qui leur fit donner le nom de Cuthéens si odieux aux Juifs, Ces différens peuples emportèrent avec eux leurs anciennes divinités y et établirent chacun leur superstition particulière dans les villes de Samarie qui leur échurent en partage. Ici l'on adorait Sochotbenoth ; c'était le dieu des habitans de la campagne de Babylone ; là on rendait les honneurs divins à Nergel ; c'était celui des Cuthéens. La colonie d'Emach honorait Asima ; les Hevéens y Nebahaz et Tharthac. Pour les dieux des habitans de Sepharvaïm , nommés ddvamelech et Anamelech y ils ressemblaient assez au dieu Moloch, adoré par les anciens Chananéensf ils en avaient du moins la cruauté, et ils exigeaient aussi les enfans pour victimes. On voyait aussi les pères insensés les jeter au milieu des flammes en l'honneur de leur idole. Le vrai Dieu était le seul qu'on ne connût point dans un pays consacré par tant de marques éclatantes de so« pouvoir. Il déchaîna les lions du pays contre les idolâtres qui le profanaient. Ce flenu si violent pt si subit portait tant de marques d'un châtiment du ciel , que l'infidélité même fut obligée d'en convenir. On en fit avertir le roi d'Assyrie : on lui représenta ^e ks nations qu'il avait transférées en Israël, n'avaient aucune connaissance ^u ^eu de Samarie , et de la manière dont il voulait être honoré. Que ce Dieu irrité les penécutait Sans ménagement ; qu'il rassemblait les lions de toutes les forets , qu'il les envoyait dans les campagnes et jusque dans les villes ; et que s'ils n'apprenaient 4 apaiser ce Dieu vengeur qui les poursuivait , ils seraient obligée de dé^ serter , ou qu'ils périraient tous. Salmanazar touché de ces remontrances , fit chercher parmi les captifs un àtu anciékis prêtres de Samarie , et il le renvoya jBn Israël parmi les nouveaux habitans , pour leur apprendre à houorer le dieu du pays. Les leçons furent écoutées par les idolâtres y mais ils ne renoncèrent

pas poHT cela à leurs dieax ; au contraire duqne colonie se mit à forger sa divinité. Toutes les villes eurent leurs idoks ; les tem* pies et les hauts lieux bâtis par les Israélites recouvrèrent leur aocienae et sacrilège célébrité. On j plaça des prêtres tirés de la plus vile populace , qui furent durgés des cérémonies et du soin des sacrifices. Au miiteu de ce bizarre appareil de superstition et d'idolâtrie , on donna aussi sa place au véritable Dieu. On. cooaat par las instructions du lévite d'Israël , que ce Dieu souf^aio mentait un culte supérieur k celui qu'on rendait aux antres divinités ; mais soit la faute du maître , soit celle des disciples , on n'alla pas jusqu'à compriendre que le. Dieu du ciel et de la terre , ne pouvait soafirir ce monstrueux assemblage ; et que pour l'adorer véritablement , il fallait l'adorer seul. Ces impiétés rendirent les Samaritains extrêmement odieux aux Jivfu; mais la kaine des derniers augmeata , lorsque au retour de la captivité , ils s'aperçurent qu'ils n'avaiost point de plus cruels caaemis que ces faux £rères. Jaloux de voir rebâtir le temple qui lear reprockait leor ancienne séparation , ils mirent tout en oeuvre pour l'empêcher. Ils se cacbèrent à Vombre de la religion , et assurant les imfs qu'ils invoquaient le même Dieu qu'eux , ils leur offrirent leurs services pour l'accomplissement d'un ouvrage qu'ils voulaient ruiner. Les Juif» ajoutent à l 'Histoire-Sainte , qa'£sdras et Jérémie assemblèrent trois cents prêtres , qui les escomaittaiërent de la grande excommunication : ils maudirent €êUd qui mangerait du pain avec euXj comme s'il avait mangé de la cbair de piourceau. Cependant les Samaritains ne cessaient de cabaler à la cour de Darius pour empêcher les Juifs de rebâtir k temple ; et les gouverneurs de Syrie et de Phénicie ne cessaient de les seconder dans ce dessein. Le sénat et le peuple de Jérusalem les voyant si animés oontre eux , députèrent vers Darius , Zorobabel et quatre autres des pins distingués , pour se plaindre des Sanaaritaiiis. Le roi ayant entendu ces députés , leur fit donner des lettres par lesquelles il ordonnait aux principaux ofl&cîers de Samarie , de seconder les Juifs dans leur pieux des* •ein , et de prendre pour cet effet sur son trésor provenant des tributs de Samarie , teut ce dont les sacrificateurs de Jérusalem auraient besoin pour leurs sacrifices. < Josephe , AnUq. Jud. lib^ FI. cap. itf. )

La division se forma encore d'une manière plus éclatante soua l'empire d'Alexandre-le-Grand. L'auteur de la chronique des Samaritains ( vofsz Basnage , HisL des Juifs , Hi^- Illychap. iij. ) rapporte que ce prince passa par Samarie , ou il fut reçu par le grand prêtre £zéchias qui lui promit la victoire sur les Perses : Alexandre Jui fit des présens ^Nct les Samaritains profitèrent de

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ce commeacement dé fevear pour obtenir de grands privilèges. Ce fait est contredit par Josephe qui Tattribue aux Juifs y de sorte qu'il est fdrt difficile de décider lequel des deux partis a raison ; et il n*est pas surprenant que les savans soient partagés sur ce sujet. Ce qu'il y a de certain c'est que les Samaritains jouirent de la faveur du roi , et qu'ils reformèrent leur doctrine , pour se délivrer du reproche d'hérésie que leur faisaient les Juifs. Cependant la haine de ces derniers, loin de diminuer se tourna en rage : Hircan assiégea Samarie , et la rasa de fond en comble aussi-^ien que son temple. Elle sortit de ses ruines par les soins d'Aulus Gabinius , gouverneur de la province^ Hérode l'embellit par des oavrages publics ; et elle fut nommée Sébaste^ en l'hon-' neur d'Auguste.

Docirine (Us Samevitatns, Il y a beancoup d'apparence que les auteurs qui ont écrit sur la religion des Samaritains , ont épousé un peu trop la haine violente que les Juifs avaient poup ce peuple : ce que les anciens rapportent du culte qu'ils rendaient à la divinité , prouve évidemment que leur doctrine a été peinte sous des couleurs trop noires : surtout on ne peut guère justifier saint Epipbane qui s'est trompé souvent Sur leur chapitre. Il veproche ( iiô, Xf, cap. 8. ) aux Samaritains d'adorer les téra<« phins que Rachel avait emportés k Laban , et que Jacob enterra, il soutient aussi qu'ils regardaient vers le Garizim en priant » comme Daniel à Babylone regardait vers le temple de Jérusalem. Mais soit que saint Epipbane ait emprunté cette histoire des Thalm-udistes ou de quelques autres auteurs Juifs , elle est d'autant plus fausse dans son ouvrage, qu'il s'imaginait que le Ga-> rizim était éloigné de Samarie , et qu'on était obligé de tourner ses Vegards vers cette montagne , parce que la distance était trop grande pour y aller faire ses dévotions. On soutient encore que les Samaritains avaient l'image d^un pigeon , qu'ils adoraient comme un symbole des dieux , et qu'ils avaient emprunté ce culte des Assyriens , qui mettaient dans leurs étendarts une colombe en mémoire de Sémiramis , qui avait été nourrie par cet oisoau et changée en colombe , et à qui ils rendaient des honneurs divins. Les (^uthéens qui étaient de ce pays, purent retenir le culte de leur pays, et en conserver la mémoire pcndatat quelque temps ; car on ne déracine pas si facilement l'amour des objets sensibles dans la religion , et le peuple se les laisse rarement arracher.

Mais les Juifs sont outrés sur cette matière , comme sur tout ce qui regarde les Samaritains. Ils soutiennent qu'ils avaient élevé une statue avec la figure d'une colombe qu'ils adoraient ; mais ils n'en donnent point d'autres preuves que leur persuasion.

J'en snis trè»-|>ersiiadë, dit un rabbin , et cette persuasion ne su(^ fît pas sans raison. I^iaillears il fkut remarquer , i^. qu'aucun des anciens ëcrÎTains , ni profanes ni sacrés , ni païens , ni ecclésiastiques , n'ont parlé de ce culte que les Samaritains rendaient k an oiseau : ce silence général est une preuve de la calomnie des Juifo. 2*. Il faut remarquer encore que les Juifs n'ont osé l'insérer dans le Thalmnd } cette fkble n'est point dans le texte , mais dans la glose. Il faut donc reconnaître que c'est un auteur beaucoup plus moderne qui a imaginé ce conte ; car le Thal-^ mud ae fat composé que plusieurs siècles après la ruine de Jérusalem et de Samarie. 3*». On cite le rabbin Meir, et on lui attribue cette découverte de l'idolâtrie des Samaritains ^ mais le culte public rettdn sur le Garizim par un peuple entier, n'est pas une de ces choses qu'on puisse cacher long-temps, ni découvrir par snbtilitë ou par hasard. D'ailleurs le rabbin Meitr est un nom ipi'oD produit : il n'est resté de lui , ni témoignage , ni écrit , sur lequel on puisse appuyer cette conjecture.

S. Ëpiphane les accuse encore de nier la résurrection des corps; et c'est pour leur prouver cette vérité importante, qu'il leur allègue l'exemple de Sara , laquelle conçut dans un âge avancé , et celui de la verge d'Aaron qui reverdit ; mais il y a use si grande distance d\ine verge qui fleurit , et d'une vieille qui a des enfans , à la réunion de nos cendres dispersées , et au rétablissement du corps hunMiin ponrri depuis plusieurs siècles , qa'on ne conçoit pas comment il pouvait lier ces idées , et en tirer une conséqaence. Quoi qu'il en soit , l'accusation est fausse, car les Samaritains croyaient la résurrection. En effet on trouve dans lear chronique deux choses qui le prouvent évidemment; car il parle d'un )Our de récompense et de peine , ce qui , dans le style des Arabes , marque le jour de la résurrection générale , et dn dëluge de fen. D'ailleurs ils ont inséré dans leur chronique l'éloge de Moïse , que Josué composa après la mort de ce législateur ; et entre les louanges qu'il lui donne , il s'écrie qu'il est le êêtd qui eut ressusciié les morts. On ne sait comment l'auteur pouvait attribuer à Moïse la résurrection miraculeuse de quelques merta , puisque l'Ecriture ne le dit pas , et que les Ju^s même sont en peine de prouver qu'il était le pins grand des prophètes , parce qu'il a*a pas arrêté le soleil comme Josué , ni res* sascité les morts comme Elisée. Mais ce qui achève de constater que les Samaritains croyaient la résurrection , c'est que Ménandre qui avait été samaritain , fondait toute sa philosophie sur ce dogme. On sait d'ailleurs , et S. Ëpiphane ne l'a point nié , que les Dbsîthéens qui formaient une secte de samaritains , en faisaient haatement profesMon, Il est vraisemblable que ce qui a

donné occasion à cette erreur , c'est que les Sadu^ns qui niaient - Tëritablement la résurrection , furent appelés par les Pharisiens Cuthim , c'est-à-dire hérétiques , ce qui les fit confondre avec les Samaritains.

