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qui se inêlaîent de médecine : cela convenait à des Juifs ^ dont )es docieors aimaient les allégories jusqu'à la fureur : mais ni les ancêtres , ni la philosophie y ni les volumes pleins d'allégories , ne conviennent point aux auteurs de la religion chrétienne , ni aux chrétiens.
4*. Les Thérapeutes s'enfermaient toute la semaine sans sortir de leurs cellules , et même sans oser regarder par les fenêtres y et ne sortaient de Hi que le jour du sahhat , portant leurs mains sous le manteau : l'une entre la poitrine et la harhe , et l'autre sur le côté. Reconnaît-on les Chrétiens à cette posture? et le jour de leur assemblée qui était le samedi , ne marque-t-il pas que c'étaient là des Juifs , rigoureux observateurs du jour du repos que Moïse avait indiqué ? Accoutumés comme la cigale à vivre de rosée , ils jeûnaient toute la semaine , mais ils mangaient et se reposaient le jour du sabbat. Dans leurs fêtes ils avaient une table sur laquelle on mettait du pain , pour imiter la table des pains de proposition que Moïse avait placée dans le temple. On chantait des hymnes nouveaux, et qui étaient l'ouvrage du plus ancien de l'assemblée \ mais lorsqu'il n'en composait pas, on prenait ceux de quelque ancien poète. On ne peut pas dire qu'il y eût alors d'anciens poètes chez les Chrétiens \ et ce termie ne convient guère au prophète David. On dansait aussi dans cette fête \ les hommes et les femmes le faisaient en mémoire de la mer Rouge , parce qu'ils s'imaginaient que Moïse avait donné cet exemple aux hommes , et que sa sœur s'était mise à la tête des femmes pour les faire danser et chanter. Cette fête durait jusqu'au lever du soleil ; et dès le moment que l'aurore paraissait , chacun se tournait du côté de l'orient , se souhaitait lé bon jour , et se retirait dans sa cellule pour méditer et contempler Dieu : ou voit là la même superstition pour le soleil qu'on a déjà remarquée dans les Elsséniens du premier ordre.
5^. Enfin , çn n'adopte les Thérapeutes qu'à cause de leurs austérités , et du rapport qu'ils ont avec la vie monastique.
Mais ne voit-on pas de semblables exemples de tempérance et de chasteté chez les païens , et particulièrement dans la secte de Pythagore , à laquelle Josephe la comparait de son temps ? La communauté des biens avait ébloui Ëusèbe , et l'avait obligé de comparer les Esséniens aux fidèles dont il est parlé dans l'histoire des Actes , qui mettaient tout en comnran. Cependant les disciples de Pythagore faisaient la même chose \ car c'était une de leurs maximes , qu'il n'était pas permis d'avoir rien en propre. Chacun apportait à la communauté ce qu'il possédait : on en assistait les pauvres , lors même qu'ils étaient absens ou éloignés ; et ils poussiueot si loin U charité i que l'un d'eux con-
damné an supplice par Denys le Tyran , trouva nn pleîge qui prit sa place dans la prison ; c'est le souverain degré de l'amour ^ue de mourir les uns pour les autres. L'abstinence des viandes était sévèrement observée par Jes disciples de Pjthagore , aussibien que par les Tbérapeates. On ne mangeait que des berbes cmes ou bouillies. Il j avait une certaine portion de pain réglée, qui ne pouvait ni charger ni remplir l'estomac : on le frottait quelquefois d'an peu de miel. Le vin était défendu , et on n'avait point d'autre breuvage que l'eau pure. Pjtbagore voulait qu'on négVigeii les plaisirs et les voluptés de cette vie , et ne les trou- Tait pas dignes d'arrêter l'bomme sur la terre. Il rejetait les onctions d'huile comme les Thérapeutes : ses disciples portaient des babits blancs ) ceux de lin paraissaient trop superbes , ils n'en avaient que de laine. Us n'osaient ni railler , ni rire , et ils ne devaient point )urer par le nom de Dieu , parce que chacun devait faire connaître sa bonne foi , et n'avoir pas besoin de ratifier sa parole par un serment. Us avaient un profond respect pour les vieillards , devant lesquels ils gardaient long-temps le silence. Ils n'osaient faire de l'eau en présence du soleil , su-> perstition que les Thérapeutes avaient encore empruntée d'eux. £ofin ils étaient fort entêtés de la spéculation et du repos qui l'accompagne ; c'est pourquoi ils en faisaient un de leurs pré-^ cep tes les plus importans.
O jm^enes ! tacitd colite hase pia sacra çuiete ;
Ais^xt Pjthagore à ses disciples « à la tête d'un de ses ouvrages.. En comparant les sectes des Thérapeutes et des Pythagoriciens , on les trouve si semblables dans tous les chefs qui ont ébloui les Chrétiens , qu'il semble que l'une soit sortie de l'autre. Cependant si on trouve de semblables austérités chez les païens , on ne doit plus être étonné de les voir chez les Juifs éclairés par la loi de Moïse ; et on ne doit pas leur ravir cette gloire pour la transporter au Christianisme.
Histoire de la phiiosapkie Juive depuis la ruine de Jérusalem. La mine de Jérusalem causa chez les Juifs des révolutions qui furent btales aux sciences. Ceux qui avaient échappé à l'épée des Romains, aux flammes qui réduisirent en cendres Jérusalem et son temple , ou qui après la désolation de cette grande ville , ne forent pas vendus au marché comme des esclaves et des bêtes de charge, tâchèrent de chercher une retraite et un asile. Ils en trouvèrent un en Orient et à*Babylone , oii il y avait encore ma grand nombre de ceux qu'on y avait transportés dans les an^ cieunes guerres : il était naturel d'aller implorer là la charité de kurs frères , qui s'y étaient fait des établissemens considérables.
Les autres se reTugîërent en Egypte , oii il j avait aussi depuis long-temps beaucoup de Jmfs puissans et assez riches pour rece* Toir ces malheureux; mais ils portèrent là leur esprit de sédition et de révolte , ce qui y causa un nouveau massacre. Les rabbins assureut que les familles considérables furent transportées dès ce temps-là en Espagne , qu'ils appelaient sépharaé; et que c'est dans ce lieu oii sont encore les restes des tribus de Benjamin et de Judas , les descendans de ta maison de David : c'est pourquoi les Juifs de ce pays-là ont toujours regardé avec mépris ceux des autres nations ^ comme si le sang royal et la distinction des tribus s'étaient mieux conservées chez eux que partout ailleurs. Mais il y eut un quatrième ordre de Juif a qui pourraient à plus juste titre se faire honneur de leur origine. Ce furent ceux qui demeurèrent dans leur patrie , ou dans les masures de Jérusalem , ou dans les lieux voisins , dans lesquels ils se distinguèrent en rassemblant un petit corps de la nation , et par les charges qu'ils y exercèrent. Les rabbins assurent même que Tite fit transporter le sanhédrin à Japhné ou Jamnia , et qu'on érigea deux académies , Tune à Tibérias et l'autre à Lydde. Enfin ils soutiennent qu'il y eut aussi dès ce temps-là un patriarche qui après avoir travaillé à rétablir la religion et son Eglise dispersée , étendit son autorité sur toutes les synagogues de r Occident.
Ou prétend que les académies furent érigées l'an 220 ou Tan 23o \ la plus ancienne était celle de Nahardea , ville située sur les bords de l'Euphrate. Un rabbin nommé Samuel prit la conduite de cette école : ce Samuel est un homme fameux dans sa nation. Elle le distingue par les titres de pigiianiy d'arioch , de êapor boi et de lunatique , parce qu'on prétend qu'il gouvernait le peuple aussi absolument que les rois font leurs sujets « et que le chemin du ciel lui était aussi connu que celui de son académie. 11 mourut l'an 9.70 de Jésus-Christ , et la ville de Nahardea ayant été prise l'an 278 , l'académie fut ruinée.
On dit encore qu'on érigea d'abord l'académie à Sora y qui avait emprunté son nom de la Syrie; car les Juifs le donnent à toutes les terres qui s'étendent depuis Damas et l'Euphrate , jusqu'à Babylone , et Sora était située sur l'Euphrate.
Pumdebita était une ville située dans la Mésopotamie, agréable par la beauté de ses édifices. Elle était fort décriée parles mœurs de ses habitans , qui étaient presque tous autant de voleurs : personne ne voulait avoir commerce avec eux; et les Juifs ont encore ce proverbe , qu^il faut changer de domicile lorsqtCon a. un pumdéhitain pour ifoisin. Rabbin Chasda ne laissa pas de la choisir l'an 290 pour y enseigner. Comme il avait été collègue de
Bana qui régentait à Sora, il y a lieu de soupçonner qae quelque jalousie ou quelque chagrin personnel l'engagea à faire cette érection. Il ne put pourtant donner à sa nouvelle académie le lustre' et la réputation qu'avait déjà celle de Sora , laquelle tint toujours le dessus sur celle de Pnmdebita.
Oq érigea deux autres académies Tan 87^ , Tune à Naresch proche de Sora , et l'autre à Machusia ; enfin il s'en éleva une cinquième k h ûa du dixième siècle dans un lieu nommé Peruta Sdabhur, où l'on dit qu'il y avait neuf mille Juifs.
Les chek des académies ont donné beaucoup de lustre à la nation /uiife par leurs écrits, et ils avaient un grand pouvoir sur le peuple ; car comme le gouvernement des Juifs dépend d*une infinité de cas de conscience, et que Moïse a donné des lois politiques qui sont aussi sacrées que les cérémonie! Ie5, ces docteurs qu'on consultait souvent étaient aussi les maîtres des peuples. Quelques uns croient même que depuis la ruine du temple, les conseils étant ruinés ou confondus avec les académies , le pouvoir appartenait entièrement aux cbefs de ces académies.
Parmi tous ces àocteurs Jtsifs , il n'y en a eu aucun qui se soit
rendu plus illustre , soit par l'intégrité de ses mœurs , soit par
rétendue de ses connaissances , que Judas le Saint. Après la
ruine de Jérusalem , les chefs des écoles ou des académies qui
s'étaient élevées dans la Judée , ayant pris quelque autorité
sur le peuple par les leçons et les conseils qu'ils lui donnaient ,
furent appelés princes de la captivité. Le premier de ces princes
fut Gamaliel , qui eut pour successeur Siméon III son fils , après
lequel parut Juda le Saint dont nous parlons ici. Celui-ci vint
au monde le même jour qu'Attibas mourut ; et on s'imagine
que cet événement avait été prédit par Salomon , qui a dit qu'un
soleil se lèue , et qu'un soleil se coucJie. Attibas mourut sous
Adrien , qui lui fit porter la peine de son imposture. Ghédalia
place la mort violente de ce fourbe l'an 87 , après la ruine du
temple , qui serait la cent quarante-troisième année de l'ère
chrétienne ; mais alors il serait évidemment faux que cet évé^
nement fât arrivé sous Tempire d'Adrien qui était déjà mort ; et
si Jnda le Saint naissait alors , il faut nécessairement fixer sa
naissance à l'an i35 de J. C. On peut remarquer en passant,
qu'il ne faut pas s'arrêter aux calculs des Juifs , peu jaloux
d'une exacte chronologie.
Le lieu de sa naissance était Tsippuri. Ce terme signifie un petit oiseau^ et la ville était située sur une des montagnes de la Galilée. Les Jidfs , jaloux de la gloire de Juda , lui donnent le titre de saint , ou même de saint des saints , à cause de la pureté de sa vie. Cependant je n'ose dire en quoi consistait cette
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pureté; elle paraîtrait badine et ricHcuIe. It devînt le cKef de la nation, et eut une si grande autorité, que quelques uns de set disciples ayant osé le quitter pour aller faire une intercaiation à Ljdde , ils eurent tous un mauvais regard , c^est-à-dire qu'ils moururent tous d'un châtiment exemplaire : mais ce miracle est fabuleux.
Juda devint plus recommandable par la répétition de la loi qu'il publia. Ce livre est un code du droit civil et canonique des Juifs y qu^on appelle Misnah, Il crut qu'il était souveraine* Dient nécessaire d'y travailler , parce que la nation dispersée en tant de lieux, avait oublié les rites et se serait éloignée de la religion et de la jurisprudence de ses ancêtres, si on les confiait uniquement à leur mémoire. Au lieu qu'on expliquait auparavant la tradition selon la volonté des professeurs ,. ou par rapport à la capacité des étudians , ou bien enfin selon les circonstances qui le demandaient, Juda fit une espèce de système et de cours q^u'on suivit depuis exactement dans les académies. Il divisa ce rituel en six parties. La première roule sur la distinction des semences dans un champ, les arbres , les fruits^ les décimes, etc. La seconde règle , l'observance des fêtes. Dans la troisième qui traite des femmes, on décide toutes les causes matrimoniales. La quatrième qui regarde les pertes , roule sur les procès qui naissent dans le commerce , et les procédures qu'on y doit tenir : on y ajoute un traité d'idolâtrie , parce que c'est un des articles importans sur lesquels roulent les jugemens. La cinquième partie regarde les oblations , et on examine dans la dernière tout ce qui est nécessaire à la purification.
n est difficile de fixer* le temps- auquel Juda le Saint com* niença et finit cet ouvrage , qui lui a donné une si grande réputation. Il faut seulement remarquer, i*». qu'on ne doit pas )e confondre avec le Thalmud , dont nous parlerons bientôt, et qui ne fut achevé que long-temps après. 2?. On a mal placé cet ouvrage dans les tables chronologiques des syna-^ gogues , lorsqu'on compte aujourd'hui 1614 ans. depuis sa publication 'y car cett« année tomberait sur l'année 140 de J. G. cil Juda le Saint ne pouvait avoir que quatre ans. 3^. Au contraire , on le retarde trop , lorsqu'on assure qu'il fut publié cent cinquante ans après la ruine de Jérusalem } car cette année tomberait sur l'an 220 ou 218 de J. G. , et Juda était mort auparavant. 4**. En suivant le calcul qui est le plus ordinaire , Juda doit être né l'an i35 de J. G. Il peut avoir travaillé à ce recueil depuis qu'il fut prince ,de la captivité , et après avoir jugé souvent les différends qui naissaient dans sa nation. Ainsi on peut dire qu'il le fit environ l'an 180 , lorsqu'il avait qua-
rnDte-quatre ans, à U fleur de son ige , et qu'une assez longue expérieuce lui avait appris à décider les questions de la loi.
