D'HENRY STORCH
L'utilité publique, seul fondement raisonnable de la LÉGirnrrÉ DU POUVOIR politique ^ — Jérémie Bentham a fondé la légilimité des lois civiles et criminelles, sur leur utilité; c'est-à-dire sur ce qui multiplie les satisfactions ou diminue les douleurs de la majorité des êtres humains. La doctrine de cet homme justement célèbre finira par régner seule, parce qu'elle est fondée sur la nature des choses qui ne périt point , et sur l'intérêt de l'humanité que l'on entendra mieux chaqoe jour. BI. Slorch^ en fondant la légitimité du pouvoir politique sur le même principe de l'utilité, a fait une chose grande et neuve. Il a donné pour base au droit, non des théories vagues et contestées, comme le droit divin ; mais un principe fécond, avoué par le bon sens, et fondé sur des faits susceptibles de preuves; seule marche qui convienne au siècle dans lequel nous vivons.
La théorie et la pratique ^. — La distinction de la théorie et de la pratique ne me semble pas fondée sur la nature des choses. Toute science véritable est la connaissance de ce gui est. La science sociale, que l'auteur appelle science de TÉtat, est la connaissance de la nature des choses sociales , d'où résulte la connaissance des rapports que ces choses ont entre elles, de la manière dont les unes agissent sur les autres : ce qui enseigne Fenchalnement des causes et des effets. Ce n*est pas là une simple théorie, puisque tout est fondé sur l'expérience. Ce n'est pas non plus une pratique, puisqu'il n'y a encore aucune action exécutée en vertu de cette expérience. C'est une connaissance des phénomènes sociaux, comme la chimie est la connaissance des phénomènes chimiques. On peut ensuite faire usage de cette connaissance dans l'art qu'on exerce : dans le commerce, l'agriculture, l'adminis-
I Storcli» Cours d'Économie poiitique, U \, p. fi, — * Ibid. p. 11.
CdMMKMAlUK MU SfOlu:!!. JH^
Lralioii ; nmis cr it*«*sl |ms alors la pratique de la scmimico s«>cialc; c'ost U |iratH|ue du commerce, de radmînislration, etc., où Ton se sert df« rcHinaissances qu'on a acquises sur la nature de l'homme et des ffmaes.
lUllàLI.ÊLF. DR L*É4.4IM>1IIE POLITIOI K AVBC LA POLITI^IK'. — Jc ne
nmrois pas comment M. Storcli a pu dire que Tc^conomie |M)lilique n'est <|u*un«* irr^peiiif partie i\e la science de VVÀnï. L*c*conomie politique, qu'on aurait peut-être mieux Tait de nommer i'rftmomir sociale^ est la connaîsMnce des organes et des aliments du corps social ; elle enaei(ni<^ par quel mécanisme il subsiste, elle est à la société ce que la physiologie est au corps humain, i^ politique n'en est que l'hygiène. Sa perfectioa est d'être simple, de marcher avec des rouages peu compliqués. Le netUeur gouvernement est celui que Ton voit et que l'on sent le moms.
Ijps snences fondées sur les fait^ physiques ne sont point toutes des sciences exactes, il n'y a dans la physique expérimentale qu'un bien petit nombre de résultata que l'on puisse établir d'avance par le calcul. 14» ealculade la mécanique analytique ne sont jamais ooniir- OMS par les résultats de la mécanique expérimentale, parce qu'on n'a jawais pu apprécier rigoureusement les frottements, l'élasticité des eorpa, la résistance de l'air suivant la nature des corps qui le frappent, non plus qu'une multitude d'autres circonstances dont l'influence sur les muitata est tort grande. C'est exactement pour la même raison qmc rèooDOiiiie politique n'est point une science exacte, et que ceux qui ont voulu j appliquer les formules algébriques n'ont rien produit d'utile et de vrai. Mais comme science expérimentale elle est éminemutile; car si elle ne nous enseigne pas jusqu'à quel point exact muse agit, au moins nous indique-t-elle dans quel sens elle agit, et SI cette cause nous éloigne ou nous approche du but désiré : le bonheur de l'espèce. On ne peut pas dire qu'elle n'est pas soumise au calcul, car l'appréciation et le choix des moyens sont des calculs; mais les bases de ces calculs, au lieu d'être des données arbitraires comme dans les mathématiques, sont des faits réels. Un est d'autant plus savant ro économie politique que l'on connaît mieux les faits qui doivent entrer dans les calculs, et que l'im apprécie mieux l'étendue de leur aflucnce.
