ESSAI SUR LE PRINCIPE DE L'UTILITÉ
§I•^ — Ce quHl faut entendre par le principe derutilité\
Dans les premiers chapitres de la première partie de mon Cours complet d* Économie politique pratique^ i*ai parle des besoins qu'éprouvent les hommes en société, sans mettre en doute qu'ils éprouvassent des besoins, soit comme individus, soit comme faisant partie du corps social. J'ai seulement fait remarquer que ces besoins sont beaucoup plus nombreux dans une société civilisée que dans l'état sauvage. J*ai dû négliger de m'occuper des besoins de l'homme isolé et m'attacher aux besoins de l'homme social, puisque j'avais pour objet de faire connaître l'économie delà société.
J'ai appelé des biens toutes les choses propres à satisfaire nos besoins, et je nomme utilité ia qualité qui les y rend propres. On peut critiquer ces expressions; maiscomme elles s'appliquent à des idées réellement existantes, si l'on ne les jugeait pas bien exprimées, il faudrait les désigner par d'autres expressions. Je n'ai voulu que leur donner des noms que tout le monde pût aisément comprendre; et pour que différentes personnes n'attribuent pas à ces noms des significations diverses, je prends, comme toujours, le soin de préciser le sens que j'y attache, sans me refuser à adopter des noms meilleurs si Ton en trouve.
J'ai remarquée aussi, dès les premiers chapitres du même ouvrage, et dans tout son cours, que l'jutilité des choses et des actions avait une infinité de nuances et une importance très^iiverses, selon que les choses servaient à satisfaire à des besoins indispensables ou futiles ; et, sans m'arrêter au degré de l'utilité, j'ai prié que Ton considérât comme utile ce qui pouvait servir^ soit en pourvoyant à nos besoins
* Le Principe de VUtilité, nettement proclamé par Jérémie Benthum dans ses Traités de Législation, faute d'avoir été bien compris, a donné lieu à des déclamations et h des inculpations peu charitables. Il était d'autant plus nécessaire d'éclaircir les controverses auxquelles il a donné lieu, qu'il est Tunique critérium d'après lequel on puisse juger sainement les actes et les doctrines des législateurs et de Tadminisitration, et qu'il a servi de gnide à toutes les personnes qui ont professé une philosophie élevée, souvent sans qu'ellea s'eD doaUssent elles-mêmes. {Note de l'Auteur.)
718 MÉLANGtS DE MORALE.
indispensables, soit ea multipliant iios jouissancM, soit en graUfiant nos goûts; n'apercevant d'autre différence, entre une utilité cl une autre, que son intensité et le degré de son importance.
L'utilité ainsi désignée peut sappliquer aux actions des hommes, comme à toute aulre chose.
Or, le principe de l'utilité consiste à mesurer Pestime que nous faisons des choses ou des actions sur le degré d'importance de cette utilité. La plus importante pour l'homme en société, cç qui lui est plus utile, est pour lui digne d'une plus haute estime, et mérite le mieux d'être le but de ses efforts.
Mais Thomme faisant partie d'une société, quand il cherche avant tout son utilité personnelle, sans égard à ce qui convieût aux autres hommes, est coupable &égoïsme: ce qui constitue tout à la fois un vice et un mauvais calcul. Je crois cette proposition susceptible de démonstration. D'ailleurs, ce n*est pas suivre le principe de la plus grande utilité, que de donner la préférence à celle qui n*est flivorable qu*à une seule personne, plutôt qu'à celle qui est favorable à plusieurs.
L'homme social, quand il cherche uniquement l'utilité de la société dont il fait partie, de sa nation, au risque de ce qui pourra en advenir au reste du monde, est coupable d'un autre vice et d'un autre mauvais calcul, que j'appellerai égoïsme national^ ou patriotisme exclusif. Je crois cette seconde assertion non moins susceptible d'être démontrée, quoique beaucoup plus contestée que la première.
Mais i homme social, qui mesure l'estime qu'il fait des choses, sur le plus ou moins d'utilité quelles ont pour l'homme, c'est-à-dire qui mesure son estime sur le plus grand bien du plus grand nombre, est éminemment vertueux; et j'ajouterai que pourvu qu'il n'emploie, pour parvenir à ce but, que des moyens compatibles avec la nature des hommes qui Tentourent et de la société dont il fait partie, ses principes non-seulement dénotent un sentiment louable, mais, au total, conduisent au bien le plus réel et le plus durable, soit pour l'humanité, soit pour sa nation, soit pour lui-même.
Je considère donc comme utile tout ce qui sert au bien-être de l'homme.
Les choses qui lui sont utiles le sont a différents degrés, depuis celles qui .sont indispensables à son existence, jusqu'à celles dont toute l'utilité consiste à satisfaire ses goûts les plus fugit fs. On peut disputer à l'infini sur le plus ou le moins d'utilité de chaque chose, parce que les besoins et les goûts varient comme les figures. Dans cet écrit, je ne donne la qualification d'utile qu'à ce qui est reconnu pour tel par toute personne jouissant du simple bon sens; et même, pour éloigner toute chicane, je permets à tout lecteur de nier l'utilité qu'il m'arrîve d'attribuer aux choses. Alors, les raisonnements que
PniNCIPK DK LXTILITÊ. 7tf
jc fais dans la auppoiitioii que telle chose en fiarticulier cal ulile à l'homme, ne s adretnenl paa à ce lecteur en particulier, mais seulement i cc»ux de mes lecteurs qui admettent avec moi futilité de la chotfe. Amsi, si je dis qu'un aliment est utile en ce qu*il nous présente de la faim, qui est un mal, qu'un vêtement est utile en ce qu'il nous prés^ive du froid, il est loisible, à qui le juge à propos, de nier ces propoiiiions, et mes raisonnements à cette oecasion ne s'adressent plus qu'à ceux des lecteurs qui pensent avec moi qu*uD vêtement chauil et un aliment sam sont bons à quelque chose.
Ue ménie, si j'établis une comparaison entre rutilité de deus objets, et que j'attrihue, par exemple, à une maison qui nous met à Tabri des intempiTies de lair, plus d'util.té qu'i une bague qui noua gène dans l'usage de notre main, il est permis k tout le monde de soutenir qu'une liague i*st plus utile qu*uiie maison; seulement je préviens que mes raisonnements sur ce |M)inl ne s'adressent qu à ceux qui |)ensent avec moi qu'une maison est plusuïile qu'une l>agne.
Tout homme doué de son lion si'us désire ce qui peut contribuera son bien -être, ce qui lui est utile, et rejiousse ce qui produit en lui un malaise ou de la douleur, ce qui lui est nuisible. Si quelques personnes désirent et funt des sacrifices |M)ur avoir ce qui leur est nni>ible« c'est :
Ou par ignoramce» parce qu'elles ne connaissrnt |)as les qualités nuisibles de ce qu'elles souhaitent, l't leur attiiluient des qualités utiles qu'elles n'ont |ias ;
Ou par démence, lorsqu'elles souhaitent ce qu'elles savent leur être contraire;
On par pauinn, c'est-à-dire, par une faiblesse qui leur fait sacriner un liien-être futur à la satislaction d'un api»etit présent, ou un bien-être prissent et incontestable à un bien-être futur et contesté, comme les religieux de la Trappe.
Uana tous les cas où les hommes ne préfèrent |ias ce qui leur est utde à ce qui leur est nuisible, il > a cfemearc, ignnrauce ou pauion ; ces trois circonstances sont donc les premiei-s utnilacles au bien-être, au bonlieur de l'homme ; car la première condition pour obtenir une chose, c'est de la désirer, de la rechercher. Quicimque travaille à éclairer l'ignorance, à guérir la d«-menc«\ et à soumettre les passions a l'empire de la raison, est donc un bienfaiteur de I humanité, et tra- \adleeflicac(*nient au Iwnheur des liommes.
Ce qui est utile aux hommes |r*iiI, dans beaucoup de cas, être obtenu san.s nuire à personne, l.'liomme qui |»ar son travail m* fait un revenu et se procure tous les objets de ses lH*soiiis, non-seulement ne se satisfait |uis aux dépens des autres hommes, mais sa maniera d'exister leur est favorable, et augmente leur bien-élre. Il est d'autfM raa oji la satisfaction de l'un e«t contraire à celle «fan antre :
alors, c'est une borne que la nature a opposée a la satisfaction du premier. Si chacun pouvait chercher sa satisfaction aux dépens des autres, celle de tous serait compromise
Un auteur étranger, ou plutôt un auteur qui n'est étranger à aucune nation, puisqu'il est avant tout citoyen du monde et ami de Thumanilc tout entière, Jérémie Bentham, s'est occupé d'analyser Futilité, et Ta fait avec une rare sagacité.
