‹ Œuvres diversChapitre 2 sur 128 · DE JEAN-BAPTISTE SAY · texte numérisé non relu

DE JEAN-BAPTISTE SAY

Notre temps n'est pas précisément celui des convictions arrêtées, des doctrines fermes et réfléchies. Les demi-savants abondent; la race des vrais savants se perd. Sur des études qu'animait naguère le feu de la croyance a passé on ne saurait dire quel souffle de découragement. Moins exercés, les esprits doutent volontiers d'eux-mêmes; moins disciplinés, ils se laissent entamer au premier choc. Ainsi s'établit, dans plusieurs sciences, une sorte de confusion qui, du langage, passe peu à peu aux idées, les dénature et les énerve.

Pour réagir contre cet affaissement, rien n'est meilleur qu'un retour sur les hommes qui ont professé des opinions sérieuses et consacré leur vie entière à les défendre. Jean-Baptiste Sny est de ce nombi*e. Personne ne mit plus de soin que lui, n'employa plus de temps à se former un corps de doctrines; personne aussi, quand il fut formé, ne s'y attacha d'ine manière plus inébraulable. Ce fut avant tout un esprit exact, une intelligence sûre. Il aimait la «mérité pour elle-même, dans le triomphe comme dans la défaite; H la recherchait par Veffort de sa propre pensée et non en prêtant l'oreille AUX bruits et aux préjugés du dehors. Les faits lui donnaientrils raison? Il 1« acceptait sans orgueil comme une conséquence prévue. Semblaient-ils témoigner contre lui, il les discutait sans aigreur et remettait au temps l<? soin d'effacer quelques anomalies passagères. 11 lui sufllsait de s'être démon* tré et d'avoir démontré aux autres la vertu des principes : quant aux applications, il n'ignorait pas à quel point les ciramstances peuvent en modifler lu

* On a profité, pour ri^digcr cette notice, de celle qui avait été placée par Ch. Comte en (été du Toiame de Mélanget et Correspondance, publié en 1833, de VEloge prononcé par M. Bianqui à la séauce annuelle des cinq Académies, le 3 mai 1841, ainsi que d*un travail inédit de M. Louis Revbaud, le spirituel auteur des Études sur Us Héformatmrs con^ tfmporains,

J.-l». SA^. — IV. a

Il NOTICE

marchis cl quelle source de malentendu en découle. 11 y était résigné et avait su placer sa conviction si haut que ces mécomptes passngers ne pouvaient Fatteindrc. Force d'esprit rare en tous les temps, plus rare encore du nôtre où la foi aux doctrines a si peu d*eiDpire et où les consciences flottent au gré de si petits intérêts !

La famille de Jean-Baptiste Say était originaire de Mmes, d'où elle s*exila, vers la lin da dix«sq>tième siècle, sous le coap de la révocation de redit de >'antes. Un témoignage de cet événement est parvenu juscju'à la génération actuelle, c*est le panier dans lequel Taïeule fugitive emporta les débris d*une fortune acquise par le travail. Genève ouvrit ses portes au\ proscrits et ce fut là que naquit, en 1739, Jean-Étienne Say, père de Jean- Baptisle. Les temps étant devenus meilleurs, Jean-Étienne put se rendre à Lyon, fort jeune encore, pour s'y former à la carrière du commerce chez M. Castanet, protestant comme les Say et comme eux originaire de Mmes. Ces relations d'employé à chef de maison se changèrent bientôt en liens plus intimes, et Jean-Ktienne Say succéda à M. Castanet, après avoir épousé Tune de ses filles. De ce mariage naquit à Lyon Jean-Baptiste S :y, le â janvier 17 07. Son enfance s'écoula dans cette ville industrieuse qu'il aima toujours h revoir et à laquelle le rattachèrent de vifs et profonds souvenirs.

Son père, qui était un homme sensé, s^appliqun à lui inculquer de bonne heure des idées justes et positives. Un oratorien, le pcic Lefévre, professait à Lyon un cours très-suivi de physique expérimentale : Tenfant devint l'un de ses auditeurs assidus et puisa dans ses leçons, avec quelques notions élémentaires, un esprit de méthode et des habitudes de réflexion peu ordinaires à cet âge. Plus tard Jean-Baptiste Say se plaisait à reconnaître de quel secouis lui avait été ce premier enseignement et cette excursion précoce sur le terrain des phénomènes naturels. A neuf ans, ce fut le tour de l'éducation du pensionnat. Deux savants italiens, nommés Giro et Gorati, étaient venus fonder, près de Lyon, au village d'Eiully, une institution qui essayait des procédés nouveaux et se défendait surtout du joug des préjugés. C'est là que le jeune Say fut élevé, sous l'influence des idées et des noms qui honorèrent ce siècle, au bruit des conquêtes de l'intelligence, nu souille des passions qui pénétraient les générations nouvelles. Sur un caractère trempé comme celui de Say, de pareilles impressions devaient être ineffaçabks; il grandit avec les idées du temps, leur voua une sorte de culte et les associa aux découvertes qui devaient illustrer son nom.