Enfin Léontius ( de êêcUa , cap. S. ) leur reproche de ne point reconnaître l'existence des anges. Il semblerait qu'il a confondu les Samaritains avec les Saducéens ; et on pourrait l'en convaincre par l'autorité de S. Epiphane, qui distinguait les Samaritains et les Saducéens par ce caractère » que les derniers ne croyaient ni les anges , ni les esprits; mais on sait que ce saint a souvent confondu les sentimens des anciennes sectes. Le savant Reland ( DUs, mise. pari. II j p. SkS.) pensait que les Samaritains entendaient par un ange , une vertu , un instrument dont la divinité se sert pour agir , ou quelque organe sensible qu'il emploie pour l'exécution de tes ordres : ou bien ils croyaient que les anges sont des vertus naturellement «nies à la Divinité » et qu'il fait sortir quand il lui platt : cela paraît par le Pentateuque sanuiritain , dans lequel on substitue souvent Dieu aux anges , et les anges à Dieu.

On ne doit point oublier Sipion le magicien dans l'histoire des Samaritains , puisqu'il était samaritain lui-même , et qu'il dogmatisa chez eux pendant quelque temps : voici ce que nous avona trouvé de plus vraisemblable à aon sujet.

Simon était natif de Gitthon dans la province de Samarie : il y a apparence qu'il suivit la coutume des asiatiques qui voyageaient souvent en Egypte pour y apprendre la phileeopbie. Ce fut U sans doute qu'il s'instruisit dans la magie qu'on enseignait dans les écoles. Depuis étant revenu dans sa patrie , il se donna pour un grand personnage , abusa long-temps le peaple de aes prestiges , et tâcha de leur faire croire qu'il était le libérateur du genre humain. S. Luc, act. pii/. ûr, rapporte que les Samaritains se laissèrent effectivement enchanter par &e% artifices , et qu'ils le nommèrent la greuide verlu de Dieu; mais on suppose sans fondement qu'ils regardaient Simon le magicien comme le messie. S. Epiphane assure ( éphiph, hœrea, pag, 54* ) que cet imposteur prêchait aux Samaritains qu'il était le père, et aux Juifs qu'il était le fils. Il en fait par là un extravagant qui n'aurait trompé personne par la contradiction qui ne pouvait être ignorée dans une si petite distance de lieu. En effet Simon adoré des Samaritains , ne pouvait être le docteur des Jutfe : enfin prêcher aux Ju^s qu'il était le fils, c'était les soulever contre lui, comme ils s'étaient soulevés contre Jésua^ilhrist iorsqu'il^avait pris le titre de fils de Dieu. Il n'est pas même vraisemblable qu'il se regardât comme le messie , i^ parce que l'historien sacré ne

Vàcaue que de magie , et c'était par là qu'il avait séduit les Sanuritains : ^o. parce que les SamaritaiiM l'appelaient seulement la vertu de Dieu , la grande, Simon abusa dans la suite de ce titre qui lui avait été donné , et il y attacha des idées qu'on n'avait pas eues au ^ommencemeat ; mais il ne prenait pas lui* même ce nom , c'étaient les Samaritains étonnés de ses prodiges , qui l'appelaient Jà ivriu de Dieu. Cela convenait aux miracles apparena qa'ii avait faits ^ mais on ne pouvait pas en conclure qu'il se regardât comme le messie. D'ailleurs il ne se mettait pas à la tète des armées , et ne soulevait pas les peujdes 5 il ne pouvait donc pas convaincre les Ju^e mieux que Jésus-Christ qui avait fait des miracles plus réels et plus grands sous leurs yeux. Enfin ce serait le dernier de tous les prodiges, que Simon se fût converti , s'il . s'était fait le messie ; son imposture aurait paru trop grossière pour en soutenir la honte ; S. Luc ne lui impute rien de sembld[>le : il fit ce qui était assee naturel : convaincu ée la fausseté de son art , dont les plus habiles magiciens se défient toujours 9 et reconnaissant la vérité des miracles de S. Philippe , il donna les mains k cette vérité , et se fit chrétien dans l'espérance de se rendre plus redoutable , et d'être admiré par des prodiges réels et plus édatans que ceux qu'il avait faits. Ce fot là tellement le but de sa conversion , qu'il offrit aussitôt de l'argent pour acheter le don desmiracles.

Simon le magicien alla aussi à Rome , et j séduisait comme aillenrs par divers prestiges. L'empereur Néron était si passionné poar la magie , qu^il ne l'était pas plus pour la musique. Il prétendait par cet art, commander aux dieux mêmes; il n'épargna poar l'apprendre ni la dépense ni l'application , et toutefois il ne trouva jamais de vérité dans les promesses des magiciens^ en sorte que son exemple est une preuve illustre de la fausseté de cet art. D'ailleurs personne n'osait lui rien contester , ni dire <pit ce qu'il ordonnait fût impossible. Jusques-là qu'il commanda ^e voler à un homme qui le promit , et fut loflg<4emps nourri dans le palais sous cette espérance. Il fit même représenter dans le théâtre un Icare volant ^ mais an premier effort Icare tomba près de sa loge , et l'ensanglanta lui-même. Simon , dit-on , promit aussi de voler, et de manter an ciel. Il s'éleva en e&t , mais S. Pierre et S. Paul se mirent à genoux , et prièrent ensemble. Simon tomba et demeura étendu , les jambes brisées^ an l'emporta en un autre lieu , ou ne pouvant soufiWr les douleurs et la honte , il se précipita d'un comble trës-élevé.

Plosienrs savans regardent cette histoire conttaie une fable y parce que selon eux , les auteurs qu'on cite pour la prouver , ne siéritent peint assez de créance ^ et qu'on ne trouve aucun vcs-

tige de cette (in tragique dans les auteurs antérieurs au trotsiëm» tiède, qui n'auraient pas manqué d'en parler si une aventure si étonnante était réellement arrivée*

Dosithée était Juif de naissance ; mais il se jeta dans le parti des Samaritains , parce qu'il ne put être le premier dans les deu-* téroses ( apud Nicetam, lih, J. cap. xxxu). Ce terme de ^icetas est obscur ; il faut même le corriger , et remettre dans le texte celui de Deuterotea, Eusëbe ( prœp. lib, XI. cap, iij, lib, ILII. cap./, ) a parlé de ces deatérotes des Ju^fn qui se ser\'a\ent d'énigmes pour expliquer la loi. C'était alors l'étude des beaum esprits , et le moyen de parvenir aux charges et aux honneursw Peu de gens s'y appliquaient , parce qu'on la trouvait difdcile. Dosithée s'était voulu distinguer en expliquant allégoriquement la loi y et il prétendait le premier rang entre ces interprètes.

On prétend X épiph. pag, 3o. ) que Posithée fonda une secte ebez les Samaritains, et que cette secte observa i^. la circon-» cision et le sabbat, comme les Juifs : 2®. ils croyaient la résurrection des morts } mais cet article est contesté , car ceux qui font Dosithée le père des Saducéens , l'accusent d'avoir combattu une vérité si consolante. 3**. Il était grand jeûneur; et afin.de rendre son jedne plus mortifiant , il condamnait l'usage de tout ce qui est animé. Enfin s'étant enfermé dans une caverne , il y mourut par une privation entière d'alimens y et ses disciples trouvèrent quelque temps après son cadavre rongé des vers et plein de mouches. 4"** ^^^ Dositfaéens faisaieiit grand cas de ta virginité que la plupart gardaient; et les autres, dit S. Epiphane, s'abs-^ tenaient de leurs femmes après la mort. On ne sait ce qne cela veut dire , si ce n'est qu'ils ne défendissent les secondes noce» qui ont paru illicites et honteuses à beaucoup de Chrétiens; mais un critique a trouvé par le changement d'une lettre , un sens plus net et plus facile à la loi èes Dosithéens, qui s'abste-« naient de leurs lemmes lorsqu'elles étaient grosses, ou lors* qu'elles avaient enfanté. Nicetas fortifie cette conjecture , car il dit que les Dosithéens se séparaient de leurs femmes lorsqu'elles avaient eu un enfant ; cependant la première opinion paraît plus raisonnable , parce que les Dosithéens rejetaient les femme» comme inutiles , lorsqu'ils avaient satisfait k la première vue da mariage, qui est la génération des enfans. 5**. Cette secte entétéo de ses austérités rigoureuses , regardait le reste du genre hu-^ main av«c mépris ; elle ne voulait ni approcher ni toucher per-v sonne. On compte entre les observations dont ils se chargeaient , celle de demeurer vingt-quatre heures dans la même posture oii ils étaient lorsque le sabbat commençait.

A peu près dans le même temps vivait Ménandre le prindpaV

li^iple àe Simon le magicien ; il était Samaritain comme lui , d'oQ bourg nommé Cappareatia ; il était aussi magicien ; en sorte qu'il séduisit plusieurs personnes à Antioche par les prestiges. Il disait , comme Simon , que la vertu inconnue l'avait envoyé pour le salut des hommes , et que personne ne pouvait être sauvé s'il n'était baptisé en son nom ^ mais que son baptême était la vraie résurrection , en sorte que ses dissiples seraient immorteb , même en ce monde : toutefois il y avait peu de gens qui reçussent son baptême.

