CHAPITRE XXVI. — Des Consommations privées
Quelle différence faites-vùms entre le mot 'ûépeme et le mot CemommatUmf
La dépense^est Tachai qu'on fait d'une chose pour laconsommer; et oomme la consommation est 4a suite de cet 'achat, lesmots défeme^ Mmsommaiion sont souvent 'pris Tun pMit l'autre.
■11 convient cependant de remarquerque lorsqu'on achète un plo» duit, on reçoit valeur pour valeur : celle d'une livre de 'bougie, par exemple, pour celle d'un écu, et qa'oa est encore aussi riche après qae rl'acbat «est fait qu'auparavant; ooétement on possède en bougie cette portion 4e richesse qu'on avait en écu. On cooMoience 4 perdre cette riobease lorsqu'on oommence 4 consommer la bougie; et ce n'est que Icirsqtte la consommation est achevée qu'on est plus pauvre d'un écn.
Ce n'est donc pas en achetant, c'est en consommant que l'on diminue son bien, comme c'est en produisant qu'on l'augmente. Voilé pourquoi, dans les familles, le caractère et les talents économiques de la femme qui dirige la plupart des consommations du ménage, serrent beaucoup à la conservation des fortunes.
Quobservez'^'ous en outre au êtijet des dépenses?
Que, dans les dépenses que nous faisons, ce n'est pas la valeur de l'argent qui eat perdue : l'argent est acquis par celui qui nous vend le produit, mais il n'est pas consommé; c'est le produit acquis par nous qui est consonimé, et c'est sa valeur qui est détruite. D'où il suit que la richesse des particuliers, et même la richesse du public peuvent être dissipées, méase quand la somme des monnaies reste la même; et que c'est une illusion que de s'imaginer qu'en conservant dans me ville, dans une province, dans un pays, toujours la même somme de numéraire, on y conserve toujours la noéme richesse. Cest ainsi qu'un négociant serait dans l'erreur, s'il se croyait toufoufs aussi riche, uniqnement parce que, tandis qu'il dissipe son bien, il conserve dans sa caisse toujours è peu près la même somme d'argent
Que doit-on entendre par Véconomie dans les dépenses ou dans les eonsammoHons?
On économise, sait en consacrant à nne dépense reproductive une portion de son revenn que l'on pouvait consacrer i une dépense MM-
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productive (c'e^l ainsi que nous avons.vu que ron-forine lescapiUuxi^ «ni en ré5i!%taiit A Tattrait d'une coosommalion présente, pour cm- \UvT ri-tte portion de revenu à une consommation future mieux en- N liJuf : rest particulièrement de cette dernière économie que nous \mi iiccu|Niiis en ce moment.
i/u'apprlrs-vous des consommaiUm$ bien entendues^
(> M)nt cetli^s qui procurent le plus de satisfaclioD en proportion du vrrilice de valeurs quVIIes occasionnent. Telles sont les consommaiioiis qui satisfont des besoins réels plutôt que des besoins factices. A rgaitu* de valeur, des aliments sains, des vètemeals propres, des logenmts commodes, sont des consommations mieux entendues que des ilimoiits rccherclM*s, des vÊtemeols ei des habitations fastueux. Il résulte plus de vraie satisfaction des premières que des autres.
(/ne rtgardtZ'VQUS encore comme des eonsommatioMS bien entendues y
U i-ousoninialiou des produits de la meilleure qualité en tout genre, 4uMriil-ils coûter plus cher.
/'or ifmeile ntison les regardez-vous eomme des rnnsomfn niions bien en- ■nd^Êtsf
Pan e que le travail qui a été employé pour fabriquer une mauvaise luliere sera plus vite consommé que celui qui se sera exercé sur une U^ftno. Quand une paire de souliers est faite avec de mauvais cuir, a tirnh iiu cordonnier» qui est usée en même temps que les souliers, ne r'Hiu* |ia» nnunn, et elle est consommée en quinze jours, au lieu de l*^inr en deux ou trois mois, si le cuir eût êlé bon. Le transport d'une i&iu\4ise mardiaudise coûte autant que celui d'une bonne, et fait Uaucuup moins de prolit. Ixs nations pauvres ont, en conséquence, ''utre le désavantage de consommer des produits moins parfaits, celui ^ les |Miyer pro[H)rtionnellempnt plus cher.
f/weiies eoneommatiuns méritent rneore d'être prrfrrées?
La consommation des objets qui s'usent lentement procure des jouis- «aoccs moins vives, mais plus durables, et respèce de bien-Mre qu*on «*n relire rontribue davantage au bonheur. Qui oserait comparer la uliftfaction que procure la vue d'un feu d*artiQce, avec celle que Ton («-ut retirer de quelques livres choisis, exactement du m^me prix, et dufkt ou jouira |»endant toute la durée de sa vie, qu'on laissera m^me n «r« rnfanis!