a. MT. — IV. M
Consommation ^— Consommer une chose, suivant M. Stordi, veut dire l'employer à ses besoins. Mais pour qu'il y ait consommation, il faut de plus qu'il y ait une destruction de valeur et que cette valeur ait été doqnée par Tindustrie. On ne consomme pas l'eau d'une rivière, bien qu'on l'emploie, parce qu'elle n'avait aucune valeur. On ne consomme pas un champ, bien qu'il ait une valeur, parce que ce n'est pas l'industrie qui la lui a donnée ; mais on neut consommer les clôtures, les bâtiments ajoutés à ce champ, parce que ce sont des produits de l'industrie; qu'ils ont une valeur et que la consommation qu'on en fait détruit cette valeur. Ce n'est point parce qu'une chose est terminée, finie, comme il est dit plus bas, qu'elle est consommée : c'est parce que sa valeur n'existe plus. 11 n'y a aucun rapport entre la coosommation d'un mariage et les consommations de l'économie politique, ai œ n'est, peut-être, les satisfactions qu'on y goûte.
Idée générale du prix des choses 2. — L'exposition donnée à cette occasion par M. Storch, est en général vraie, mais n'a peutrétre pis dans l'expression toute la précision désirable.
11 est impossible de parler du rapport entre la quvititéque l'on oflre et la quantité que l'on demande d'une certaine marchandise, en frisant abstraction de son prix, parce que c'est à tel prix et non i tel autre que l'on peut demander d'un côté et offrir de l'autre telle ou telle quantité.
En 1813, lorsque la difficulté des communications, les risques de la contrebande, l'énormité des droits, avaient porté les sucres blancs en France au prix de cinq francs la livre, la France se trouva dans l'impossibilité d'en consommer et, par conséquent, d'en demander plus de quatorze millions de livres par an ( voyez le rapport fait à cette époque par le Ministre de l'intérieur). Aujourd'hui (1822) que le même sucre vaut un franc, il convient à la France d'en consommer cent millions de livres environ. Dans les deux cas, les quantités fournies à la Fnnee étaient égales à la demande ; mais il est évident que ces quantités étaient dépendantes des prix.
Sur ce sujet assez délicat, il n'est pas impossible d'accorder Adam Smith, qui pense que les prix sont, pour chaque marchandise, le résultat du rapport entre l'offre et la demande, et M. David Ricardo qoi soutient que l'offre et la demande n'y influent en rien, et que les prix
• Storch, 1. 1. p. 50. — • Ibid. p. 80.
OOMMKNTAIHK Sllll STOHCIl. :i91
les dKMe« lie MMit n^glês quo par les frais de production, par cela Bémc que M. Storck ap|»ellt' le prix nécessaire.
Le» frais de production déterminent, il est vrai, le prix auquel on peu! fournir une ivrtaine quantité d*une certaine denn*e; mais ces fnus eux-mt^mes varient selon la demande. Kn eiret, de quoi se 4-ompoiCiii les frais de production ' IH9 prolits des dlIfnTents |Ht)ducteurs, du aalairc des travailleurs notamment. Quand la demande d'un produit augmente, le salain'^ des travaux propres à le chW augmente ; 01 eomme ce salaire compose en iwrtie les frais de cette production, il est également vrai que le prix est monté par suite de la demande, il que le prix est toujours égal aux frais do production.
Ainsi, en supposant que la population et la richesse de la France it à s'accroître, la France |iourrait porter la consommation du ! qu'elle fait de cent i cent vingt millions de livres. I41 quantité oflinte resterait |iour un moment inférieure h la quantité demandée; le pris monterait conséquemment; et les producteure de sucre pourrmient dès lore en faire venir de plus loin et en tirer de quelques endroits où sa culture est plus dispendieuse; les salaires et les profits dis anciens pruducteura seraient plus forts, une demande plus grande ■unit porté le prix de cette denrée d'un franc k un franc vingt oenti- ■es peut-être» et ce prix ne serait encore que le remboursement des buis de production.
la supposition contraire, si la culture d'une canne plus abonen sucre, celle de Talti, par exemple, se répandait partout où roB peut cultiver C(>tte plante ; on obtiendrait peut-être, sans faire plus d'«%«nces, un quart de plus de sucre; roflro du sucre augmenterait; son prix baisMTait à quatre-vingts centimes; et ce prix, causé par l'effet de l'offre, serait encore l'expression des frais de production.