Quelques alternatives survenues dans la fortune de son père vinrent toutefois interrompre cette éducation ; le jeune Say dut ^uivre sa famille à Par' et quitter le pensionnat pour le comptoir. Cependant, quand les chances 1 rent redevenues plus favorables, il obtint d*»ller, en compagnie de son fn Horace, achever en Angleterre ses études commerciales. Les deux jeui gens traversèrent la Manche et vinrent se mettre en pension dans le vill:

SIK JEAN-BAPTISri: SAV. m

de «:ro>ilon. à quelques milles de Loodres. A cet âge lien ua^iïi plus viveirent Mir rîDtrlUueacc qus le spectacle d*uu poys nouveau. Les mœurs, l^s «uses, ridioroe, tout s empare de TaUention et frappe par le contraste. Pour Jrsin. Baptiste Say, œ fut un nM>ment décisif. S'il ue se fût pas Initié sur les lira\ mr^rfes et par un exercice assidu^ aux secrets de la langue anglaise» prut-tf-tre la vocation d'économiste eût-elle sommeillé chez lui» faute de poo- %oir lire Adam Smith dans le texte original. Il faut croire aussi que l'aspect «!:i mouMmcnt nvinufncturier de rAnglcterie laissa dans sa mémoire une Imprf vion profonde. Jean-Boptiste Say vit ce régime à sa plus belle heure, dû- s Tivri-sse du premier succès» quand l'industrie insulaire, servie par une ri ti'lutioo mécanique, sVlançait à la conquête des marchés du globe. Appelé a i3 jucer, il ne se défendit pas de l'enthousiasme du souvenir, et les crises qui «orvinrent. sans échapper à son appréciation, ne purent ni troubler son «ipinion, ni nlarmcr sa confiance.

\ cette époque de sa vie se rattache un petit épisode qu'il racontait voiont er> comme l'un des faits qui Tavaicnt m's sur la voie de rÊconomie politique. Il occupait à Cro} don une chambre éclnirée par deux croisées, ce qui n't-tiit pas de luxe, sous un ciel peu prodigue de lumière. Un Jour, deux Baçnn». armés de mortier et de briqurs, entrèrent chez lui et se mirent siironruscment a louvrage. Il s'agissait de murer l'une des deux ouvertures; 1 impùt des portes et fenêtres venait d'être voté par le Parlement, et le propnetaire, en homme avisé, trouvait opportun de réduire de moitié la matière impi«able. Le jeune Say dut se résigner : son bon sens toutefois protestait. S-n li>zls était devenu plus sombre, moins agréable et cela sans proflt pour pf nonne. — «J'ai perdu une fenêtre, se di>ait-il, et le Trésor n'y a rien ga- • cnr. Kiidrmment, Il n'y a en tout ceci que des dupes, a Sans doute, en «cn^anf, lonistrmps après, un curieux chopitre sur les imp<^ts qui ne rapp^rU'bt ritn au fltc, notre économiste, alors célèbre, preiuilt sa revanche Ur l'aventure de Croydon.

K 1.1 suite d'un second et court noviciat commercial à Londres, Jean-Baptair Sav accompagna son nouveau patron dons uu voyage, conseillé, en <li*>iHp. ir de cause, par la médecine. Il le vit mourir à Bordeaux, et ramené uni; en France, il rentra dans le sein de sa Aimilie, ayant recueil!; sur y% îiomnirs et sur les choses une expérience que la solidité de son esprit «Vf?it rmJrc ffconde. Il éprouvn, ù cette épo(|ue de sa \ie, les hésitations H iff vicissitudes qui attendent un jeune homme au moment où il doit choiw une carrière. Les traditions domi*stiques, le vœu de son pcrc le pous* ut Bt lers le commerce on l'industrie; son propre goût l'entraînait du côté Ct% \ttxrv%. gurtie voix écouler? 11 Hotta quelque temps, et, tout en ceeut a l'influence paternelle, le Jeune homme lit tacitement ses réserves. Utt n%i\itu et dc\int employé plein de zèle dans une coaipucnie d'ussu- "•r.-r Mir h \ ie dont Oi\\ 1ère, qtil fut plus tiird mi»»iAtrc, it lit l'alniiiiiara-

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