Juda s'acquit une si grande autorité par cet ouvrage , qu'il se mit au-dessus des lois ^ car au Jieu que pendant que Jérusalem subsistait , les chefs du sanhédrin étaient soumis à ce conseil , et sujets h h peine , Juda , si Ton en croit les historien3 de sa nation, s'éleva au-dessus des anciennes lois, et Siméon , fils Je Lachis , ayant osé soutenir que le prince devcût être JoueUé lorsqu'il péchait^ Juda envoya ses officiers pour Tarrêler , et l'aurait puni sévèrement , s'il ne lui était échappé par une prompte fuite. Juda conserva son orgueil jusqu'à la mort; car il voulut qu'on portât son corps avec pompe , et qu'on pleurât dans toutes les grandes villes oii l'enterrement passerait , défendant de le faire dans les petites. Toutes les villes coururent à cet enterrement ; le jour fut prolongé , et la nuit retardée jusqu'à ce que chacun ,fdt de retour dans sa maison, et eût le temps d'allumer une chandelle pour le sabbat. La fille de la VOIT se fit entendre I et prononça que tous ceux qui avaient suivi la pompe funèbre seraient sauvés , à l'exception d'un seul qui tomba dans le désespoir , et se précipita.
Origine du Thalmud et de la Gémare. Quoique le recueil ies traditions, composé par Juda le Saint , sous le titre de Misnah^ parât un ouvrage parfait , on ne laissait pas d'y remarquer encore deux défauts considérables : l'un , que ce recueil était confus , parce que l'auteur y avait rapporté le sentiment de diflerens docteurs , sans les nommer , et sans décider lequel de ces sentimens méritait d'être préféré ; l'autre défaut rendait ce corps de droit canon presque inutile , parce qu'il était trop court y et ne résolvait qu'une petite partie des cas douteux , et des questions qui commençaient à s'agiter chez les Juifs, .
Afin de remédier à ces défauts , Jochanan aidé de Rab et de Samuel , deux disciples de Juda le Saint, firent unxommentaire sur l'ouvrage de leur maître , et c'est ce qu'on appelle le Thal^ nud ( thalmud signifie doctrine ) de Jérusalem. Soit qu'il eût été composé en Judée pour les Juifs qui étaient restés en ce pays-là ; soit qu'il fût écrit dans la langue qu'on y parlait , les Juifs ne s'accordent pas sur le temps auquel cette partie de la Gémare, qui signiûe peifection y fut composée. Les uns croient que ce fut deux cents ans après la ruine de Jérusalem. Enfin , il y a quelques docteurs qui ne comptent que cent cinquante ans, et qui soutiennent que Rab et Samuel , quittant la Judée , allé* rent à Babylone l'an 219 de l'ère chrétienne. Cependant ce sont là des chefs du second ordre des théologiens qui sont ap^ pelés Gémaristes , parce qu'ils ont composé la Gémare. Leur
ouvrage ne peut être placé qu'après le règne de Dîoclétîen^ puisqu'il j est parlé de ce prince. Le P. Morin soutient même qu'il y a des termes barbares, comme celui de bôtgheni^ pour marquer un bourg , dont nous sommes redevables aux Vandales ou aux Goths; d'oh il conclut que cet ouvrage ne peut avoir paru que dans le cinquième siècle.
Il J avait encore un défaut dans la Gémare ou leTbalmud de Jérusalem ; car on n*y rapportait que les sentiraens d'un petit nombre de docteurs. D'ailleurs il était écrit dans une langue très^arbare , qui était celle qu'on parlait en Judée , et qui s'était corrompue par le mélange des nations étrangères. C'est pourquoi les Amoréens, c'est-à-dire les commentateurs, commencèrent une nouvelle explication des traditions. R. Ase se chargea de ce travail. Il tenait son école à Sora , proche de Babjlone^ et ce fut là qu'il produisit son commentaire sur la Misnah de Juda. Il ne l'acheva pas; mais ses enfans et ses disciples y mirent la dernière main. C'est là ce qu'on appelle la Gémare ou le Thalmud de Bahylone^ qu'on préfère à celui de Jérusalem X'est un grand et vaste corps qui renferme les traditions^ le droit canon des Juifs , et toutes les questions qui regardent la loi. La Misnah est le texte , la Gémare en est le commentaire ^ et ces deux parties font le Thalmud de Babylone.
La foule des docteurs juifs et chrétiens convient que le Thalmud fut achevé l'an 5oo ou 5o5 de l'ère chrétienne : mais le P. Morin , s'écartant de la route ordinaire , soutient qu'on aurait tort de croire tout ce que les Juifs disent sur l'antiquité de leurs livres y dont ils ne connaissent pas eux^némes l'origine. Il assure que la Misnah ne put être composée que l'an 5oo, et le Thalmud de Babylone l'an 700.0a environ. Nous ne prenons aucun intérêt à l'antiquité de ces livres remplis de traditions. Il faut même avouer qu'on ne peut fixer qu'avec beaucoup de peine et d'incertitude le temps auquel le Thalmud peut avoir été formé , parce que c'est une compilation composée de décisions d'un grand nombre de docteurs qui ont étudié les cas de conscience, et à laquelle on a pu ajouter de temps en temps de nouvelles décisions. On ne peut se confier sur cette matière , ni au témoignage des auteurs yii^ , ni au silence des chrétien^ : les premiers ont intérêt à vanter l'antiquité de leurs livres , et ils ne sont pas exacts en matière de chronologie : les seconds ont examiné rarement ce qui se passait chez les Juifs , parce qu'ils ne faisaient qu'une petite figure dans l'empire. D'ailleurs leur conversion était rare et difficile; et pour y travailler, il fallait apprendre une langue qui leur paraissait barbare. On ne peut voir sans étonnement que dans ce grand nombre de prêtres et d'évêqucs
qui ont compose le clergé pendant la datée de tant de stëcles ^ il jr en ait eu si peu qui aient su Thébreu , et qui aient pu lire oa l'ancien Testament, ou les commentaires des Juifa dans l'original . On passait le temps à chicaner sur des faits on des questions subtiles , pendant qu'on négligeait une étude utile ou nécessaire. Les témoins manquent de toutes parts ; et comment s'assarer de la tradition , lorsqu'on est privé de ce secours?
Jugemens tur le Thalmud, On a porté quatre jugemens différens sur ie TbaJmud ; c'est-à-dire, sur ce corps de droit canon et de tradition. Les Juifs l'égalent à la loi de Dieu. Quelques chrétiens l'estiment ayec excès. Les troisièmes le condamnent au feu , et les derniers gardenUun juste milieu entre tous ces sentimens. U faut en donner une idée générale.
L»es Juifê sont convaincus que les Thalmudistes n'ont jamais été inspirés , et ils n'attribuent l'inspiration qu'aux prophètes. Cependant ils ne laissent "pas de préférer le Thalmud à l'Ecriture- Sainte ; car ils comparent l'Ecriture k l'eau , et la tradition k du TÎn excellent : la loi est le sel; la mîsnah du poivre , et les thaïmuds sont des aromates prédeuz. Ils soutiennent hardiment que celui qui pèche contre Moïse peut être absous; mais qi^on mérite la mort , lorsqiion contredit les docteurs ; et qu'on commet un péché plus criant , en violant les préceptes des sages que ceux de la loi. C'est pourquoi ils infligent une peine sale et puante à ceux .qui ne les observent pas : damnantur in stercore bteUieMi. Ils ^ décident les questions et les cas de conscience par le Thalmud comme par une loi souveraine.
Comme il pourrait paraître étrange qu'on puisse préférer les traditions à une loi que Dieu a dictée , et qui a été écrite par ses ordres , il ne sera pas inutile de prouver ce que nous venons d'avancer par l'autorité des rabbins.
R. Isaac nous assure qu'if ne faut pas s'imaginer que la Iqî écrite soit le fondement de la religion; au contraire, c'est la loi orale. Cest à cause de cette dernière loi que Dieu a traité alliance avec le peuple d'Israël. En effet , il savait que son peuple serait transporté chez les nations étrangères , et que les païens transcriraient ses livres sacrés. C'est pourquoi il n'a pas voulu que la loi orale fût écrite , de peur qu'elle ne fAt connue des idolâtres 5 et c'est ici un des préceptes généraux des rabbins : Apprends , mon fils , à avoir plus d'attention aux paroles des êcrihes qiCaux paroles de la loi.
Les rabbins nous fournissent une autre preuve de l'attachement qu'ils ont pour les traditions, et de leur véhération pour les lages, en soutenant dans leur corps de Droit, que ceux qui s'attachent à la lecture de la Bible ont quelque degré de vertu;
mais il est médiocre , et il ne peut être mis en ligœ de compte^. Etudier la seconde loi ou V tradition, c'est une vertu qui mérite sa récompense , parce.qu'il n'y a rien de plus parfait que l'étude de la Géraare, C'est pourquoi Eiéazar , étant au lit de la mort , répondit à ses écoliers , qui lui demandaient le chemin de la vie et du siècle à venir : Détournez vos enfana de V étude de la Bible ^ et les mettes aux pieds des sages. Cette maxime est confirmée dans un livre qu'on appelle V autel d^or; car on y assure qu'il n'y a point d'étude au-dessus de celle du très-saint Thalmud > ei le R. Jacob donne ce précepte dans le Thalmud de Jérusalem :. Apprends , mon fils , que les paroles des scribes sont plus aima^ lies que celles des prophètes.
Enfin , tout cela est prouvé par nne*historiette du roi Pirgandicus. Ce prince n'est pas connu , mais cela n'est point nécessaire pour découvrir le sentiment des rabbins. C'était un infidèle , qui pria onze docteurs fameux à souper. Il les reçut magnifiquement, et leur proposa de manger de la chair de pourceau , d'avoir commerce avec des femmes païennes, ou de boire du vin consacré aux idoles. Il fallait opter entre ces trois partis. On délibéra et on résolut de prendre le dernier , parce que les deux premiers articles avaient été défendus par la loi , et que c'étaient uniquement les rabbins qui défendaient de boire le vin consacré aux faux dieux. Le roi se conforma au choix des docteurs. On. leur 4pDiV du vin impur j dont ils burent largement. On fit ensuite tourner la table , qui était sur un pivot. Les docteurs échauffés par le vin , ne prirent point garde à ce qu'ils man-. geaient; c'était de la chair de pourceau. En sortant de table, on les mit au lit , oii ils trouvèrent des femmes. La conçu pi&r cence échauffée par le vin , joua son jeu. Le remords ne se fit sentir que le lendemain matin, qu'on apprit aux docteurs qu'ils avaient violé la loi par degrés. Ils en furent punis : car ils moururent tous la même année de mort subite ; et ce malheur leur arriva, parce qu'ils avaient méprisé les préceptes des sages, et qu'ils avaient cru pouvoir le faire plus impunément que ceux de la loi écrite : et en effet on lit dans la Misnah , que ceux qui pèchent contre les paroles des sages sont plus coupables que ceux qui violent les, paroles de la loi.
Les Juifs demeurent d'accord que cette loi ne suffit pas ; c'est pourquoi on y ajoute souvent de nouveaux commentaires dans lesquels on entre dans un détail plus précis, et on fait souvent de nouvelles décisions. Il est même impossible qu'on fasse autrement, parce que les définitions thalmudiques , qui sont courtes > ne pourvoient pas à tout , et sont très-souvent obscures 5 mais, lot-sque le Thalmud est clair, on le suit exactemeiit.
Cependant on y tronve une infinité ie choses qui pourraient diminuer la profonde vénération qu'on a depuis tant de siècles pour cet ouvrage , si on le lisait avec attention et sans pre'jugé. Le malheur des Juifs est d*aborder ce hvre avec une obéissance aveugle pour tout ce qu'il contient. On forme son goût sur cet ouvrage , et ou s'accoutume à ne trouver rien Je beau que ce qui est conforme aii Thalmud 5 mais si on l'examinait comme une compilation JedifTérens auteurs qui ont pu se tromper , qui ont eu quelquefois un très-mauvais goût dans le choix des matières qu'ils ont traitées, et qui ont pu être ignorans, on y remarquerait cent choses qui avilissent la religion, au lieu d'en relever l'éclat.