La nature, selon lui, a placé Thomme sous l'empire du plaisir et de la douleur. Nous leur rapportons toutes nos déterminations. Celui qui prétend se soustraire à cet assujettissement ne sait ce qu'il dit. Au moment même où il se refuse à la plus grande volupté, ofi il embrasse les plus vives peines, il a pour objet de chercher une satisfaction quelconque, ou bien de se soustraire à un état pénible, de s'en garantir, pour le présent ou pour Tavenir.
Nous appelons du nom de mal, une peine» une douleur, la cause d*uoe douleur. Nous avons nommé bien^ un plaisir ou une cause de plaisir. Or, Vutilité est la propriété, la tendance d'une chose à nous préserver de quelque ma/, ou à nous procurer quelque bien. Pour un individu, pour une communauté, ce qui est utile, c'est ce qui tend i augmenter pour eux la somme du bien^ ou à diminuer la somme du maL
Maintenant on peut se demander quel jugement un être doué de raison doit porter relativement au principe de Tutilité ainsi déGni. Doitil chérir, favoriser ce qui pour l'humanité tend à augmenter la somme du bien ou la somme du mal? Dans le premier cas, il adopte le principe de l'utilité pour règle de ses jugements et de ses actions ; il mesure sou approbation ou sa désapprobation d'un acte privé ou public sur sa tendance à augmenter la somme des biens dont les hommes peuvent jouir, ou à diminuer la somme de leurs maux. Pour lui, ce qui sera moral, ce que la morale conseillera, sera Yutile; ce qui sera immoral, odieux, ce qu'il faudra défendre, sera le nuisible, le funeste.
Il nommera bon ce qui est utile, ce qui augmente les plaisirs ou diminue les peines. 11 qualifiera de mauvais ce qui engendre plus de peines que de plaisirs. Et remarquez, poursuit Bentham, que je prends ces mois plaisirs et peines dans leur signification la plus vulgaire. Je n'invente point de définitions arbitraires pour donner l'exclusion à certains plaisirs, pour préconiser certaines peines. Je ne veux consulter ni Platon, ni Ëpicure, pour savoir ce que c'est que la peine et le plaisir. J'appelle ainsi ce que chacun sent et appelle de ce nom, le paysan comme le prince, Tignorant comme le philosophe.
Quiconque admet le principe de l'utilité, admet aussi le principe du juste et de l'injuste. Lorsque le bien produit devient la proie de quicon-
IMIIMIII'K UK I. TTIUTÉ. l^i
<|iii' u) a |ioiiil lit' droit, il y a uno iiijiistùv pnKliiite : or, louto injustice e>l un mal, il'aliord pour relui qui on est victime, et ensuite pour la 5ociele, parce qu'elle tlécoun^e de faire le bien ; elle nuit à ce qui augmente la somme des hieus, en m^me lem))S qu'elle ajoute à la somme des maux. 0^ii<*<>"q(>^ adopti* le principe de l'utilité, ne saurait donc pri'ntln» la défense de l'injustice.
Si nous croyons que ce qui est utile doit être la règle de notre approbation cl de nos actions; en moins de mots, si nous adoptons le prinrifftif Vutihtr, nous ne devons enlendn» par là que la rcriiable vlilitè^ ce qui est vraiment utile, ci* qui doit entraîner bien réellement plus de bien que de mal; cela nous met dans Tobligalion de nous éclairer sur les coiiS4'*quences des choses, d'étudier la nature de chaque chose, et la maniêic dont les faits se lient It'S uns aux autres. Cest |K>ur cel que les lumiiTcs sont nécessaires à la morale.
Je sais bitMi qu'à défaut de lumières, on {courrait s*en rapportera ceux qui en ont ; mais on rencontre alors un grand danger. I.*hnmme qui* l'on C')n<ulle,au lieu de conseillera l'ignorant ce qu'il y a de plus utile à faire, peut lui conseiller ce qui convient à lui directeur, ou à sa casie, pIuliM «pie ce qui augmente véritablement la somme des biens, ou diminue \erilal)!ement la somme des maux. Qu'une veuve, dans riudiHistan. demande à un bramine : Fuut-U qvejr m^ brûle sur if hûrker ih If OH rp,ui'f 11 est à craindre q le le bramnie ne lui réponde : Vous ferez uneuitinn rertif^usr ni muntnnt sur h hûrher ; quoique, sui\anl le pMiieipe de l'ulilité, cette action cruelle ne soil point recommandable» puisqu'il ne resuite aucun bien pour personui* de celte horrible exécution 1 si Cl* n'e>l innil-i'^lre une augmenlalion de respect cl de revenu pour la caste des bramines), et qu'il en n'*sulte au contraire une augmentai ion lie maux déplorable. Quand bien même l'avantage qui en reviendrait aux bramines égalerait les maux qui en n'^sultent pi»ur les veuves, il resterait toujours que cet avantage serait pour ceux qui n'y ont pas de droits, et le mal |H)ur ceux qui ne l'ont pas m<'rilé ; dès lors. afTnMiS4* injustice, augmentation grave dans la somme du mal.
Il est donc important, en adoptant le principe de l'ulilite, d'ivarler les vrrtHs et les vives de convention, et de ne donner le nom de i^eriu qu'à c«M|ui aiignn*nte véritablement la somme du bien, et, |uir con- "biMpient, à ce i|ui est utile ; et le nom de rrr^ qu'à ce qui augmente véritablement la somme du mal. A nos veux, la vertu n'est |ms vertu, parce qu'il nous est commandé de la considérer (*ommt* telle. niaiH parce qu Vile est Innine et utile â la société. Le vice \\\^K pa<i vice, parct* qu'on nous le défend, mais pan*e qu'il entraîne des maux, parce qu'il e^t fuiie**!*' a la sncielé. Otie morale est la .seule qui >oil diglHil'un êln* :iii^*«i iiidile et intelligent que riionime; tout autre tend à l'avilir, à le tiegrader. - Si dans le catalogue banal îles vertus, dit Uen-
l'Ii MÉLANCKS DE HORALE.
» (ham, il se trouve une action de laquelle il résulte évidemmenl plu» • de mal que de bien, il ne Tant pas balancer i regarder cette prétendoe » vertu comme un vice. >» Soumettons à cette épreuve la bravoure dans les combats. Elle est généralement regardée comme une vertu; et saiu doute elle Test, lorsqu'on repousse une agression ii\ju8te, parce que le résultat en doit ôlre Tindépendance et la liberté.
Mais que faut-il en penser ? de combien d'applaudiasements et de récom|>enses convient-il de la payer, lorsqu'elle se déploie k Tappui d*UBP cause inique, et dont les résultats sont Taulorité arbitraire, les abus et Toppression ? Ce guerrier qui a prêté serment i non ebef, tandis que ee chef marchait dans la route du bien public, fait* il un acte utile en coa tinuant k le servir, lorsque ce chef devient un furieux, un incendiaire? Est-ce vertu que de sacriHer sa vie pour poursuivre et persécuter lei hommes qui lui déplaisent, qui ont blessé son orgueil ?
De même, si dans le catalogue banal des péchés, il se rencontre quelque action indiflerente ou quelque plaisir innocent, faut-il être dupe de la routine ou du préjugé? ou plutôt ne faut-il paa envisager les cooséquences et déclarer innocent ce qui ne fait point de mal ?
Lorsqu'on arrive à vouloir balancer le bien et le mal que chaque action peut produire; lorsqu'il s'agit d'additionner tous les biens d'un côté, de Tautre tous les maux, et de faire une soustraction pour savoir de quel côté est Texcédant, et s'il y a plus de bien que de mal, de vertu que de vice dans une action donnée, on rencontre véritablement de grandes difficullcs. Benlham les a fort habilement surmontées en dressant ud catalogue si complet des peines et des plaisirs que l'hoaiiDe peut éprouver, soit comme individu, soit comme membre de la famille et de la communauté, qu'on ne saurait trouver une sensation qui ne puisse pas s'y classer ^
Ce grand investigateur de la nature humaine a observé avec la mémp sagacité les objections, les sophismes, dont on a, dans tous les tempsessayé d'ébranler \e principe de l'utHité, sur lequel, après tout, se fonde le bonheur de notre espèce; il range ces sophismes sous deux chefii, qu'il appelle le principe de Vaacétisme et le principe arbitraire ou du sentiment. Ces mots ne nous disent encore rien-, cependant ils couvrent beaucoup d idées, comme nous allons en juger.
VnvVascéliiime, il ne faut pas entendre seulement les iiratiquesde dévotion et de pénitence usitées dans les cloîtres, mais aussi les principes professés par des sectes entières de philosophes, comme étaient les stoïciens, et par beaucoup de personnes éparses dans la société. Tout ce qui (latte les sens leur parait odieux et criminel ; ils fondent la
* Voypx los Traitex de. Lètjislation, ch. 8, p. h1, .> édil.