CoionU des Juif» en Egypte* La haine ancienne que les Juifê avaient ene contre les Egyptiens , s'était amortie par la néces-^ aité , et on a vn souvent ces deux peuples unis se prêter leurs forces pour résister an roi d'Assyrie qui voulait les opprimer. AHstée conte même qu'avant que cette nécessité les eût réunis » un grand nombre de Juifs avait déjà passé en Egypte ^ pour aider à Psamméticbus à dompter les Ethiopiens qui lui faisaient la guerre ; mais cette première transmigration est fort suspecte. !•. Parce qu'on ne voit pas quelle relation les Juifs pouvaient avoir alors avec les Egyptiens , pour y envoyer des troupes auxiliaires. 2*. Ce furent quelques solàaia d'Ionle et de Cane , qui y conformément à l'oracle , parurent sur les horàs de l'Egypte , comme des hommes d'airain, parce qu'ils avaient des cuirasses, et qai prêtèrent leur secours à Psamméticbus pour vaincre les autres rois d'Egypte, et ce furent là, dit Hérodote {lib. IL pag. i5a. ), les premiers qui commencèrent à introduire une langue étrangère en Egypte ; car les pères leur envoyaient leurs enfans pour apprendre à parler grec. Diodore ( lib, /• pag. Ifi, ) joint quelques soldats arabes aux Grecs ) mais Aristée est le seul qui parle des Juifs,

Après la première ruine de Jésusalem et le meurtre de Gedalia qu'on avait laissé en Judée pour la gouverner , Jochanan alla chercher en Egypte un asile contre la cruauté dlsmaël; il enleva jusqu'au prophète Jérémie qui réclamait contre cette violence, et qui avait prédit les malheurs qui suivraient les réfugiçs en Egypte. Nabuchodonosor profitant de la division qui s'était formée entre Apries et Amasjs , lequel s'était mis à la tête des rebelles , au lieu de les combattre , entra en Egypte , et la conquit par ia dé£aile d'Apries* Il suivit la coutume de ces temps-là , d'enlever les habitans des pays conquis , afin d'empêcher qu'ils ne remuassent. Les Juifs réfugiés en Egypte , eurent le même sort que les habitans naturels. Nabuchodonosor leur fît changer une seconde fois de domicile ; cependant il en demeura quelques uns dans ce pays-là , dont le$ familles se multiplièrent considérablenuent.

Alexandre le Grand voulant remplir Alexandrie , y fit nne seconde peuplade de Juifs auxquels il accorda les mêmes privilèges qu'aux MacMoniens. Ptolomée Lagus y Tun de ses généraux , s'étaat emparé de l'Egypte après sa mort , augmenta tette colonie par le droit de la guerre ; car voulant joindre la Syrie et la Judée à son nouveau royaume , il entra dans la Judée, s'empara de Jérusalem pendant 4e repos du sabbat , et enleva de tout le pays cent mille Juifs qu'il transporta en Egypte. Depuis ce temps-là , ce prince remarquant dans les Juifs beaucoup de fidélité et de bravoure , leur témoigna sa confiance en leur donnant la garde de ses places ; il y en avait d'autres établis à Alexandrie qui y faisaient fortune , et qui se louant de la douceur du gouvernement , purent y attirer leurs frères déjà ébranlés par la doucear et les promesses que Ptolomée leur avait faites dans soa second vdyage.

Philadelphe fit plus que son père; car il rendit la liberté à ceux que son père avait faits esclaves. Plusieurs reprirent la route de la Judée qu'ils aimaient comme leur patrie ; mais il y en eut beaucoup qui demeurèrent dans un lieu où ils avaient eu le temps de prendre racine; et Scaliger a raison de dire que ce furent ces gens-là qui composèrent en partie les synagogues nombreuses des Juifs Hellénistes : enfin ce qui prouve que \e% Juifs jouissaient alors d'une grande liberté , c'est qu'ils composèrent cette fameuse version des Septante et peut-être la première version grecque qui se soit faite des livres de Moïse.

On dispute fort sur la manière dont cette version fut faite , et les Juifs ni les Chrétiens ne peuvent s'accorder sur cet événement. Nous n'entreprendrons point ici de les concilier; nous nous contenterons de dire que l'autorité des pères «qui ont soutenu le récit d'Aristée , ne doit plus ébranler personne , après les preuves démonstratives qu'on a produites contre lui.

Yoilà l'origine des Juifs eu Egypte ; il ne faut point douter que ce peuple n'ait commencé dans ce temps-là à connaître la doctrine des Egyptiens, et qu'il n'ait pris d'eux la méthode d'expliquer l'Écriture par des allégories. Eusèbe {cap. X. ) soutient que du temps d'AristobhIe qui vivait en Egypte sous le règne de Ptolomée Philometor , il y eut dans ce pays-là deux factions entre les Juifs , dont l'une se tenait attachée scrupuleusement au sens littéral de la loi , et l'autre perçant au travers de l'écorce, pénétrait dans une philosophie plus sublime.

Philon qui vivait en Egypte au temps de Jésus-Christ donna tête baissée dans les allégories et dans le sens mystique; il trouvait tout ce qu'il voulait dans PÉcriture par cette méthode.

C'était encore eaEgypte que les Esseniens parurent ayec plus

je réptiUtîon et d'éclat; et les sectaires enseignaient que les mois étaient autant d'images ^es choses cachées ; ils changeaient les volumes sacrés et les préceptes de la sagesse en allégories. £n6n la conformité étonnante qui se trouve entre la cabale des Egyptiens et celle des Juifs ^ ne nous permet pas de douter que les Juif* n'aient puisé cette science en Egypte , à moins qu'on ne veuille soutenir que les Egyptiens l'ont apprise des Juifs. Ce dernier sentimefit a été très-bien réfuté par de savans auteurs. Noua nous contenterons de dire ici que les Egyptiens jaloux de leur antiquité , de leur savoir , et dé la beauté de leur esprit , re^fardaient avec mépris les autres nations , et les Juifs comme des esclaves qni avaient plié long-temps sous leur joug avant que de le secouer. On prend souvent les dieux de ses maîtres , mais oa ne les mendie presqne jamais chez ses esclaves. On remarque comme une chose singulière à cette nation , que Sérapis fut porté d'an pays étranger en Egypte; c'est la seule divinité qu'ils aient adoptée des étrangers ; et même le fait est cotitesté , parce que le culte de Sérapis parait beaucoup plus ancien en Egypte que le temps de Ptolomée Lagns , sous lequel cette translation se fit de Sinope à Alexandrie. Le culte d'Isis avait passé jusqu'à Rome, mais les dieux des Romains ne passaient point en Egypte, qaoiqu'ils en fussent les conquérans et les maîtres. D'ailleurs les Chrétiens ont demeuré plus long-temps en Egypte que les Juifs ; ib avaient là des évéques et des maîtres trës-savans. Non-seulement la religion y florissait , mais elle fut souvent appuyée par l'autorité souveraine. Cependant les Egyptiens , témoins de nos rits et de nos cérémonies ^ demeurèrent religieusement attachés k celles qu'ils avaient reçues de leurs ancêtres. Ils ne grossissaient point leur religion de nos observances, et ne les'faisaientpoint entrer dans leurculte. Comment peut-on s'imaginer qu'Abraham, Joseph et Moïse aient eu l'art d'obliger les Egyptiens à abolir d'anciennes superstitions, pour recevoir la religion de leur main ^ pendant que l'Église chrétienne qui avait tant de lignes de communication avec les Egyptiens idolâtres , et qui était dans un si grand voisinage, n'a pu rien lui prêter par le ministère d'un prodigieux nombre d'évêqueset de savans, et pendant la durée d'un grand nombre de siècles ? Socrate rapporte l'attachement que 1m Egyptiens de son temps avaient pour leurs temples, leurs cérémonies , cl leurs mystères j on ne voit dans leur religion aucune trace de Christianisme. Comment donc y pourrait-on remarquer des caractères évidens de Judaïsme?

Origine des différents sectes chez les Juifs- Lorsque le don de prophétie eut cessé chez les Juifs , l'inquiétude générale de la nation n'étant plus réprimée par l'autorité ^ quelques homiues

inspirés y ils ne purent se contenter clu style simple et clair de rÉcriture; ils y ajoutèrent des allégoifes qui dans la suite produisirent de nouveaux dogmes , et par conséquent des sectes difTérentes. Comme c'est du sein de ces sectes que sont sortis les différens ordres d'écrivains , et les opinions dont nous devons donner l'idée , il est important d'en pénétrer le fond , et de voir s^il est possible quel a été leur sort depuis leur origine. Nous avertissons seulement que nous ne parlerons ici que des sectes principales.

La secte des Saducéens, Lightfoot ( Hor. héb, ad Mat, UT. . y. opp, totn. II, ) a donné aax Saducéens une fausse origine , en soutenant que leur opinion commençait à se répandre du temps d'Esdras. 11 assure qu'il y eut alors des impies qui commencèrent k nier la réèurrection des morts et l'immortalité des âmes. Il ajoute que Malachie les introduit disant : c'est en vain que noua servons Dieu; et Esdras qui voulut donner un préservatif à l'Église contre ceite erreur , ordonna qu'on finirait toutes les prières par ces mots , de siècle en siècle, afin qu'on sût qu*i] y avait un siècle ou une autre vie après celle-ci. C'est ainsi que Lightfoot avait rapporté l'origine de cette secte ; mais il tomba depuis dans une autre extrémité ; il résolut de ne faire naître les Saducéens qu'après que la version des Septante eut été faite par l'ordre de Ptolomée Philadelphe , et pour cet effet , au liea de remonter jusqu'à Esdras, il a laissé couler deux ou trois gé^ nérations depuis Zadoc ^ il a abandonné les rabbins et son propre sentiment, parce que les Saducéens rejetant les prophètes, et ne recevant que les Pentateuques , ils n'ont pu paraître qu'après les septante interprètes qui ne traduisirent en grec que les cinq livres de Moïse, et qui défendirent de rien ajouter à leur version : mais sans examiner si les 70 interprètes ne traduisirent pas toute la Bible , cette version n'était point à l'usage desJuifSy oiise forma la secte des Saducéens. On y lisait la Bible* en hébreu , et les Saducéens recevaient les prophètes , aussi bien que les autres livres y ce qui renverse pleinement cette conjecture.

On trouve dans les docteurs hébreux une origine plus vraisemblable des Saducéens dans la personne d'Antigone surnommé Sochœus , parce qu'il était né à Socho. Cet honmie vivait environ deux cent quarante ans avant Jésus-Christ et criait à ses disciples : Ne soyez point comme des esclaves qui obéissent à leur maître par la vue de la récompense , obéissez sans espérer euicun fruit de vos travaux; que la crainte du Seigneur soit sur vous. Cette maxime d'un théologien , qui vivait sous l'ancienne économie , surprend ; car la loi promettait non-seulement des

réc<Mnpeiise» , mais elle parlait souvent d'une îélické temporelle qui devait toujours suivre la vertu. H était difficile de devenir contemplatif dans ui\e religion si charnelle , cependant Antigonus le devint. On eut de la peine à voler après lui , et à le suivre dans une si grande éleVation. Zadoc ^ l'un de ses disciples , qai ne put , ni abandonner tout-à-fait son maître , ni goûter sa théologie mysûque , donna un autre sens à sa maxime, et conclut de Ik qu'il n'j avait ni peines ni récompenses après la mort. Il devint Je père des Saducéen^, qui tirèrent de lui le nom de leur secte et le dogme.

