SS
qu'il paie à cet habile praticien, fait partie du revenu primittf du manufacturier et du revenu secondaire du chirurgien. Hais comment une même somme peut-elle faire partie de deux revenus? Comment une même valeur peut-elle être consommée deux fois; une fois pour satisfaire aux besoins du manufacturier; une autre fois pour satisfaire aux besoin de l'opérateur? On ne peut pas tirer (Tun sac deux moutitret, dit un proverbe populaire.
L'embarras où l'on s'est trouvé pour résoudre cette difDculté vient, je pense, de ce que l'on n'avait point, même après Smith^ envisagé sous toutes ses faces et dans toute son étendue le grand phénomène de li production, de la distribution et de la consommation des richesses. La question me semble, au contraire, résolue par la doctrine établie dans mes ouvrages.
11 est au-dessus du pouvoir de l'homme de créer ou de détruire uo seul atome de matière; qu'est-ce donc que l'homme crée en produisant de la richesse ? une utilité qui a une valeur.
Cette utilité est quelquefois attachée par lui à une matière. Quand un manufacturier avec de la filasse fait de la toile, il loge» par le moyen de ses opérations, dans de la filasse une utilité qui a de la valeur. H crée alors un produit matériel; mais ce n'est pas la matière deœ poduit qu'il crée : c'est son utilité, sa valeur.
L'utililé d*un service rendu a une valeur, aussi bien que celle qui résulte des travaux d'un manufacturier, puisqu'elle peut de mèoie devenir l'un des termes d'un troc, d'un échange, d'une vente. Cette utilité est donc aussi une richesse créée. Toute la différence qu'on peot remarquer entre elle et celle qui a été attachée à la toile du manufacturier, c'est que l'utilité qui résulte du service personnel, n'est attachée à aucune matière. C'est un produit immatériel qui peut se vendre, mais dont il faut que l'acquéreur se serve immédiatement. Il est consommé à mesure qu'il est créé.
Lors donc qu'un chirurgien fait une opération qui soulage un manufacturier, ils font entre eux échange dans lequel le manufacturier donne un produit niatcricl, fruit de ses travaux ( ou, ce qui revient au même, l'argent qu'il en a tiré ), et le chirurgien un produit immatériel, un secours, fruit de ses travaux également. C'est un troc équitable de deux valeurs créées, et par conséquent de deux portions de richesses véritablement produites.
La création de ces deux valeurs diverses a donné naissance à deux
1 : celui du manufacturier, d'une part; celui du chirurgien de Après avoir changé mutuellement les utilités résultant de leurs :, chacun d'eux a pu, de son côté, consommer Tutililé acquise » le manufacturier pour le besoin de sa santé, le chirurgien » vêtements ou sa nourriture. Il a pu y avoir deux Consomly parce qu*il y avait eu deux productions, t à la nature de l'un et de l'autre revenus, elle est absolument e. 11 n'y a pas de différence entre le revenu primitif ei le revenu tre. Il y a un revenu partout où il y a une nouvelle valeur pro- On peut par des échanges successifs mettre cette valeur sous e que l'on veut quand elle est jointe k une matière; mais sous 3 forme qu'elle se montre, elle constitue toujours le même reiisqu'à sa consommation ; époque où cette portion de revenu 'exister.
uisoNS d'habitation et les jardins d'agrément ^ — Un jardin aent , une maison d'habitation fournissent un revenu immaune jouissance, que le propriétaire du fonds, quand il ne la ime pas lui-même, vend à un locataire. Le locataire achète cette Qce et donne en paiement une autre portion de revenu prove* un autre fonds (de son mdustrie, de ses capitaux, ou de ses ) Cet échange conclu, le locataire emploie à son usage, coule service que lui rendent chaque année, chaque jour, chaque le jardin et la maison. Et le propriétaire consomme de son côté »urs matérielles qu'il a reçues pour son loyer, ou, ce qui revient ne, celles qu'il achète par leur moyen.
ne dans le cas des services personnels, il y a deux utilités, 'aleurs produites, par conséquent deux portions de revenus: Ht été troquées, puis consommées par les personnes qui les ont is dans cet échange, mais il n'y a pas deux emplois du même , comme l'auteur semble le croire.
ralt aussi confondre le revenu avec le prix qu'on en tire. Du it qu'un homme a créé, par lui-même ou par ses instruments ûtauxou ses terres) une valeur nouvelle, il s'est créé une portion enu. Quelles que soient les transformations qu'il fait subir à aleur par des échanges successifs, elle constitue toigours le
qu'il paie à cet habile praticien, fait partie du revenu primitif du manufacturier et du revenu secondaire du chirurgien. Mais comment une même somme peut-elle faire partie de deux revenus? Comment une môme valeur peut-elle être consommée deux fois; une fois pour satisfaire aux besoins du manufacturier; une autre fois pour satisfaire aux besoin de Topérateur? On ne peut pas tirer (Tun sac deux moutures, dit un proverbe populaire.