On y conte que Dien, afin de tuer le temps avant la création de l'univers, ou il était seul, s'occupait à bâtir divers mondes qu'il détruisait aussitôt, jusqu'à ce que, par différens essais, il eut appris à en faire un aussi parfait que le nôtre. Ils tapportent la finesse d'un rabbin , qui trompa Dieu et le diable , car il pria le démon de le porter jusqu'à la porte des cieux, afin qu'après avoir vu de là le bonheur des saints , il mourût plus tranquillement. Le diable fit ce que le rabbin demandait , lequel voyant la porte du ciel ouverte, se jeta dedans avec violence, en jurant son grand Dieu qu'il n'en sortirait jamais; et Dieu, qui ne voulait pas laisser conunettre un parjure , fut obligé de le laisser là, pendant que le démon trompé s'en allait fort honteux. Nonseulement on y fait Adam hermaphrodite ; mais on soutient qu'ayant voulu assouvir sa passion av^c tous les animaux de la terre , il ne trouva qu'Eve qui pût le contenter. Ils introduisent deux femmes qui vont disputer dans les synagogues sur l'usage qu'un mari peut faire d'elles ; et les rabbins décident nettement qu'un mari peut faire sans crime tout ce qu'il veut, parce qu^in homme qui achète un poisson, peut manger le devant ou Je derrière , selon son bon plaisir. On y trouve des contradictions sensibles, et au lieu de se donner la peine de les lever, ils font intervenir une voix miraculeuse du ciel , qui crie que l'une et t autre ^ quoique directement opposées , vient du ciel, La manière dont ils veulent qu'on traite les Chrétiens est dure r car ils permettent qu'on vole lenr bien, qu'on les regarde comme des bétes brutes, qu'on les pousse dans le précipice si on les voit sur le bord , qu'on les tue impunément , et qu'on fasse tous les matins de terribles imprécations contre eux. Quoique la haine et le désir de la vengeance ait dicté ces leçons , il ne laisse pas d'être étonnant qu'on sème dans un sommaire de la religion des lois et des préceptes si évidemment opposés à la charité. Les docteurs qui ont travaillé à ces recueils de tr<^ditions,
profitant de rigoorance de leur nation, ont écrit tout ce qui leur venait dans l'esprit , sans se mettre en peine d'accorder leurs conjectures avec l'histoire, étrangère qu'ils ignoraient parfaitement. .
L'historiette de César se plaignant à Gamaliel de ce que Dieu est un voleur , est badine. Mais devait-elle avoir sa place dans ce recueil? César demande à Gamaliel pourquoi Dieu a dérobé une côte à Adam. La fille répond , au lieu de son père, que les voleurs étaient venus la nuit passée chez elle , et qu'ils avaient laissé un vase d'or dans sa maison, au lieu de celui de terre qu'ils avaient emporté , et qu'elle ne s'en plaignait pas. L'application du conte était aisée. Dieu avait donné une servante à Adam , au lieu d'une côte : le changement est bon : César l'approuva; mais il ne laissa pas de censurer Dieu de l'avoir fait en secret et pendant qu'Adam dormait. La fille toujours habile , se fit apporter un morceau de viande cuite sous la cendre , et ensuite elle le présente à l'empereur, lequel refuse d'en manger : cela méfait mal au cœur , dit César; hé bien , répliqua la jeune fille , Eve aurait fait i?ia/ au cœur (^u premier homme, ai Dieu la lui avait donnée grossièrement et sans art ^ après V avoir formée sous ses yeux. Que de bagatelles !
Cependant il y a des Chrétiens qui , à l'imitation des Juifis , regardent le Thalmud comme une mine abondante , d'oii l'on peut tirer des trésors infinis. Ils s'imaginent qu'il n'y a que le travail qui dégoûte les hommes de chercher ces trésors , et de s'en enrichir : ils se plaignent ( Sixtus Senensis. Galatin. Mo-^ rin. ) amèrement du mépris qu'on a pour les rabbins. Ils se tournent de tous les côtés, non-seulement pour les justifier, mais pour faire valoir ce qu'ils ont dit. On admire leurs sentences ; on trouve dans leurs rites mille choses qui ont du rapport avec la religion chrétienne , et qui en développent les mjstères. Il semble que Jésus-Christ et ses apôtres n'aient pu avoir de l'esprit qu'en copiant les rabbins qui sont venus après eux. Du moins c'est à l'imitation des Juifs que ce divin r4^empteur a fait un si grand usage du style métaphorique : c'est d'eux aussi qu'il a emprunté les paraboles du Lazare, des vierges folles , et celle des ouvriers envoyés à la vigue , car on les trouve encore aujourd'hui dans le Thalmud.
On peut raisonner ainsi par deux motifs différens. L'amourpropre fait souvent parler les docteurs. On aime à se faire valoir par quelque endroit; et lorsqu'on s'est jeté dans une étude , sans peser l'usage qu'on en peut faire, on en relève l'utilité par intérêt; on estime beaucoup un peu d'or chargé de beaucoup de crasse ^ parce qu'on a employé beaucoup de temps à le déterrer.
On crie à la négligence; et on accuse de paresse ceux qui ne veulent pas se donner la même peine , et suiyre la route qu'on a prise. D'ailleurs on peut s'entêter des livres qu'on Kt : combien de gens ont été fous de la théologie scoJastique y qui n'apprenait que des mots barbares , an Jieii des vérités solides qu'on doit chercher! On s'imagine que ce qu'on étudie avec tant de travail et de peine, ne peut être mauvais; ainsi, soit par intérêt ou par préjugé , on ioue avec excès ce qui n'est pas fort digne de louange.
T*)'est-i] pas ridicule de vouloir que Jésus-Christ ait emprunté «es paraboles et ses leçons des Thalmudistes , qui n'ont vécu que trois ou quatre cents ans après lui? Pourquoi veut-on que les Thalmudistes n'aient pas été ses copistes? La plupart des paraboles qu'on trouve dans le Thalmud , sont différentes de celles de rÉvangUe , et on y a presque toujours un autre but. Celle des ouvriers qui vont tard à la vigne , n'est-elle pas revêtue de circonstances ridicules, et appliquée au R. Bon qui avait plus travaillé sur la loi en vingt-huit ans, qu'un autre n'avait fait en cent? On a 'recueilli quantité d'expressions et de pensées def Grecs , qui ont rapport avec celles de l'Évangile. Dira-t-on pour cela que Jésus-Christ ait copié les écrits des Grecs? On dit que ces paraboles étaient déjà inventées j et avaient cours ches les Juifs avant que Jésus-Christ enseignât : mais d'oii le sait-on ? Il faut deviner, afin d'avoir le plaisir de faire des Pharisiens autant de docteurs originaux , et de Jésus-Christ un copiste qui empruntait ce que les autres avaient de plus fin et de plus délicat. Jésus-Christ suivait ses idées , et débitait ses propres pensées ; mais il faut avouer qu'il y en a de communes à toutes les nations, et que plusieurs homimes disent la même chose , sans s'être jamais connus, ni avoir lu les ouvrages des autres. Tout ce qu'on peut dire de plus avantageux pour les Thalmudistes, c'est d'avoir fait des comparaisons semblables à celles de Jésus-Christ ^ mais l'application que le fils de Dieu en faisait , et les leçons qu'il en a tirées , sont toujours belles et sanctifiantes^ au lieu que l'application des autres est presque toujours puérile et badine.
L.'étade de la philosophie cabalistique fut en usage chez les Jui/s , peu de tçmps après la ruine de Jérusalem. Parmi les docteurs qui s'appliquèrent k cette prétendue science , R- Atriba , et R. Siméon Ben Jochaï furent ceux qui se distinguèrent le plus« Le premier est auteur du livre Jezivah , ou de la création ; le second , du Sohar , ou du livre de la splendeur. Nous allons donner l'abrégé de la yie de ces deni^ hommes si célèbres dans leur nation.
Atriba fleurît peu après que Tite eut ruine la ville Ae Jérusalem. Il n*étaitytt//'que du côté de sa mère , et Ton prétend que son père descendait de Lisera , général d'armée de Jabîn , rot de Tyr. Atriba vécut à la campagne jusqu'à l'âge de quarante ans, et n'y eut pas un emploi fort honorable , puisqu'il y gardait les troupeaux de Galba Schuva , riche bourgeois de Jémsalem. Enfin il entreprit d'étudier , à l'instigation de la fille de son maître j laquelle lut promit de l'épouser , s'il faisait de grands progrès dans les sciences. Il s'appliqua si fortement à l'étude pendant les vingt-quatre ans qu'il passa aux académies , qu'après cela il se vit environné d'une foule de disciples , comme un des plus grands maîtres qui eussent été en Israël. Il avait, dit-on , jusqu'à vingl-qualre mille écoliers. Il se déclara pour l'imposteur Barcho-Chebas , et soutint que c'était de lui qu'il fallait entendre ces paroles de Balaam , une étoile sortira de Jacoh , et qu'on avait en sa personne le véritable messie. Les troupes que l'empereur Hadrien envoya contre les Juifs , qui sons la conduite de ce faux messie , avaient commis des massacres épouvantables , exterminèrent cette faction. Atriba fut pris et puni du dernier supplice avec beaucoup de cruauté. On lui déchira la chair avec des peignes de fer , mais de telle sorte qu'on faisait durer la peine , et qu'on ne le fit mourir qu'à petit feu. Il vécut six vingt ans , et fut enterré avec sa femme dans une caverne , sur une montagne qui n'est pas loin de Tibériade. Ses vingtquatre mille disciples furent enterrés au-dessous de lui sur la même montagne. Je rapporte ces choses , sans prétendre qu'oa les croie toutes. On l'accuse d'avoir altéré le texte de la Bible y afin de pouvoir répondre à une objection des Chrétiens. En effet jamais ces derniers ne disputèrent contre les Juifs plus fortement que dans ce temps-là , et jamais aussi ils ne \^% combattirent plus efficacement. Car ils ne faisaient que leur montrer d'un o6té les évangiles , et de l'autre lés ruines de Jérusalem , qui étaient devant leurs yeux » pour les convaincre que Jésus-Christ qui avait si clairement prédit sa désolation , était le prophète que Moïse avait promis. Ils les pressaient vivement par leurs propres traditions 9 qui portaient que le Christ se manifesterait après le cours d'environ six mille ans , en leur montrant que ce nombre ' d'années était accompli.
Les Juifs donnent de grands éloges à Atriba ; ils l'appelaient SethunUaah , c'est-à-dire , V authentique. Il faudrait un volume tout entier y dit l'un d'eux ( Zautus) , si l'on voulait parler dignement de lui. Son nom , dit un autre (Kionig) , a parcouru tout l'univers , et nous avons reçu de sa bouche toute la loi orale.
Nous avons déjà dit que Siméon Jochaïdes est l'auteur dia
£imeux livre de Zohar , auquel on a fait depuis un grand nombre d'additions. Il est important de savoir ce qu'on dit de cet auteur et de son livre , puisque c'est là oii sont renfermes les mystères de la cabale , et qu'on lui donne la gloire de les avoir transmis k la postérité.
On croit que Siméoo vivait quelques années avant la t*uine de Jérusalem. Tite le condamna à la mort; mais son fiis et lui se dérobèrent h 1» persécution , en se cachant dans une caverne , oii ils enrent le loisir de composer le livre dont nous parlons. Cependant comme il ignorait encore diverses choses , le prophète £lie descendait de temps en temps du ciel dans la caverne pour l'instruire , et Dieu l'aidait miraculeusement , en ordonnant aux mots de se ranger les uns auprès des autres , dans l'ordre qu'ils devaient avoir pour former de grands mystères.
Ces apparitions d*£lie et le secours miraculeux de Dieu embarrassent quelques auteurs chrétiens : ils estiment trop la cabale , pour avouer que celui qui en a révélé les mystères , soit un im-> posteur qui se vante mal à propos d^une inspiration divine. Soutenir que Je démon qui animait au commencement de l'Église chrétienne Apollonius de Tbyane , afin d'ébranler la foi des miracles apostoliques , répandit aussi chez les Juifs le bruit de ces apparitions fréquentes d'Ëlie , afin d'empêcher qu'on ne crût celle qui s'était faite pour Jésus-Christ lorsqu'il fut transfiguré sur le Thabor; c'est se faire illusion, car Dieu n'exauce point la prière des démons lorsqu'ils travaillent à perdre l'Eglise, et ne fait point dépendre d'eux l'apparition des prophètes. On pourrait tourner ces apparitions en allégories ; mais on aime mieun dire que Siméon Jochaïdes dictait ces mystères avec le secours du ciel : c^est le témoignage que lui rend un chrétien ( Knorrius ) qui a publié son ouvrage.
La première partie de cet ouvrage a pour titre Zenîutha , ou mystère, parce qu'en effet on y révèle une infinité de choses. On prétend les tirer de l'Elcriture-Sainte , et en effet on ne propose presque rien sans citer quelque endroit des écrivains sacrés , que l'auteur explique à sa manière, il serait difficile d'en donner un extrait suivi ; mais on y découvre particulièrement le micro« prosopoQ ^ c'est-à-dire le petit visage ; le macroprosopon , c'estii-dire le long visage; sa femme ^ les neuf et les treize conformations de sa barbe.
On entre dans un plus grand détail dans le livre suivant , , qu'on appelle le grtmd synode. Siméon avait beaucoup de peine à révéler ces mystères à ses disciples ; mais comme ils lui représentèrent que le secret de l'Éternel est pour ceux qui le craignent, tt qu'ils l'assurèrent tous qu'ils craignaient Dieu , il entra plus 3. 4
hardiment dans l'explication des grandes vëritës. Il explique la rosëe du cerveau du vieillard ou du grand visage. Il examine ensuite son crâne , ses cheveux , car il porte sur sa tête mille millions de milliers y et sept mille pinq cents boucles de cheveux blancs comme la laine. A chaque boucle il y a quatre cent dix cheveux , selon le nombre du mot Kadosch. Des cheveux qu passe au front , aux yeux , au nec y et toutes ces parties du grand visage renferment des choses admirables ; mais surtout sa barbe est une barbe qui mérite des éloges infinis : « cette barbe est » au-dessus de toute louange ; jamais ni prophète ni saint » n'approcha d'elle ; elle est blanche comme la neige ; elle des- » cend jusqu'au nombril ; c'est l'ornement des ornemens , et la » vérité des vérités ; malheur à celui qui la touche : il y a treize » parties dans cette barbe , qui renferment toutes de grands w mystères ; mais il n'y a que les initiés qui les comprennent, w
Enfin le petit synode est le dernier adieu que Siméon fit à ses disciples. Il fut chagrin de voir sa maison remplie de monde y parce que le miracle d'un feu surnaturel qui en écartait la foule des disciples pendant .la tenue du grand synode , avait cessé ^ mais quelques uns s'étant retirés , il ordonna à H. Abba d'écrire ses dernières paroles : il expliqua encore une fois le vieillard : « sa tête est cachée dans un lieu supérieur y oii on ne la voit pas ^ » mab elle répand son front qui est beau , agréable 5 c'est le bon n plaisir deSf plaisirs, m On parle avec la même obscurité de toutes les parties du petit visage , sans oublier celle qui adoucit la femme.