Les Saducéens commencèrent à paraître pendant qu'Onias était le souverain sacrificateur à Jérusalem ; que Ptolomée Everg^te régnait en Egypte , et Séleucus Callinicus en Syrie. Ceux qui placent cet événement sous Alexandre le Grand, et qui assurent avec 6. Epipbane , que ce fut dans le' temple du Garixim , ou Zadoc et Batythos s'étaient retirés , que cette secte prit naissance , ont fait une double faute : car Antigonus n'était point sacrificateur sous Alexandre , et on n'a imaginé la retraite de Zadoc à Samarie que pour rendre sel disciples plus odieux. Non -seulement Josephe, qui haïssait les Saduoéens , ne reproche jamais ce erime au chef de leur parti; mais on les voit dans l*Évangile adorant et servant dans le temple de Jérusalem ; on choisissait même parmi euxle grand-pré tre. Ce qui prouve que non-seulement ils étaient tolérés chez les Juifs , mais qu'ils y avaient même assez Hl'autorité. Hircan , le souverain sacrificateor , se déclara pour eux contre les Pharisiens. Ces derniei^ soupçonnèrent la mère de ce prince d'avoir commis quelque im«« pureté avec les païens. D'ailleurs ils voulaient l'obliger à opter entre le sceptre et la thiare ; mais le prince voulant être le maître de l'Eglise et de l'état, n'eut aucune déférence pour leurs reproches, n sHrrita contre eux , il en fit mourir quelques uns ; les autres se retirèrent dans les déserts. Hircan se jeta en même temps du cdté des Saducéens : il ordonna qu'on reçût les coutumes de Zadoc sons peine de la vie. Les Ju^s assurent qu'il fit publier dans ses états un édit par lequel tous ceux qui ne recevraient pas les rits de Zadoc et de Batythos , ou qui suivraient la coutume des sages , perdraient la tête. Ces sages étaient les Pharisiens , à qui on a donné ce titre dans la suite , parce que leur parti prévalut. Cela arriva surtout après la ruine de Jérosalem et de son temple. Les Pharisiens , qui n'avaient pas sojet d'aimer les Saducéefbs, s'étant emparés de toute Fautorité, les firent passer pour des hérétiques , et même pour des Epicuriens. Ce qui a donné sans doute occasion à S. Epiphaiie et à TertuUien de les confondre avec les Dosithéens. La haine que les 3. 2

Jwfê ayoîent conçue contre eux, passa dans le coEur même des Chrétiens : l'empereur Justinien les bannit de tous les lieux de sa domination , et ordonna qu'on envoyât au dernier supplice des gens qui défondaient certains dogmes d'impiété et d'athéisme, car ils niaient la résurrection et le dernier jugement. Ainsi cette secte subsistait encore alors , mais elle continuait d'être malheureuse.

^L'édit de Justinien donna une nouvelle atteinte à cette secte, déjà fort affaiblie : car tous les Chrétiens s'accoutumant à regarder les Saducéens comme des impies dignes du dernier supplice , ils étaient obligés de fuir et de quitter TEmpire romain , qui était d'uue vaste étendue. Ils trouvaienf de nouveaux ennemis dans les autres lieux oii les Pharisiens étaient établis : ainsi cette •ecte était errante et fugitive , lorsqu'Ananus lui rendit quelque éclat au milieu du huitième siècle. Maif cet événement est con-» testé par les Caraîtes, qui se plaignent qu'on leur ravit paCr )ak>usie un de leurs- principaux défenseurs , afin d'avoir ensuite Je plaisir de les confondre avec les Saducéens.

Doctrine dês Saducéens, Les Saducéens, uniquement attachés à l'Écriture-Sainte, frétaient la loi orale, et toutes les traditions , dont on commença sous )es Machabées à faire une partie essentielle de la religion. Parmi le grand nombre des témoignages que nous pourrions apporter ici , nous nous contenterons d'un, seul tiré de Josephe , qui prouvera bien clairement que c^était le sentiment des Saducéens : Lee Pharisiens , dit-il , qui ont reçu ces constitutions par tradition de leurs emcêtres , les ont enseignées au peuple ; mais les Saducéens les rejettent , parce qu* elles ne sont pas comprises entre les lois données par Moïse , qu^ils soutiennent être les seules que l'on est obligé de suitni , etc. Antiq, Jud, lib, XIII. cap. xviij.

S. Jérôme et la plupart des pères ont cru qu'ils retranchaient du canon les prophètes et tou;5 les écrits divins , excepté le Pentateuque de Moïse. Les critiques modernes ( Simon , hist. critiq. du vieux Testament , lîv. I. chap. xvj. ) ont suivi les pères ; et ils ont remarqué que Jésus-Christ voulant prouver la résurrection aux Saducéens , leur cita uniquement Moïse , parce qu'un texte tiré des prophètes , dont ils rejetaient l'autorité , n'aurait pas fait une preuve contre eux. J. Drusius a été le premier qui a osé douter d'uu sentiment appuyé sur des autorités si respectables^ et Scaliger {Elench. trihœres. cap, xvj.)Y^ absolument rejeté , fondé sur des raisons qui paraissent fort solides. I**. Il est certain que les Saducéens n'avaient commencé de paraître qu'après que le canon de l'Ecriture fut fermé , et que le don de prophétie étant éteint , il n'y avait plus de nouveaux

livres à recevoir. Il est difficile de croire qu'ils se soient sonlevéi; contre le canon ordinaire, puisqu'il était reçu à Jérusalem. 2^ Les Saducëeas enseignaient et priaient dans le temple. Cependant on j lisait les prophètes > comme cela parait par l'exemple de Jésus* Christ qui expliqua quelque passage d'Isaïe. 3«. Josephe , qui devait connaître parfaitement cette secte , rapporte qu'ils rece^ vaient ce qui «#/ écrii. Il oppose ce qui e^t écrit à la doctrine orale des Pharisiens; et il insinue que la. controverse ne roulait que sur \e$ traditions : ce qui fait conclure que les Pharisiens re^ cevaient toute r£criture , et Jes autres prophètes , aussi4>ieii que Moï«e. 4"* ^^I^ paraît encore plus évidemment par les disputes que les Pharisiens ou U% docteurs ordinaires des Juifê ont soutenues contre ces sectaires. R. Gamaliel leur prouve la résnr* rection des morts par des passages tirés de Moïse , des Prophètes et des AgVographes \ et les Saducéens, au Jieu de rejeter Tautorité des livres qu'on citait contre eux , tâchèrent d'éluder ces passages par de vaines suhtilités. 6'*. Enfin les Saducéens l'aprochaient aux Pharisiens qu'ils croyaient que les livres saints souillaient. Quels étaient ces Jivres saints qui souillaient, au jugement des Pharisiens? c'était TEccléfiaste , le Cantique des Cantiques, et les Proverbes. Les Saducéens regardaient donc tous les livres comme des écrits divins , et avaient même plus de respect pour eux que les Pharisiens.

a*. La seconde et la principale erreur des Saducéens roulait sur l'existence des anges , et sur la spiritualité de l'âme. En effet, les EvangéKstes leur reprochent qu'ils soutenaient qu'il n'y avait ni résurrection y ni esprit ^ ni ange. Le P. Simon donne une raison de ce sentiment. Il assure que, de l'aven des Thalmudistes, le nom Rangée n'avait été en usage ches les Juife que depuis le retour de la captivité ; et les Saducéens conclurent de là que l'invention des anges était nouvelle ; que tout ce que l'Ecriture disait d'eux avait été ajouté par ceux de ia grande synagogue , et qu'on devait regarder ce qu'ils en rapportaient comme autant d'allégories. Mais c'est disculper les Ssidoeéens que l'Evangile condamne sur cet article : car si Texistence des anges n'était fondée que sur une tradition asses nouvelle , ce n'était pas 'un grand crime que de les combattre , on de toomer en allégories ee qne ks Thalmudistes en disaient. D'ailleurs , tout le monde sait tjpe le dogme des anges était tres-ancien ches les Ju^a.

Théophilacte leur reproche d'avoir combattu la divinité du Saint-Esprit : il doute même s'ils ont connn Dieu , parce qu'ils étaient épais , grossiers , attachés à la matière } et Arnobe , s'imaginant qu'on ne pouvait nier IVxistence des esprits , sans faire Dieu corporel , leur a attribué ce sentiment, et le savant Petau

a donne dans le même pîége. Si les Saducéens eussent admis de telles erreurs , il est vraisemblable que les Evangélistes en auraient parlé.* Les Saducéens qui niaient l'existence des esprits , parce qu'ils n'avaient d'idée claire et distincte que des objets sensibles et matériels , mettaient Dieu au-dessus de leur conception , et regardaient cet être infini comme une essence incompréhensible , parce qu'elle était parfaitement dégagée de la matière. Enfin , les Saducéens combattaient l'existence des esprits y sans attaquer la personne du Saint-Esprit , qui leur était aussi inôonniie qu'aux disciples de Jean«^aptiste. Mais comment les Saducéens pouvaient-ils nier Texistence des anges , eux qui admettaient le Pentateuque , oii il en est assez souvent parle ? Sans examiner ici les sentimens peu vraisemblables du P. Hardouin et de Grotius , nous nous contenterons d'imiter la mo^ destie de Scaliger , qui s'étant fait la même question , avouait ingénument qu'il en ignorait la raison.

3°. Une troisième erreur des Saducéens était que Time ne survit point au corps , mais qu'elle meurt avec lui. Josepbe la leur attribue expressément.

4<*. La quatrième erreur des Saducéens roulait sur la césnrrection des corps , qu'ils combattaient comme impossible. Ils voulaient que l'homme entier pérît par la mort ; et de là naissait cette conséquence nécessaire et dangereuse, qu'il n'y avait ni récompense ni peine dans l'autre vie ; ils bornaient la justice vengeresse de Dieu à la vie présente.

5«. Il me semble aussi que les Saducéens niaient la Providence , «t c'est pourquoi on les met au rang des Epicuriens. Josepbe die qu'ils rejetaient le destin ; qu'ils étaient à Dieu toute inspection sur le mal , et toute influence sur le bien , parce qu'il avait placé le bien et le mal devant l'homme , en lui laissant une «ntière liberté de faire l'un et de ftiir l'autre. Grotius , qui n'a pu concevoir que les Saducéens eussent ce sentiment , a cru qu'on devait corriger Josephe , et lire que Dieu n'a aucune part dans les actions des hommes , soit qu'ils fassent le mal , ou qu'ils ne le fassent pas. En un mot , il a dit que les Saducéens y entêtés d'une fausse idée de liberté , se donnaient un pouvoir entier de fuir le mal et de faire le bien. Il a raison dans le fond , m«is il n'est pas nécessaire de changer le texte de Josephe pour attribuer ce sentiment aux Saducéens , car le terme dont il s'est servi y rejette seulement une Providence qui influe sur les actions des hommes. Les Saducéens ôtaient à Dieu une direction agissante sur la volonté , et ne lui laissaient que le droit de récompenser ou de punir deux qui faisaient volontairement le bien ou le mal. On voit par là que les Saducéens étaient à peu près Pélagiens.