L'embarras où l'on s'est trouvé pour résoudre celte difficulté vient, je pense, de ce que l'on n'avait point, même après Smith^ envisagé sous toutes ses faces et dans toute son étendue le grand phénomène de la production, de la distribution et de la consommation des richesses. Li question me semble, au contraire, résolue par la doctrine établie dans mes ouvrages.
11 est au-dessus du pouvoir de l'homme de créer ou de détruire un seul atome de matière; qu'est-ce donc que l'homme crée en produisant de la richesse ? une utilité qui a une valeur.
Cette utilité est quelquefois attachée par lui à une matière. Quand un manufacturier avec de la filasse fait de la toile, il loge, par le moyen de ses opérations, dans de la filasse une utilité qui a de la valeur. H crée alors un produit matériel; mais ce n'est pas la matière de ce pro> duit qu'il crée : c'est son utilité, sa valeur.
L'utililc d'un service rendu a une valeur, aussi bien que celle qui résulte des travaux d'un manufacturier, puisqu'elle peut de même devenir l'un des termes d'un troc, d'un échange, d'une vente. Cette utilité est donc aussi une richesse créée. Toute la différence qu'on peut remarquer entre elle et celle qui a été attachée à la toile du manufacturier, c'est que l'utilité qui résulte du service personnel, n'est attachée à aucune matière. C'est un produit imnuUériel qui peut se vendre, mais dont il faut que l'acquéreur se serve immédiatement. Il est consommé à mesure qu'il est créé.
Lors donc qu'un chirurgien fait une opération qui soulage un manufacturier, ils font entre eux échange dans lequel le manufacturier doDne un produit matériel, fruit de ses travaux ( ou, ce qui revient au même, l'argent qu'il en a tiré ), et le chirurgien un produit immatériel, un secours, fruit de ses travaux également. C'est un troc équitaUe de deux valeurs créées, et par conséquent de deux portions de richesses véritablement produites.
La création de ces deux valeurs diverses a donné naissance à deux
COMMENTA IBK SUR STOliCH. 999
celui du nuinuracturier, d*unc part; celui du chirurgien de Pautre. Après avoir changé mulueilemenl les utilités résultant de leurs Invaux, chacun d'eux a pu» de son eôlé, consommer Futilité acquise par lui, le manufacturier pour le besoin de sa santé, le chirurgien pour SCS Yétements ou sa nourriture. Il a pu y avoir deux eonsomnatioos, parce qu*il y avait eu deux productions.
Uuant à la nature de l'un et de l'autre revenus, elle est absolument ta Bénie. Il n*y a pas de difTérence entre le revenu primitif ei le revenu mamdmire. Il y a un revenu partout où il y a une nouvelle valeur produite. On peut par des échanges successifs mettre cotte valeur sous b Corme que l'on veut quand elle est jointe à une matière; mais sous quelque forme qu'elle se montre, elle constitue toujours le même revenu, jusqu'à sa consommation ; époque où cette portion de revenu eesse d'exister.
Lss HAiso?is D'HABrrATioN ET LES JARDt?fs D'ACRtesNT '. — Un Jardin d'agrément, une maison d*habitation foumisseut un revenu immatériel, une jouissance, que le propriétaire du fonds, quand il ne la I pas lui-même, vend à un locataire. Le locataire achète cette I el donne en paiement une autre portion de revenu provenant d'un autre fonds (de son industrie, de ses capitaux, ou de ses terres.; Cet écliange conclu, le locataire emploie à son usage, eonaoouiie le service que lui rendent chaque année, chaque jour, chaque heure, le jardin et la maison. Et le propriétaire consomme do son oùlé las valeurs matérielles qu'il a reçues pour son loyer, ou, ce qui revient au même, celles qu'il achète par leur moyen.
t:omaie dans le cas des services persîonnels Jl y a deux utilités, valeurs produites, par conséquent deux portions de revenus: ont ëtê troquées, puis consommées par les personnes qui les ont aequises dans cet échange, mais il n'y a pas deux emplois du même reveoUf conune Fauteur semble le croire.