Les prix ne sont |>as seulement déterminés par le rapport qui existe entre l'offre et la demande : ils sont l'expression même de ce rapport. Hais la preuve de cette pro|»Obition exigerait des développements qu'il m'csI impossible de donner ici.
Quant au monopole, il ne fait que varier les données ; mais il ne cbange nen a la théorie. Regardez la quantité d'une marchandise que le monopoleur met en vente, comme la quantité quo l'on peut «)btenir sur la production, et les pn>lits qu'il fait, comme étant d(*s frais de productMio indispensables, et vous aurez, aussi bien que da^^ les exemples précédents, un prix qui sera tout à la fois le résulut du
292 OEUVRES DIVKRSES.
rap[K)rt entre la demande et l'oITre, et l*expression des frais de production.
J'avoue que je n'ai pu comprendre ce que Tauteur a voulu dire dans son dernier alinéa. Il n'y a nul besoin de stipuler le prix des choses qui se prêtent, et nul débat à ce sujet ne peut s'établir entre le prêteur et l'emprunteur. Il faut que Ton rende la chose prêtée, et non qu'on Ii paie. Je me fais d'autant moins de scrupule de faire reoiarquer oette obscurité, que, dans l'estimable ouvrage de M. StorcA, ce défaut est fort rare. 11 est même étonnant qu'un auteur manie avec autant de facilité une langue qui n est pas la sienne.
De la mesure des valeurs ^ — La vraie mesure d'une valeur est ta quantité de chacune des choses que l'on consent généralement à donner pour l'obtenir. La mesure de la valeur d'un habit est indifféremment, ou cinq hectolitres de blé, ou vingt-cinq livres de bougie, ou vingt pièces de cinq francs, si l'on donne l'une ou l'autre de ces choses pour l'acheter. Sous ce rapport, le travail est une aussi bonne mesure des valeurs que toute autre chose ; car, dans l'exemple proposé, rhabit peut acheter cinquante journées de travail, si, le vendant cent firancs, on acquiert par cet habit le moyen d'acheter cinquante journées de travail de deux francs chacune : le tort de Smith n'est pas là : il consiste à avoir voulu faire du travail la mesure invariable des valeurs; i avoir dit, par exemple, que dans quelque pays et à quelqu'époque que le produit de dix journées de travail ait été exécuté, ce produit valait autant que tout autre produit qui coûte aujourd'hui dix journées de travail. Or, cette proposition n'est pas soutenable. Outre que la valeur de dix journées de travail diffère beaucoup de la valeur de dix autres journées d'un travail d'une qualité fort supérieure, ou fort inférieure, la seule circonstance du besoin, comme l'observe fort bien M. Storcb, change considérablement la valeur du travail et par conséquent do produit auquel il est appliqué.
A vrai dire, il n'y a point de mesure également applicable à deux objets séparés par les temps et par les lieux, parce qu'il n'est aucofi objet qui ne change considérablement de valeur en passant d'un lieu, ou d'un temps dans un autre.
Quant à la mesure de la valeur de deux objets qui sont en présence, leurs deux valeurs se mesurent l'une par l'autre ; si l'on a dix livres de
• Storch.t. I.p. 124.
CUMMKNTAlHt: SIU STOKCIl. MS
Mr |KNir une livre de rare, le curé vâiit ili\ fuis aiitaiil que le blé; et diarune de ees chastes est la mesure de Taulre. \m monnaie n*a à cet i-card aucun privilège. Trente sous sont U valeur d une livre de café, et une livre de café marque la valeur des trente sous aussi bien (|ue les diverses choses que Ton peut acquérir avec cette monnaie.