JIî ai

Enfia, les Sadacéens prêteadalent que la |duralilé des femmes est condamnée dans ces paroles du Lévîtique : Vous ne prendrez point une femme avec sa scear, pour l'affliger en son vivant. Chap. xviij. Les Thaï mudistei; défenseurs zélés de la polygamie, se croyaient autorisés à soutenir leur sentiment par les exemples de David et de Safômon , et concluaient que les Saducéens étaient hérétigoes sur le mariage.

JUœura des Saducéens, Quelques Chrétiens se sont imaginés <|ue coiame les Saducéens niaient les peines et les récompenses de faatre vie et fimmortâlité des âmes~, leur doctrine les con- <f aisait à nn affreux Uhertinage. Mais H ne faut pas tirer des conséquences de cette nature , *car elles sont souvent fausses. Il j a deux barrières à )a corruption humaine y les châtimens de la vie présente et les peines de Tenfer. Les Saducéens avaient abattu la dernière barrière , mais ils laissaient subsister l'autre. Ils ne croyaient ni "peine ni récompense pour l'avenir; mais ils admettaient une Providence qui punissait le vice , et qui récompensait la vertu pendant cette vie. Le désir d'être heureux sur la terre, ^uifisalt pour les retenir dans le devoir. Il y a bien des gens qui se mettraient peu en'peme de Téternilé , s*ils pouvaient être heureux d'ans' cette vie. Cest là le but de leurs travaux et de leurs soins. Josephe assure que les Saducéens étaient fort sévères pour la punition des crimes , et cela 'devait être ainsi & en effet /les hommes ne pouvant être retenus parla crainte des chitimens éternels que ces sectaires rejetaient , îï fallait les épouvanter (lar'Ia sévérité des peines temporelles. Le même Josephe les représente comme des gens farouches , dont les mœurs étafent barbare , et avec lesquels les étrangers ne ptou* vaient at^ir ^ de commerce. Us étaient souvent divisés les uns contre les autres. M'est - ce point trop' adoucir ce trait fai* àewi y qmc de rexpli4uer de la liberté qu'ils se donnaient de disputer sur les iftatiifres de reltgioA ? car Josephe qui rapporte ces deux choses , blâm^ l'-one et loue l%utre ; ou du moins il ne dit jamais que ce fut la WffA^nee des sentfmens et la chaleur de la dispute qui causa ces divisions ordinaires dans la secte. Quoi qu'il en soit , Josephe qui étiit Pharisien , peut être soupçonné d'avoir trop écouté les sentimetos de haine que sa secte avait pour les Saducéens.

Des Caraiies, Origine des Oàraîles. Le nom de Caraiie signifie nn homme gui Ui , un scriptuaire , c'est-à-dire un Jiemme qui s'atUche scmpareosement au texte de la loi , et qui rejette toutes les traditions orales. -

Si on eu croit les €araite's qu'<fn tronye aujourd'hui en Pologne et dans la Lithuanie , iU descendent des dix tribus que

Salmanazar avait transportées , et qui ont passé de là dans la Tartane : mais on rejetera bientôt cette opinion , pour peu qu'où fasse attention au sort de ces dix. tribus ^ et on sait qu'elles n'ont jamais passé dans ce pays-là.

Il est encore' mal à propos de faire descendre les Caraîtes d'Ësdras ; et il suffit de connaître les fondemens de cette secte , pour en être convaincu. En effet , ces sectaires ne se sont élevés contre les autres docteurs , qu'à cause des traditions qu'on égalait à l'Écriture , et de cette loi orale qu'on disait que Moîse avait donnée. Mais on n'a commencé à inventer les traditions chez les Juifs , que long-temps après Esdras , qui se contenta de leur donner la loi pour règle de leur conduite. On ne se soulève contre une erreur , qu'après sa naissance ; et on ne combat un dogme que lorsqu'il est enseigné publiquement. Les' Caraîtes n'ont donc pu faire de secte particulière que quand ils ont vu le cours et le nombre des traditions se grossir assez , pour faire craindre que la religion n'en souf&ît.

Les rabbins donnent une autre origine aux Caraîtes : ils les font paraître dès le temps d'Alexandre le Grand : car, quand le prince entra à Jérusalem , Jaddus ^ le souverain sacrificateur , était déjà le chef des Rabbinistes ou Traditionnaires, et Ananus et Cascanatus soutenaient avec éclat le parti des Caraîtes. Dieu se déclara en faveur des premiers; car Jaadus fit un miracle en présence d'Alexandre 3 mais Ananus et Cascanatus montrèrent leur impuissance. L'erreur est sensible*; car Ânanus, chef des Caraîtes, qu'on fait contemporain d'Alexandre le Grand, n'a vécu que dans le huitième siècle de l'EghVe clirétienne.

Enfin , on les regarde comme une branche des Saducéens , et on leur impute d'avoir suivi toute la doctrine de Zadoc et de ses disciples. On ajoute qu'ils ont varié dans la suite , parce que s'aperccvant que ce système les rendait •odieux , ils en rejetèrent une partie, et se contentèrent de combattre les traditions et la loi orale qi^'on a ajoutée à l'Écriture. Cependant les Caraîtes n'ont jamais nié l'immortalité des âmes 3 au contraire , le Caraïte que le père Simon. a cité, croyait que l'âme vient du ciel , qu'elle subsiste comme les anges , et que le siècle à venir a été fait pour elle. Non-seulement les Caraîtes ont repoussé cette accusation , mais en récriminant ils soutiennent que leurs ennemis doivent être plutôt soupçonnés de saducéisme qu'eux , puisqu'ils croient que les âmes seront anéanties , après quelques années de souffrances et de tourmens dans les enfers. Enfin , ils ne comptent ni Zadoc ni Batythos au rang de leurs ancêtres et des fondateurs de leur secte. Les défenseurs de Caïn , de Judas , de Simon le magicien , n'ont point rougi de prendre les noms

delears cheb} les Sadacéens ont adopté celui de Zadoc } mais les Caraïtes le rejettent et le maudissent , parce qu'ils en condamnent les opinions pernicieuses.

Eusèbe ( Prœp. ëvting. lih» VI II. <ap. x. ) nous fournît une conjecture qui nous aidera à découvrir la Teritable origine de <:ette secte ; car en his^ut un extrait d'Aristobule , qui parut ayec éclat k la cour de Ptolomée Philométor ^ il remarque qu'il y avait en ce temps-lii deux partis différens ches les Ju^a ^ dont 'VvLXi prenait tontes les lois de Moïse à la lettre , et l'autre leur donnait un sens allégorique. Nous trouvons là la véritable origine des Caraïtes ,' qui commencèrent à paraître sous ce prince , parce que ce fut alors que les interprétations allégoriques et les traditions furent reçues avec plus d'avidité et de respect. La religion judaïque .co^imença de s'altérer par le commerce qu'on eut avec des étrangers. Ce conmierce fut beaucoup pi us fréquent depuis les conquêtes d'Alexandre , qu'il n'était auparavant ; et ce fut particulièrement avec les Egyptiens qu'on se lia , surtout pendant que les rois d'Ëgjple furent maitres de la Judée , qu'ils y 6rent des voyages et des expéditions , et qu'ils en transportèrent les babitans. On n'emprunta pas des Egyptiens leurs idoles , mais leur métbode de traiter la théologie et la religion. Les docteurs/ti^ transportés on nés dans ce pays-là y se jetèrent dans les interprétations allégoriques ; et c'est ce qui donna occasion aux deux partis dont parle Ëusebe , de se former et de diviser la nation.

Doctrine des CaraUea. i"*. Le fondement de la doctrine des Caraïtes consiste à dir^ qu'il faut s'attacher scrupuleusement à l'Écriture-Sainte , et n'avoir d'autre règle que la loi et les con-, séqveBces qu'on en peut tireîr. Ils rejettent donc toute tradition orale , et ib confirment leur sentiment par les citations des antres docteurs qui les ont précédés , lesquels ont enseigné que font est écrit dans la loi ; qu'il n'y a point de loi orale donnée k Mo'ise sur le mont Sinaî. Ils demandent la raison qui aurait obligé Dieu à écrire une partie de ses lois , et à cacher l'autre , on à la conier à la mémoire des hommes. Il faut pourtant remarquer qu'ils recevaient les interprétations que les docteurs avaient données de la loi; et par là ils admettaient une espèce de tradition , mais qui était bien différente de celle des rabbins. Ceax-d ajoutaient à l'Écritnre les constitutions et les nouveaux dogmes de leurs prédécesseurs ; les Caraïtes au contraire n'ajou* taient rien h la loi , mais ils se croyaient permis d'en interpréter les endroits obscurs , et de recevoir les éclaircissemens que les anciens docteurs en avaient donnés.

T,'*, Cest se jouer du terme de tradition , que de croire avec

M. Simon qu'ils s'en servent , parce qn'ils ont adopta les points des Massorëthes. Il est bien vrai que les Caraïtes reçoivent ces points; mais il ne s'ensuit pas de là qu'ils admettent la traditiqn, car cela n'a aucune influence sur les dogmes de la religion. Les Caraïtes font donc deux choses : i<*. ils remettent les dogmes importans qu'on a ajoutés à la Loi qui est suffisante pour le salut ; â"". ils ne veulent pas qu'on égale les traditions indifférentes à la loi.

3*. Parmi les interprétations de l^Ëcriture , ils ne reçoivent que celles qui sont littérales , et par conséquent ils rejettent les interprétations cabalistiques , mystiques et allégoriques , comme n'ayant aucun fondement dans la loi.

4*** Les Caraïtes ont une idée fort simple et fort pure de la Divinité ; car ils lui donnent des attributs essentiels et inséparables; et ces attributs ne sont autre cboy que Dieu même. Ils le considèrent ensuite comme une cause opérante « qui produit des effets différens ; ils expliquent la création suivant le texte de Moïse ; selon eux Adam ne serait point mort ,* s'il n'avait mangé de l'arbre de science. La providence de Dieu s'étend aussi loin que sa connaissance , qui est infinie , et qui découvre généralement toutes choses. Bien que Dieu influe dans les actions des hommes , et qu'il leur prête son secours , cependant il dépend d'eux de se déterminer au bien et au mal, de craindre Dieu ou de violer ses commandemens. Il y a > selon les docteurs qui suivent en cela les Rabbinistes , une grâce commune, qui se répand sur tous les hommes^ et que chacun reçoit selon sa disposition ; et cette disposition vient de la nature du tempérament ou des étoiles. Ils distinguent quatre dispositions différentes dans l'âme : l'une de mort et de vie ; l'autre de santé et de maladie. Elle est morte , lorsqu'elle croupit dans le péché; elle est vivante, lorsqu'elle s'attache au b^en ; elle est malade , quand elle ne comprend pas les vérités célestes; mais elle est saine , lorsqu'elle connaît l'enchaînement des événemens et la nature des objets qui tombent sous sa connaissance. Enfin ils croient que les âmes , en sortant du monde , seront récompensées ou punies ; ks bonnes âmes iront dans le siècle à venir et dans l'Ëden. C'est ainsi qu'ils appellent le paradis , où l'âme est nourrie par la vue et la connaissance des objets spirituels. Un de leurs docteurs avoue que quelques uns s'imaginaient que l'âme des méchans passait par la voie de la métempsycose , dans les corps des bêtes : mais il réfute cette opinion , étant persuadé que ceux qui sont chassés du domicile de Dieu , vont dans un lieu qu'il appelle la géhenne ^ im ils souffrent à cause de leurs péchés, et vivent dans la douleur et la honte , oii il y a un ver qui ne meurt point , et un feu qui brûlera toujours.