U parait aussi confondre le revenu avec le prix qu'on en tire. Du ■K»f-nt qu'un homme a créé, par lui-m(^me ou par ses instruments ^•es capitaux ou ses terresi une valeur nouvelle, il s est créé une (lortion de revenu. Quelles que soient les transformations qu'il fait subir à celle valeur par des échanges successifs, elle constitue toi^ours le
5iorcb. I. 1. 1*. 3«(i.
300 œUVRES DIVERSES.
même revenu. I^s échanges font paraître ce revenu sous différentes
formes successives, mais c'est toujours le même.
Le numéraire considéré comme une assignation sur les marchands^ — Cette fiction me semble inadmissible. Le numéraire n'est point une simple assignation pour recevoir une marchandise qui est encore chez le marchand; car là où il y a une assignation, Tassignation et la marchandise k laquelle elle vous donne des droits , ne forment qu'une seule .et même valeur; tandis que le numéraire est en lui-même une valeur, et la marchandise qu'on va acheter chez le marchand, en est une autre. Ce sont deux marchandises, deux valeurs, que l'on troque Tune contre l'autre.
Les fictions sont quelquefois utiles pour faire entendre un raisonnement, une doctrine ; mais il faut toujours qu'elles représentent un cas réel.
Profits a tirer des capitaux\ —M. Storch, dans trois de seschapitres a voulu donner une idée de ce qu'il appelle le revenu primitif du capitaliste; et il ne parle que du revenu qu'il tire de son capital prêté. Mais le profit qu'un capitaliste tire de son capital lorsqu'il le fait valoir luimême, est, si j'ai bien compris l'auteur, un revenu primitif y dans le sens qu'il attache à ce mot; et cependant il n'en est point question id. Puisque l'auteur voulait parler du revenu primitif seulement, il me semble qu'il aurait dû rechercher quelle valeur peut naître d'un capital en œuvre, soit par un emprunteur, soit par le propriétaire luimême, et ne point compliquer cet ordre d'idées avec celles qui n'ont rapport qu'à l'intérêt, au loyer, de ce même capital.
Emprunts publics^. — Les gouvernements emprunteurs ont presque entièrement renoncé à emprunter en viager. Le prêteur en viager peut difficilement disposer de son titre et rentrer à volonté dans son capital. Le prêteur, au contraire, à qui Ton délivre un titre non remboursable, mais qu'il peut vendre à la bourse, réalise son capital du moment qu'il veut lui donner un autre emploi, ou du moment qu'il conçoit des craintes sur la solvabilité du gouvernement son débiteur. Il peut perdre un tant pour cent, si la rente baisse; mais aussi il peut gagner si elle hausse.
C'est en Angleterre que l'on s'est aperçu d'abord de l'immensité des prêts que l'on peut obtenir du public au moyen de cette dangereuse
• Slorih. {. J, I». 28:». — - Ibid. p. aai. — '• Ibid. p. 338.
COMMENTAIIU: SLIi STOliCII. 3(H
farililé arrordce aux prêteurs : et conimo les moyens de tirer de Fargent dcf peuples scNit ce que les gouvernements apprennent le mieux les uns des autres, il y a maintenant peu de puissances en Europe, quelles que soient d'ailleurs les formes de leur administration, qui n'empruntent sur des inscriptions de rentes perpétuelles en aiguisant quelquefois Tavidité des préteurs par des primes, des lots, et autres appâts qui sont toujours, de même que les intérêts, des additions aux charges des contribuables.
Il en résulte un effet vraiment extraordinaire, et qui, sur un premier énoncé, ressemble à un paradoxe, c*est que Ténormité des emprunts publics, loin d*élre le signe de la oonflance qu'inspirent les gouvernements, est au contraire reffet de leur discrédit Ils ont pu trouver des traitanUi qui ont contracté avec eux pour des sommes immenses, parce que ces traitants ont toujours compté se défaire aisément de leurs litres en les vendant sur la place; et ces traitants ont trouvé des arlieleurs pour les rentes de cette nouvelle puissance, parce que ces acheteurs, k leur tour, ont compté sur la facilité de vendre les mêmes litres i la première alarme, et dans l'espace de vingt-quatre heures. Tn bon intérêt couvre la perte k laquelle on est exposé par la baisse des
COUTk
Heureux les peuples, si les capitaux , levés de cette manière, avaient toujours été employés pour accroître leur prospérité intérieure, au lieu de servir à de coupables entreprises contre l'indépendance et le bonheur des nations !