PRINCIPE DR L'IITILITl:. 7tS
morate sur les privations, et la vertu lur le renoncement à toi-méiie. Au rf boiirt des partisans de l'utilité, ils approuvent tout ee qui tend à diminuer les jouissances; ils blâment tout ce qui tend à les augmenter.
Opendant, c«>mme on ne peut échapper à la loi de notre nature, qui nous ordonne de cherrher le plaisir et do fuir la peine, il faut Irien que, par un jugement dépravé, les ascétiques cherchent une satisfaction quolroiu|ui* on cinl>rnssant la douleur. Il se |>eul que les stoïciens se crusw*nt récompensés par Teslime et les applaudissements de tous les sacriricesqu*ils croyaient faire à la sévérité de leurs maximes. Quant A Tascetisme dea cloîtres, ceux qui s'y livrent de bonne toi paraiaaeat tourmentés de vaines terreurs; ils fuient un mal iniaginaira qui les poursuit. l/h(imme n est à leurs yeux qu*un être dégénéré qui doit se punir sans cesse du crime de sa naissance, qui doit se tirer à pand peine du goutTre de misère ouvert sous ses pas, et acheter, par dea mstcDts de peine dans cette vie, des si<*clesde bonheur dana l'autre. C'est ainsi, ù grand Pascal ! ô toi qui. par ion génie, pouvais exercer une inOuence si favorable sur le sort di4 hommes ! c'est ainsi, dis-je, que tu as usé ta vie dans l'abslinence, sous la haire et la discipline, et que tu es mort jeune, victime dt* cette triste manie, en regrettant de n'avoir pas assez soufTerl?
Comme il n'y a pas d'absurdité qui no s'appuie sur quelque raison* neroent plausible, il faut bien qu'il y ait une apparence de motif aux principes «les aM*eliques. t)n a reconnu de bonne heure que l'attrait des plaisirs pouvait être stniuoleur dans de certainea circonstances, c'eal-à dire imrter à di*s artes pernicieux, à des actes dont le bien n'est |>as «H|uivaleiil au mal. herendre ces plaisirs en considération de leurs mauvais cirels, rV>l l'olijrt île la .saine mnrulo et des bonnes lois. Mais pour savoir avec quelque degré de certitude quels résultats doivent avoir tellt^ ou telles actions, il faut être passablement avancé dana les sciences moralea et politiques; sans cela, on ae méprend aans cesae. On s*im|iose des maux qui ne vous préservent de rien ; oo ae permet dea jouissances qui d«iivent être suivies des plus Mcbeux effets.
En proscrivant tous les plaiairs, les ascétiques ont prouvé qu'ils oe connaissaient pas toute la morml^, le mar^l de tknmmt dans son entier, lia ont porio un jugement incomplet ; ils n'ont contemple que les maux résultant tie Inluis de certaini*s jouissances, et ils ont enveloppé dans une même proscription la jouis.sance avec l'abus, les plaisirs saoa inconvénients avec ceux qui étaient escortes d'infortunes, semblables a dea i:ens qui se priveraient de cuire leurs aliments et de ae chauflte, de peur de mettre le feu à la maison.
Pline, qui. en sa qualité de naturaliste, n'aurait dû eherrlMr dana
l'étude de la nature que les moyens d'étendre les jouissances deshonmes, ne voit, dans Tusage agréable de ses productions, qu'un abus, et même un crime. En parlant des parfums, il déclame contre remploi qu*on en l'ait; c'est un plaisir horrible, un goût monstrueux. U raconte qu*un Plotius, proscrit par les triumvirs, fut décelé dans sa retruie par l'odeur de ses parfums, et il ajoute ces mots extravagants : Une tdk infamie absout la proscription entière. De tek hommes ne méritaient-Us fÊi la mort?
Senèque n'est pas toujours ascétique, mais il l'est souvent : ce qai rentratne dans des pensées puériles et fausses. Qui croirait que, sous le règne de Néron, il lui restât le loisir de s'indigner contre TinventioD récente de conserver la glace et la neige jusqu'au milieu de rèté! Quelle profusion d'éloquence amère sur la perversité de boire à la glace dau les ardeurs de la canicule ! « L'eau, dit-il, que la nature donnait gn- > truitement à tout le monde, est devenue un objet de luxe : elle a un >• prix qui varie comme celui du blé; des entrepreneurs, ù honte! la ^ vendent en gros comme les autres denrées. Ce n'est plus une soif, » c'est une Gèvre; une fièvre qui n'est pas dans notre sang, mais dans • nos désirs. Le luxe a détruit tout ce qu'il y avait de tendre dans nos » cœurs, et les a rendus plus durs que la glace elle-même. -
Ce mauvais sens et ce mauvais goût ont été reproduits de nos jours dans Féloquence de nos missionnaires, et par ce mot je ne désigne pis seulement les missionnaires qui frappent l'imagination grossière de» villageois, mais peut-être aussi ceux qui prêchent dans les salons, aidés d'un beau talent, et qui, au lieu de tirer leur morale de 1 étude des choses telles qu'elles sont, vont la puiser dans les eaux du Meschassebé ou du Jourdain.
Tels sont les principes des ascétiques et les motifs sur lesquels se fondèrent les différents chefs de secte qui les ont soutenus.
Bentham signale ainsi l'autre troupe de sophismes qui combatte principe de l'utilité. Ce sont les principes de ceux qui approuvent ou hXàm^ni par senlifuent, sans admettre aucune autre raison de ce jugement que le jugement lui-même, et sans se croire obligés de le justifier par le calcul éclairé des biens et des maux qui résultent de l'actioo qu'ils approuvent ou qu'ils blâment. « C'est ma persuasion intime, di- » sent-ils; je sens : cela me suffit, le sentiment ne consulte personne. « Malheur à qui ne pense pas ainsi ! »
Tel est le ton despotique de ce principe d'action que Bentbam appelle arbitraire, et duquel il résulte une véritable anarchie didées, puisque chaque homme ayant autant de droits qu'un autre de donner son sentiment pour règle des sentiments de tous, il n'y aurait plus de règle de la convenance des actions. Gomme l'absurdité de ce principe
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mil» «I nu est iiiaiiifesle, on ne dit jamais ouvertenienl : Sans que y. mit. donne Ui peine de raiumner avec vous ^ je veux que vous pensiez comme fnoi: rhaciin so révollerail vouite une pivtentinii si Tolli*. On a rvrours à dtvorses Inventions pour la ilê^uisor ; on voile cv despotisme sous quelque phrase insidieuse. Tel homme vous dit qu'il a en lui «pudique ehose qui lui Tait distinguer ee qui est bien de ce ipii est mal, une ronsci^ncf, un sms moral; ensuite, travaillant à son ais4\ il déride «pie teile chose est bien, telle autre esl mal; pourtpioi.' Parr^ que le sens moral wr le dit amsi, pttrvr que wa vouscinin: l' approuve ou la drsfjp' pruHvr\ etinmie si Kavaillae ne disait pus aussi que sa conscience lui commandait d'assassiner Henri l\\ Tami le plus sincère qu'ail eu le |ieuple rraii<;ais !
In antre, |»nr delà le Uhin, vous lill qu'il Taul imiter le type du beau moral, et ee type, cVsl lui (|ui vous le donne.
In autre vmis vante les charmes de Tunitê; un autre, l'absolu, (lelui-ci défenil lopinioud'un maître; celui-là soutient celle d'un au- In*. 1 II troisième se rend l'interprète d'une autorité nrspectable qui ne vous laisse |>as mi^me la permission de discuter ce qui est bien et ce i|ui est mal. Vous ne vous accorde/ pas entre vous, dit ce dernier ; vous «^(es dans le doute ; moi seul je puis vous en tirer.
1 DUS ces systèmes ne sont au foml que li* prinritH' arbitraire masqué aous ditl'èrentes rornn*s de langage, n*viMu d'un (*ostume pltis ou moins antique et imposant, hans tous ces cas, c'est une opinion qu*on veut faire triompher sans i^tre oblige de l'appuyer par de bonnes raisons. 0*s preteuilus principes servent de pn'*te\te au des|M)tisme, du moins a ce despotism<* en dls|K)sition, qui n'a que trop de pente à se dêveioppi»reii pratique, du moment que ccu\ qui lont dans le cn*ur arrivi'Ut au pouvoir.
L'est làipiillaut chercher la cause des synqiatlues et des aniipa- Ihie^i, fie l'i'spnt de parti. îles pers<*cutioiis en tout f:enre. t> n'est |»as i|u** l'antipathie ne puisse fn*!] ne m nient si* trouver unie avec le prinnpr dr l'utilitr, guaitd par ressiMitiment on tratlnlt un maifaileur devant les Iribiinaux, on (ait sjuis doute un acte utile: miii^ li* molil' est dangerru\ : ce fi'est |ias une bonne liase d'action, m de tels motifs produiaenl ipieirpiefois drs actions utiles, ils peuvent au>si en produire de funrMes. l/hi>toiie en rournit une foule d'exemples. I.a seule règle toujours bfHiiie, toiijimrs sûre |iour nos actions, c'est la considération de liilililè. On peut s«)uveiit faire le liien |»ar d'autres motifs; on ne |H*ul le faire rofistamm^nl qu'en s'attachant a ce prinri|ie.