Si on demande à quoi tendent tous les mystères , il faut avouer qu'il est très-difficile de les découvrir , parce que toutes les expressions allégoriques étant susceptibles de plusieurs sens , et faisant naître d^ idées très-différentes , on ne peut se fixer qu'après beaucoup de peine et de travail ; et qui veut prendre cette peine » s'il n'espère en tirer de grands usages ?
Remarquons plutôt que cette méthode de peindre les opérations de la divinité sous des figures humaines, était fort en usage chez les Egyptiens ; car ils peignaient un homme avec un visage de feu y et des cornes , une crosse à la main droite , sept cercles à la gauche , et des ailes attachées h ses épaules. Ils représentaient par là Jupiter ou le Soleil , et les effets qu'il produit dans le monde. Le feu du visage signifiait la chaleur qui vivifie toutes choses ; les cornes y les rayons de lumière. Sa barbe était mystérieuse , aussi-bien que relie du long visage des cabalistes ; car elle indiquait les élémens. Sa crosse était le symbole du pouvoir qu'il avait sur tous les corps sublunaires. Ses cuisses étaient la ierrc chargée d'arbres et de moissons j les eaux sortaient de soit
nombHI i tes genoot iadîqaaient les monUgnes , et les parties ral>oteiises de le terre ; les ailes , les vents et la promptitude avec laquelle ils marchent : enfin les cercles étaient le sjmbole des planèfes.
Siméon finit sa vie en deliitant tontes ces visions. Lorsqu'il parlait à sea disciples , une lumière éclatante se répandit dans tonte la maison , tellement qu'on n'osait jeter les yeui sur lui. Un feu était an defaors , qui empêchait les voisins d'entrer ; mais le Cbu et U lumière ayant disparu , on s'aperçut que la lampe d*Isra^l était éteinte. Les disciples de Ztppori vinrent en foule pour honorer te» funérailles , et lui rendre les derniers devoirs • nuiis on les renvoya , parce que Eleasar son fils et R. Abba qui avait été le secrétaire du petit synode , voulaient agir seuls. En l'enterrant on entendit une voix qui criait : Prenez aux nâceê de Siméon j il enirera en paix et reposera dans sa chatnbre. Une flamme marchait devant le cercueil , et semblait l'embraser • et lortqa'on le mit dans le tombeau , on entendit crier : Ceet ici ^iui fiù afaii trembler la terre ^elquia ébranlé les royaumes. C'est aÀrui qœ \^ Juifs hnt de l'aatenr du Zohar un bommê miraculeux jusqu'après sa mort , parce qu'ils le regardent comme le premier de tous les cahalistes.
Des grande Immmee qui ontfieuri thés lee Juifs dans le dew xième eièele. Le deuxième siècle fut trèés-fécond en docteurs habiles. On ne se souciera peut-^tre pas d'en voir le cainlogue parce que ceux qui passent pour des oracles dans les synagogues,* paraissent souvent de très-petiU génies à ceux qui lisent leurs ouvrages sans préjugés. Les Chrétiens demandent trop aux rabbins , et les rabbins donnent trop peu aux Chrétiens. Ceux-ci ne lisent presque jamais les livres composés par un /uif, sans un préjugé avantageux pour lui. Ils s'imaginent qu'ils doivent y trouver nne eonnaissance exacte des anciennes cérémonies , des évéaemens obscurs j en nn mot qu'on doit y lire la solution de tentes les difficultés de l'Ecriture. Pourquoi cela ? Parce qu'un homme eat/tt^/, s'ensuit-il qu'il connaisse mieux l'histoire de sa
que BOUS ne connaissons pas, et que ces messieurs ont lus ? c'est venlorr se tromper , car ils ne citent aucun monument qui soit plus ancien que le Christianisme. Vouloir que la tradition se soit ceaservée plus fidèlement chez eux , c'est se repaître d'une chimère ; car comment cette tradition aurait-elle pu passer de lien en lien , et de bouche en bouche pendant un si grand nombre de fiècles et de dispersions fréquentes ? Il suffit de lire un rabbiu
pour cooAaStre ratUchement violent qu'il a pour sa nation , et comment il déguise les faits , afin de les accommoder à ses préîugés. D'un autre coté les rabbins nous donnent beaucoup moins qu'ils ne peuvent. Ils ont deux grands avantages sur nous ; car possédant la langue sainte dès leur naissance , ils pourraient fournir des lumières pour l'explication des termes obscurs de r£criture ; et comme ils sont obligés de pratiquer certaines cérémonies de la loi , ils pourraient par là nous donner l'intelligence des anciennes. Ils le font quelquefois } mais souvent au lien de chercher le sens littéral des Écritures , ils courent après des sens mystiques qui font perdre de vue le but de l'écrivain , et l'intention du Saint-Esprit. D'ailleurs ils descendent dans un détail excessif des cérémonies sous lesquelles ils ont enseveli l'esprit de la loi.
Si on veut faire un choix de ces docteurs > ceux du douzième siècle doivent être préférés à tous les autres : car non-seulement ils étaient habiles , mais ils ont fourni de grands secours pour l'intelligence de l'Ancien Testament. Nous ne parlerons ici que d'Aben-Ezra , et de Maïmonides , conmie les plus fameux.
Aben-Ezra est appelé le sttge par excellence^ il naquit l'an 1099 , et il mourut en 1 174 9 âgé de j5 ans. Il l'insinue lui-même , lorsque prévoyant sa mort, il disait que comme Abraham sortit de Charan âgé de 76 ans , il sortirait aussi dans le même temps de Charon ou du feu de la colère du siècle. Il voyagea ^ parce qu'il crut que cela était nécessaire pour faire de grands progrès dans les sciences. Il mourut à Rhodes , et fit porter de là ses os dans la Terre-Sainte.
Ce fut un des plus grands hommes de sa nation et de son siècle. Comme il était bon astronome , il fit de si heureuses découvertes dans cette science, que les plus habiles mathématiciens ne se sont pas fait un scrupule de les adopter. Il excella dans la médecine ^ mais ce fut principalement par ses explications de l'Écriture , qu'il se fit connaître. Au lieu de suivre la méthode ordinaire de ceux qui l'avaient précédé , il s'attacha à la grammaire et au sens littéral des écrits sacrés , qu'il développe avec tant de pénétration et de jugement , que les Chrétiens même le préfèrent à la plupart de leurs interprètes. Il a montré le chemin^ aux critiques qui soutiennent aujourd'hui que le peuple d'Israël ne passa point au travers de la mer Rouge, mais qu'il y fit 'un cercle pendant que l'eau était basse , afin que Pharaon les suivît , et fût submergé ; mais ce n'est pas là une de ses meilleures conjec— tures. Il n'osa rejeter absolument la cabale, quoiqu'il en connût le faible , parce qu'il eut peur de se faire des afiaires avec les auteurs de son temps qui y étaient fort attachés ^ et même avec le
peuple qui regardait lé livre de Zohar rempli de ces sortes d'expH<ytions , comme un ouvrage excellent : il déclara seulement qUfe cette méthode d'interpréter l'Ecriture n'était pas sûre , et que si on respectait la cabale des andeos, on ne devait pas ajouter de nouvelles explications â celles qu'ils avaient produites y ni abandonner l'Écriture au caprice de l'esprit humain.
jSfaitnonides ( il s'appelait Moïse , et était fils de Maïmon ) mais il est plus connu par le nom de son père : on l'appelle 3Taîmanides; quelques uns le font naître l'an 1 1 33 ). Il parut âans le même siècle. Scaliger soutenait que c'était là le premier des docteurs qui eût cessé de badiner chez les Juifs , comme I^iodore chez les Grecs. En effet il avait trouvé beaucoup de TÎde dans l'étude de la Gémare; il regrettait le temps qu'il y avait perdu , et s'appliquant à des études plus solides , il avait beaucoup médité sur l'Ecriture. Il savait le grec ; il avait lu les pbilosopbes , et particulièrement Aristote , qu'il cite souvent. Il causa de si violentes émotions dans les synagogues , que celles cle France et d'Espagne s'excommunièrent à cause de lui. U était né k Cordoue l'an iiSr. D se vantait d'être descendu de la maison de David y comme font la plupart des Juifs d'Elspagne. Maïmon son père, et juge de sa nation en Espagne, comptait entre ses ancêtres une longue suite de personnes qui avaient possédé successivement cette charge. On dit qu'il fut averti en songe de rompre la résolution qu'il avait prise de garder le célibat , et de se marier à une fille de boucher qui était sa voisine. Maïmon feignit peut-être un songe pour cacher une amourette qui lui faisait honte, et fit intervenir le miracle pour colorer sa faiblesse. La mère mourut en mettant Moïse au monde , et Maïmon se remaria. Je ne sais si la seconde femme qui eut plusieurs enfans, haïssait le petit Moïse , ou s'il avait dans sa jeunesse un esprit morne et pesant , comme on le dit'. Mais son père lui reprochait sa naissance , le battit plusieurs fois , et enfin le chassa de sa maison. On dit que ne trouvant point d'autre gîte que le couvert d'une synagogue , il y passa la nuit , et à son réveil il se trouva un homme d'esprit tout différent de ce qu'il était auparavant, n se mit sous la discipline de Joseph le Lévite , fils de Mégas, sous lequel il fit en peu de temps de grands progrès. L'envie de revoie le lieu de sa naissance le prit ; mais en retournant à Cordoue , au lieu d'entrer dans la maison de son père , il enseigna publiquement dans la synagogue avec un grand étonnement des assistans : son père qui le reconnut alla l'embrasser, et le reçut chez lui. Quelques historiens s'inscrivent en faux contre cet événement , parce que Joseph fils de Mégas , n'était âgé que de dix ans plus que Moïse. Cette raison est puérile ^
car un maître cle trente ans peut instruire nn disciple qui n'en a que vingt. Mais il est plus vraisemblable que Maïmon instruisit lui-même son fils , et ensuite l'envoya étudier sous Arerroës « qui était alors dans une haute réputation , ches les Arabes. Ce disciple eut un attachement et une fidélité exemplaire pour son maître. Averroës était déchu de sa faveur par une nouvelle ré-« volution arrivée ches les Maures en Espagne. Abdi Amonmen , capitaine d'une troupe de bandits, qui se disait descendu en ligne droite d'Honssain fils d'Aly , avait détrôné les Marabouts en Afrique , et ensuite il était entré l'an iiJ^ en Espagne , et se rendit en peu de temps maître de ce royaume : il fit chercher Averroës qui avait eu beaucoup de crédita la cour des Marabouts» et qui lui était suspect. Ce docteur se réfugia ches les Juifs » et confia le secret de sa retraite à Maïmonides , qui aima mieux souffrir tout , que de découvrir le lieu ou son maître était caché. Abulfarage dit même que Maïmonides changea de religion » et qu'il se fit Musulman , jusqu'à ce que ayant donné ordre à ses affaires , il passa en Egypte pour vivre en liberté. Ses amis ont nié la chose , mais Averroës qui voulait que son âme fût avec celle des philosophes, parce que le Mabométisme était la religion des pourceaux, le Judaïsme celle des enfans , et le Christianisme impossible à observer , n'avait pas inspiré un grand attachement à son disciple pour la loi. D'ailleurs un Espagnol qui alla persécuter ce docteur en Egypte, jusqu'à la fin de sa vie, lui reprocha cette faiblesse avec tant de hauteur, que l'affaire fut portée devant le sultan , lequel jugea que tout ce qu'on fait involontairement et par violence en matière de religion , doit être compté pour rien ; d'oh il concluait que Maïmonides n'avait jamais été musulman. Cependant estait le condamner et décider contre lui , en même temps qu'il semblait l'absoudre ; car il déclarait que l'abjuration était véritable, maîa exempte de crime , puisque la volonté n'y avait pas eu de part. Enfin on a lieu de soupçonner Maïmonides d'avoir abandonné sa religion par sa morale relâchée sur cet article; car non-seulement il permet aux Noachides de retomber dans l'idolâtrie si la nécessité le demande , parce qu'ils n'ont reçu aucun ordre de sanctifier le nom de Dieu ; mais il soutient qu'on ne pêche peint en sacrifiant avec les idolâtres, et en renonçant à la religion, pourvu qu'on ne le fasse point en présence de dix personnes ; car alors îl faut mourir plutôt que de renoncer à la loi; mais Maïmonides croyait que ce péché cesse lorsqu'on le commet en secret (Maïmon. fundam. kg. cap. v.), La maxime est singulière , car ce n'est plus la religion qu'il faut aimer et défendre au péril de sa vie : c'est la présence de dix Israélites qu'il f^ut craindre, et qai seule
bit le crime. On a lieu de soapçooiier que rintérét avait dicté à Matmonides une maxime si bisarre , et qu'ayant abjuré le Judaïsme en secret, il croyait calmer sa conscience, et se défendre 4 laCaTcnr de cette distinction. Quoi qu'il en soit, Maïmonides demeura en Egypte le reste de ses jours, ce qui l'a fait appeler Moue l'Egyptien, U y fut long-temps sans emploi , tellement qu'il fut réduit au métier de joaillier. Cependant il ne laissait pas d'étudier , et il acheva alors son commentaire sur la Misnafa , qu'il avait commencé en Espagne des l'âge de vingt^trois aus. AlpkadeJ , iils de Saladin , étant revenu en Egypte , après en mroir été chassé par son frëre , connut le mérite de Maïmonides, et Je choaitpour son médecin : il loi donna pension. Maïmonides assure qne cet emploi l'occapait absolument , car il était obligé d'aller tons les Jours k la cour, et d'y demeurer long- temps s'il y avait quelque malade. En revenant chea lui il trouvait quantité de personnes qni venaient le consulter. Cependant il ne laissa pas de travailler pour son bienfaiteur^ car il traduisit Avicëne, et on voit encore k Bologne cet ouvrage qui fut fait par ordre d'Aiphadel, J'aoii94.
