CONSOMMATIONS ET PRODUCTIONS
marquis au eoin de ruUliti générale, et notamment une Hiiioire des frmfùii, 0& lea faits sont enfin puisés à leur source, et qui réduit i leurs Justes proportions ces personnages historiques que nos vieux liTTcs ne nous montrent que sous des traits de convention.
Je reviens à mon sujet.
A considérer les sociétés humaines de très-haut, on les voit comme des fourmilières dont les individus s*agitent dans tous les sens pour •e procurer les objets de leurs besoins et de leurs désirs. Plus Ils se donnent de mouvement, plus ils étendent leurs recherches, et mieux ito se trouvent pourvus des choses qui leur sont nécessaires, ou seulement agréables. Jusque là, on conçoit facilement qu*il peut y avoir de rinconvénient à borner leur industrie, mais qu*il n'y en a pas i la porter trop loin ; car on ne voit pas ce qu'il y a de fâcheux k posséder trop de choses nécessaires et agréables; et si la question demeurait aussi simple, M. de Sismondi ne chercherait pas quelles mesures il peut conseiller au gouvernement pour empêcher les gens de produire; M. Malthus n'admirerait pas la sagesse de la Providence, (|ui a permis qu'on nommât des bénéOciers oisifs chargés du doux emploi de jiiuir et de consommer, sans rien faire, les Ihiits péniblement cn'^és par leurs semblables. Mais, ce qui au premier abord semble justifier les vues de ces estimables publicistes, c'est la manière dont s'opèrent les productions parmi les hommes. Tandis que chai|ue fourmilière, dans nos bois, travaille à un seul magssin, dans rintêr^t de la rêpù« Uique, chaque personne, dans nos fourmilières humaines, ne travaille qu a une seule sorte de choses utiles qu'elle appelle ses produit$, et se procure par l'échange toutes les autres choses dont elle a besoin ; car vendre ce que Ton produit pour acheter ce que l'on veut consommer, c'est échanger les choses que l'on fait contre les choses dont on a Ijesoin.
Dès lora, on conçoit que l'on peut produire, d'une chose en particulier, une quantité supérieure aux besoins; car, si, dans une sociétr composée de dix mille familles de producleure, cinq mille s'occupaient a fabriquer des vases do faïence, et cinq mille à fabriquer des chaussures, cette société aurait incontestablement trop de vases et de rliaussures, et manquerait do beaucoup d'autres choses non moins favorables à son bien-être. Mai^, en même temps, on conçoit que l'inronvénient naîtrait, non pas de trop produire, mais de ne pas produire precisémeol ee quil convient.
â52 OEUVRES DIVERSES.
Que si l'on objectait que chaque société humaine, au moyen de rintelligcnce de Thomme et du parti qu'il sait tirer des agens que lui fournissent la nature et les arts, peut produire, de toutes les choses propres à satisfaire ses besoins et à multiplier ses jouissances, une quantité supérieure à ce que la même société peut en consommer, je demanderais alors comment il arrive que nous ne connaissions aucune nation qui soit complètement approvisionnée, puisque, même chez celles qui passent pour florissantes, les sept huitièmes de la population manquent d'une multitude de produits regardés comme néces* saires, je ne dirai pas, dans une famille opulente, mais dans un ménage modeste? J'habite en ce moment un village situé dans un des cantons les plus riches de la France. Cependant/ sur vingt maisons, il en contient dix-neuf où je n'aperçois en y entrant qu'une nourriture grossière, et rien de ce qui sert de complément au bien-être des familles, aucune de ces choses que les Anglais nomment conforiable$; point assez de lits pour coucher commodément tous les membres de la famille; point assez de meubles pour qu'ils prennent à Taise leurs repas; point assez de linge, point assez de savon pour qu'ils se tiennent constamment reblanchis, etc.
Une maison elle-même est un produit. Si leur habitation ne leur olTrc que la moitié du logement nécessaire, si les plafonds sont trop bas, les fenêtres trop petites, les fermetures mauvaises, ils n'ont en ce genre que la moitié des produits que réclamerait leur bien-être, et ils se voient entièrement privés de ces agréments dont les moindres familles bourgeoises jouissent sous leurs yeux ; ils û*ont ni rideaux de lits et de fenêtres, ni tentures de papier pour couvrir leurs murs, ni peintures sur leurs boiseries, ni montres, ni pendules, ni beaucoup d'autres objets que, dans l'état de leur civilisation , ils ne désirent même pas, et qui pourtant contribueraient à rendre leur existence plus douce, si la consommation leur en était permise.
Ce ne sont donc point les consommateurs qui manquent dans une nation, mais les moyens d'acheter. M. de Sismondi croit que ces moyens seront plus étendus quand les produits seront plus rares, conséquemment plus chers, et que leur production procurera un plus ample salaire aux travailleurs. M. Malthus pense que ce sera lorsqu'il y aura un plus grand nombre de riches oisifs. Ricardo et (nos adversaires en conviennent) la plupart de ceux qui ont étudié l'économie des nations sont d'avis, au contraire, que, si la production est plus