Iris sont les deux princi|»es opposes au pnnrif)^ de l'uttlite .-celui dn Vasc^ttsme etciMui de Varhtirairr , ce dernier compreml I enseignement, l'autorité, c'est-a-dirc vous pre^rrit de croire et d'agir, ou bien vous le défend, sans autre motif, sinon qu'on vous lenseign^ aioai , qu'on k
peut i^insi. Le principe d*utilité seul vous prescrit ou vous défend, paire qu*il en doit résulter du bien ou du mal. Il oblige i connaître les choses et à bien raisonner: il se rectifie perpétuellement, i mesure qu*OD dérouvre que ce qu'on imflginait bon, est mauvais, ou que ce qu on imaginait mauvais, est bon.
Après avoir appelé bon ce qui est utile, et mantfaiê ce qui est naisiblc, il reste une autre question à examiner : Utile pour qui ? nuisible pour qui? Un homme est- il autorisé à faire une action, parce qu'elle lui est utile en même temps qu'elle est nuisible à un autre? Non certes. Cest blesser le principe de l'utilité que de blesser la justice, qui est la plus utile de toutes les prescriptions. Nous avons vu combien le respect le plus s^crupuleux de la propriété était indispensable pour Texistenee de la société. Nous avons vu que sans la propriété, réellement et efficacement maintenue, il n'y a point de production, point de moyens pourles hommes de se procurer, je ne dis pas seulement les douceurs de la vie, mais la continuation de l'existence ; nous avons vu que la plus indisputable des propriétés est la personne, les facultés de la personne, ses moyens d'exister et de jouir. Un homme qui, pour son avantage particulier, porte atteinte k cette propriété, est un voleur et un assaa* sin ; nul ne viole plus impunément le principe de l'utilité.
Le mal ne change pas de nature quand le violateur est un homme éminent en dignité, et quand la victime est la communauté, la nation. L'utilité de tous sacrifiôe à l'avantage de quelques-uns est un vol auMi répréhensible que celui que commet une troupe de gens armés qui se précipite sur de paisibles voyageurs pour s'approprier leurs biens e( leurs provisions. Oter aux uns ce qui leur est utile, pour le donner aai autres, c'est déplacer rutililê; ce n'est pas se la proposer pour but, pour résultat. Cest en ce dernier sens qu'il faut entendre le principe de l'utilité.
On peut élever de petits scrupules, de petites dilllcultés verbales contre ce principe, mais il n'est pas possible de lui opposer aucune objection solide. Comment pourrait-on le combattre? Si Ton dit qu'il est dangereux, c'est comme si l'on disait qu'il est contraire A l'utilité de consulter l'utilité, qu'il est dangereux de chercher comment on peut éviter le danger.
Ce n'est que par un paralogisme, un abus du langage, qu'on représente la vertu comme étant en opposition avec l'utilité. On dit : La rerfa est le sacrifice de nos intérêts à no$ devoirs; mais h quoi se réduisent en dernière analyse nos devoirs ? A l'observation de ce qui est juste. Or. l'observation de la justice est dans nos intérêts. Sefions*nous donc plus heureux quand nous pourrions, même impunément, être injustes, c'esti*dlre nous mettre en état d'hostilité avec la société tout entière?
I*H|M:II»K HK I. ITILlif.. 7:f7
ht ni parc-iMiml //"ffiiX on en («mkI nos nblipuCions onvrrs mms-m^mi*«i. i|iii* siT.-iit uni* iiMiu'-'ili'Mi i)iii i'onsisti*rfii( a sflrrili**r Mn^ motif notn» plus uTiimi Iikmi? c ;ir h il y w \u\ nintir, s'il y a (inrlqiip avanlape au sarrilir»», altiis il rsf nitirm mr iiu |»rinrifv <|p rnlilllô, ilonl on n« peut jafnnis sortir sniis lninhi*r fi.nis li* ili^nii^onnaliit* i*r I absurde.
«jMîniii 1.1 vrrlii nmm |irr«rril le saniliri' diifi inlèrOl woinrfr^ à un intiT'M r#i'(/('iir. Il* sarrilire il un inlrn^t 'la moiHrni à tin întônH tluru- A/r. il un inleriM pn\'tnrf i»l (|r>uliMi\ a un intèn^l tt$4ut-^ oi exempt île trciuhie, elle nVsl qu'un aulp* nmi |Miur fn»tpe inirrét hirn rnl^ndu,
liir ViTlu l'clairre est ilonr toujours, tl (l;ins tous les ras. le n'speel lie Cl* qui rat utile aux nutr(*s nu â nniis-ini^mes : aux antres, parce que rest l'uniqui* moyen irohleiiir îles autres qu'ils respeiMenl ce qui nous rsi utile: A nous-m^mes. pam» i)ue c'est le moyen ilobtenirilin'clemenl n* qui nous r<t vi'ritalijfmenl utile.
\}\u\\\\ a la viMtu qui nou«« présent ce (pil ne «ert ni aux autres m « nous-niiMnes. qui muis prescrit ties pratiques sans nuitif et sans résultat, file n'f<( Ihinite. ilil lltnne. qu'a nous ouvrir reiitrè«^ du calendrier.
Quelquefois on veut êl.-ililir une liilTêrence entre la morale publique rtlanuHali' pri\êi«. nu consent que ceux qui jrèrent les inti»nMs des nations s«icritii*iit ri* qui r^l hofihrtf a ee qui est uhf^. MKons-le fran rhcment, ceii»» nionil*'. tic»p commun»* cl Inip suivie jus |u*ici. c^l ib»tpslable ; c'est cLequi. d.ius tous lt*s t<*nip4. a atltie le plus tie maux sur les na'ioïK. Non. même cbins les rap| urts ilc peuple à |ieuple. il n'y a piunt de dillcnine enln' l'utile et l'honiK^te. Te «pu est hnunéu r>l au demeurant ce qu'il \ a de plu*< uitir. Si l'on cite «les cas où un ^nuierneni''n! s est Itien Irouvi* d»* violer ses promesses et de s'ccaitcr fies rctf'es de î;i jiisiice. je l'iteiai de** exenqilesdix tois plus liunibrcux oi'l l'on »'(*n est ni.il trouvé. Il Tant se re;:icr sur re^eneinent le plus probalile. c'e«l a dire le plus silr cl le plus coiiNtant, in:iLTi* quelques exemples Cl uitralres. les lM>inin''S ipii si* drseiil e\clusi\enient //^ /iriiliçiff, n'ont qu'une pratique tle convention et une politique étroite. l.iMir< éludes ^f bniiii'iit :i un petit nombre de laits, à une tradition Nirru-e. qui n'einbr.'isMMpi un certiiin imnibre tle cunibinaiMins rt de ra| |^>rl<. une diplomatie de bureau, d'où il résulte qiir traiuit*e v\\ •iiriei'. de >iri*|t' ru >i'i*|t', nil e»»t |«erpiliiell'*ine!il replo!i;:e dans les OH^ini'» embarras, et que les nations epiouvent toutes lt*s nn^mi'i malheurs.
lieux tpii ont étudie la politique, non dans la nature, mais ilans les iif^r^% il' ilic»-r*\n ou dans les iiioralistes de l'erolc ilo Platon, citent ■ver complaisance le mot d'Aristide <ur le projet dont Ibêmistocle n'avait \rMllll s'nuvrir qu'a lui seul : t.r profit tie Thnni*toi'h ot trft-
avantageux^ dit Aristide aux Athéniens assemblés, mais il e$t netnent injuste. Et il le fit rejeter.
On présente ce trait pour faire considérer Yutile comme étant opposé à Vhonnête. On se trompe. Ce n*est qu*une comparaison de deoi sommes de biens. C'est comme si Aristide avait dit : Le conseil de 7ifmistocle est utiles mais il est encore plus utile de ne pas le suivre.
