‹ Œuvres diversChapitre 113 sur 128 · HISTOIRE DE MADAME PRÉPLECRY · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE MADAME PRÉPLECRY

Préfimry était un commerçant en gros, honnête homme, ayant des connaissances, et ne manquant pas d esprit ; mais un faiseur de projets, de ers gens qui ont la manie de corriger le monde, et qui s imafinent follement que les choses peuvent aller moins niai quelles ne vont Chaque fois qu'il se conmiettait une faute grave en administration, le bon homme avait la migraine pendant huit jours. Coniiail-on les deniers de l*Étatà un fripon reconnu? plaçail-on dans le ministère, au lieu d'un citoyen probe et lat)oncux, un homme de plaisirs? M. Préfleury devenait malade. Il n'a jamais pu s'accoutumer à voir pnNliguer à des mimes le produit de contribulions péniblement payées. Il ne |iouvait supporter qu'en matière d'admini&lration, on decidAt d'un trait de plume, et souvent, d'un seul mot, du sort de cent mille personnes. Bref, il en est devenu fou, décidément fou. Il est aux |>etites maisons, où vous |)ouvez Taller voir, et le pauvre diable vous remettra encore un nouveau |)!an pour opérer la félicité générale.

Pendant que Prefleury s'occupait si efliracement des affaires publiques, les siennes, comme voi» |>ouvez penser, allaient tout de travers. Mais une fois que M"* Pr^ fleury rn a eu la direction, cela a été pis eueore. S'il se pn*senlait um* occasion favoratile |)our faire une excellente spéculation, alors elle éprouvait un violent désir de se proiuirer un meuble à la mode, ou des bijoux de prix, vi l'argent dn commerce passait chez le marchand, .s'agissait-il de comparaître en perM>nne dans une affaire litigieuse? elle était engagée dans une partie de caniftagne à laquelle elU* ne pouvait manquer de si* trouver |»our rien au monde. Le premier commis de la maison avait beau lui faire des représentations: • Que voulez-vous, mon cher Dticombeê? lui disait-elle. Faut-ii

» que je m'ensevelisse dans la poussière d'un bureao? On n'est id-bas » que poifr jouir. A quoi sert Fargent, si ce n*est à le dépenser? Tous » êtes un brave^iomme, je vous aime à la folie; faites aller lecom- » merce de votre mieux, et laissez-moi vivre à ma fantaisie. >

Le cher Descombes patienta quelque temps ; mais comme il n'arrive guère qu'on prenne aux affaires des autres plus d'intérêt qu'ils n'en prennent eux-mêmes, il fit sans bruit des démarches pour se retirer; et ayant trouvé le moyen de s'associer dans une maison oA Ton connaissait son talent, il le déclara respectueusement à M"^ PréJUwry^ et h pria d'être convaincue de ses regrets.

Cette pauvre dame avait son mari aux petites maisons, ses affaires en désordre, et une fille à marier; car le prétendu de M^ Préfieury^ lieat^ nant de dragons i Farmée dltalie, et dont elle était fbrt éprise, venait d'y être tué.

Il fallut bientôt écouler ses marchandises & vil prix, pour faire face à ses engagements. Les marchandises n'ayant pas suffi, il fallut vendre une maison de campagne, puis une maison de ville; on était accoutumé à une assez forte dépense, on avait contracté des dettes, et il ne restait plus de crédit pour en faire de nouvelles ; et cependant il fallait

vivre, il fallait payer la pension de son mari Que vous dirai-je?OQt

vendu des bijoux, puis des meubles , on a renvoyé un M. Martin^ vieux cousin, sans fortune, qui faisait les délices de la maison par ses petits vers; le pauvre misérable est réduit maintenant à vendre ses livres pour subsister. Blalgré tous ses sacrifices. M"* Préfleury ne peut éviter de se déclarer en état de faillite, et, pour comble de malheurs, la famille du mari lui demande compte de la fortune.

Voilà, mes chers amis, une des causes que j'ai à défendre : madame Préfleurij est une de mes clientes; mais je suis presque brouillé avec elle. Voici comment la chose s'est passée.

Hier elle est venue me trouver : « Mon cher, m'a-t-elle dit, je suis la plus heureuse des femmes ( Ce début ne laissa pas de me surprendre ). J'ai trouvé un excellent parti pour ma fille, un riche Bàlois dont j'ai fait la connaissance, il y a quelque temps, dans une société où nous nous sommes rencontrés. 11 fut enchanté d*Eu!alie. Je lui ai laissiî entendre que lorsque mes affaires seraient arrangées, elle aurait une très-jolie fortune. Nous avons chaque jour quelque nouvelle preuve de sa galanterie. Demain il nous donne un dîner champêtre ; il m'a engagée à mener avec moi qui je voudrais ; vous en serez, j'espère. Nous nous amuserons bien ; on mettra la table au milieu des bois ; ce sera une véritable fête villageoise; j'ai loué des diamants pour ce jour-là; vous entendez bien qu'au moment d'un mariage, il faut jeter de la poudre aux yeux Que voulez- vous, mon cher? vous savez ma position mieux que moi-même, et combien je suis pressée d'établir ma

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