5*. n (kat observer rigoareusemeut les jeilnes.

&. Il n'est point permis d'épouser la sœur de sa femme y même après la inert de celle-ci.

-7*. U faut observer exactement dans les marii^es les degrés , de parente et d'affinité.

8"". C'est une idolâtrie qye d'adorer les anges , le ciel , et les astres ; et il n'en faaC point tolérer les représentations.

£nén , leur morale est fort pure ; ils font surtout profession d'une grande tempérance; ils craignent de manger trop^ ou de se rendre trop délicats sur les mets qu'on leur présente ^ ils ont un respect excessif pour leurs maîtres ; les docteurs de leur coté sont charitables , et enseignent gratuitement ; ils prétendent se distinguer par là de ceux qui se font dieux d'argent , en tirant de grandes sommes de leurs leçons.

JDe la ëecle des Pharisiens. Origine des Pharisiens, On ne connaU point l'origine des Pharisiens, ni le temps i^nqnel ils ont coounencé d^ paraître. Josephe qui devait bien connaître une secte dont il était membre et partisan zélé , semble en fixer l'origine sons Jonathan , l'un des MacbaWées , environ cent trente ans avant Jésus-Christ.

On a cru jusqu'à présent qu'ils avaient pris le nom de séparés, ou de Pharisiens , parce qn'ils se séparaient du reste des hommes , au-dessus desquels ils s'élevaient par, leurs austérités. Cependant il y a une nouvelle conjecture sur ce nom : les Pharisiens étaient opposés aux Saducéens qui niaient les récompenses de l'autre vie ; car ils soutenaient qu'il y avait un paras , ou une rémunération après la mort. Cette récompense faisant le point de la controverse avec les Saducéens , et s'appelant Paras , les Pharisiens purent tirer de là lenr^nom, plutôt que de la sépjuration qui leur était commune avec les premierst

Doctrine des Pharisiens. 1°. Le zèle pour les traditions fait le premier crime des Pharisiens. Ils soutenaient qu'outre la loi donnée sur le Sinaî , et gravée dans les écrits de Moïse , Ditix avait confié verbalement à ée législateur un grand nombre de- rits et de dogmes , qu'il avait fait passer à la postérité sans les écrire. Us nomment les personnes par la bouche desquelles ce^ traditions s'étaient conservées : ils leur donnaient la même autorité qu'à la loi j et ils avaient raison , puisqu'ils supposaient que leur origine était également divine. Jésus-Christ censura. ces traditions qui affaiblissaient le texte y au lieu de l'éclaircir y et qui ne tendaient qu'à flatter les passions au lieu de les corriger. Mais sa censure 9 bien loin de ramener les Pharisiens , les efiaroucha , et ils en furent choqués comme d'un attentat commis par une perso^me qui n'avait aucune mission.

2«. Noiiii^eulement on peut accomplir la loi écrite^ etia. loi orale , mais encore les hommes ont assez de forces pou/ accomplir les œuvres ^ surérogation , comme les feûnes , les abstinences , et autres dévotions trës-^nortifiantés , auxquelles ils donnaient un grand pn'x.

3*« Josephe dit que les Pharisien» admettaient non-seulement un Dieu créateur du ciel et de la terre , mais encore une Providence ou un destin. La difficulté consiste à savoir ce qu'il entend par desiin : il ne faut pas entendre par là les étoiles , puisque les Juifs n'avaient aucune dévotion pour elles. Le destin chez les païens , était renchatnement des causes secondes , liées par la vérité éternelle. C'est ainsi qu'en parle Cicéron : mais chez les Pharisiens , le destin signifiait la Providence et les décrets qu'elle a formés sur les événemens humains. Josephe explique si nettement leur opinion , qu'il est difficile de concevoir comment on a pu l'obscurcir. « Ils croient , dit^il , ( Antiq, jud. hb. XFIIf. » cap, ij, ) que tont se fait par le destin ; cependant ils n'dtent » pas à la volonté la liberté de se déterminer y parce que , selon » eux , Dieu use de ce tempérament; que quoique toutes choses » arrivent par son décret, ou par son conseil , l'homme conserve » pourtant le pouvoir de choisir entre le vice et la vertu. >» Il n'y a rien de plus clair que le témoignage de cet historien, qui était engagé dans la secte des Pharisiens , et qui devait en counattre les sentimens. Comment s'imaginer après cela , que les Pharisiens se crussent soumis aveuglément aux influences des astres , et à l'enchaînement des causes secondes ? -

4**. En suivant cette signification naturelle , i^ est aisé de développer le véritable sentiment des Pharisiens , lesquels soutenaient trois choses difi^ntes. !•. Ils croyaient que les événemens ordinaires et naturels arrivaient nécessairement , parce que la Providence les avait prévus et déterminés ; c'est là ce qu'ils appelaient le destin. 2**. Hs.latssaient à l'homme sa liberté pour le bien et pour le mal. Josephe l'assure positivement , en disant qu'il dépendait de l'homme dé faire le bien et le mal. La Pro^ videocc réglait donc tous les événemens humains; mais elle n'imposait aucune nécessité pour les vice»" ni pour les vertus. Afin de mieux soutenir l'empire qu'ils se donnaient sur les mouvemens du cœur, et sur les actions qu'il produisait, ils alléguaient ces paroles du ÛeuJtéronome , oit Dieu déclare , qu'il a mis la mort et la vie devant son peuple , et les exhorte à choisir la vie. Cela s'accorde parfaitement avec l'orgueil des Pharisiens , qui se vantaient d'accomplir la loi , et demandaient la récompense due à leurs bonnes œuvres ,• comme s'ib Pavaient méritée. 3*. Enfin , quoiqu^Is laissassent la liberté de choisir entre le bien et le mal,

J U ay

ils admctuient quelques secours Ae la part d& J)ieu ; car ils étaient aidés par le destin. Ce dernier principe levé toute la dif* ficnllé : car si le destin arait été chez eux une cause aveugle , an enchainement des causes secondes , on Tinâuence des astres y il serait ridicule de dire que Je destin les aidait.

5*. Les bonnes et les mauvaises actions sont récompensées ou pnnies non-seulement dans cette vie , mais encore dans l'autre ; d'où il s'ensuit qne les Pharisiens croyaient là résurrection.

G^. On accnse les Pharisiens d'enseigner la transmigration des âmes 9 qu'ifs avaient empruntée des Oientaux , chez lesquels ce sentiment était commun : mais cette accusation est contestée , parce qne Jésus-Christ ne leur reproche jamais cette erreur , et qu'elle parait détruire la résurrection des morts : puisque si une âme a animé plusieurs corps sur la terre , on aura de la peine à dioisir celui qu'elle doit préférer aux autres.

Je ne sais si cela suffit pour justifier cette secte r Jésus-Christ ii*t pas eu dessein de combattre toutes les erreurs du pharisaïsme ; et si S. Paul n'en avait parlé y nous ne connaîtrions pas au jeu ràlkni leurs sentimens sur la jnstifieat^n. Il ne fant donc pas conclure du silence de l'Ëvangite , qu'ils n'ont point cru la traitsmigration des âmes.

U ne faut point non plus justifier les Pharistens^ , parce qu'ils auraient renversé la résurrection par là métempsycose ; car les Jui/i modernes admettcfnt également la révolution des âmes , et la résurrection des corps , et les Pharisiens ont pu faire la même chose.

L'autorité de Josephe , qui parle nettement sur cette matière , doit prévaloir. Il assure (Jintiq, Jud. Ub. JCFTII. <?€ip. y. ) que les Pharisiens croyaient que les âmes des méchans étaient renfermées dans des prisons , et Sonfiraient là des supplices étemels, pendant qlie celles des bons trouvaient un retour facile à la vi^9 et rentraient dans un autre corps. On ne peut expliquer ce retour des âmes à la vie par la résurrection : car , selon les Pharisiens , l'ime étant immortelle , elle ne mourra point, et ne ressuscitera jamais. On ne peut pas dire aussi qu'elle rentrera dans un autre corp* an dernier jour : car outre que l'âme reprendra par la résurrection le même corps qu'elle a animé pendant la vie, et qa'il y aura seulement quelque changement dans ses qualités ; les Pharisiens représentaient par là là différente condition des bons et des méchans, immédiatement après la mort; et c'est attribuer une pensée trop subtile à Josephe , que d'étendre sa vue jusqu'à la résurrection. Un historien qui rapporte les opinions d'une secte , parle plus naturellement , et s'explique avec plus de netteté.

Mœurs de§ Pharisiens. Il est temps de parler des aastérités des Pharisiens; car ce futîpar là qu'ils séduisirent le peuple , et qu'ils s'attirerent^ne autorité qui les rendait redoutables aux rois. Ils faisaient de longues veilles , et se refusaient jusqu'au sommeil nécessaire. Les uns se coucbaient sur une planche trèsétroite , afin qu'ils ne pu«sent se garantir d'une chute dangereuse , lorsqu'ils s'endormiraient profondément ; et les autres encore plus austères semaient snr cette planche des cailloux et des épines , qui troublassent leur repos en les déchirant. Ils faisaient à Dieu de longues oraisons,* qu'ils répétaient sans remuer les yeux y les bras , ni les mains. Ils achevaient de mortifier leur chair par des jeànes qu'ils observaient deux fois la semaine ; ils y ajoutaient les flagellations; et c'était peut-être une des raisons qui les faisait appeler des Tire^sang , parce qu'ils se décriraient impitoyablement la pean , et se-fouettaient jusqu'à ce que le sang coulât abondamment. Mais il y en avait d'autres à qui ce titre avait été donné , parce que n^rchant dans les rues les yeux baissés ou fermés , ik se frappaient la tête contre les murailles. Ils chargeaient leurs habits de phylactères , qui contenaient cer^ taines sentences de la loi. Les épines étaient attachées aux pans de leur robe , afin de faire couler le sang de leurs pieds lorsqu'ils marchaient; ils se séparaient des hommes, parce qu'ils étaient beaucoup plus saints qu'eux , et qu'ils craignaient d'être souillés par leur attouchement. Ils se lavaient plus souvent que les autres^ afin de montrer par là qu'ils avaient un soin extrême de se purifier. Cependant à la faveur de ce zèle apparent , ils se rendaient vénérables au peuple. On letir donnait le titre de sages par ex— cellence ; et leurs disciples s*entre-crïatent , te sage explique au-- Jourd^hui, On enfle les titres à' proportion qu'on les mérite moins; on tâche d'imposer aux peuples par de grands noms , lorsque les grandes vertus manquent. La jeunesse avait pour eux une si profonde vénération , qu'elle n'osait ni parler ni répondre , lors même qu'on lui faisait des censures; en effet ils tenaient leurs disciples dans une espèce d'esclavage , et ils réglaient avec un pouvoir absolu tout ce qui regardait la religion.