Les Egyptiens furent jaloax de voir Maïmonides si puissant k la cour : pour l'en arracher, les médecins lui demandèrent un essai de son art. Pour cet effet , ils lui présentèrent un verre de poison , qu'il avala eaas en craindre l'effet , parce qu'il avait le contre-poison; mais ayant obligé dix médecins à avaler son poison , ils moururent tous , parce qu'ils n'avaient pas d'antidote apécifiqne. On dit aussi que d'autres médecins mirent un verre de poison auprès du Ht du sultan , pour lui persuader que Maïmo* aides en voulait à sa vie , et qu'on l'obligea de se couper les ▼etaes. Mais il- avait appris qu'il y avait dans le corps humain une veine que leS médecins ne connaissaient pas , et qui n'étant pas encore conpée, l'effusion entière du sang ne pouvait se faire; iï m sauva par cette veine inconnue. Cette circonstance ne s'acccnrde point avec l'histoire de sa vie.
En efl^t y non-seulement il protégea sa nation à la cour des nouveaux anitans qni s'établissaient sur la ruine des Aliades , mais il fonda une académie à Alexandrie , oii un grand nombre de diacipWs vinrent du fond de l'Egypte , de la Syrie , et de la Ja<Ue^penr étudier sous lui. Il en aurait eu beaucoup davantage, aï une nouvelle persécution arrivée en Orient , n'avait empêché ka ^tran^m de s'y rendre. Elle fut si violente , qu'une partie des Jtafê lut obligée de se faire mahométans pour se garantir de la misère : et Maïmonides qui ne pouvait leur inspirer de la fermeté , se trouva réduit comme un grand nombre d'autres , à faire le faax prophète , et k promettre à iU religionnaires une
délivrance qui n'arriva pas. II mourut au commencement du xiij. siècle, et ordonna qu'on Fenterràt à Tibërias , où ses ancêtres avaient leur sépulture.
Le docteur composa un grand nombre d'ouvrages j il commenta la Misnah ; il fit une main forte, et le docteur des questions douteuses. On prétend qu'il écrivit en médecine, aussi-bien qu'en théologie et en grec comme en arabe ; mais que ces livres sont très-rares ou perdus. On l'accuse d'avoir méprisé la cabale )usqu'à sa vieillesse ; mais on dit que trouvant alors à Jérusalem un homme très-habile dans cette science , il s'était appliqué fortement à cette étude. Rabbi Chaiim assure avoir vu une lettre de Maïmonides , qui témoignait son chagrin de n'avoir pas percé plutôt dans les mystères de la loi : mais on croit que les cabalistes ont supposé cette lettre , afin de n'avoir pas été méprisés par un homme qu'on appeNe la lumière de l'Ocient et de l'Occident.
Ses oityragrs furent reçus avec beaucoup d'applaudissement ; cependant il faut avouer qu'il avait souvent des idées fort abstraites, et qu'ayant étudié la métaphysique, il en faisait un trop grand usag^. 11 soutenait que toutes les facultés étaient des anges; il s'imaginait qu^l expliquait par-là beaucoup plus nettement les opérations de la Divinité, et les expressions de l'Ecriture. M'est-il pas étrange, disait-il, qu'on admette ce que disent quelques docteurs, qu'un ange entre dans le sein de la femme pour y former un embryon; quoique ces mêmes docteurs assurent qu'un ange est un feu consumant, au lieu de reconnaître plutôt que la faculté générante est un ange? C'est pour cette raison que Dieu parle souvent dans l'Ecriture, et qu'il dit ^ faisons fàomme à notre image, parce que quelques rabbins avaient conclu de ce passage, que Dieu avait un corps , quoique infiniment plus parfait que les nôtres^ il soutint que l'image signifie la forme essentielle qui constitue une chose dans son être. Tout cela est fort subtil , ne lève point la difficulté , et ne découvre point le véritable sens des paroles de Dieu. 11 croyait que les astres sont animés , et que les sphères célestes vivent. Il disait que Dieu ne s'était repenti que dhine chose , d'avoir confondu les bons avec les méchans dans la ruine dti premier temple. Il était persuadé que les promesses delà loi , qui subsistera toujours , ne regardent qu'une félicité temporelle, et qu'elles seront accomplies sous le règne du Messie. Il soutient que le royaume de Juda fut rendu à la postérité de Jéchonias , dans la personne de Salatiel , quoique S. Luc assure positivement que Salatiel n'était pas ûls de Jéchonias , mais de Néri.
De la Philosophie exotérique des Juifs. Les Juifs avaient deux espèces de philosophie : l'une exotérique, dont les dogmes étaient
enseignés publiquement, soit dans les livres, soit dans les écoles^ Tautre ésotérique , dont les prindpes n'étaient révélés qu'à un petit nombre de personnes cboisies , et étaient soigneusement cacbés à la multitude. Cette dernière science s'appelle cabale, Fcyez Carticle Cabai^e.
Avant de parler des pnocipaux dogmes de la pbilosopbie exotérîque, il ne sera pas inutile d'avertir le lecteur, qu'on ne doit pas s'attendre â trouver chez les Juifs de la justesse dans les i^ées , de l'ezactitude dans le raisonnement , de la précision d&ns le style; en un mot, tout ce qui doit caractériser une saine jpliilosopbie. On n'j trouve au contraire qu'un mélange confu& des principes de la raison et de la révélation, une obscurité affectée^ et souvent impénétrable , des principes qui conduisent au fanatisme , un respect aveugle pour l'autorité des docteurs , et pour l'antiquité ; en un mot , tous les défauts qui annoncent une nation ignorante et superstitieuse : voici les principaux dogmes de cette espèce de philosophie.
Idée que len Juif 9 ont de la Divinité, I. L'unité d'un Dieu fait un des dogmes fondamentaux de la synagogue moderne , aussibien que des anciens Juifs : ih s'éloîgoent également du païen , qui croit la pluralité des dieux , et des Chrétiens qui admettent trois personnes divines dans une seule essence.
Les rabbins avouent que Dieu serait fini s'il avait un corps : ainsi, quoiqu'ib parlent souvent de EHeu , comme d'un homme, ils ne laissent pas de le regarder comme un être purement spiritoel. Ils donnent à cette essence infinie toutes les perfections qu'on peut imaginer, et en écartent tous les défauts qui sont attachés à la nature humaine , ou à la créature ; surtout ils lui donnent une puissance absolue et sans bornes , par laqWlle il gonveme l'univers.
n. Le Juif qui convertit le roi de Cozar, expliquait k ce prince les attributs de la Divinité d'une manière orthodoxe. Il dit que, quoiqu'on appelle Dieu miséricordieux^ cependant il ne sent famais le frémissement de la nature , ni l'émotion du cœur, puisque c'est une faiblesse dans l'homme : mais on entend par là que l'Être souverain fait du bien à quelqu'un. On le cornpare k un juge qui condamne et qui absout ceux qu'on lui pré-> sente , sans que son esprit ni son cœur soient altérés par les différentes sentences qu'il prononce; quoique de là dépendent la vie ou la mort des coupables. Il assure qu'on doit appeler Dieu lumière: (Corri. part, //. ) mais il ne faut pas s'imaginer que ce soit une lumière réelle, ou semblable à celle qui nous éclaire; car on ferait Dieu corporel , s'il était véritablement lumière : mais on loi donne ce nom , parce qu'on craint qu'on ne le con-
çoive comme ténébreux. Comme cette idée serait trop basse , il faut l'écarter y et concevoir Dieu sods celle d'une lumière éclatante et inaccessible. Quoiqu'il n'y ait que les créatures qui soient susceptibles de yie et de mort y on ne laisse pas de dire que Dieu ifit , et qu'il est la vie ; mais on entend par là qu'il existe éternellement « et on ne yeut pas le réduire à la condition des ^tres mortels. Toutes ces explications sont pures , et con-» formes aux idées que l'Écriture nous donne de Dieu.
IIL U est vrai qu'on trouve souvent dans les écrits des doc^ teurs certaines expressions fortes , et quelques actions attribuées à la Divinité , qui scandalisent ceux qui n'en pénètrent pas le sens; et de là vient que ces gens-là chargent les rabbins de blasphèmes et d'impiétés , dont ils ne sont pas coupables. En effet , on peut ramener ces expressions à un bon sens \ quoiqu'elles paraissent profanes aux uns , et risikies aux autres* Ils veulent dire que Dieu n'a châtié qu'avec douleur son .peuple , lorsqu'ils l'introduisent pleurant pendant les trois veilles de la nuit j et criant , malheur à moi gui ai déiruii, ma maison ^ et dispersé mon peuple parmi les nations île la /«rr«. -Quelque forte que soit l'expression , on ne laisse pas d'en trouver de semblable» dans les prophètes. U faut pourtant avouer qu'ils ontreai le» choses , en ajoutant qu'ils ont entendu souvent cette voix lamei^ table de la Divinité , lorsqu'ils passent sur les ruines du temple , car la fausseté du fait est évidente. Ils badinent dans une chose sérieuse » quand ils ajoutent que deux des larmes éle la Divinité , qui pleure la ruine de sa maison , tombent dans la mer, et y causent de violens raouvemens; ou lorsqu'entelés de leurs téphilims , ils en mettent autour de la tête de Dieu y pendant qu'ils prient que sa justice cède enfin à sa miséricorde. S'ils veulent vanter par là la nécessité des téphilims « il ne faut pas le faire aux dépens de la Divinité qu'on habille ridiculement aux yeux des peuples.
IV. Ils ont seulement dessein d'étaler les effets de la puissance infinie de Dieu , en disant que c'est nn lion , dont le rugissement fait un bruit horrible } et en contant que César ayant eu dessein de voir Dieu , R. Josoé le pria de faire sentir les effets de sst présence. A cette prière , la Divinité se retira à quatre cents lieues de Rome; il rugit , et le bruit de ce rugissement fut si terrible y que la muraille de la ville tomba , et toutes les femmes enceintes avortèrent. Dieu s'approchant plus près de cent lieues , et rugissant de la même manière , César , effrayé du bruit , tomba de dessus son trône, et tous les Romains qui yivsûent alors f perdirent leurs dents molaires.
V. Ils veulent marquer sa présence dans le paradb terrestre ,
lorequ'ils 1« font promener dam ce lieu délicieax comme un honune. Ils insinuent que les âmes apportent leur ignorance de la terre , et ont peint k s'instruire des merveilles du paradis , lorsqu'ils repràenteni ce même Dieu comme un maître d'école qui enseigne les nouveaux Tenus dans le ciel. Ils veulent relever rexcellence de la synagogue, en disant qn*eliê êti la mkrê , la femnmé €t lafilUdeDieu. Enfin , ils disent {Maîmon. mort NêPtH ehinhy cap. xmpî/,) deux choses importantes à leur justification i Tune , qu'ils sont obligés de parler de Dieu comme ajant un corps , afin de faire comprendre an vulgaire que c'est un être réel ; car j le peuple ne conçoit d'existence réelle que dans les objets matériels et sensibles : l'autre, qu'ils ne donnent à Dieu que des actions nobles , et qui marquent quelque perfection , comme de se mouvoir et d'agir : c'est pourquoi on ne dit jamais que Dien mange et qu'il boit.
VI. Cependant , tl fsut avouer que ces théologiens ne parlent pas avec asses d'exactîttide ni de sincérité. Pourquoi obliger les honunes k se donner la torture pour pénétrer leurs pensées ? Ex-» plique-t-on mieux la nature ineffable d'un Dieu , en ajoutant de nouvelles ombres à celles que sa grandeur répand déjà sur nos esprits ? Il faut tâcher d'éclaircir ce qui est impénétrable , an lieu de former un nouveau voile qui le cache plus profondément. C'est le penchant de tous les peuples , et de presque tous les hommes , que de se former l'idée d'un Dieu corporel. Si les rabbtns n'ont pas pensé comme le peuple , ils ont pris plaisir à parler comme lui ; et par 14 ils affaiblissent le respect qu'on doit à la Divinité. Il faut toujours avoir des idées grandes et nobles de Dieu : il faut inspirer les mêmes idées au peuple, qui n'a que trop d'inclination à les avilir. Pourquoi donc répéter si souvent des choses qui tendent k faire regarder un Dieu comme un être matériel ? On ne peut même justifier parfaitement ces docteurs. Que venlent-ils dire, lorsqu'ils assurent que Dien ne put révéler k Jacob la vente de son fils Joseph , parce que ses frères avaient obigé Dieu de jurer avec eux qu'on garderait le secret sous peine d'excommunication? Qu'entend-on , lorsqu'on assure que Dieu , afiligé d'avoir créé l'homme , s'en consola , parce qu'il n'était pas d'une matière céleste , puisqn'alors il aurait entraîné dans sa révolte tons les habitans du paradis? Que veut-on dire^ quand on rapporte qne Dien joue avec le léviathan , et qu'il a tué la femelle de ce monstre , parce qu'il n'était pas de la bienséance qne Dieu jouât avec une femelle ? Les mystères qu'on tirera de û à force de machines , seront grossiers; ils aviliront toujours la Divinité ; et si ceux qui les étudient y se trouvent embarrasséa
à chercher le sens mystique , sans pouvoir le développer , q«e
pensera le peuple à qui on déhite ces imaginations?
