‹ Œuvres diversChapitre 40 sur 128 · CONSOMMATIONS ET PRODUCTIONS. S · texte numérisé non relu

CONSOMMATIONS ET PRODUCTIONS. S

•cUvei les procédés expédiiib plus multipliés, les produits plus abondants en un mot, les nations seront mieux pourvues, plus généralement poonrues. Telle est la proposition attaquée par M. de Sismondi, ei celle qu*il s*agit de justilier.

Kn point de fait, je pourrais dire que les pays où les procédés expéditifs sont plus connus et les produits plus multipliés, comme les pmvinces les plus industrieuses de rAnglcterrc, des l^tats-rnis, de la Belgique, de TAIIemagne et do la France, sont aussi les pays les plus ridies, ou, si Tout veut, les moins misérables. Mais cette simple remar» que ne suffit pas. Ils pourraient devoir cet avantage à d'autres cir* amstances heureuses. Ne sont-ils pas riches, quoique chargés d'entraves et d*impôts, sans qu'on puisse dire que ce sont les impôts qui root leur pros|)crité? Il faut prouver de plus que TelTet observé lient à la cause assignée, qu'elle en dépend, qu'elle en est la conséquence. Ost là ce que Ton demande aux maîtres de la science, (ir, ils |)euvent nrfiondrc que, dans ce cas, la science explique ce que la simple observation fait apercevoir.

Tout perfectionnement consiste en une diminution de frais de production pour obtenir les mêmes produits; ou, ce qui revient exactement au môme, en une augmentation de produits pour les mêmes frais. Qu*on analyse les différentes productions, on arrivera toujours à ce résultat. Le produit consistant essentiellement dans l'utilité qui résulte de son usage, l'augmentation du produit git autant dans l'augmentation de sa qualité ou de sa beauté, que dans l'augmentation de sa quantité. Une bonne paire de bas (|ui dure deux fois autant qu'une plus mauvaise^ ou qui par sa lieauté fait deux fois autant d'honneur, est un produit double comparé k l'autre, l'our simplifier, regardons, nous le pouvons, tous les progn*s de l'industrie comme une diminution dans les frais; c'est la manière de présenter la question la plu» favorable â M. de Sismondi.

or, SI je trouve le moyen de faire sortir tl'une journt*e d'ouvrier plu*» dVwivrage exi-cutt», comme cela arrive lorsque je |)erfoctionne ne» outib ; de ma tern* plus de fruits cha(|ue annt*e. comme lorM|ue je supprime les jachères; d«* mes ateliers plus de marchandis<*s, comme lorsque je remplace* des tounifurs de manivelle par une machine à «aprur. j'obtiens alors mes produits â moins de frais, et la concurrence m'oblige à les vendre â meilleur marché, l/industrie a fait un pn)grès. M. de SisoMMidi pense que c'est aux dépens de la classe ouvrière ; mais

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si, passé le moment de la transition, elle gagne tout autant; si Teipérience vient encore à l'appui de cette assertion ; si le raisonn^nent nous fournit l'explication du fait, que pourra répliquer M. deSismondi? Il est de fait que les arts où il y a le plus de salaires gagnés, sont ceux où les perfectionnements ont été portés le plus loin. On a cité, pour exemple, la Glature du coton : depuis qu'elle s*opère par de grandes machines et par des moteurs aveugles, on y occupe un plus grand nombre d'ouvriers, et, dans les grades pareils, les ouvriers y sont mieux payés. On a cité de même l'art de multiplier les copies d*aD livre; car Timprimerie et les arts qui en dépendent occupent beaucoup plus de monde que les copies manuscrites n'en occupaient avant cette invention ^

D'où vient cet effet? C'est que le bas prix favorise la vente. On peut acheter dix aunes d'étoffe au lieu d'une que l'on pouvait acheter auparavant; dix volumes imprimés au lieu d'un seul manuscrit. Et commeut les producteurs ont-ils les mêmes moyens d'acheter, quoique leurs produits aient baissé de prix? C'est parce que la baisse des prix est venue, non de ce qu'on a payé une moindre somme de salaires, mais de ce que, grâce aux progrès des sciences et des arts, pour les mêmes salaires on a obtenu plus de produits.

Les progrès des arts sont très-divers suivant les localités et les industries. 11 y a des cas où c'est un grand progrès qu'une économie de deux ou trois pour cent dans les frais; mais il y en a d'autres où la génération présente a vu des économies de moitié et de trois quarts ' :

* L'autcnr a (également réfuté Sismondl sur ce point dans son Cours complet ^Économie politique, édition Guiiiaumin, tomo V» page 190. (H. S.)

^ Voici , à cet égard, quciques détails intéressants que je trouve dans une noie qui m'est fournie par mon ami, M. Clément Dcsormee, que des connaissances pratiques fort étendues ont rendu célèbre comme chimiste industriel. — € (In exemple remarquable de la diminution que les progrès de l'industrie ont occasionnée dans les frais de production, est celui que présente Tacide sulfurique, qui, en 1788 ou 1789, valaitcinq à ainftancBU livre et qui aujourd'hui vaut trois sous. Cependant, les matériaux employés aie produire ont n peu près doublé de prix; mais Téconomie dans les moyens de fabrication a été énorme. Autrefois, un homme était occupé constamment à brûler du soufre dans des vases de verre dont les capacités réunies ne surpassaient pas quelques centaines de litres. Aujourd'hui, une seule personne n'emploie pas le quart de son temps 4 soigner le même travail, dans des capacités d'un ou deux millions de litres ! — La gravure d*an cylindrede cuivre pour l'impression des indiennes occupait un homme de talent pendant six mois; et l'impression au cylindre était déjà un grand perfectionnement. Aujourd'hui un homme, que l'on peut payer moitié moins, exécute 1 même ouvrage en quelques henm* -* On

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ht cIMt obsenréi ont été en proportion de ces progrès; et dans ceux où l'on a obtenu des économies considérables, les quanlités de produits que les producteurs ont pu consommer ont excédé souvent de beaucoup, noo^eulement en quantité, mais en valeur, les produits qu'ils consommaient auparavant, puisqu'en même temps que chaque oavrier a été aussi bien payé qu'auparavant pour le moins, le nombre des ouvriers est devenu au total plus considérable, et qu'aux profits de la classe ouvrière on a pu ajouter ceux que des capitaux plus con* aidérables, des terres mieux cultivées ont rendus à leurs propriétaires.