On distingue dans le Tfaalmud sept ordres de Pharisiens. L'un mesurait l'obéissance à l'aune du profit et de la gloire ; l'autre' ne levait point les pieds en marchant, et^n l'appelait à cause de cela le Pharisien tronqué ; le troisième frappait sa tête contre les murailles , afin d'jen tirer le sang ; un quatrième cachait sa tête dans un capuchon , et regardait de cet enfoncement comme du fond d'un moftier ; le cinquième demandait fièrement, ^ti^yai^fil que je fasse? je le ferai. Qu'y U'^^il à faire que je n'aie fait? le sixième obéissait par amour pour la vertu et pour la récom-

pense ; et le dernier n'exécutait les ordres de Diea que par la crainte de la peine.

Origine des Esaéniens. Les Esséniens qui deyraient être si célèbres par leurs austérités et par la sainteté exemplaire dont ils faisaient profession , ne le sont presque point. Serrarius soutenait qu'ils étaient connus chex les Juifs depuis la sof tie de r£gypte , parce qu'il a snpposé que c'étaient les Cinéen» descendus de Jétkro , lesquels suin'rent Moise , et de ces gens-là sortirent les Réchabites. Mm il est évident qu'il se trompait, car les-Esséniens et les Réchabites étaient deux ordres différens de dévots , et les premiers ne paraissent point dans toute l'histoire de l'ancien Testament comme les Réchabites. Gale savant anglais, leur donne la même antiquité ; mais de plus il en fait les pères et les prédécesseurs de Pjthagore et de-ses disciples. On n'en trouve aucune trace dan^ l'histoire des Machabées sous lesquels ils doivent être nés ; l'Evangile n'en parle jamais , parce qu'ils ne sortirent point de leur retraite pour aller disputer avec Jésus- Christ D'ailleurs ils ne vonlaient point se confondre avec les Pharisiens , ni avec le reste des Juifs , parce qu'ils se croyaient plus saints qu'eux } enfin ils étaient peu nombreux dans la Judée, et c'était principalement en Egypte qu'ils avaient leur retraite , et oh Philon les avait vus.

Drnsius fait descendre les Esséniens de ceux qu'Hircan pcrsécnia , qui se retirèrent dans les déserts , et qui s'accoutumèrent par nécessité à' un genre de vie très-dur , dans lequel ils persévérèrent volontairement ; mais il faut avouer qu'on ne connaît pas l'origine de ces sectaires. Us paraissent dans l'histoire de Josephe , sous Antigonus ; car ce fut alors qu'on vit ce prophète essénien, nommé Judas , lequel avait prédit qu' Antigonus serait tué un tel jour dans une tour. ^

Histoire des Esséniens. Yoici comme Jos^he ( belloJud, lib. II. cap. xij, ) nous dépeint ces sectaires. « Ib sont Juifs de na-

• tion , «lit-il , ils vivent dans une union très-étroite , et re- » gardent les voloptés comme des vices que Ton doit fuir, et la » continence et la victoire de ses passions , comme des vertus » que l'on ne saurait trop estin^r. Ils rejettent le mariage , non » qa'ils croient qu'il faiUe détruire la race dos hommes , mais

• pour éviter Tin tempérance -des femmes , qu'ils sont persuadés

> ne garder pas la foi à leurs maris* Mais ils ne laissent pas

• néanmoins de recevoir les jeunes enfans qu'on leur donne pour

• les instruire, et de les élever dans la vertu avec autant de soin

> et de charité que s'ils en étaient les pères , et ils les habillent

• et les nourrissent tous d'une même sorte.

> Ils méprisent les richesses ; toutes choses sont communes

» entre eux arec une égalité si admirable , que lorsque quelqu'un >» embrasse leur secte , il se dépouille de la propriété de ce qu'il » possède , pour éviter par ce moyen la vanité des richesses ^ » épargner aux autres la honte de la pauvreté , et par un si n heureux mélange , vivre tous ensemble comme frères.

» Ils ne peuv^t soufirir de s'oindre le corps avec de Thuile ; » mais si cela arrive à quelqu'un contre son gré , ils essuient n cette huile comme si c'étaient des taches et des souillures ; et H se croient asses propres et assez parés y pourvu que leurs ha- » bits soient toujours bien blancs.

» Ils choisissent pour économes des ^ns de bien qui reçoivent » tout leur reveau , et le distribuent selon le besoin que chacun » en a. Ils n'ont point de ville certaine dans laquelle ils defneun rent , mais ils sont répandus en diverses villes , ou ils reçoivent » ceux qui désirent entrer dans leur société; et quoiqu'ils ne les » aient jamais vus auparavant , ils partagent avec eux ce qu'ils » ont , comme s'ils les connaissaient depuis long->temps. Lors— » qu'ils font quelque voyagerais ne portent autre chose que des » armes pour se défjpndre des voleurs. Ils ont dans chaque ville » quelqu'un d'eux pour recevoir et loger ceux de leur secte qui 1» y viennent , et leur donner des habits , et les autres choses » dont ils peuvent avoir besoin. Us ne changent point d'habits » que quand les leurs sont déchirés ou usés. Ils ne vendent et 1» n'achètent rien entre eux , mais ils se communiquent les uns )• aux autres sans aucune échange, tout ce qu'ils ont. Us sont très- » religieux envers* Dieu , ne parlent que des choses saintes avant » que le soleil soit levé> et font alor»des prières qu'ils ont reçues » par tradition, pour demander à Dieu qu'il lui plaise de le » faire luire sur la terre. Us vont après travailler chacun k som » ouvrage , selon qu'il leur est ordonné. A onze heures ils se » rassemblent , et couverts d'un linge , se lavent le corps dans M Feau froide ; ils se retirent ensuite dans leurs cellules , dont » l'entrée n'est permise à nuls de ceux qui no sont pas de leur » secte , et étant purifiés de la sorte , ils vont au réfectoire » comme en un saint temple ,' oii lorsqu'ils sont assis en grand n silence , on met devant chacun d'eux du pain et une portion » dans un {^etit plat. Un sacrificateur bénit les viandes , et on » n'oserait y toucher jusqu'à ce qu'il ait achevé sa prière i il en « fait encore une autre après le repas. Ils quittent alors leurs » habits qu'ils regardent comme sacrés , et retournent à leurs » ouvrages.

» On n'entend jamais du bruit dans leurs maisons ; chacun » n'y parle qu'à son tour , et leur silence donne du respect aux « étrangers. Il ne leur est permis de rien faire que par l'avis de

j u ai

» leara snpàîenrs , si ce n'est d'assister les pauvres... Car quant » à leurs pareils , ils n^oseraientleur rien donner si on ne le leur 1» permet. Ils prennent «on extrême soin de réprimer leur colère; » ils aiment la paix, et gardent si inviolablement ce qu'ils pro- » mettent , qne Ton peut ajouter plus de foi à leurs simples pa- » rôles , qn'am scirmens des* autres. Il|5 considèrent même les » sermens comme des parjures , parce qu'ils ne peuvent se per-

• suader qu'un iiomme ne soit pas un menteur , lorsqu'il a be-

• êoixk ponr Are cru de prendre Dieu à témoin.... Ih ne reçoivent » pas iur-le-diamp danslenr société ceux qui veulent embrasser •• îemr manière de vivre , mais ils le font demeurer durant un » an au ddiors , ou ils ont chacun avec une portion , une pioche » et an habit blanc. Ils leur donnent ensuite une nourriture plus

• conforme à la leur , et leur permettent de se laver comme eux » dans de Tean froide , afin de se purifier; mais ils ne les font » pas manger au séCectoire, jusqu'à ce qu'ils aient encore du-

> rant deux ans éprouvé leurs mœurs , comme ils avaient au-

• parafant éprouvé leur continence. Alors on les reçoit parce

• qu'on les en juge di^e»^.mais avant qne de s'asseoir à taWe » avec les autres ^ ils protestent solennellement d'honorer et de

> servir Dieu de tout leur cœur, d'observer ia justice envers

• les hommes ; de ne faire jamais volontaireiiient de mal k per-

• smine ; d^assister de tout leur pouvoir lesgens<leJ>ieo,' de car- » der la foi à tout le monde , etplirticulièrement aux sonverains.

» Ceux., de cet|e seo^ sont très--justes et très^xacts dans leurs

• jngemens : leur nombpe n'^t pas moindre qne de cent lors-

• qu'ils. les prononcent, et ce qu^Is ont une fois arrêté demeure » immuable.

» Us observent plus religieusement le sabbat que nuls aàtres » de toos les Juifo. Auk autres jours , ils font dans un lieu à » l'écart , nn trou dans la terre d'où pied de profondeur, oti ■ après s'être déchargés, en^ couvrant de leurs habits, comme

• s'ils avaient peur de souiller les rayoûs du soleil , ils rempl^s-

• sent cette fosse de la terre qu'ils en ont tirée.

«Ils vivent si long^temps, que plusieurs vont jusqu'à cent » aat} €:e que j'attribue à la simplicité de leur vie. » Iksiéprisent les* maux de lar ferre , triomphent des tour-

• mens par leur constance, et préfèrent la mort à la vie lorsque

• le sujet en est honorable. La guerre qne nous av<UP eue contre ■ les Romains a fait voir en mille manier^ que Wur courage

• est invincible ; ils ont souffert le fer et le feu plutôt que de » Tonloir dire la moindre parole contre leur législateur , ni Y manger des viandes qui leur sont défendues, sans qu'au mi- » lien de taut de tourmens ils aient jeté une seule larme, ni dit

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» la moindre parole , pour tâcher d'adoucir la craàuté de leurs » bourreaux. Au contraire ils se mo(|uaient d'eux, et rendaient » l'esprit avec joie , parce qa'ils espéraient de passer de cette 1» vie à une meilleure; et qu'ils croyaient fo'mem.ent que, » comme nos corps sont mortels et corruptibles ^ nos âmes I» sont immortelles et incorruptibles ; qu'elles sont d'une subsn tance aérienne trës-^.ubtile , et qu'étant enfermées dans not » corps comme dans une prison , où une certaine inclination » les attire et les arrête, elles ne sont pas plutàt af&anchies )• de ces liens charneb qui les retiennent comme dans une » longue servitude , qu'elles s'élèvent dans l'air et s'envolent » avec joie. En quoi ils conviennent avec les Grecs , qui croient w que ces âmes heureuses ont leur séjour au-delà de l'Océan , » dans une région oii il n'y a ni pluie , ni neige , ai nue chaleur H excessive, mais qu'un doum séphir rend toujours trës-agréable : » et qu'au contraire les âmes des méchans' n'ont pour demeure » que des lieux glacés et agités par de continuelles tempêtes , » oii elles gémissent éternellement dans des peines infinies. Car, M c'est ainsi qu'il me parait que les Grecs veulent que leurs bé- » ros , à *qni ils donnent le nom de demi-dieux , habitent des » îles qu'ils ^ppellentybr/<^/^tftf , et que les âmes des impies soient >* à jamais tourmentées dans les enfers , ainsi qu'ils disent que » le sont celles de Sisyphe , de Tantale , d'Ixion et de Tytie.