SerUiment des Juifê êur la Providence et sur la liberté, I. Les Juifs soutiennent que la Providence gouverne toutes les créatures depuis la licorne , jusqu'aux œufs de pous. Les Chrétiens ont accusé Maïmonides d'avoir renversé ce dogme capital de la religion ; mais ce docteur attribue ce sentiment k Epicure y et à quelques hérétiques en Israël , et traite d'athées ceux qui nient que tout dépend de Dieu. Il croit que cette Providence spéciale y qui veille sur chaque action de Thonune , n'agit pas pour remuer une feuille , ni pour produire un vermisseau : car tout ce qui regard» les animaux et les créatures , se fait par accident , comme l'a dit Aristote.
II. Cependant , on explique différemment la chose : conmie les docteurs se sont fort attachés à la lecture d' Aristote et des autres philosophes y ils ont examiné avec soin si Dieu savait tous les événemens , et cette question les a fort embarrassés. Quelques uns ont dit que Dieu ne pouvait connaître qUe lui-même , parce que la science se multipliant à proportion des objets qu'on connaît, il faudrait admettre en Dieu plusieurs degrés , on même plusieurs sciences. D'ailleurs, Dieu ne peut savoir que ce qui est immuable ; cependant la plupart des événemens dépendent de la volonté de l'homme, qui est libre. Maïmonides ( Maïmon. more Nevochim. cap. xx. ) avoue que comme nous ne pouvons connaître l'essence de Dieu , il est aussi impossible d'approfondir la nature de sa connaissance. « Il faut donc se contenter » de dire , que Dieu sait tout et n'ignore rien ^ que sa con- » naissance ne s'acquiert point par degrés , et qu'elle n'est » chargée d'aucune imperfection. Enfin, si nous j trouvons quel- » quefois des contradictions et des difficultés , elles naissent » de notre ignorance , et de la disproportion qui est entre Dieu » et nous. » Ce raisonnement est judicieux et sage : d'ailleurs , il croyait qu'on devait tolérer les opinions différentes que les sages et les philosophes avaient formées sur la science de Dieu et sur sa providence , puisqu'ils ne péchaient pas par ignorance , mais parce que la chose est incompréhensible.
m. Le sentiment commun des rabbins est que la volonté de l'homme est parfaitement libre. Cette liberté est tellement un des apanages de l'homme , qu'il cesserait , disent- ils , d'être homme ^ s'il perdait ce pouvoir. Il cesserait en même temps d'être raisonnable , s'il aimait le bien , et fuyait le mal sans connaissance , ou par un instinct de la nature , à peu près comme la pierre qui tombe d'en haut , et la brebis qui fuit le loup.
JU 6i
Qne deriendraient les peines et les récompenses , les menaces et les promesses ; en nn mot , tous les préceptes de la loi , s'il ne dépendait pas de rhorame de les accomplir on de les violer? Enfin , les Juifs sont si ^alonx de cette liberté d'indifierence , ^'ils' s'imaginent quHl est impossible de penser sur cette matière aotrement qu'eux. Ils sont persuadés qu'on dissimule son sen« tîmeat toutes les fois qu'on ote au franc arbitre quelque partie de 99, liberté, et qu'on est obligé d'y revenir tôt ou tard , parce que s'il y avait une prédestination, en vertu de laquelle tous les ëvénemens deviendraient nécessaires , l'homme cesserait de -prévenir Jes maux , et de chercher ce qui peut contribiier à la défense on à la conservation de sa vie^ et $i on dit avec quelques chrétiens , que Dieu qui a déterminé la fin , a déterminé en même tems les moyens par lesquels on l'obtient ^ on rétablit par là le franc arbitre après l'avoir miné , puisque le choix de ces tfioyens dépend de la volonté de celui qui les néglige ou qui les emploie.
FV. Mm , au moins ne reconnaîssaient-îls point la grâce ? Philon , qui .yiyttit au temps de J. C. disait , que comme les ténèbres s'écartent lorsque le soleil remonte sur l'horizon , de même lorsque le soleil divin éclaire une Ame , son ignorance te dissipe, et la connaissance y entre. Mais ce sont là des termes généraux ) qui décident d'autant moins la question, qu'il ne parait pas par l'Evangile, que la grâce régénérante fAt connue en ces temps -là des docteurs juifs; puisque Nicodème n'en avait aucune idée , et que les autres ne savaient pas même qu'il y eût un Saint-Esprit , dont les opérations sont si nécessaires pour la conversion.
V. Les Juifs ont dit que la grâce prévient les mérites dn juste. Voilà une grâce prévenante reconnue par les rabbins ; mais il ne faut pas s'imaginer que ce soit là un sentiment généralement reçn. Menasse ( Menasse , de fragilit, humanà ) a réfuté ces docteurs qui s'éloignaient de la tradition , parce que , n la grâce prévenait la volonté , elle cesserait d'être libre , et il n'établit que deux sortes de secours de la part de Dieu ; l'un , par lequel il ménage les occasions favorables pour exécuter nn bon dessein qo'on a formé ; et l'autre , par lequel il aide l'homme , lorsqu'il a commencé de bien vivre.
VI. Il semble qu'en rejetant la grâce prévenante , on recon«na!t un secours de la Divinité qui suit la volonté de l'homme , et qui influe dans ses actions. Menasse dit qu'on a besoin du concours de la Providence pour toutes les actions honnêtes : il se sert de la comparaison d'un homme* qui voulant charger sur ses épaules un fardeau , appelle quelqu'un à son secours. La
6a JU
Divinité est ce bras étranger qui yîtnt aider le jtibte , lorsqu'il a fait ses premiera efforts pour accomplir la loi. On cite des docteurs encore plus anciens que Menasse, lesquels ont prouvé qu'il était impossible que la chose se fît autrement , sans détruire tout le mérite des œuvres. « Us demandent si Dieu ^ qui pré- » viendrait l'homme , donnerait une grâce commune à tous , » ou particulière à quelques uns. Si cette grâce efficace était » commune , comment tous les hommes ne sont- ils pas justes » et sauvés? Et si elle est particulière, comment Dieu peut-il » sans injustice sauver les uns , et laisser périr les autres? Il est » beaucoup plus vrai qne Dieu imite les hommes qui prêtent » leurs secours à ceux qu'ils voient avoir formé de bons desseins, » et faire quelques efforts pour se rendre vertueux. Si l'homme » était asses méchant , pour ne pouvoir faire le bien sans la » grâce , Dieu serait l'auteur du péché , etc. •
VU. On ne s'explique pas nettement sur la nature de ce secours qui soulage la volonté dans ses besoins; mais je suis persuadé qu'on se borne aux influences de la Providence , et qu'on ne distingue point entre cette Providence qui dirige les événemens humains , et la grâce salutaire qui convertit les pécl^urs. R. Elieser confirme cette pensée ; car il introduit Dieu qui ouvre à l'homme le chemin de la vie et de la mort , et qui lui en donne le choix. 11 place sept anges dans le chemin de la mort , dont quatre pleins de miséricorde , se tiennent dehors à chaque porte , pour empêcher les pécheurs d'/ entrer. Que faiê^u ? crie le premier ange au pécheur qui vent entrer ; U n'y a poini ici de tde : yoê^tu te jeter dane le feu ? repens-toi. S'il passe la première porte , le second ange l'arrête ^ et lui crie , que Dieu le haira et s'éloignera de lui. Le troisième lui apprend qu'il sera efiacé du livre de vie : le quatrième le conjure d'attendre là que Dieu vienne chercher Its^ pénitens ; et s'il persévère dans le crime , îï vlj a plus de retour. Lies anges cruels se saisissent de lui : on ne donne donc point d'autre secours à l'homme , que Tavertissement des anges , qui sont les ministres de la Providence.
Sentiment dee Juife eut la création du monde, i . Le plus grand nombre des docteurs juife croient que le monde a été créé par Dieu , comme le dit Moïse ; et on met au rang des hérétiques chassés du sein d'Israël , ou excommuniés , ceux qui disent que la matière était co-étemelle à l'Être souverain.
Cependant il s'éleva du temps de Maïmonides , au douzième siècle , une controverse sur l'antiquité du monde. Les uns entêtés de la philosophie d'Aristote , suivaient son sentiment sur Tcternité du monde ; c'est pourquoi Maïmonides fut obligé de
le rafatêr fortement ; les autres prétendaient que la matière éuit étemelle. Dieu était bien le principe et la cause de son existence ^ il M a mâme tiré les formes différentes , comme le potier les tire de Targile , et le forgeron du fer qu'il manie; mais Dieu n'a jamais caisté sana cette matière j comme ia matière n'a jamais existé sans Dieu. Tout ce qu'il a £àit dans la création , était de régler son ■aouTement , et de mettre toutes ses parties dans le bel ordre où BOUS les 'vojons. £n£n , il j a eu des gens , qui ne pouvant con-> ceroir ^ue Dica , semblable aux ouyriers ordinaires , eût existé avast son ouvrage » on qu'il fût demeuré dans le ciel sans agir , aou tenaient qu'il avait crée le monde de tout temps , ou plutôt de toute éternité.
a. Ceux qui y dans les synagogues, venlentsoutenir l'éternité du
monde, tâchent de se mettre à couvert de la censure par l'au torité
de Maïmonides , parce qu'ils prétendent que ce grand docteur n'a
point mis la création entre les articles fondamentaux de la foi.
Maia il est ^isé de justifier ce docteur ; car on lit ces paroles dans
la confession de foi qu'il a dressée : 8i U monde est créé y il y a
un cré€Ueiêr ; car persomèe ne peut $0 créer soi-^mime : il y a donc
wi Dieu, n ajoute , que Dieu seul est étemel , et que toutes
choses ont eu wi commencement, En£n il déclare ailleurs que la
création est un des fondemens de la foi , sur lesquels on ne doit
se laisser ébranler que par une démonstration qu'on ne trouvera
jamais.
3. Il est vrai que ce docteur raisonne quelquefois faiblement tnr cette matière. S'il combat l'opinion d'Aristote qui soutenait aussi rétemité du monde , la génération et la corruption dans le ciel , il trouva la méthode de Platon asses commode , parce qu'elle ne renverse pas les miracles , et qu'on peut l'acconomoder avec rÉcriture^ enfin elle lui paraissait appuyée sur de bonnes raisons y quoiqu'elles ne fussent pas démonstratives. Il ajoutait qu'il aérait aussi facile à ceux qui soutenaient l'éternité du monde , d'expliquer tous les endroits de l'Écriture oii il est parlé de la création , que de donner un bon sens à ceux oti ceûe même Écriture donne des bras et des mains à Dieu. Il semble aussi qu'il ne se soit déterminé que par intérêt du côté de la création préferablement à l'éternité du monde , parce que si le monde était étemel , et que les hommes se fussent créés indépendamment de Dieu , la glorieuse préférence que la nation juive a eue sur toutes les autres nations , deviendrait chimériqœ. Biais de quelque manière que Maïmonides ait raisonne y un lecteur équitable ne pent Taccuser d'avoir cm J 'éternité du monde , puisqu'il Fa rejetée formellement , et qu'il a fait Tapo*-
logîe de Salomon , que les hérétiques citaient comme an de leurs témoins.
4. Maïs si les docteurs sont ordinairement orthodoxes sur l'article de la création, il faut avouer qu'ils s'écartent presque aussitôt de Moïse. On tolérait dans la synagogue les théologiens qui soutenaient qu'il y ayait un monde ayant celui que nous habitons, parce que Moïse a commencé l'histoire de la Genèse par un B , qui marque deux. Il était indifférent à ce lé* gislateur de commencer son livre par une autre lettre ; mais il a renversé sa construction , et commencé son ouvrage par %xn B , afin d'apprendre aux initiés que c'était ici le second monde , ei que le premier avait fini dans le système millénaire, selon l'ordre que Dieu a établi dans les révolutions qui se feront. Foyez Var^ ticle Ca&ale»
5. C'est encore un sentiment assez commun chez les Juifs que le ciel et les astres sont animés. Cette croyance est même trèsancienne chez eux ; car Philon l'avait empruntée de Platon , dont il faisait sa principale étude. Il disait nettement que les astres étaient des créatures intelligentes qui n'avaient jamais fait de mal , et qui étaient incapables d'en faire. Il ajoutait , qu'ils ont un mouvement circulaire , parce que c'est le plus parfait , et celui qui convient le mieux aux âmes et aux substances intelligentes.
SerUimerU des Juifs sur les anges et sur les démons , sur VAmt et sur le premier homme, i . Les hommes se plaisent à raisonner beaucoup sur ce qu'ils connaissent le moins. On connaît peu la nature de l'âme ; on connaît encore moins celle des anges : on ne peut savoir que par la révélation leur création et leur existenceé Les écrivains sacrés que Dieu conduisait ont été timides et so-* bres sur cette matière. Que de raisons pour imposer silence à l'homme , et donner des bornes à sa témérité I Cepeiidant il y a peu de sujets sur lesquels on ait autant raisonné que sur les anges ; le peuple curieux consulte wb docteurs : ces derniers ne veulent pas laisser soupçonner qu'ils ignorent ce qui se passe dans le ciel , ni se borner aux lumières que Moïse a laissées. Ce serait se dégrader du doctorat que d'ignorer quelque chose , et se remettre au rang du simple peuple qui peut lire Moïse , et qui n'interroge les théologiens que sur ce que l'Ecriture ne dit pas. Avouer son ignorance dans une matière obscure , ce serait un acte de modestie, qui n'est pas permis ii ceux qui se mêlent d'enseigner. On ne pense pas qu'on s'égare volontairement , puisqu'on veut donner aux anges des attributs et des perfections sans leè connaître , et sans consulter Dieu qui les a formés.
