‹ Œuvres diversChapitre 48 sur 128 · CE QUE C'EST QU'UNE NATION ËCLAIRÉE · texte numérisé non relu

CE QUE C'EST QU'UNE NATION ËCLAIRÉE

Eli|uelqa'uUla que toit Tari de bien faire ou de bien conduire le feu, pense-t-on qu'il n'y ait pas d*autre art aussi généralement utile fl beaucoup plus important pour le bonheur? L'homme, quelle que mil la proreaaion qu'il ait embrassée, n*a-t-il pas des relations continucUea avec ses semblables? Et croit-on que pour régler sa conduite, les exh^irtations et les homélies soient beaucoup plus cflicaccs que la coonaissaiice de la vraie nature des choses morales, des véritables intérêts de rhonune? Kt si Ton prouve que les misères, Tabrutissemcnt, les malheurs de l'homme en société tiennent a une mauvaise orga- Disation du corps politique , et que la mauvaise organisation du corps politique tient uniquement à Tignorance des peuples sur la vraie nature df5 choses relativement à l'ordre social, ne faudra-t-il pas convenir que l'on n'est pas entièrement civilisé aussi longtemps chaque q ue individu, ou même seulement chaque chef de famille, ne connaît pas, du moins dans ses bases fondamentales, la vraie nature des choses morales et politiques?

Pmir s'élever à cette connaissance, il faut avoir |>erfectionné Tin- •tniment avec lequel on conçoit, on compare, on réfléchit; ou, selon Teipresaion de Condillac, avoir perfectionné sa faculté de sentir. l»o là, la nécessité de la culture générale de Tesprit; jusqu'à ce point du moins qui suffit pour admettre les premières notions des choses M)riales.

Sous ce rapport les études purement littéraires donnent des lumières non pas tant à raison de ce qu'elles enseignent, que parve qu'elles perfectionnent l'entendement; et c'est ce qui leur dt>nne un de-gré d'im|iortancc fort supérieur à celui des autres beaux-arts. Sans cols je ne mettrais la poésie que d'un degré au-dessus de la musique et de la peinturp. <Hi a bien dit que la |KXîsie était le premier des boaux-arts« mais faute de s'être rendu compte du pourquoi, on n*a pas vu combien le second dvs beaux-arts, 4|uel qu'il soit, est au-dessous du premier.

Toutefois il ne faut pas s'exagérer l'importance des études littérairt^s. S l'on fait at>straction des jouissances de l'esprit et de l'àme qu elles procurent ainsi que les autres arts ItbiTaux, elles ne sont qu'un instrument : HIes ne sont, de même que la lecture dont on peut les regarder c<inim«* II* développement, qu'un moyendecommunicationdes idées, un m«i;pn pour tous les hommes, de se rendre propres les |HMisêes vi les

sentiments qui prennent naissance et se développent chez les plus avancés d'entre eux.

Combien, dans les pays les plus civilisés, le gros de la nation n'eslil pas encore éloigné, non-seulement des notions saines sur ce qu'il lui importe le plus de savoir, mais même d'avoir préparé Tinstrument propre à les acquérir! Quand on compare la civilisation des peuples les plus avancés à ce qu'elle pourrait être, on est tenté de s'écrier : Nations policées^ que vous êtes encore tmrtmresf

Qu'on s'avise par exemple de proposer aux bourgeois les plus éclairés d'une petite ville, une question du genre de celle-ci, qui est réellement pour eux de la plus haute importance : Par guets moyens peiu-^m identifier V intérêt des gouvernants avec l'intérêt public , de manière que let gouvernants soient intéressés à bien faire fil est probable qu'une telle question ne provoquerait qu'un bavardage ridicule et sans résultat: au lieu que chez un peuple capable d'apprécier sa situation, qoi connaîtrait les hommes et les choses, il sortirait d'une telle discussion plusieurs vues utiles et praticables, et qu'on saurait en écarter cdles qui ne promettraient aucun succès ou exposeraient à trop de dangers.

On a voulu dans le cours de la révolution française élever le peuple à des considérations d'un ordre supérieur, mais le mauvais succès des elTorts qu'on a faits, ne prouvent que mieux la vérité de ce que j'ai avancé. Le gros de la nation (j*allaisdire la totalité, si Je n'avais crains de proférer une impertinence) ne savait pas penser; on recevait ses idées parla poste; elles arrivaient avec les décrets, avec les Journaux; et la masse de la nation était alors un troupeau de républicains, comme elle avait été auparavant un troupeau d'esclaves. On en a tiré mille sottes conséquences ; on a dit que l'esprit humain était borné et que lorsqu'il voulait franchir de certaines barrières, il se plongeait dans un océan de malheurs; on a dit que les grands Ëtats ne pouvaient se gouverner en république, etc., etc. Tout esprit humain est borné s'il nest pas cultivé ; cela n*est pas douteux; et quand on veut faire une république avant d'avoir fait des citoyens, il arrive ce qu'on a vu; mais que Tesprit humain ne puisse pas étendre ses facultés par la culture ; que les bourgeois de France et d'ailleurs ne puissent pas devenir des citoyens, c'est ce dontje ne saurais convenir. Nos neveux en jugeront.

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