En effet, de quoi s'agissait-il ? Le voici : Après la bataille de Salamine et la retraite honteuse de Xerxës, la flotte des Grecs vainqueurs était rassemblée dans le port de Pégaze, sous le commandement des Athéniens qui avaient conduit la guerre. Thémistocle, afin de rendre les Athéniens maîtres de toute la Grèce, voulait qu'ils proGlassent de Foecasion pour incendier les vaisseaux de leurs alliés, et réduire ceux-ci i l'impuissance. Aristide, en s'opposant à cette insigne trahison, empêchait qu'elle ne soulevât contre Athènes l'indignation de toute la Grèce; il garantissait Athènes de la rage et de la vengeance des alliés qui auraient éclaté à la première occasion favorable, il évitait enfin l'asserfissement d'Athènes elle même, qui, pour tenir le reste des Grecs dans la dépendance, aurait été obligée d'entretenir des forces militaires dont le commandant général n'aurait pas manqué de l'asservir elle-même. Une s'opposait donc pas seulement à ce qui était injuste, mais à ce qui était dangereux. Et s'il lui arriva de dire (ce que Midfort, dans son Hisloin de fa Grèce^ révoque en doute), s'il lui arriva de dire que le projet de Thémistocle était fort utile, c'était pour se conformer à l'expression adoptée par la vanité des Athéniens, qui pouvaient regarder à tort comme très-utile de se rendre maîtres de leurs égaux, et d'ajouter à leurs dangers réels sans rien ajouter à leurs jouissances réelles.
Dans cet exemple fameux, et que l'on regarde comme si concluant, Vhonnétc, même en politique, n'est donc pas l'opposé de Vutile bien entendu : c'est exactement la même chose. Ce qui est mauvais, ce qui i de mauvaises conséquences dans la morale privée, est mauvais dans la morale publique, dans les relations de nation à nation, ou de gouvernement à nation. Il n'y a pas deux arithmétiques : une pour les gros nombres, l'autre pour les petits.
S II. — Objection contre le principe de l'utilité.
Ce u*est, dira-t-on, que le renouvellement de Tépicuréisme. — Et quand cela serait, où serait le mal, si Ton entend, comme on le doit, par l'épicuréisme, la doctrine qui fait trouver la volupté dans la pratique de la vertu? Mais si Ion entendait par l'épicuréisme une grossièri* sensualité, je montrerais que cette sensualité, en abrutissant les facull/'s de l'Ame et en altérnnl los organes du corps, est, autant qu'il es
rUl.NClPE DK L'LTILITE. 7:19
poiuible, œniraireau principe de l'utilité, dont l'objeleât le plusgraiMl bien, la plus grande vie de ces facultés el de ces organes.
Mai* si chacun, dira-t-on peulnl^tre encore, se ronstiiue juge de son uiiiitr^ ncst-H pas à craituln* qur toute uhligation ne virnnr à cesser du moMCHt qu'on ne croira ftlus y voir son inteni?
Non« encore une fois^ |Mnirvu que rintcivt Miit éclairé. La lidêlitê k remplir un engagement onéreux, n'est que l'olN^issance a un inténH que l'on regarde avec raison comme supcricur à l'avantage passager et dangereux (|u*oii trouverait a ne pas remplir cet engagement. t>n le remplit par le sentiment île l'utilité générale, de la lidéiile dans les promesses; on le remplit \vhiv ne (tas autoriser 1» violation d**s obligations des autres envers soi ; on le remplit afin d'élnr ciHisidéré comme homme d'honneur, et jouir désavantages attachés a la probité et à Teslime;et quand on est assez peu frappe de ces avantages pour oser manquer volontairement à ses engagements, les luisci\iles sont là pour vous forcer à les remplir; parce que les lois civiles ont été laites d*a vance et par des gens désintéressés, qui étaient justement conv<iincus des avantages dont les hommes jouisM.*nt généralement lorsqu i!s sont fidèle^ a leurs engagements. Cela est si vrai 4|ue l'un ^Nuirrait déliiiir les bonnes lois, dts Momtturs places pour arrrtir njniùiueliement chaque homme de n*- inm snrnfirr n l'intnit du niiunciit. qui >e présente avec rivante^ l'intérêt durable, ftinws vif, quttitjtie fn»'n mé^h- rieur.
Ik^sloisliien faites sont donc Irs meilleurs ^nide.^ i|'.i'on |'Uis>e donner à ceux qui sont trop peu éclaires pour cunnailre k-ur> véritables intérOts; plus on est avance dans cette c«iiif.ai>>.iiin\ et moins on a besoin de lois; mais, en nn^nte temps, des ims l»ien i;ii!e!« .Nont toutes conformes au pnncipr de l'utilité, car ipii ii>4':.iit (iiinlre la défense d'une loi denioiitn'*e funote'.'
Kemarquez que si l'on adnieltait généralement po.n règle le principe de l'utilité, pn*squ'aucun germe, non pas d'o|i|ioMiiiin, mais lie querelles sanglantes, ne pourrait >e iie\e:opper parmi le> Imnimes. Ce sont les opinions qu'on veut /n/rr- r ni r^r d' union t . qui p'in'nnlienl desrêsistanco dont on s'irrite, el pimuquent la pei>écution. Quiconque dit: Suivez celte lui, parce que je mus lu tionn*-, iiieiile (pi un lui fa^s^î cette réponse : Je ne in suivrai puy, paivr quf y n»' Ai rtruis ptis. Mais à celui qui dit : Sukvez cette loi parc^ qu'filr f st mt.nhujrit\*\ l'oplNisant est obligé de prouver qu'elle n'est pas avantageuse. Iiaiis le premier cas, la reM*»tance peut iHre sans rai.son ; dans le mcoikI, il faut qu'elle soit mfili\ée. I)u mitnient qu il \ a des motil> di»iiiies de part et d'autre, il faut un jugeiih m qui ap( iine li^ur valeur. Pour qu il ) ait un jugement, il laut qu'il > ait de?» ailutres reconnuM par les uns comme |Mir les autres, des législateur» tondes a r«Hre; or, ee» dlSCu^sioll», cca formes, ce jugement sont précisément le contraire de la violence et de»
batailles qui ne décident rien, si ce n'est que run é$i plus f&ri pà Vautre.
Notez bien que les raisonnements, les discussions qnt servent tant i éclairer les questions, et les jugements qui interviennent, tie sont jamais sans appel. Et quelle est la cour suprême 06 se porte cet appel? une cour dont personne ne peut décliner la juridiction : VéeénemM, Vexpérience. Si telle opération n'a pas été suivie de TeCTet qu'on en attendait, les motifs de l'approuver n'étalent pas suffisants; les motifs de la rejeter n'ont pas été suffisamment appréciés. On les pèse de nouveau; on apprend ce qu'ils méritent déconsidération, et les mêmes fautes ne se répètent pas constamment. Cette marche est la seule véritablement instructive. L'arbitraire, le principe dogmatique, ne prouvent rien, ne procurent aucune instruction réelle, inspirent quelquefois le fanatisme, et non la conviction. Il n'y a de bonne convictio& que celle qui p«)ut dire : Je sui» eonvt^neu^ et voici mê9 tûUtmà.
En préchant l'utilité, j'ai le malheur de ne point me rencontrer avee une dame dont le talent, disons mieux, le génie, a brillé de nos joun d'un bien vif éclat. Jamais madame de Staèl n'a prêté les puissancai de son esprit qu'& des sentiments nobles et généreut, mais il fallait que ce fussent des sentiments; elle semblait craindre de se les justiOer à elle-même.
« Les Romains, dit-elle, consacraient de vastes édifices à l'urne fu- » néraire de leurs amis ou de leurs concitoyens Illustres. Ils n'avaient • pas cet aride principe d'utilité qui fertilise quelques coins de terre de » plus, en frappant de stérilité le vaste domaine du sentiment et de li » pensée. ^ (Corine, tome l«'% page 163.)
Certes, lorsque je cherche à démontrer que le bonheur de notre espèce lient principalement à rattention que nous donnons h ce qui est utile, je ne prétends exclure de nos âmes aucun sentiment noble et généreux. Je regarde ces sentiments comme fort utiles, non-seule* ment pour ceux qui en sont Tobjet, mais aussi pour ceux qui les éprouvent. En parlant des consommations utiles à notre existence et k notre bien-être, j'y ai compris celles qui augmentaient notre instruction, ajoutaient à nos jouissances et embellissaient notre existence, pourfu qu'elles fussent bien entendues et qu'elles allassent à leur but. Je ne suis pas non plus un barbare qui demande la ruine des beaux-arti qui font nos délices; je ne suis point d'avis de mettre la charrue dans les Tuileries, et mon motif en est que ce beau jardin produit Cent fois plus en agrément qu'il ne pourrait produire en pommes de terre. Je ne veux donc point renverser le tombeau de Scîpion et renoncer à la satisfaction que procure le souvenir do ce grand homme.
Quoi ! Tutilitc prise pour fondement de nos principes et pour règle de nos travaux frapperait de stérilité le domaine du sentiment et de la
PRINCIPK bE I/I.TILITK. 731
p^n9^^N><i(-<*H|)ii»iprfrtîli!ier,aiironlniiiT. qui» Av lui fain» produire, au lieu i!o pllios. Ii» rc|K»s, le lioithrur ik* t:iiit île million.«i do no!i si'mhUMe»? Ah? que les hommf*^ s'nttnrhpnl mua romorclsi /i ce qui est ulile; qu'ils compnreni clinque chose k fon hul:el Ils ^Tamlironl h leurs propres yeux par le sentiment de leur importance, par le bien qu'iU concevront possible, et par celui qu'ils accompliront. Je ne leur dirai |ias comme Rossuel : Oh ! qtte mux ne sommes rien! Je leur dirai : r«*M Mes (/« htmme$ : et fe tort rfe rhumnnité eut en ros mains. Oh ' qne nfus éten tfrantlt. t/uand rnu$ êtes vcînirrs .'