Rois n METiDUifTs >. — Smith n*a piiint mis dans la m(^me catégorie les rois et les mendiants, le savant laborieux et le fainéant; car les niendianCs, les fainéants ne font pas même un travail improductif. Son tfirt est d'avoir appelé improductives les fonctions de roi, de magistrat ; car lorsque ces fonctions sont bien n*mplies, lorsque par leur moyen les droits et l'innocence des citoyens sont eflllcacement protégrs, ce que la société leur paie est Téquivalent d'un véritable service qu'ils rendent à la société. Je n examine pas si, parfois, ce service n'est pas payé un peu chèrement, ni s'il est toujours aussi bien exécuté qu'il devrait l'être.
iHvisMii M' TRAVAIL ^ — Je ne prétends point contester la grande importance que M. Siorch, d'après Adam Smiih^ attribue i la division des travaux. Ijcs avantages que l'homme y trouve pour la satisfaction de ses besoins sont immenses. Mais il existe une autre cause plus puissante de la récondilt' de la production ; c'est l'art de tirer parti des puissances de la nature, de cette action gratuite, perdue dans la plupart des cas, et féconde en résultats lorsque nous savons l'employer.
tn cultivateur intelligeni, après avoir, pendant plusieurs années, laissé reposer ses terres un an sur trois, s'avise un jour que, pendant cette année de jachère, sa terre peut, sans cesser de se reposer, produire des plantes fourragères qui lui permettraient d'avoir des troupeaux, de fumer des champs, de vendre de la laine, de la viande de boucherie, etc., produits qu'il n'avait pas auparavant. Doit-il cette aug- SKiitatioa de produits à la division du travail? Non; il la doit à une neiUeure manière de mettre en jeu les puissances du sol, qui a des sucs différents pour le blé et pour les betteraves; tellement que les sucs du kié s'amassent et se séparent dans le temps même que le terrain produit des plantes fourragères; et le résultat de ce progrès est une augmentation d'un tiers dans les produits des terrps.
l'ne autre personne observe que l'eau réduite en vapeur est capable, dans son expansion, de soulever un énorme piston, et que cette même
' Mflrrfa. I. I. p. 176. — * Ibid. p. IfiT.
vapeur, condensée par un jet d'eau froide, laisse sous le piston un vide qui le fait redescendre avec une force égale à celle de vingt, de trente, de quarante chevaux, d'où résulte une puissance que l*on peut appliquer à tout ; de là, l'emploi des machines à vai)eur. Est-ce à la divisiOD du travail qu'il faut attribuer ce nouveau développement de force? Non. Le poids de Tatmosphère qui fait descendre le piston est une force qui existe depuis le commencement du monde, et qu'on a laissée oisive pendant soixante siècles ou davantage; le progrès des lumières^ l*art d'observer, l'ont fait découvrir, et l'espèce humaine s'est enrichie de tout ce que cette force exécute pour son service depuis une quarantaine d'années.
Je sais fort bien que Smith attribue la puissance elle-même des machines à la division du travail. Il prétend que la plupart des déooiH vertes lui sont dues. J'accorde que cette division, en réduisant les opérations de l'industrie à leurs éléments les plus simples, a mis sur la voie de beaucoup de découvertes; mais l'inventeur d'un procédé n'est pas le créateur de tous les produits qui en naîtront à perpétuité; autrement le premier auteur de la machine à vapeur serait rauteor de toutes les productions que Ton doit et que l'on devra à jamais à cette ingénieuse machine, le premier qui aurait enseigné à labourer un champ serait le producteur de tout le blé que ce champ prodoiit jusqu'à la consommation des siècles.
Cette thèse n'est pas soutenable. Ce qui produit, c'est le travail de l'homme ; ce sont les puissances de la nature, quand on sait les eo^ ployer; ce sont, ainsi qu'on le verra plus tard, les services des capî< taux. Toute autre explication est forcée.
Le produit brut et le produit net d'une nation sont exactekkit Là MÊME CHOSE ^ — Le produit net d'une entreprise est son produii 6nrt ou totale dont on a défalqué les frais de production; mais pour une nation, son produit net est précisément la même chose que son^mh duit brut ou total.