Rivnrs Po?iaias >. » Voilà le principe de M. David Ricardo [ Prtnftpk$ of fUitieal éemumy and taxation^ ch. il. ^ Hais au lieu d'en conchire comme M. Storek « que les terres les plus fertiles déterminent • le taux de la rente de toutes les autres, » M. Ricardo en infère que ce sont les moins fertiles qui règlent la rente des autres, et que cette rente ne consiste jamais que dans l'excès du produit des bonnes terres sur les mauvaises.
!!• pourrait-on pas dire plutôt que ce ne sont ni les unes ni les 1^ prix du Ué, et en général des produits de la terre, est déter- \ par la proportion entre l'offre et la demande, entre la quantité qoe Ton peut faire pousser à tel prix, et la quantité que Ton peut en ' au même prix.
«amb, cl. pp. Si» et m.
Lorsque la population d'un État et sa richesse lui permettait de consommer une plus grande quantité de blé à un prix {rios élevé, œ prix permet de cultiver des terrains plus médiocres et plus frayants: tous ceux qui valent mieux rapportent un peu plus; mais ce ne sont ni les uns ni les autres qui sont causes de cette augmentation de profit. C'est l'état de la société; c'est une plus abondante prodoctîoQ de tous les autres produits qui permet qu'on en offre davantage en échange de la môme quantité de blé.
Il y a eu de tous temps de grandes controverses relativement au revenu des propriétaires fonciers, qui fait le sujet de ce chapitre*
Les économistes du xviii* siècle prétendaient que c'était Tunique revenu sur lequel vivaient les nations, et que le travail ne mettiit aucune valeur nouvelle dans la société.
^ Adam Smith maintient que les terres concourent avec le travail à fournir leur contingent à la masse de nos richesses.
Malthus est du même avis.
Buchanan (commentateur de Smith), Ricardo, Tracy^ Sismondi^ maintiennent que le travail seul est productif, et que si les propriétaires du sol parviennent à se faire payer le concours de leur instrunient, ce n'est qu'une valeur qui passe d'une poche dans une autre; de celle des consommateurs dans celle des propriétaires.
J'avoue que je ne peux découvrir aucune utilité pratique dans ces controverses, quoique M. Ricardo dise dans la seconde édition de aoo ouvrage ( page 67 ) : « La parfaite intelligence de ce principe est, selon moi» de la plus haute importance pour la science de l'économie politique; » je craindrais bien plutôt que des discussions trop étendues et trop abstraites, ne fissent dégénérer une science de faits, de choses, en une série d'abstractions qui auraient le fâcheux effet de décrier l'économie politique en la détournant des applications, et la faisant dégénérer en argumentations sans utilité, quelquefois fatigantes pour le lecteur.
Cependant, pour qu'on ne m'accuse pas de n'oser prononcer une opinion sur ce sujet, je dirai que je regarde la terre comme un inatrunent qui, de même que beaucoup d'autres agents naturels, concourt à d(mner aux choses une utilité dont nous faisons notre profit, et que noua sommes disposés en conséquence à payer par d'autres produits, fruits de nos travaux. Partant elle produit des valeurs échangeables: et par conséquent des richesses. Le sol élabore les sucs dont se forment nos fruits, de même que le soleil les colore. Le consonunateur, à la vérité.
COMMKNTAIRi*: SUH STORCII. 303
or pûe pM au soleil son utile concours, parée qu'aucun propriétaire n'a pu s'emparer de ses rayons et les céder pour de l'argent; tandis que relui qui a enclos un champ, s*est fait payer le service du sol, qui sans cela aurait été gratuit : mais devons-nous regretter cette circon>lancc ? I^orsque la terre est à tout le monde, elle ne produit rien pour fiersounu ; car alors |)crsonne ne veut faire l'avance de ses frais H de S4\n pointas f)our la cultiver. Que les rayons du soleil n*aient point de propriétaires, il importe peu à la production ; leur action n*cn est |iaa moins efficace, et n'exige point d'avances; mais si la terre n'en avait point, elle resterait en friche et nous serions tout à fait privés de aea produits, dont nous pouvons du moins jouir maintenant en payant uor rétribution assez légère aux propriétaires fonciers.