> III. — St Vtrrrur peut être utile auj koêumn.
Nous avnn^ vu que le bonheur des nations est d'autant plus pranil qu'on a plus ^'eneralement en vue ruiilitè, et qu'on sait le mieut la distinfruer: mais, |iour la bien distinguer, il faut embrass«T la totalité des ipie^lions auxquelles elle peut diuuier lieu. Rien n'èsare plus le juf^ement qu'une vue partielle et incomplète des choses. Il n'y a |ias de mauvaise in<ililulion en faveur de laquelleon ne puisse* dotuier quelqms lMii)iie> raisnim. Il r^uit pntivoif ausM entendre et balancer les lonnes raisons qui militent contre elle.
t"e>t parliculiêrenient a cause de cela que la lilHMie dt* la pr»"iM» est d^^sirable. Lorsque la jTesse est é^'alement aeeessil»le :i toutes le* opinioii<. nn peut iMre as<(ur^ que tous les motiTs pour ou ronlre chaque uieMire seront alfê^zués. que toutes les coiisêquenc(*s bonnes ou mauvaises seront prévues, t.'e^t la meillfure lie Unîtes lesiliscussioiis.
Mais aussi, sans liberté, la presse est (V qu»* ji* remuais au monde de plus d.m;:ereux. Il n'y a rien qu'on ne puiss«» di*reiidre lorsqu'on ne craint pas li'iMre coiitreilit. H vau«lrait cent fois mieux que U pressa n'eût jamais e(éinv(MUe«\ que de la voir devenir un nand>eau troni|»eur qui n'est propre qu'à égarer. In tyran, qui a tout simiI la parole, ajoute la dëcrption k l'ascendant de la force, et je ne connais |Niinl de remèile i\ la tlrceplii»n ipii ne peut iMn* rontredile. Les empereurs de Honit», les sultans d** t'imstanlinople, pouvaient, lorsque leurs exo^s devenaient intolérables, ^tre n»nverses i^ar la fureur populaire, par leurs pnipres satellites : tandis ipie Tonpiemaiia et l'inquisiiion ont massacrt^, torture. hrOle des cn'atun*s humaines par centaine de milliers: ils ont sem«* l'elTroi dans les relations île ramiliê, dans l'inlimitè des familles, et n'ont jamais couru de risques, s'ils ont mis quelque lN)me k leur ra;.e, c'est par suite des pniprês du re>le de IKurofie. e'esl-à-dîre des pays où l'opinion était un |ieu plus éclairée, parce que les questions y étaient un ptMi mieux débattues.
Pour qu'une Mlion puisse consulter le principe de l'utilité, il fouf
73'i MÉLANGES DE MORALE.
donc qu*elle puisse discuter ses institutions, en peser les cooséquences, bonnes ou mauvaises.
Je citerai comme exemple d'une pareille discussion l'opinion de deux auteurs qui tous deux ont visité Tltalie : tous deux Font vue avec des yeux très-éclairés, avec une rare sagacité et une bonne foi que personne n'a contestée. Us ont néanmoins porté sur les conséquences de l'établissement sacerdotal en Italie deux jugements opposés entre eui, et qu'il peut être piquant de rapprocher. Voici ce que madame de Staël pense des cérémonies fastueuses du culte, telles qu'on les pratiques Rome :
« J aime, dit-elle, cet hommage éclatant rendu par les hommes à ce » qui ne leur promet ni la fortune, ni la puissance. J'y reconnais quel-
> que chose de désintéressé, et dût-on multiplier trop les magnificeo-
> cences religieuses, j'aime celte prodigalité des richesses terrestres » pour une autre vie, du temps pour Tétcrnité. Assez de soins se preo- » nent pour l'économie des alTaires humaines. Oh ! que j*aime l'inutile! » l'inutile, si l'existence n'est qu'un travail pénible pour un misérable >• gain. Mais si nous sommes sur cette terre en marche vers le ciel, qu'y » a-t-il de mieux à faire que d'élever assez notre âme pour qu'elle sente » l'inGni?* {Coriney tom. i, pag. 397.)
Voilà le passage de madame de Staël, et ce n'est point une boutade. Beaucoup d'autres endroits de ses ouvrages, et je vous en ai déjà cités, montrent jusqu'où va sa tendresse pour Tinutile. Si toutes ces belles cérémonies n'étaient qu'inutiles, c'est-à-dire si elles n'avaient pas d'autre effet que d'émouvoir les spectateurs, j'en prendrais peut-t^tre mon parti, et je pourrais croire que ce mélodrame en vaut un autre, quoiqu'on puisse le trouver un peu cher; mais il n'en est pas du tout ainsi, et j'en appelle à l'autre auteur que je vous ai désigné tout-à-l'heure. (i'est M. de Sismondi, à qui nous devons un beau monument histori- (jue : VHisloire des Républiques d'Italie, Le passage que je citerai de ret auteur célèbre est fort étendu ; mais il donne un tableau si complet des résultats du système sacerdotal en Italie, que je n'ai pu me résoudre à supprimer aucun des traits dont il se compose.
« Le pouvoir attribué au repentir, dit M. de Sismondi, aux cérémonies religieuses, aux indulgences, tout s'est réuni pour persuader au peuple italien que le salut ou la damnation éternelle dépend de Tabsolution du prêtre: et c'est peut-être le coup le plus funeste qui ait été porté à la morale. Le hasard, et non la vertu, a été appelé à décider du sort de l'àme. L'homme le plus vertueux a pu être frappé de mort subite au moment où la colère, la douleur, la surprise, ont pu lui arracher un de ces mots profanes que l'habitude a rendus si communs, et que, d'après les décisions de l'Église, on ne peut prononcer sans tomber en péché mortel. Alors sa damnation est étemelle, parce qu'un prêtre
PRINCIPR bK L'UTILITÉ. 7S3
ne »'efl pu trouvé présent pour accepter sa pénitence et lui ouvrir les portes du ciel. L'homme ie plus pen*ers, au contraire, tout souillé de crimes, peut éprouver une do ces terreurs qui ne sont pas étrangères au\ cœurs les plus dépravés; il Tait une bonne confession, une bonne communion» une lionne mort, et il est assuré du paradis.
- Ainsi la morale tout entière a été subvertie; les lumières naturelles, celles de la raison et do la conscience, ont été contredites par les dé» cisious des théologiens.... Ainsi le meurtrier, encore couvert du sang qu'il vient de verser, Tait maigre avec dévotion, tout en mcnlitant un nouvel assassinat. \jl prostituée place auprès de sa couche une image lie la Vierge, devant laquelle il lui sullit de dire son rosaire pour être pure de tout péché. Ur prêtre, convaincu d'avoir fait un faux serment, ne s'oubliera jamais jusqu'à boire un verre d'eau avant la messe. Car, plus chaque homme vicieux a été régulier à observer les commande* luriils de rKgiist*, plus il st<^ sent dans sou cœur dispensé de l'observation de cette morale céleste, à laquelle il faudrait sacrifier ses penchants dépravés.
*- La morale proprement dite n'a cependant jamais cessé d'être l'obj«?t des pnnilcations de l'Église; mais l'intérêt sacerdotal a corrompu ilans l'Italie modenie tout ce qu'il a touché.
1^ bienveillance est le fondement des vertus sociales : le casuiste, la reduisacit en pnH:eptes, a déclan'» f|u'on |)échait en révélant les fautes de son prochain; il a dès-lors emin^hé d'exprimer le juste jugement qui doit discerner la vertu du vice; il a imposé silence à la vérité. En accoutumant ainsi à ce que les mots n'exprimassent |H>int la |>ensée, il n'a fait que redoubler la secrîHe méliance de chaque lionune k l'égard de tous les autres.
- I j ohnrité est la vertu par excellence de rKvangile ; mais le casuiste a enseigné à faire l'aumùne pour le bien de son Ame, et non [tour soulager son si*nibluble. Il a mis en usage les aumônes sans discernement qui ont encouragé le vice et la fainéantise. Knlin il a détourné en faveur du moin<* mendiant le fonds principal de la charité publique.
- La sobriété, la continence, s«)nt des vertus domestiques qui conservent les facuItt'S des hommes et assurent la paix des familles : le casuiste a mis à la place les maigres, les jeiiues, les vigiles, les vceux de virginité ; et à cùté de ces vertus monacali*s, la goui niandise et l'impudiriié |H>uvent prendre racine dans les cieurs, |»our\'U qu'on soit Udèle aux pratiques par le moyen desquelles ori s'en lave.