En elTet, quand un fabricant de draps achète de la laine à un fer* mler, le prix de cette laine ne fait pas partie des gains du fabricanl; mais ce prix fait partie des gains du propriétaire de la terre» puisqu'une portion de ce prix a servi à payer le fermage; il fait partie da gain des bergers, des tondeurs, etc., puisqu'il a servi à les payer. Lor»-
* Storcb, t. 1, p. 206.
COMMENTA IRK SUR STORCII. M5
qu'on marrhanil de drapH , k !ion (oiir, achèlr au fabricant une pièce« Bon-aeulement il n*mbounM; lo prix de la laine, c esi-à-dire, les l)enélices nets dont celui-ci avait Tait l'avance, mais de plus le bénéfice nel du fabricanl, de ses ouvriers, etc. Il est enfin remboursé lui-même ptr le oonsummaleur^ noii-seuleuient de tous les profits nets qu*il a avancés, mais encore de celui auquel lui-môme f»eut prétendre. On mit qu'il n'y a pas un sou de la valeur totale de la pièce de drap» qui n'ait servi à payer quelque profil net à quelqu'un. Tous ces profits réunis équivalent donc exactement k la valeur de la pièce.
4:ooiine il en est ainsi de tous les produits, leur valeur totale est la sâme chose que la valeur des produits nets qui ont été recueillis dans la nation.
• Natmni aiGHB BT NATio?! PAl)VRB^— Du particulier cst pauvre, lorsqu'il ■*a point de revenus pour satisfaire k ses besoins. Or, de quelle source lire-t-on des revenus? t^est :
Ou des racultt'>s industrielles que l'on possède, c'est-à-dire de la force CDtporellc, des talents acquis desquels |)euvcnt naître un profit, un
On bien d'un capital, petit ou grand, duquel peut naître un intérél ;
Ou bien des terres cultivables, desquelles on peut tirer des pro- 4nila, un loyer.
Tela sont U*s fonds d'où naissent tous nos revenus. Un particulier est rirhe cmi pauvre, seitm qu'il en est bien ou mal |)Ourvu, selon qu'il en tirv unlMin ou un mauvais parti.
Il peut aussi ne |Mis!ii<der qu'une sorte de fonds, et n'avoir, par exemple, que des facultés industrielles. Il |ieut |M)sseder deux sortes, trois aofftrs d^ fonds. I^es plus riches en ont de toutes les trois en grande afeoDdance. . ,
i> sont exactement les mômes êicmenis qui font les nations riches on pauvres. I^es nations riches, sont celles qui ont beaucoup de facultfs îndustrielIeH, beaucoup de capitaux, beaucoup de terres cultivées; las pauvres sont nHli^ qui en ont |mhi.
Sous le rapport êci»nomique, une nation n'est ni plus ni moins délant«* d'une autre que le ménage du tailleur n'est dépendant du du boulanger. Si le tailleur a besoin d'acheter du pain au boulangtT, celui-ci a lN*S4)in d'en vendre au tailleur.
• Morcb. 1. 1. p. »»
S»6 OKUVRKS DIVERSES.
Lu homme peut être dépendant d'un autre, parce qu'il est possible que, n'ayant aucun revenu, il soit obligé d'avoir recours au revenu des autres. Mais une nation ne vit jamais que de ses propres revenus; car on ne voit pas un peuple recevoir la charité d'un autre.
On en a vu exiger des tributs , de la même manière qu'un voleur exige la bourse d'un voyageur. Mais les peuples comme les particuliers sont très- fondés à se soustraire à une semblable exaction du moment qu'ils le peuvent.
Formation des capitaux ^ — Il y a une erreur que Je suis d'autaot plus porté à excuser dans M. Storch^ qu'on la trouve dans mes premiers^ écrits sur l'économie politique, quoiqu'elle ait disparu dans les suivants.
Les produits épargnés dont se forment les nouveaux capitaux n'échappent point à la consommation. Tout produit est voué à la coosommation ; car il n'a de valeur, il ne rembourse ses frais de production, qu'en vertu du besoin qu'on en a ; et Ton n'en a besoin que pour le consommer. Il semble dès lors qu'il est impossible de conserver, d'accumuler la valeur d'un produit, et par conséquent de l'ajouter à la valeur du capital que l'on possède. C'est bien, en effet, ce qui arrive quand nous consommons un produit dans l'unique but de recueillir la jouissance qui accompagne la consommation. Il n'y a point dans ce css de valeur accumulée. Une valeur avait été créée; elle a été détruite pour notre satisfaction ; la masse générale des richesses n'est ni plus ni moins considérable qu'auparavant.