Comme Moïse ne s'explique point sar le temps auquel leâ anges furent cré^s, on supplée à son silence par des conjectures. Quelques uns croient que Dieu forma les anges le second jour de la création. Il y a des docteurs qui assurent qu'ayant été appelés nu conseil de Dieu sur la production de Thomme, ils se partagèrent en opinions diffifrentes. L'un approuvait sa création , et Taatre la rejetait , parce qu'il prévoyait qu'Adam pécherait par complaisance pour sa femme; mais Dieu fit taire ces anges ennemis de l'homme, et le créa avant qu'ils s'en fussent aperçus : ce qui rendit leurs murmures inutiles , et il les avertit qu'ils pécheraient aussi en devenant amoureux des filles des hommes. Les antres soutiennent que les anges ne furent créés que le cinquième )oar. ]Qn troisième parti veut que Dieu les produise tous les jonrs , et qu'ils sortent d'un fleuve qu'on appelle Dinor ; en fia quelques uns donnent aux anges le pouvoir de s'entre-créer les uns les autres , et c'est ainsi que l'aoge Gabriel a été créé par Michel qui est au-dessus de lui.
2. Il ne faut pas faire une hérésie aux Juifs de ce qu'ils enseignent sur la nature des anges. Les docteurs éclairés reconnaissent qne ce sont des substances purement spirituelles^ entièrement dégagées de la matière; et ils admettent une figure dans tous Ub passages de l'Ecriture qui les représentent sous des idées corporelles Y parce que les anges revêtent souvent la figure du feu , d'uo homme ou d'une femme.
Il y a pourtant quelques rabbins plus grossiers, lesquels ne pouvant digérer ce que l'Écriture dit des anges , qui les représente sous la figure d'un bœuf, d'un chariot de feu ou avec des ailes , enseignent qu'il y a un second ordre d'anges , qu'on appelle les anges du minisière , lesquels ont des corps subtiles comme le feu. Ils font plus , ils croient qu'il y a différence de sexe entre les anges , 'dont les uns donnent et les autres reçoivent.
Philon jFki/* avait commencé k donner trop aux anges , en les regardant comme l^s colonnes sur lesquelles cet univers est appnyé. On l'a snivi , et on a cru non-seulement que chaque nation avait son ange particulier , qui s'intéressait fortement pour elle , mais qu'il y en avait qui présidaient sur chaque chose. Azariel pr^de sur l'eau ; Gazardia, sur l'Orient, afin d'avoir soin qne le soleil se 19ve ; et Nékid , sur le pain et les alimens. Ils ont des anges qui président sur chaque planète , sur chaque mois de Fannée et sur les heures du jour. Les Juifê croient aussi que chaque homme a deux auges, l'un bon, qui le garde, l'autre mauvais qui examine ses actions. Si le jour du sabbat , au re^ tour de la synagogue , les deux anges trouvent le lit fait , la table dressée I les chandelles allumées , le bon ange s'en réjouit ;
et dît , Dîeu yemlle qu'an prochain sabbat liss choses soient en aussi bon ordre ! et le mauvais ange est obligé de répondre amen. S'il y a du désordre dans la maison , le mauvais ange h son tour souhaite que la même chose arrivé au prochain sabbat ^ et le bon ange répond amen.
La théologie des Jtsife ne s'arrête pas là. Maïmonides qui avait fort étudié Aristote , soutenait que ce philoso}Àe n'avait rien dit qui fût cotitraire à la loi , excepté qu'il croyait que les intelligences étaient étemelles , et que Dieu ne les avait point produites. En suivant les principes des anciens philosophes , il disait qu'il y a une sphère supérieure à toutes les autres qui leur communique le mouvement. Il remarque que plusieurs docteurs de sa nation croyaient avec Pythagore , que les cieui et les étoiles formaient en se mouvant un son harmonieux , qu'on ne pouvait entendre à cause de l'éloignement ; mais qu^on ne pouvait pas en douter , puisque nos corps ne peuvent se mouvoir sans faire du bruit, quoiqu'ils soient beaucoup plus petits que les orbes célestes. Il paraît rejeter cette opinion ; je ne sais même s'il n'a pas tort de l'attribuer aux doct^eurs : en effet les rabbins disent qu'il y a trois choses dont le son passe d'un bout du monde à l'autre ; la voix du peuple romain , celle de la sphère du soleil y et de l'âme qui quitte le monde.
Quoi qu'il en soit, Maïmonides dit non-seulement que tontes ces sphères sont mues et gouvernées par des anges ; mais il prétend que ce sont véritablement des anges. Il leur donne la connaissance et la volonté par laquelle ils exercent leurs opérations : il remarque que le titre d'ange et de messager signifie la même chose. On peut donc dire que les intelligences , les sphères , et les éléraens qui exécutent la volonté de I)ieu , sont des anges , et doivent porter ce nom.
4. On donne trois origines différentes aux démons, i**. On soutient quelquefois que Dieu les a créés le même jour qu'il créa les enfers pour leur servir de domicile. Il les forma spirituels , parce qu'il n'eut pas le loisir de leur donner des corps. La fête du sabbat commençait au moment de leur création , et Dieu fut obligé d'interrompre son ouvrage , afin de ne pas violer le repos de la fête. Les autres disent qu'Adam ayant été long-temps sans connaître sa femme , l'ange Samaël touché de sa beauté , s'unit avec elle , et elle conçut et enfanta les démons. Ils soutiennent aussi qu'Adam , dont ils font une espèce de scélérat , fut le pere des esprits malins.
Oh compte ailleurs , car il y a là-dessus une grande diversité d'opinions , quatre mères des diables y dont l'une est Nahama , sœur de T^balin , belle comme les anges , auxquels elle s'aban«-
donna } elle tît encore , et elle entre subtilement dans le lit des kommes endormis , et les oblige de se souiller ayec elle; l'autre est Lilith , dont Thistoire est fameuse chez les Juifs, Enfin il y a des docteurs qui croient que les anges créés dans un état d'innocence , en sont dëcbus par jalousie pour l'homme , et par leur révolte contre Dieu : ce qui s'accorde mieux ayec le récit de Moïse.
5. Le9 Juifs croient que les démons ont été créés mâles et femelles , et que de leur conjonction il en a pu naître d'autres. Ils disenf encore que les âmes des damnés se changent pour quelques temps en démons , pour aller tourmenter les hommes , visiter leur tombeau , voir les vers qui rongent leurs cadavres , ce qui les afflige , et ensuite s'en retournent aux enfers.
Ces démons ont trois avantages qui leur sont communs avec les anges. Ils ont des ailes comme eux,; ils volent comme eux d'un bout du monde à l'autre ; enfin ils savent l'avenir. Ils ont trois imperfections qui leur sont communes avec les iiommes ; car ifs sont obligés de manger et de boire ; ils engendrent et multiplient, et enfin ils meurent comme nous.
6. Dieu s'entretenant avec les anges vit naître une dispute entre eux k cause de l'homme. La jalousie les avait saisis; ils soutinrent à Dieu que l'homme n'était que vanité , et qu'il avait tort de lui donner un si grand empire. Dieu soutint Texcellence de son ouvrage par deux raisons ; l'une que l'homme le louerait sur la terre, comme les anges le louaient dans le ciel. Secondement il demanda à ces anges si fiers , s'ils savaient les noms de toutes les créatures ; ils avouèrent leur ignorance , qui fut d'autant plus honteuse , qu'Adam ayant paru aussitôt , il les récita sans y manquer. Schamaël qui était le chef de cette assemblée céleste , perdit patience. Il descendit sur la terre , et ayant remarqué que le serpent était le plus subtil de tous les animaux , il s'en servit pour séduire Eve.
Cest ainsi que les Juifs rapportent la chute des anges; et de lenr récit , il paraît qu'il y avait un chef des anges avant leur apostasie , et que le chef s'appelait Schamaël, En cela ils ne s'éloignent pas beaucoup des Chrétiens ; car une partie des saints pères ont regardé le diable avant sa chute comme le prince de tous les anges.
7. Moïse dit que les fils de Dieu voyant que les filles des hommes étaient belles , se souillèrent avec elles. Philon Juif a substitué les anges surfils de Dieu ; et il remarque que Moïse a donné le titre d'anges è ceux que les philosophes appellent génies, Enoch a rapporté non-seulement la chute des anges avec les femmes , mais il en développe toutes les circonstances; il nomme les vingt
angef qui firent complot de 8e marier ; ils prireat des femmes l'an 1 170 du monde , et de ce mariage naquirent les géans. Ces démons enseignèrent ensuite aux honunes les arts et les sciences. Azaél apprit aux garçons à faire des armes , et aux filles à se farder; Sémireas leur apprit la colère et la violence ; Pbarmarus fut le docteur de la magie : ces leçons reçues avec avidité des hommes et des femmes , causèrent un désordre afireux. Quatre anges persévérans se présentèrent devant le trône de Dieu , et lui remontrèrent le désordre que les géans causaient : Les esprits des àmeê des hommes morts crient , et leurs soupirs montent jusqi^à la porte du cielj sans poutfoir parvenir jusqu'à toi , à cause des in» justices qui se font sur la terre. Tu vois cela ^ et tu ne nous ap^ prends point ce qvlU faut faire.
La remontrance eut pourtant son effet. Dieu ordonna à Uriel tt d'aller avertir le fils de Lamech qui était Noé , qu'il serait ga>* » ranti de la mort éternellement. Il commanda à Raphaël de saisir » Exaél l'un des anges rebelles , de le jeter lié pieds et mains » dans les ténèbres ; d'ouvrir le désert qui est dans un autre dé- » sert 9 et de le jeter là ; de mettre sur lui des pierres aiguës , et » d'empêcher qu'il ne vit la lumière , jusqu'à ce qu'on le jette » dans l'embrasement de feu au jour du jugement. L'ange Ga* w briel fut chargé de mettre aux mains les géans afin qu'ils s'en- » tretuassent ; et Michaël devait prendre Sémireas et tous les » anges mariés , afin que quand ils auraient vu périr les géans » et tous leurs enfans, on les liât pendant soixante et dix géné- » rations , dans les cachots de la terre jusqu'au jour de l'accom- M plissement de toutes choses , et du jugement oii ils devaient w être jetés dans un abîme de feu et de tourmens étemels. »
Un rabbin moderne ( Menasse ) , qui avait fort étudié les anciens , assure que la préexistence des âmes est un sentiment généralement reçu chez les docteurs juifs. Ils soutiennent qu'elles furent toutes formées dès le premier jour de la création , et qu'elles se trouvèrent toutes dans le jardin d'£den. Dieu leur parlait quand il ait ^ faisons t homme; il les unit aux corps à proportion qu'il s'en forme quelqu'un. Ils appuient cette pensée sur ce que Dieu dit dans Isaïe , j'ai fait les âmes. Il ne se servirait pas d'un temps passé , s'il en créait encore tous les jours ua grand nombre : l'ouvrage doit être achevé depuis long-temps ^ puisque Dieu dit , f ai fait.
g. Ces âmes jouissent d'un grand bonheur dans le ciel , en at« tendant qu'elles puissent être unies aux corps. Cependant elles peuvent mériter quelque chose par leur conduite; et c'est là une des rabons qui fait la grande différence des mariages, dont les uns sont heureux, et les autres mauvais , parce que Dieu envoie
les âmes selon leurs mërites. Elles ont été créées. donUes , afin qu'il y eût nne âme pour le mari , et ane autre- pour la femme. LiOrsqne ces âmes qui ont été faites l'une pour l'autre , se trouvent mues sur la terre , leur condition est infailliblement heureuse , et le mariage tranquille. Mais Dieu , pour punir les âmes qui ii*ont pas répondu a Teicellence de leur origine , sépare celles qui avaient été faites Tune pour l'autre , et alors il est impossible qu'il n'arrive de la division et du désordre. Origëne n'avait pas mA^Xé ce dernier article de la théologie judaïque , mais il suivait les deux premiers; car il croyait que les âmes avaient préexisté , et que Dieu les unissait aux corps célestes ou terrestres , gros* •îers ou subtils, à proportion de ce qu'elles avaient fait dans le ciel , et personne n'ignore qu'Origëne a eu beaucoup de disciples et d'approbateurs chez les Chrétiens.
lo. Ces âmes sortirent pures de la main de Dieu. On récite encore aujourd'hui une prière qu'on attribue aux docteurs de la C;rande synagogiie , dans laquelle on lit : O Dieu , Fâme que tu m^oê donnée tet pure ; tu tae créée, tu Pas formée , tu fae inspirée ; tu ia consen^ee au dedans de moi , tu la reprendras , lorêqu*eUe $^ envolera y et tu me la rendras au tempe que tu as nutrqué.
On trouve dans cette prière tout ce qui regarde l'âme \ car Toici comment rabbin Menasse l'a conmientée : l'âme que tu nCas donnée eet pure , pour apprendre que c'est une substance spirituelle , subtile , qui a été formée d'une matière pure et nette. Tu tas créés , c'est-à-dire au commencement du monde avec les entres âmes. Tu Vas formée , parce que notre âme est un corps spirituel , composé d'une matière céleste et insensible } et les cabalistes ajoutent qu'elle s'unit au corps pour recevoir la peine ou la récompense de ce qu'elle a fait. Tu Vas inspirée , c'est-àdire ta l'as unie à mon corps sans l'intervention des corps célestes , qui influent ordinairement dans les âmes végétatives et sensitiTes. Tu la conservée , parce que Dieu est la garde des bommes. Ta la reprendras , ce qui prouve qu'elle est immor^ telle. Ths ms la rendras y ce qui nous assure de la vérité de la résurrection.