• La modestie e>t la plus aimable des ipialilt^s de Thomme supérieur; elle n exclut |M)int un ju>te orgueil qui lui sert d'appui contre ses prtipres faibl(*s«i's et de consolation dans l'ailversile : le casuiste y a suliatitue l'At/mr/i/f*. qui s'allie avet* le mépris le plus insultant |MMir les autres, etc.
73i MÉLANGES DE MOBALR.
• Telle esl lu confusion inextricable dans laquelle les docteurs dogmatiques ont jeté la morale. Ils 8*en sont emparés exclusivement; ils en écartent (de toute Tautorité des pouvoirs temporels et spîritueli) toute recherche philosophique qui établirait les règles de la probité sur d*autres bases que les leurs, toute discussion des principes, tool appel à la raison humaine. La morale. est devenue non-^seulement leur science, mais leur secret. Le dépôt en est tout entier entre les naini des conresseurs et des directeurs de conscience. Le fidèle scrupukQX doit» en Italie, abdiquer la plus belle des prérogatives de l^bomme: celle d'étudier et de connaître ses devoirs. Ou lui recommande de s'iaterdire une pensée qui pourrait Tégarer, un orgueil humain qui pourrait le séduire; et toutes les fois qu'il renconlre un doute, toutes 1rs fois que sa situation devient diOScile, il doit recourir à son guide spiritual. Ainsi réprouve de Tadversité, qui est faite pour élever l'homme, tuservit toujours davantage.
» Aussi serait-il impossible de dire à quel degré une fausse instruction religieuse a élé funeste à la morale en Italie. Il n*y a point n Europe un peuple qui soit plus constamment occupé de aea pratiques pieuses, qui y soit plus universellement fldàle; et il n'y en a pu uo qui observe moins les devoirs et les vertus que prescrit ce christitnisme auquel il parait si attaché. Chacun y apprend» non point à obéir à sa conscience , mais à ruser avec elle. Chacun met ses passions i l'aise par le bénéGce des indulgences, par des réserves mentales, par des projets de pénitence et par Tattente d'une absolution. Et loin que li plus grande ferveur religieuse y soit une garantie de la probité, plus on y voit un homme scrupuleux dans ses pratiques de dévotion, plus on est fondé à se délier de lui
n Cette superstition étend son influence sur tout le cours de la vie; elle s'appuie sur Timagination de la jeunesse, sur la tendresse enthousiaste d'un sexe plus sensible et plus faible, sur les terreurs de Tàge avancé. Elle suit Thomme jusque dans le secret de sa pensée, et Tatteint encore après qu*il a échappé à tout pouvoir humain
" Le pr(^tre vit des péchés du peuple et de ses terreurs.
» Jamais les Italiens n'ont examiné ce qui doit étrt^ maia seulement ce qvi est. Tandis que tout, dans ce monde et hors de ce monde, leur a été représenté comme reposant sur l'autorité, jamais ils n'ont cherché Forigine d'aucune espèce d'autorité. Leur esprit est devenu trop paresseux pour pouvoir jamais remonter à la source de ce qu'il ae soumet à croire. Conduits en aveugles dans leur éducation, obéissant en aveugles à leurs prêtres, ils ont été tout prêts à offrir la môme obéissance à des princes usurpateurs. Oùbedire a chi commanda est une maxime proverbiale représentée comme contenant en même temps toua lea devoirs politiques et tous les préceptes de prudence. •
PRI^CIPL UE l/bTIUTÏ:. 736
Tt*l r.M le tableau que M. de SismoDdi a tracé de l'inOuence Mceniolaie en Italie; el ceci noua fait comprendre comment ruiililé d'une in- Mitutlon peut être tout entière en hvcur d'une classe de la société, tandis que ce quVIle peut avoir de nuisible cl de dangereux retombe aur une autre classe. Et lorsque la claase sur laquelle retombent les «aux est la classe qui Tait tous les frais de l'institution, il en résulte une alTreuse injustice : car, non-seulement ceuK qui paient ne reçoivent aucun bien pour leur urgent, mais ils reçoivent du mal.
Le mal et l'injustice, qui est un autre mal, sont directement en op* pasition avec le but qu'on se propose lorsqu'on suit le principe de ruiililé.
Uuand le l)ien que produit une institution la richesse et le pouvoir; est appii(|ui^ à une classe peu nombreuse de la société, et quand le mal que produit la m^me institution la dépense, l'oisiveté, la Tausseté du jugoment, la dé|)ravation de la murale; tombe sur la classe la plus nombreuse, il en résulte la misère, la dépopulation, la dégradation du cararlêri' national, etc.
Os maux avaient vivement frappé un poète philosophe que nous ne commençons à apprécier que depuis que nous l'avons perdu. Marie- Joseph Clhenier, Trappe des malheurs que devait produire le rétablis- S4*menl, conçu de s. ng-fn>id et exécute de pruftos délibéré, de tout ce qu'on pouvait ramasser d'abus et d'onlures anciennes, lit un discours en \ers ihgne de l'auteur de VKpiire à Voitaire^ et qui lui aurait attiré d«' plus \ives perstTutions encore s'il avait pu le publier. Il roule sur Cflle qurstion : L'rrr^nr échelle utile aux homme* ^
tlomme, sous le gouvernement im|MTial, ce morceau est demeure enseveli dans le secret de l'amitié; comme, depuis ce temps, il n'en a paru qu'un fragment très-court et l'un des moins remarquables, et que, par des motifs que j'ignore, il a été érartè des collections qui ont parues desn*uvres de t heiiier, on me |HTniettra (r«'n rap|H>rler (juelques passables à lappui de ma thèse; car cVst un appui \èr!tali!e (pie l.i saine raiMMi lialiill('v en beaux vers.
MitMiier, après a\oir montre que si, en raison de la faiblesse île nos organes, les plus grands géniea, depuis Arislote jusqu'à Voltaire, ont éli* sujets a si* tromper, lotis du m.nnsont regarde Terreur comme une inlirniite, romme un mal. t.'est un mal de peu d'importance lorsqu'il ne |M)rte que sur des points qui n'innuent que faiblement sur le sort des hommes.
t II t*|»ril «II* UlICIa
Iviit Niiiriiit nt ju^rr d« miivî^uc uu Uc «rr», sjri« qu il faillf im|«ttlcr à M Ututét facua4c I r> iriHii.ir* d'un Mi^te uu ks lanon du omaite.
On a lieu de gémir quand, par de longs abus. Et des mœurs et des lois le vrai se troufe ezcliu; Quand, au lieu de ce vrai que sema la nature, L'erreur cueille des fruits entés par l'imposture*
C'est précisément dans les choses importantes qu'on a prétendu que Terreur était utile, qu'il ne fallait pas que les hommes fussent trop instruits, qu'ils en étaient moins dociles; mais lejir docilité, dans ce cas. à qui sert-elle? Le poète répond :
Il faut, j'en suis d*accord, des dévotes aux prêtres. Des dupes aux fripons, des esclaves aux maîtres ; Mais des maîtres, enfin, des prêtres, des fripons. En faut-il ? Si les loups ont besoin des montons. Sans Phébus de collège et sans phrases subtiles. Demandez aux moutons si les loups sont utiles ? Au Ca^tilian vaincu s'il veut des conquérants P A tout peuple opprimé s*ii lui faut des tyrans P Or, entre les tyrans, connaissei-voos le pire P C'est V erreur. Elle seule a fundé tout empire. Tout, depuis les tréteaux où l'humble charlatan. Aux badaux, pour deux sous, vend son orviétan. Jusqu'au trône où Philippe, en soumettant les ondes. Sans sortir de Madrid, régnait sur les deux mondes ; Et depuis la banquette où Lise, le matin, Dit sou Confiteor, aux piedâ d'un Bernardin, Jusqu'au siège où, couvert de la triple tiare, Hildebiand gouvernait l'Europe cncur barbare. Aux peuples en révolte accordait son appui, Ou permettait aux rois d'être tyrans sous lui.
Ici le poète se demande s'il faut aussi proscrire ces erreurs aimables, fruit d'une vive imagination et dont s'alimentent les beaux- arts. Non. sans doute ; mais il faut les donner pour ce qu'elles sont, pour des fables.
Oui, l'austère sagesse Aime et sait expliquer ces fables de la Grèce, Mensonges instructifs, s>ml)oles enchanteurs, Qui sont (les fictions et non pas des erreurs. Le blé n'attendit point Gérés et Triptolème; Mais au travail de l'homme il s'offrit de lui-même ; Et le prix du travail fut la propriété Qui fonda, qui maintint toute société.