Mais nous pouvons avoir besoin d'un produit pour atteindre un autre but que notre jouissance actuelle. Nous pouvons le souhaiter, l'acheter, et le consommer dans le but de produire une nouvelle portion de richesse qui se trouvera sullisante, non-seulement pour nous rembourser notre avance, mais pour donner en outre un intérèi proportionné au temps qu'elle aura duré, et un profit proportionné i la peine que nous aurons prise, à l'intelligence que nous aurons déployée dans la conduite de l'opération. C'est ainsi qu'un teinturier consonune de l'indigo ou de la cochenille pour colorer ses étoffes. Ce n'est point pourla jouissance qu'il consomme ces produits; il les détruitnéanmoîns; mais il fait passer leur valeur dans un autre produit (l'étofTe); et cette
• Slorrti, t. I. p. 752.
COMMKMAIHK SUR STOliCII. 9t7
roQtfminiaUon perptHue la valeur ooiisominée, en même temps qu'elle liil varier la forme matérielle sous laquelle celle valeur se manifesto.
lir, quand un nouveau produit est consommé de cette manière, c esl-à-dire, reproductivement, et que sa valeur nouvellement créée se perfietue. on conçoit qu*il y a une nouvelle portion de capital dans la société.
ci'cst en cela que consiste l'épargne. Elle ne consiste pas à ne point conMMomer; tous les produits continuellement créés sont coniinuelleoient consommés, et il se consomme autant de valeurs dans un pajis où il se fait des accumulations que dans un pays où il ne 8>n fait |ioiDt; mais I épargne utile, celle qui forme de nouveaux capitaux, ooDsiste à consommer |)our la reproduction,au lieu de consommer pour la jouissance les valeurs nouvelles que nous procurent nos revenus.
ïjss sALAaiÉs*. — Il nVst pas aist' de comprendre quels sont ceux que l'auteur , M. Slorcli ) désigne par le nom de Salariat. En français ce niim s'applique aux hommes qui travaillent pour le compte d*autrui d sous la direction de la personne qui leur |)aie un salaire. En ce sens les ouvriers sont des salariés. Mais il serait extravagant de dire qu'ils mt prennent |¥>int de |»art à la production. D'ailleurs, d*après d'autres pMSages, notamment du chapitre u du livre ii ci-dessus, il parait que IL Storrk comprend les ouvriers dans ce qu'il appelle ici trataiUeurt
\oudrait-il désigner par <a/aric5 les hommes dont les travaux ne pmcurent directement aucun produit matériel, tels que les fonctionaairirs publics, les médecins, les prêtres, les comédiens, toutes ces dasses, en un mot que Smitk appelle à tort, selon moi, improductive? Alors pourquoi ne pas aborder franchement la doctrine et les dénomiaalKHis de Smith Y El|iourquoi ne pas rêlùler victorieusement la doc- Inne de ceux qui regardent ces classes comme productives d'une ulililf susceptible* aussi bien ({u'aucune autre, de se vendre et de fuuniir un revenu ;
R£VB!llb SKUlNbAIRBS KT RKVKNtS PaiMITIPS DE STOBCH'. — Il CSt
à préaumer que ce que l'auteur apiielle un revenu âecondaire est celui que consomment les classes que Smith appelle improductives. Ainsi, d'après la nomenclature de M. Morch^ quand un manufacturier appelle uu chirurgien qui par une o|N'*rHtinn délicate lui sauve la vie, la somme
qu'il paie à cet habile praticien, fait partie du revenu primitif du m nufacturier et du revenu secondaire du chirurgien. Mais comment ui même somme peut-elle faire partie de deux revenus? Comment ui même valeur peut-elle être consommée deux fois; une fois po satisfaire aux besoins du manufacturier; une autre fois pour satisfai aux besoin de l'opérateur? On ne peut pas tirer (Tun sac deux mouiun dit un proverbe populaire.