On comprend que dans des considérations aussi générales , aussi abrégées, les anomalies sont nécessairement négligées; il faut balancer les pertes accidentelles par des profits généraux supérieurs, et tenir compte des résultats permanents, plutôt que des froissements qoi accompagnent tot^ours les transitions.

Cest ainsi que l'industrie manufacturière et commerciale du glolio, il y a quelques années, et Tiiidustrie agricole en ce moment, ont di\ Inverser des circonstances difficiles ; mais qu'au total le sort do l'Iiumanité s*est constamment amélioré avec les progrès des arts. La FlniDce avait seiie millions d'habitants, au temps de Louis XIV ; nonseulement elle en compte près du double, mais je crois être modéré en estimant au double (le fort portant le faible) la consommation de chaque habitant; elle consommerait dès lors quatre fois plus de produits qu'à cette époque cependant si rapprochée de nous; et je ne vois pas d'impossibilité à ce que, dans le courant du siècle prochain, une popuiMJon double de la nôtre ne eonaoomie quatre fois plus de produits que nous n'en consommons actuellement. Toujours est-il vrai que, jusqu'à présent, les produits qui se sont le plus facilement multipliés ont aussi été ceux qui se sont le plus Ihcilement écoulés; et nous ve*

« fnean BMlntaMOl, à Salnt-Qocntlo, pour 7S oaitlflMi Taune dn Uirat de coton, ^*o« payait S fraiMi Paone co IKI3. Et Une faat pat attribuer cHtebaUieuniqoeinf ni à h mpymMÊlkam det droHa modaleux qui pcaaiCBt mr la aiati^ première ; car, en I8t3, ■al^ k» dralli. Il D'ntraH guère, dana une aaoe, qiM pour 76 à 90 cnUwn de oitoa. U hgM tculc étall donc payée I franct; eC malnlenant, la ealon et la main d'uni vre miomble ac coatrat qnr :& rmtimra ! <> n'r*t point aui dépens det prodtirleun ; car la %illr de 9aiA-<)ueoUn eit une drt villes de Krance qui fait loi plut rapides pmgrvs en aliance «au papulaUaa. Il m ImpossiMe d'attribuer cet effel à dTautres causes qu*aus profrêa dili aial«n,éa ttnaae it iss spprita.» iNon de VJmuwr.)

noDS de voir pourquoi leur multiplication même a pu 6tre la cause de la demande qu'on en a faite. Si les désirs de M. de Sismondi étaient exaucés, il y aurait lieu de craindre, au contraire, que réiévatk» de leur prix, selon lui si désirable, ne portât un coup funeste & la de^ mande qu'on en ferait. Je suis bien éloigné, comme on voit, de croire avec lui que les savants, par raecéléraiion quHh donnent avec «ii séfe imprudent à l'adoption de chaque découverte, frappent sont cesse tantôt sur une classe, tantôt sur l'autre, et qu'ils font ^prouver à la êoeiété entière les souffrances constantes des changements, au lieu du bénéfke eu améliorations.

Mais enGn, dira M. de Sismondi, il y a un terme à la possibilité de produire; et si les produits qui servent à loger, vêtir, instruire et amuser Thomme, peuvent se multiplier indéGniment, et s'éebanger les uns contre les autres, ceux qui le nourrissent et qui sont les plus indispensables, sont bornés par l'étendue du territoire; ou, du moins, à mesure que l'on est obligé de les faire venir de plus loin, on est obligé de les payer de plus en plus cher; dès lors, il arrive un point où les revenus qu'il est possible de gagner en produisant sont insuflisants pour mettre un plus haut prix aux denrées alimentaires, et une nouvelle extension de population devient alors impossible. J'en demeure d'accord ; mais, puisque la nature des choses toute seule met graduellement un terme k cette augmentation de production et de population qui est un bien, pourquoi accélérer ce moment? pourquoi refuser aux nations la jouissance de tout le développement que leur permettent l'intelligence de l'homme et les progrès possibles des arts?

M. de Sismondi assure que, si les hommes instruits se sont rangés avec Ricardo sous mon étendard, les gens d'affaires ont suivi le sien et celui de M. Malthus. Nous n'avons heureusement d'étendards ni les uns ni les autres; car, loin d'être des tueurs d'hommes, nous cherehons à les multiplier et à les nourrir. Mais, quand le fait serait vrai, il ne montrerait pas plus de quel côte se trouve la vérité, que le nombre des combattants n'indique de quel côté est le bon droit. Xerxès, avrc son million de soldats, avait tort^ et Léonidas, avec ses trois cents Spartiates, avait raison. Chaque fabricant est beaucoup plus intéresse comme producteur à seconder celui qui cherche à faire renchérir son produit, que celui qui cherche à le faire baisser; mais le publiciste, mais l'homme d'État, doivent être du parti des consommateurs, car les consommateurs sont la nation; et la nation est d'au-

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