>*y a-t'U pas un ehoix à faire entre les produits durables y
1 eux qu'il convient de préfères lool ceux dont l'usage est fn'quent,
usuel. Il vaut mieux faire de la dépense pour rendre son logement couimode, propre, agréable, que pour se procurer des bijoux, des parures dont la vanité pourra bien être fort satisfaite, mais seulement dans quelques rares occasions ^
Quelle est la plus rapide de toutes les consommations ?
C'est celle que Ton fait des services personnels. Un inutile laquais, si vous évaluez à douze cents francs la dépense annuelle qu'il vous cause, vous coûte autant que le service que vous rendrait un mobilier de 24,000 francs.
Les consommations faites en commun ne sont-elles pas fort économie guesf
Oui ; et c'est pour cela qu'elles conviennent aux personnes qui ont peu de fortune. Un seul cuisinier prépare le dîner de dix personnes comme celui d'une seule; le même foyer devant lequel rôtit une pièce de viande, pourrait en rôtir quatre. Avec les mêmes frais, on peut donc être mieux traité, si l'on vit avec d'autres hommes, que vivant isolé.
Quelles sont les consommations que vous regardez comme les plus mal entendues ?
Ce sont celles qui procurent du chagrin ou des malheurs au Uea de satisfaction. Tels sont les excès de l'intempérance; telles sont les dépenses qui provoquent le mépris ou les vengeances.
Pourquoi a-t-on fait de l'économie une vertu?
Parce qu'il faut avoir un certain empire sur soi-même pour résister à l'attrait d'une consommation présente, en faveur d'une consomma* tion future dont les avantages , quoique plus grands en réalité, sont éloignés, sont vagues, et ne frappent pas les sens '.
* Si dans les consommaUoDs improductives, les plas lentes sont, en général, celles qai font le plus de profit, il n'en est pas de même dans les consommations reproductWes. Id, comme la valeur est reproduite au moment de la consommation, plus celle-ci est prompte, et plus la reproducUon Test aussi. L'opération étant plus prompte, le capital est plas Tlte rentré, et recommence par conséquent plus tôt nne nouvelle opération. Il en résulte une économie sur les frais de production, ou, ce qui revient au même, plus de produits obtenus par les mêmes services productifs. {Note de l'Auteur,)
* L'économie ne s'applique pas aux seules richesses; l'homme peut économiser soo pouvoir, son crédit, son temps, sa santé, comme ses richesses. Relativement k tous oes biens, l'économie consiste à ne pas sacrifier l'avenir au présent, à deviner quand le cours ordinaire des choses doit amener des circonstances où nous recueillerons de ce que nous
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ifÊfik esi lu quatiié tMrate qui se uianifate le pius dQtu /'éeono-
Cest le jugement II est indispensable pour apprécier rimportance dn diverses coDsommaUons, et surtout de celles que pourront réclanerdrs besciins futurs toujours plus ou moins incertains.
{fufllf est la faule où fan tombe quand on attrilme trop (F importance à dn betoims futur» et incertains f
IkansTavarioe; et lorsqu*on ne leur attribue pas assez d^importance
00 tombe dans la prodigalité.
Ufàd fmi le pius de tort à la société de Fatiore ou du prodigue?
Ccst le prodigue : parce qu'après avoir dépensé tout son revenu, il •f pfut vivre que sur son capital, et qu*un capital ne saurait être déplue improductivement sans ôter un revenu i celui qui en était pos- Miifur« de môme qu*aux industrieux dont il mettait le Invail en activité.
UevnsomwMtion nest-elle pas cependant favorable à la riehesso des M^MMu, m proroquant la production?
La consommation ne saurait augmenter les richesses d*une nation, a moins de provoquer la production d*une valeur plus grande que la vilfur consommée; car ce ne peut être en détruisant de la richesse 4% l'on augmente la quantité des richesses. Mais comme la consommilKio est accompagnée d*un dinlommagement, et que si Ton y perd «Af laleur on y gagne une satisfaction, toutes les consommations bien ^(fndurs, qui provoquent la création d*un nouveau produit, sont fav'^Mes. en ce quelles multiplient les satisfactions éprouvées dans la krit*|p. In peuplo qui consomme beaucoup et qui reproduit de môme
1 plus de vie, il jouit d*une existence plus développée et d*une civilitttmn plus complète.
Stm» ce rapport C épargne n est-elle pas un mal?
L'épargne, lorsqu'elle n*est qu'une consommation dilTérée, ne retante que de bien peu ractivîté de la consommation ; et quant i Tépargne qui a pour objet Faugmentation des capitaux reproducUb, elle cntralM une consommation, puisqu*un capital ne peut être employé rrproductiveiiaeot qu*i des achats de matériaux ou de travail pour les oonsommer.
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