L'embarras où l'on s'est trouvé pour résoudre celte difficulté viei je pense, de ce que l'on n'avait point, même après Smith^ envisagé soi toutes ses faces et dans toute son étendue le grand phénomène de production, de la distribution et de la consommation des richesses. 1 question me semble, au contraire, résolue par la doctrine établie du mes ouvrages.
11 est au-dessus du pouvoir de l'homme de créer ou de détruire u seul atome de matière; qu'est-ce donc que rhoknme crée en proda sant de la richesse ? une utilité qui a une valeur.
Cette utilité est quelquefois attachée par lui à une matière. Quai un manufacturier avec de la filasse fait de la toile, il loge, par lemojf de ses opérations, dans de la filasse une utilité qui a de la valeur, crée alors un produit matériel; mais ce n'est pas la matière dece pn duit qu*il crée : c'est son utilité, sa valeur.
L'utilité d'un service rendu a une valeur, aussi bien que ceUe qi résulte des travaux d*un manufacturier, puisqu'elle peut de méa devenir l'un des termes d'un troc, d'un échange, d'une vente. Cet utilité est donc aussi une richesse créée. Toute la différence qu'on pe remarquer entre elle et celle qui a été attachée à la toile du manufa turier, c'est que l'utilité qui résulte du service personnel, n'est att chée à aucune matière. C'est un produit immatériel qui peut se vendi mais dont il faut que Tacquéreur se serve immédiatement. Il estco sommé k mesure qu'il est créé.
Lors donc qu'un chirurgien fait une opération qui soulage un man facturier, ils font entre eux échange dans lequel le manufacturier do ne un produit matériel, fruit de ses travaux (ou, ce qui revient j même, l'argent qu'il en a tiré ), et le chirurgien un produit immatér» un secours, fruit de ses travaux également. C'est un troc équital de deux valeurs créées, et par conséquent de deux portions de ricb ses véritablement produites.
La création de ces deux valeurs diverses a donné naissance à de
reirenus : celui du manufacturier, d'une part; celui du chirurgien de Tautre. Après avoir changé mutuellement les utilités résultant de leurs trtYtux, chacun d'eux a pu, de son côté, consommer l'utilité acquise pir lui, le manufacturier pour le besoin de sa santé, le chirurgien pour ses vêtements ou sa nourriture. Il a pu y avoir deux consommations, parce qu'il y avait eu deux productions.
Quant i la nature de l'un et de l'autre revenus, elle est absolument la même. 11 n*y a pas de différence entre le revenu primitif et le revenu mmdaire. 11 y a un revenu partout où il y a une nouvelle valeur produite. On peut par des échanges successifs mettre cette valeur sous la forme que l'on veut quand elle est jointe k une matière; mais sous quelque forme qu'elle se montre, elle constitue toujours le même re- Tenu, jusqu'à sa consommation; époque où cette portion de revenu cesse d'exister.
Lbs maisons d'habitation et les jardins d'agrément ^ — Un jardin d'agrément, une maison d'habitation fournissent un revenu immaliriel, une jouissance, que le propriétaire du fonds , quand il ne la eonaomme pas lui-même, vend à un locataire. Le locataire achète cette Jouissance et donne en paiement une autre portion de revenu prove* mot d'un autre fonds (de son industrie, de ses capitaux, ou de ses terres.) Cet échange conclu, le locataire emploie à son usage, consomme le service que lui rendent chaque année, chaque jour, chaque heure, le jardin et la maison. Et le propriétaire consomme de son côté les valeurs matérielles qu'il a reçues pour son loyer, ou, ce qui revient IQ même, celles qu'il achète par leur moyen.
Comme dans le cas des services personnels, il y a deux utilités, deux valeurs produites, par conséquent deux portions de revenus: eOes ont été troquées, puis consommées par les personnes qui les ont aequises dans cet échange, mais il n'y a pas deux emplois du même levenoy eomme l'auteur semble le croire.