M Ces .mêmes Ësséniens croient que les âmes* sont créées im- » mortelles pour se porter à la vertu et se détoiirnel* du vice ; » que les bons sont rendus meilleurs en cette vie par l'espérance >» d'être heureux après leur mçrt , et que les méchans qui s'ima* » ginent pouvoir cacher en ce moode leurs mauvaises actions , » en sont punis en l'autre par des tourmens éternels. Tels sont M leurs sentimens sur l'exoëllence de l'âme. Il y en a parmi eux » qui se vantent de connaître les choses à venir, %^nt par l'étude » qu'ils font des livres saints et des anciennes prophéties , que » par le soin qu'ils prennent de se sanctifier ; et il arrive rare- M ment qu'ils se trompent dans leurs prédictions.

» il y a une autre sorte d'Esséniens qui convionnent avec les » premiers dans l'usage des mêmes viandes , des mêmes moeurs » et des mêmes lois , et n'en sont difiérens qu'en ce qui regarde le » mariage. Car ceux-ci croient que c'est vouloir abolir la race >» des hommes que d'y renoncer , puisque si chacun embrassait )> ce sentiiftit , on la verrait bientôt éteinte. Us Vy conduisent M néanmoins avec tant de modération , qu'avant que de se ma— » rier ils observent durant trois ans si la personne qu'ils veulent » épouser paraît assez saine pour bien porter des enfans , et » lorsqu'après être mariés elle devient grosse, ils ne couchent

> plus av^c elle tarant sa grossesse , pour te'inoîgner que ce » n'est pas la volupté , mais le désir de donner des hommes à la • république , qui les engage dans le mariage, »

Josephe dit dans un autre endroit çu'i/s abandonnai ene tout à Dieu, Ces paroles font assez entendre le sentiment des Esséniens sur le concours de Dieu. Cet historien dit encore ailleurs que tout dépendait du dest/n , et qu'il ne nous arrivait rien que ce qu'il ordonnait. On voit parla que les Esséniens s'opposaient aux Saducéens , ^tqn'ih faisaient dépendre toutes choses des décrets de la Providence : mais en même temps il est évident qu'ils donnaient k fa Providence des décrets qui rendaient les événemens nécessaires , et ne laissaient à l'hom^iie aucun reste de liberté. Josephe les opposant aux Pharisiens qui donnaient une partie des actions au destin , et l'autre à la volonté de l'homme, fait connaître qu'ils étendaient à toutes les actions l'influence du destin et la nécessité qu'il impose. Cependant , au rapport de Philon , les Esséniens ne faisaient point Dieu auteur du péché, ce qui est assez difficile à concevoir ; car il est évident que si l'homme n'est pas libre , la religion périt , les actions cessent d'être bonnes et mauvaises, il n'y a plus de peine ni de récompense ; et on a raison de soutenir qu'il n'y a plus d'équité dans le jugement de Dieu.

Philon parle des Esséniens à peu près comme Josephe. Ils conviennent tous les deux sur leurs austérités, leurs mortifications , et sur le soin qu'ils prenaient de cacher au^ étrangers leur doctrine. Mais Philon assure qu'ils préféraient la campagne a la ville , parce qu'elle est plus propre à la méditation; et qu'ils évitaient autant qu'il était possible le commercé des hommes corrompus , parce qu'ils croyaient que l'impureté des mœurs se communique aussi aisément qu'une mauvaise influence de l'air. Ce sentiment nous parait plus vraisemblable que celui de Josephe qui les fait demearer dans les villes ; en effet on ne lit nulle part qu'il y ait eu dans aucune ville de la Palestine des communautés d'Esséniens , au contraire tous les auteurs qui ont parlé de ces sectaires , noua les représentent comme fuyant les grandes villes , et s'appliquant à l'agriculture. D'ailleurs s'ils eussent habité les villes , il est probable qu'on les connaîtrait un peu mieux qu'on ne le fait ^ et l'Evangile ne garderait pas sur eux un si profond silence; mais leur eloignement des villes oii Jésus-Christ prêchait, les a sans doute soustraits aux censures qu'il aurait faites de leur errenr.

Deê Thérapeutes. Philon ( Philo de pilœ contemp, ) a>distingné deux ordres d'Esséniens ; les uns s'attachaient à la pratique , et les antres qu'on nomme Thérapeutes ^ à la contemplation. 3. ^ 3

Ces derniers étaient aussi de la secte des Esséniens; Philon leur en donne le nom : il ne les distingue de la première branche de cette secte , que par quelque degré de perfection.

Philon nous les représente comme des gens qui faisaient de la contemplation de Dieu leur unique occupation, et leur principale félicité. C'était pour cela qu'ils se tenaient enfermés seul à seul dans leur cellule, sans parler, sans oser sortir, ni même regarder par les fenêtres. Us demandaient à Dieu, que leur âme fût toujours remplie d'une lumière céleste , et qu'élevés au-dessus de tout ce qu'il y a de sensible, ils pussent chercher et connaître la vérité plus parfaitement dans leur solitude , s'élevant au-dessus du soleil , de la nature , et de toutes les créatures. Us perçaient directement à Dieu, le soleil de justice. Les idées de la divinité, des beautés , et des trésors du ciel , dont ils «'étaient nourris pendant le jour les suivaient jusques dans la nuit , jusques dans leurs songes , et pendant le sommeil même. Us débitaient des préceptes excellens; ils laissaient à leurs parcns tous leurs biens, pour lesquels ils avaient un profond mépris, depuis qu'ils s'étaient enrichis de la philosophie céleste : ils sentaient une émotion violente, et une fureur divine, qui les entraînait dans l'étude de cette divine philosophie, et ils y trouvaient un Souverain plaisir; c'çst pourquoi ils ne quittaient jamais ^eur étude , jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus à ce degré de perfection qui les rendait heureui. On \cf\i là , si je ne me trompe, la contemplation des mystiques , leurs transports , leur union avec la divinité qui les rend souverainement heureux et parfaits sur la terre.

Cette secte que Philon a peinte dans un traité qu'il a fait exprès , afin d'en faire honneur à sa religion , contre les Grecs qui vantaient la morale et la pureté de leurs philosophes , a paru si sainte, que les Chrétiens leur ont envié la gloire de leurs austérités. Les plus modérés ne pouvant 6ter absolument à la synagogue l'honneur de les avoir formés et nourris dans son sein , ont au moins soutenu qu'ils avaient embrassé le Christianisme , dès le moment que S. Marc le prêcha en Egypte , et que changeant de religion sans changer de vie , ils devinrent les pères et les premiers instituteurs de la vie monastique.

Ce dernier sentiment a été soutenu avec chaleur par Eusèbe , par saint Jérôme , et surtout par le père Montfaucon , homme distingué par son savoir y non-seulement dans un ordre savant, mais dans la république des lettres. Ce savant religieux a été réfuté par M. Bouhier premier président du parlement de Dijon , dont on peut consulter rourra^e; nous nous bornerons ici à quelques remarques.

I*. On ne connaît les Thérapeutes que par Philon. J] faut donc s'en tenir à son témoignage j mais peut-on croire qu'un ennemi de la religion chrétienne , et qui a persévéré jusqu'à la mort dans la profession du judaïsme y quoique l'Evangile fdt connu , ait pris la peine de peindre d'une manière si édifiante les ennemis de sa religion et de ses cérémonies? Le Judaïsme et le Christianisme sont deux religions ennemies ; l'une travaille à s'étahlir sur les ruines «de l'autre; il est impossible qu'on fasse un éloge magnifique d'une religion qui travaille à l'anéantissement de celle qu'on croit et qu'on professe. i

3^. Philon de qui on tire les preuves en faveur du christianisme des Thérapeutes , était né l'an 723 de Rome. 11 dit qu'il était fort )eune lorsqu'il composa ses ouvrages ; et que dans la suite ses études furent interrompues par les grands emplois qu'on lui confia. En suivant ce calcul , il faut nécessairement que Philon ait écrit avant J. C. et à plus forte raison avant que le Christianisme eût péaëtré jusqu'à Alexandrie. Si on donne à Philon trente-cinq ou quarante ans lorsqu'il composait ses livres, il n'était plus jeune. Cependant J. C. n'avait alors que huit ou dix ans , il n'avait point encore enseigné ; l'Evangile n'était point encore connu : les Thérapeutes ne pouvaient par conséquent être chrétiens : d'oti il est aisé de conclure que c'est une secleie Juifs ré£ormés\ dont Philon nous a laissé le portrait.

S"". Philon remarque que les Thérapeutes étaient une brancha des Esséniens ^ comment donc a-t-on pu en faire des chrétiens, et laisser les autres c^ns le judaïsme ?

Philon remarque encore que c'étaient des disciples de Moïse ; et c'est là un caractère de judaïsme qui ne peut être contesté , surtout par des chrétiens. L'occupation de ces gens-là consistait à feuilleter les sacrés volumes , à étudier la philosophie qu'ils avaient reçue de leurs ancêtres , à y chercher des allégories , s'imaginant que les secrets de la nature étaient cachés sous les termes les plus clairs ; et pour s'aider dans cette recherche , ils avaient les commentaires des anciens ; car les premiers auteurs de cette secte avaient laissé divers volumes d'allégories , et leurs disciples suivaient cette méthode. Peut-on connaître là des chrétiens? qui étaient ces ancêtres qui avaient laissé tant d'écrits , lorsqu'il y avait à peine un seul évangile publié ? Peut-on dire que les écrivains sacrés nous aient laissé des volumes pleins d'algories.^ quelle religion serait la nôtre, si on ne trouvait que cela dans les livres divins? Peut-on dire que l'occupation des premiers saints du Christianisme fut de chercher les secrets de la nature cachés sous les termes les plus clairs de la parole de Dieu ? Cela convenait à des mystiques et à des dévots contemplatifs ,

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