La lyre d'Amphyon, du sein d'une carrière. Sur les remparts thébains ne guida point la pierre ; Mais des cités, partout, la puissance des arts Dessina, construisit, décura les remparts. L^ vertu, seule Astrée, embellit leur enceinte. Jours heureux ! temps paisible où l'égalité sainte A des frères unis garanUssait leurs droits ; Où les mœurs couvemaient pins enror que les lois ;
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où \ef linmaint. pteui miu Implft et lans pi^trrt. Jii«tmMn!» tritiiinaux, iiittonloonéi» »inft maîtn*», lli>|M«nirii( MHM l'abri ilu pouvoir patrrnrl, ln\(*ni.iifnt Tart des \tn pour bénir l'Ëtenifl, Sur la clinr dr« mnnU lui rcndaleiil Irur hunimagr , Kl rliantuinit U* «iilril, m |i1u» l»rillaiite iniaue!
A n* tableau sé<luisaiit, Chcnier fait succéder celui des altentaU gralueis sur lesquels se Tonde une lyrannie miltiaire. (/est sans doute le nnn*(*au ((ui, durant le régime sous lequel tlhcnier vivait encore, To- •lÎKt'a irensevelir dans le secret de rîntimitê ce l>el ouvrage.
Iji ilirrAfdc amuita pour la i:uf*rrc 1 1* frr luhi»iiriu|qui fiTomlalt la trrrr. ïjp plu^ fort rut raison ; u ralM>n fit la loi ; l.f Mililat «lf\ii.t i-hrf, et ce chef derint ivi. «> riii fut ninqurraiit. Au grr dr ton caprice, m*u\ minintrc» j«^lêi, IWyufil rtil'at iinrf.) A 1 <^p(iir aUcntif confiant let projclf , iN> t>ei^ ruaux dliicr lui Tirent ilra «ujet» ; 1 ni'ciiur a«cc art |»ar lui-niêinc flctrie. Pour Tor 1*1 \r% honneurs lui vendit la patiio. \r pfupIrciM crier.... Tout, d'un cimimun efli>rt. Vint cuntre Ir plui fjibleau lecour» du plu» fort, t.c Hurritcr. pour un inot, xc\ant une pm^incr, Tarla. le r.ibie en niain, de la lionledu prince. 1.1- financier, pillant ju«<|U au nuundre hanirau. Au nom du bn-n ptililii* ln\a l:i terre et IVaii. M lies /*iff«orrdu tem|M rinfernalr mhnrte ^il, a force de lui:», U juatice i U porte.
Ti-ls Miiit les exemples |tar les(|tiels U* |MH*le pliilosi^phe montre coinini-!i! If tluirlalitnisme jhmiI dr>:iilser, sous des prétextes spiVii*u\. l'tt- Mji|'atii>ii ile.s droits et de la Tel ici lé des |HMiples, lorsque les |H*up!es ne .si»iit |ia> as.se/ éelaiiés|Kuir voir Taldine où on U^ mène.
t'.'eM niiciennenieiil sur de seniMaliles racines que |»ousserent Um^ W> ;:i'!in s «l'abus.
rMMi\.iiit d.ini 9**n l^Tceau ^e• litiende niiltle«»i\ ' 1. 'enfant pi*rt:i Icî' ntiiii* d«' lirunfinir ri d' 4/lrf»4* ; I e-t |ieii. 1)4* la %erlu l'Iionneur fut ^rpart-; !»■• i*iird>in* f.i«tneu\ Ir Tire fut parr ; ihi r>>r.*ra ilii MaMNi la ifeithMpie impoMnie, i»ii ili'irit 1«- lrj\ail : t«iii« le» ail* rn it»liire ^> i\.ii iti I .:i-iiiiii\ la noitif iii«i\i Ir;
l..iiili» •ri'iii) iiiiiiiotr>- iiiipiir. Il f' *.l'à''t., A II -■Ml' vrille .ill.irli.M* -••• \'e|iiin^. ïx Kenrr huniaiu de« iiu île m** drim» lntitiinr«. Au .•<>>: ii«iii|iilriir M-nililail pirimil ^'iitTrir.
I f iiii-i.l.i<t •! liiiLle • Il (l.ii.'iuiil 1.1 Miiii|rii. |i.*« r- l:i\i« Kint peine «mt fait dr» fanatN|iir-
II (jWuI *\ti'* l'aiiia* de» irrrurB |«liiii|ue»
j.-». *fcY. — IV. 47
Viut s'uoir el peter sur Faotm IfMMmt, Des meittODges eterés rame |lai aeeiblÉiit»
Qae de Rome à la caUae Afrtnt tom tuleig. Mille et mule Joo^eoft, dai crMiln flioitdt Berçant JaMia'aa tembeao nntermloable enfuMè, RésDBUt là par la cfalBta, et là par rei9éraaee« Du pouTOlr aliaola taDlftt valets soamU, Tantôt guides adroits, tantôt fiers ennemis, Sor le maltienr eonstant de font ee qui nq^re PanriMwnt à Asodcr lear saertiéie empira. Dans ce métangB impar de fables et dluNtaon, Quelles sont à yos yeux les utiles erreurs ? Toutes, répondes- TOUS, si, du peuple adorta, Ellc^ restent pour lui des Térités saciéea ; Si le moindre examen lui semble erlmind ; Si, dans ce noir chaos, il voit Tordre étamel. Des Immuables lois l'enchaînement supidme. Ce qui fait l'univers, ce qu'a voulu Dieu i
A cet argument banal, l'auteur répond victorieusement que ce que Dieu a voulu, c'est que nous fissions usage de ne^ dons, et surtout du plus beau de tous, de la raison qu'il nous a donnée pour nous cooduire. Là, si un discours en vers lui avait pennîif lesdéfeloppemeots qu'admet une si riclie matière, il aurait sans doute ajouté que c'est précisément pour ne vouloir pas suivre ce flambeau que les sociétés humaines ont été accablées de maux et périodiquement ébranlées par les plus terribles secousses. Les maux sont venus de ce que l'ignorance du grand nombre le livrait à l'astuce des privilégiés; et les révolutions sont arrivées de ce que les abus, n'étant pas contrôlés, contenus par aucune volonté elTicace, grandissaient au point de devenir criants; et alors, la violence était le seul remède.
Dans le discours de Ghénier, il se demande comment les nations sont parvenues à sortir de ces langes et à jouir de la virilité. C'est grAcc aux divisions de leurs tyrans :
.... Souvent, pour s'entre-milre, Leurs communs oppresseurs ont osé les instruire. Hélas ! la raison seule aurait eu Urajosn tort. Si toujours les erreurs avalent marché d'accord ; Mais sans cesse on les voit, pointllleoses rivales, De leurs jaloux débats afllcber les scandales.
Ici, il peint les démêlés des Guelfes et des Gibelins, de Tencensoir el de l'empire; les interminables polémiques des diverses sectes qui ont partagé la chrétienté.
... On compterait (dlt*ll) les braves de la France, Uq6 DliviiTS croissant ani bords de la Duranre,
PRINCIPE DR L'UTILITÉ. 73!i
l.f ji |)iirha« rtranRièJi par l'ordre tlct »ulUn«, Lr imnibrr ik» rcu» vol^ par If* tnlUos, Kt «Iri Ptirynrt de coor let douces faulaltlef. Axant de compléter les noms des hêr^«lc».
I c tiaiiiiHjx janfénUtc, en dirigeant Han'al, S'il nuïMiit au Jrâuite» eut bien sa part du mal.
II te h\e^^à lui-mt^me a\er Ir ridicule,
ht laiMa »ur «un pied tomber lea traita d' Hercule. Au»! le i;enre humain lentement «rlalrè llri-ofiiiut |iar quel art on Taxait êgan*. Il t'ecria : - Silence, ambitieux fectaire**
• iAfuci \iu argunieul»; laiatei li voa m>»térea!
• ImprudeiiU ! cVM par \ou#, fiar \oa débat» hoiiteui,
• 0"c ce ()iii leniblait »ùr e>t devenu duuieut.
• Kmuli*» lie monMini^ et nvaui de puissance,
• Si voiii a\ei tromiM* nu Imgue adiilevrence,
• Si d'un triple bandeau me» >eu\ furent couvcrta,
• ViM nui 11» l'unt d«H'Uiu\ un-» )en\ m: «ont ouvert!.
• J*.ii \u »'é\jnuuir uno clarté f«ictlte.
• Kn voii> atcuMnt tiiuji, vou» %oua reodei juntioe : ■ T(»u», \i>u» 3vei le» tort» que vou» vou» itnputet;
• Nul de \ou» n'a le» droit» que «ou» \ou» duputei.
Je lie |)ense pas avoir l)esoiii tl apologie pour ces longues cifations. Ouaiiil la po(*sic ajoute aux charmes (|ui lui sont propres ceux de la l>lus solide raison, die a de quoi satisfaire les esprits les plus graves, et mérite d'être accueillie par des |KTSoniies dont tes spéculations ont |iotir objet la félicité des hommes et le véritable luNineur des nations.