U parait aussi confondre le revenu avec le prix qu'on en tire. Du Moment qu'un homme a créé, par lui-même ou par ses instruments (les capitaux ou ses terres) une valeur nouvelle, il s'est créé une portion de revenu. Quelles que soient les transformations qu'il fait subir à eette valeur par des échanges successifs, elle constitue toiu'ours le
' Storch, t. 1, p. 270.
iu'il paie à cet habile praticien, fait partie du revenu primitif du lufacturier et du revenu secondaire du chirurgien. Mais commenl même somme peut-elle faire partie de deux revenus? Commenl même valeur peut-elle être consommée deux fois; une fois satisfaire aux besoins du manufacturier; une autre fois pour satii aux besoin de Topérateur? On ne peut pas tirer d'un sac deux niow dit un proverbe populaire.
L'embarras où Ton s'est trouvé pour résoudre cette difficulté i je pense, de ce que l'on n'avait point, même après Smith^ envisagé toutes ses faces et dans toute son étendue le grand phénomène < production, de la distribution et de la consommation des richesse question me semble, au contraire, résolue par la doctrine établie mes ouvrages.
11 est au-dessus du pouvoir de l'homme de créer ou de détruii seul atome de matière; qu'est-ce donc que Thomme crée en pn sant de la richesse ? une utilité qui a une valeur.
Cette utilité est quelquefois attachée par lui i une matière. Q un manufacturier avec de la filasse fait de la toile, il loge, par le^j de ses opérations, dans de la filasse une utilité qui a de la val| crée alors un produit matériel; mais ce n'est pas la matière de€( duit qu*il crée : c'est son utilité, sa valeur. i
L'utilité d*un service rendu a une valeur, aussi bien que ofll résulte des travaux d'un manufacturier, puisqu'elle peut de. devenir l'un des termes d'un troc, d'un échange, d'une venM utilité est donc aussi une richesse créée. Toute la différence qu' remarquer entre elle et celle qui a été attachée à la toile du nr turier, c'est que l'utilité qui résulte du service personnel, a*' chée à aucune matière. C'est un produit immatériel qui peut s mais dont il faut que l'acquéreur se serve immédiatemeoL I sommé è mesure qu'il est créé.
Lors donc qu'un chirurgien fait une opération qui i facturier, ils font entre eux échange dans lequel le j ne un produit matériel, fruit de ses travaux même, l'argent qu'il en a tiré ), et le chiru un secours, fruit de ses travaux de deux valeurs créées, et par ca ses véritablement produites.
La création de ces deux v»
COMMENTAIRE SUR STORCIl. 299
revenus : celui du manufacturier, d'une part; celui du chirurgien de Tautre. Après avoir changé mutuellement les utilités résultant de leurs travaux, chacun d*eux a pu, de son côté, consommer i*utililé acquise par lui, le manufacturier pour le besoin de sa santé, le chirurgien Lfour ses vêtements ou sa nourriture. Il a pu y avoir deux consomatioris, parce qu'il y avait eu deux productîonSp Quant à la nature de l'un et de l'autre revenus^ elle est absolument ^iDéme« 11 n*y a pas de difTérence entre le revenu primitif et le revenu iaire. Il y a un revenu partout où il y a une nouvelle valeur pro- On peut par des échanges successifs mettre cette valeur sous 16 que Ton veut quand clic est jointe à une matière; mais sous le forme qu'elle se montre, elle constitue toujours le même rejusqu'à sa consommation; époque ou cette portion de revenu (d'exister.
I MAISONS d'habitation ET LES JARDINS D*AGnéHEEfT ^ — Un jardin lent, une maison d'tiabitalion fournissent un revenu immaune jouissance, que le propriétaire du fonds, quand il ne la ne pas lui-même, vend à un locataire. Le locataire achète celte nce et donne en paiement une autre portion de revenu proveautre fonds (de son industrie , de ses capitaux , ou de ses fCet échange coiicLii,le locataire emploie à son usage, confie service que lui rendent chaque année, chaque jour, chaque I jardin et la maison. El le propriéLaire consomme de son coté imatcriyllcs quil a reçues pour son loyer, ou, ce qui revient , ceUcsquii îichèti* pur leur moyen, dans le cas des services personnels , il y a deux utilités, ars produites, par conséquent deux portions de revenus: \ troquées, puis consommées par les personnes qui les ont ^V^^ms cet échange, mais il n'y %pas deux emplois du même l'auteur semble]
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