1 1 . Les Thalmudistes débitent une infinité de fables sur le cha« pitre d'Adam et de sa création. Ils comptent les douse heures du joar auqueî il fut créé » et ils n'en laissent aucune qui soit vide. A la première heure , Dieu assembla la poudre dont il devait le composer , et il devint pa embrion. A la seconde, il se tint sur ses pieds. A la quatrième , il donna les noms aux animaux. La septième fut employée au mariage d'Eve , que Dieu lui i colnme un paran jmphe , après l'avoir ûîsée. A dix heures
Adam pécha; on le jngea aussitôt , et k douie beures il sentait
déjà la pe^'ne et les sueurs du travail.
12. Dieu Tavait fait si grand qu'il remplissait le monde , ou du moins il touchait le ciel. Les anges étonnés en murmurèrent , et dirent à Dieu qu'il y ayait deux êtres souverains , l'un au ciel et l'autre sur la terre. Dieu averti de la faute qu'il avait faite , appuya la main sur la tête d'Adam , et le réduisit k une nature de mille coudées ; mais en donnant au premier homme cette grandeur immense , ils ont voulu seulement dire qu'il connaissait tous les secrets de la nature , et que cette science diminua considérablement par le péché ; ce qui est orthodoxe. Ils ajoutent que Dieu l'avait fait d'abord double , conune les païens nous représentent Janus à deux fronts ; c'est pourquoi on n'eut besoin que de donner un coup de hache pour partager ces deux corps; et Cela est clairement expliqué par le prophète , qui assure que Dieu l'a formé par devant et par derrière : et comme Moïse dit aussi que Dieu le forma mâle et femelle , on conclut que le premier homme était hermaphrodite.
i3. Sans nous arrêter k toutes ces visions qu'on multiplierait à l'infini , les docteurs soutiennent , i"*. qu'Adam fut créé dans un état de perfection; car s'il était venu au monde comme un enfant, il aurait en brsoin de nourrice et de précepteur. 2?. C'était une créature subtile : la matière de son corps était si délicate et fti fine t qu'il approchait de la natnre des anges , et son entendement était aussi parfait que celui d'un homme le peut être. Il avait une connaissance de Dieu et de tous les objets spirituels, sans jamais l'avoir apprise , il lui suffisait d'y penser; c'est pourquoi on l'appelait fils de Dieu, Il n'ignorait pas même le nom de Dieu ; car Adam ayant donné le nom k tous les animaux , Dieu lui demanda ^uel est mon nom ? et Adam répondit, Jéhova. Cesé toi qui es; et c'est à cela que Dieu fait allusion dans le prophète Isaïe , lorsqu'il dit : je suis celui qui suis j c'eétlà mon nom y c'est-à-dire ^ le nom qu*jidam m'a donné et que j'ai pris.
i4* Ils ne conviennent p l'homme , parce que Diei une aide. Us ne sont pas i son image. Un théologî jéntiquiiatibus , pag 4^ ) i car il enseigne (foe l'ima^ dans l'homme qne dans la que son mari lui servit di Dieu , au lieu qu'Adaxn boucbe.
JU -j
i5. Les docteurs croient aussi que rhoinme fait à Timage de Dieu était circoncis ; mais ils ne prennent pas garde que , ponr relever l'excellence d'une cérémonie, ils font un Dieu corporel. Adam se plongea d'abord daps une débauche aCfreuse , en s'accouplant avec les bêtes , sans pouvoir assouvir sa convoitise y jusqu'à ce qu'il s'unit k Eve. D'autres disent au contraire qu'Eve était le unit défendu auquel il ne pouvait toucher sans crime ; mais emporté par la tentation que causait la beauté extraordinaire de cette femme, il pécha. Us ne veulent point <\\M^ Gain soit sqrti d'Adam , parce qu'il était né du serpent qui avait tenté f)ve. H fut si affligé de la mort d'Abel y qu'il demeura cent trente ans sans connaître sa femme , et ce fut alors qu'il compiença h faire des enfans à son image et ressemblance. On lui reproche son apostasie , qui alla jpsqu -*. faire rf»venir la peau dn prépuce , afin d'effacer l'image de Dieif. Adam, après avoir rompu cette alliance, se repentit; il maltraita son corps l'espace de sept semaines dans le fleuve Qéhon , et le pauvre corps fat tellement sacrifié , qu^il devint percé comme un crible. On dit qu'il y a des mystères renfermés dans toutes ces histoires; comme en effet il faut nécessairement qu'il y en ait quelques nos; mais il faudrait avoif* beaucoup de temps et d'esprit pour les développer tous. Remarquons seulement que ceo^ qui donnent des règles sur l'usage des métaphores , et quj prétendent qu'on ne s'en sert jamais que lorsqfa'on y a préparé ses lecteurs, et qu'on est assuré qu'ils lisent 4ans l'esprit ce qu'on pense , connaissent peu le géi^ie des Orientaux , et que leurs wègles se trouveraient ici beaucoup trop courtes.
i6. On accuse les Juifs d'appuyer les systèmes des Préa^amistes qu'on a développés dans ces derniers siècles avec beaucoup de subtilité ; mais il est certain qu'ils croient qu'Adam est le pre* mier de tous les hommes. Sangapus donne Jambuscar pour précepteur i Adam } mais il ne rapporte ni son sentiment m celui de sa nation. Il a suivi plutôt les imaginations des Indiens et de quelques barbares , qui contaient qne trois hommes nommés Jsunbuscfaa , /Ziagtitb et Boan ont vécu avant Adam , et que le premier avait été son précepteur. C'est en vain qu'on se sert de l'antoriti de Maïmonides un des plus sages docteurs de^ Juifs; car il rapporte qu'Adam est le premier de tous les hommes qui soit né par une génération ordinaire ; il attribue cette piensée aux Zafciens , et bien loin de l'approuver , il la regarde comme une fausse idée qu'on doit rejeter ; et qu'on n'a imaginé cela que ponr défisndre l'éternité du monde que ces peuples qui habitaient la Perse soutenaient.
Les Juifs disent ordinairement qu'Adam était né jeune dans
une staiaré dliomme fait , parce qne tontes choses doivent avoir été créées dans un état de perfection ; et comme il sortait immédiatement des mains de Dieu , il était souverainement sage et prophète créé à l'image de Dieu. On ne finirait pas , si on rapportait tout ce que cette image de la divinité dans l'homme leur a fait dire. Il suffit de remarquer qu'au milieu des docteurs qui s'égarent , il y en a plusieurs , conune Maîmonides et Kimki , qui 9 sans avoir aucun égard an corps du premier homme , la placent dans son âme et dans ses facultés intellectuelles. Le premier avoue qu'il y avait des docteurs qui croyaient qne c'était nier l'existence de Dieu , que de soutenir qu'il n'avait point de corps , puisque l'homme est matériel , et qne Dieu l'avait fait à son image. Mais il remarque que l'image est la vertu spécifique qui nous fait exister , et que par conséquent l'âme est cette image. Il outre même la chose; car il veut que les idolâtres, qui se prosternent devant les images , ne leur aient pas donné ce nom , à cause de quelque trait de ressemblance avec les originaux ; mais parce qu'ils attribuent à ces figures sensibles quelque vertu.
Cependant il y en a d'autres qui prétendent que cette image consistait dans la liberté dont l'homme jouissait* Les anges aiment le bien par nécessité ; l'homme seul pouvait aimer la vertu ou le vice. Comme Dieu , il peut agir et n'agir pas. Ils ne prennent pas garde que Dieu aime le bien encore plus nécessairement que les ançes qui pouvaient pécher , comme il parait par l'exemple de$ démons ; et que si cette liberté d'indifférence pour le bien est un degré d'excellence, on élëve le premier homme audessus de Dieu.
i8. Les Antîtrinitaires ont tort de s'appuyer sur le témoignage des Juifs , pour prouver qu'Adam était né mortel , et que le péché n'a fait à cet égard aucun changement à sa condition; car ils disent nettement que si nos premiers pères eussent persévéré dans l'innocence , toutes leurs générations futures n'auraient pas senti les émotions de la concupiscence , et qu'ils eussent toujours vécu. R. Bêchai , disputant contre les philosophes qui dé- ^ fendaient la mortalité du premier homme , soutient qu'il ne leur est point permis d'abandonner la théologie que leurs ancêtres «nt puisée dans les écrits des prophètes , lesquek oat enseigné que rhomme eût vécu éternellemenê , s^il ri eût poùU péché. Manasse , qui vivait au milieu du siècle passé , dans un lieu oii jl ne pouvait ignorer la prétention des Sociniens , prouve trois choses qui leur sont directement opposées : i. que l'immortalité du premier homme , persévérant dans l'innocence , est fondée sur l'Ecriture; a. que Hana , fils de qanina, R. Jéhuda , et un
grand nombre de rabbins y dont il cite les témoignages , ont été de ce sentiment ; 3. enfin , il montre que cette immortalité de l'homme s'accorde avec la raison , pnisqa'Adam n'avait aucune cause intérieure qui put le faire mourir , et qu'il ne craignait rien, du dehors , puisqu'il vivait dans un lieu très-agréable , et que le firuit de l'arbre de vie j dont il devait se nourrir , augmentait sa vigueor.
19. lïous dirons peu de cbose sur la création de la fename : peut-^tre prendra-t-on ce que nous en dirons pour autant de plaisanteries; mais il ne faut pas oublier une si noble partie du ^nre humain. On dit donc que Dieu ne voulut point k créer d'abord, parce qu'il prévit que l'homme se plaindrait bientôt de sa malice. Il attendit qu'Adam la lui demandât; et il ne manqua pas de le faire , des qu'il eut remarqué que tous les animaux paraissaient devant lui deux à deux. Dieu prit toutes les précautions nécessaires pour la rendre bonne ; mais ce fut inutilement, n ne voulut point la tirer de la tête , de peur qu'elle n'eât l'esprit et l'Ame coquette } cependant on a eu beau faire , ce malheur n'a pas Isdiaé d^aniver} et le prophète Isa'ie se plaignait , il y a déjà long-temps , çue Us filûs (Tlsraèl allaient ia iéu levée et la gorge nue. Dieu ne voulut pas la tirer des jeux , de peur qu'elle ne jouât de la prunelle ; cependant Isaie se plaint encore que les filles avaient l'œil tourné à la galanterie. U ne voulut point la tirer de la bouche , de peur qu'elle ne parlât trop ; mais on ne saurait arrêter sa langue ni le flux de sa bouche. n ne la prit^point de l'oreille , de peur que ce ne fût une écou*tense ; cependant il est dit de Sara , qu elle écoutait à la porte du tabernacle , afin de savoir le secret des anges. Dieu ne la forma point du cœur , de peur qu'elle ne fdt jalouse ; cependant combien de jalousies et d'envies déchirent le cœur des filles et des femmes ! Il n'j a point de passion , après celle de l'amour , à laquelle elles succombent plus aisément. Une sœur , qui a plus de bonheur , et surtout plus de galans , est l'objet de là haine de sa sœur } et le mérite ou la beauté sont des crimes qui ne se pardonnent jamais. Dieu «%. voulut point former la femme ni des pieds ni de la main « de peur qu'elle ne fût coureuse , et que l'enyie de dérober ne la prît ; cependant Dîna courut et se perdit; et avant elle , Rachel avait dérobé les dieux de son père. On a eu donc beau choisir une partie honnête et dure de l'homme, d'oîi il semble qu'il ne pouvait sortir ancun défaut, la femme n'a pas laissé de les avoir tous. C'est la description qne les auteurs fuifi nous en donnent. Il y a peut-être des gens qui la trouveront si juste, qu'ils ne youdront pas la mettre au rang de leurs
visions y et qui s'imagineront qu'ils ont voulu renfermer une vérité connue sous des termes figurés.
Dermes des PéripcUéticiena , adaptés pétr les Juifs, i. Dieu est le premier et le suprême moteur des cieux*
a. Toutes les choses créées se divisent en trois classes. Les unes sont composées de matière et de forme , et elles sont perpétuellement sujettes à la génération et à la corruption ; les autres sont aussi composées de matière et de forme , comme les premières; mais leur forme est perpétuellement attachée à U matière ; et leur matière et leur forme ne sont point semblables à celles des autres êtres créés : tels sont les cienx et les étoiles. Il y en a enfin qui ont une forme sans matière , conune les anges.
3. 11 y a neuf cienx , celui de la lune, celui de Mercure | celui de Vénus , celui du soleil , celui de Mars , celui de Jupiter , celui de Saturne et des autres étoiles, sans compter le plus élevé de tous j qui les enveloppe , et qui fait tous les jours une révo* lution d'orient en occident.
4. Les cienx sont purs comnse du cristal ; c'est pour cela que les étoiles du huitième ciel paraissent au-dessous du premier. >
5. Chacun de ces huit cieux se divise en d'autres cienx J)articuliers y dont les uns tournent d'orient en occident , les autres d'occident en orient ; et il n'y a point de vide parmi eux.
6. Les cieux n'ont ni légèreté , ni pesanteur , ni couleur ; car la couleur bleue que nous leur attribuons , ne vient que d'une erreur de nos yeux , occasionée par la hauteur de l'aftnosphère.
7. La terre est au milieu de toutes les sphères qui environnent' le monde. H y a des étoiles attachées aux petits cieux : or ces petits cieux ne tournent point autour de la terre } mais ils sont attachés aux grands cieux, au centre desquels la terre se trouve.'
8. La terre est presque quarante fois plus grande que la lune ; et le soleil est cent soixante et dix fois plus grand que la terre. Il n'y a point d'étoile plus grai>de que le soleil , ni plus petite que Mercure. j^
g. Tous les cieux et toutes les étoiles ont une âme , et sont doués de connaissance et de sagesse. Ils vivent et ils connaissent celui qui d'one seule parole fit sortir l'univers du néant.
10. Au-dessous du ciel de la lune , Dieu créa une certaine matière différente de la matière àe$ cieux ; et il mit dans cette matière des formes qui ne sont point semblables aux formes des cienx. Ces élémens constituent le feu, l'air , l'eau et la terre.