Paorrr di l BiiTaspRENEta d'itidustrib^ —M. SCorcb ne donne pas a beaucoup près, aux fonctions des entrepreneurs d'industrie, Tim* portance qu'il devrait leur donner.
tn entrepreneur d'industrie, c'est à-dire, un agriculteur, un manubclurier, ou un négociant, est celui qui, à ses périls et risques, entreprend de fournir à la société les produits dont elle a besoin. Il apprécie les frais de production que nécessitera un produit; il préjuge la valeur qu'il aura étant terminée; il rassemble tous les éléments d'une entreprise, en compose l'administration et le régime. Comme il a perpéUidlemenl des achats et des ventes à faire, des conveotions de toutes aoitea à conclure, il doit connaître les hommes et les affaires, évakwr les risques, prévoir les vicissitudes du commerce, Tinfluence de la paii, de la guerre el des mauvaises lois. La réunion des qualités et dea tatoola qui sont nécessaires pour faire prospérer, et pour soutenir seulement une entreprise industrielle, établit une espèce de monopole en laveur des hommes qui sont en état de la concevoir, de la former el de la conduire. Ceux qui manquent de pruilence et de lumières, ne tat pas longtemps concurrence à ceux qui en sont pourvus. Telles sont les causes qui établissent, pour les entrepreneurs, des proflts indépen- I leurs capitaux, et lort su|MTieurs au salaire d'un simple com- \ en chef, qui ne court aucun risque pour son compte, touche son irailaiieDt dans toutes les suppositions, et ne hasarde ni ses fonds, ■i sa réputation, en cas de mauvaise fortune.
Certes ni Adam Smitk^ ni les «'écrivains qui l'ont copié, en confondant les profits de l'entrepreneur d'industrie avec les profits de son capital
• ^utrth, t. I. |i. 37λ.
304 4>:iJVRES DIVERSES.
(profits ofStock)y n'ont donné un tableau fidèle des faits qui se passent tous les jours sous nos yeux.
Je sais qu'il est fort difficile de distinguer ce qui, dans la production, est dû k Tentrepreneur, de ce qui est dû à son capital. Le même outil fait plus d'ouvrage conduit par des mains adroites, que lorsqu'il l'est par des mains inexpérimentées. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a une partie de l'ouvrage qu'il faut attribuer à l'outil, et une partie qui est Fœuvre de la main qui le guide; et il serait fort utile dans la pratique de pouvoir en faire la distinction. Un manufacturier, par exemple, a un capital de 50,000 francs, et par son habileté il fait , tous les ans, un bénéfice de 25,000 francs, c'est-à-dire, un bénéfice égal i 50 pour cent de son capital; mais sur cette production annuelle, on ne sait pas quelle valeur est due à l'action de l'entrepreneur et quelle i l'action de son capital. Cependant pour augmenter une aussi bonne affaire, il emprunte, ou il trouve un commanditaire qui quadruple ses fonds, et les bénéfices sont portés de 25 à 100 mille francs par an. De bonne foi» le commanditaire est-il fondé à réclamer les 75 mille francs d'accroissement dans les bénéfices, et l'entrepreneur ne peut-il pas lui dire i aussi bon droit : « C'est la manière dont j'ai fait travailler ce capital » additionnel de 150,000 francs, qui lui a fait produire ce profit. Il » est donc le fruit de mon talent. ^
Il y a même des cas où le capital, comme outil, ne produit réellement aucune valeur. Supposez que le propriétaire d'une usine, d'un moulin à papier, par exemple, cherche à la vendre, et que nul acquéreur ne se présente à aucun prix. Le propriétaire se décide en conséquence à la faire travailler pour en retirer du moins le profit de ses soins et celui du fonds de terre sur lequel elle est bâtie. Il est évident que dans cette entreprise, il n'y a pas un sou du produit pour le capital. S'il y en avait eu, un acquéreur, ou un locataire se serait présenté et en aurait donné un prix quelconque, dont il aurait été indemnisé par le profit du capital.
On voit que malgré la difficulté que l'on rencontre à distinguer les profits de l'industrie de ceux du capital, il y a dans la pratique beaucoup de cas où il serait utile de faire cette distinction, et qu'il serait très-digne des économistes politiques d'en établir les bases.
De l'impôt* •— M. Storch est à ma connaissance le seul économiste
« Htorch, 1. 1, p. 42y.
COMMKMAIIU: sut STt)IU:il. 305
fHihUqiir qui repartie les etTets do Timp^t sur le prix des marchandises comme n'«'*Unt pas du ressort de la scienee qu'il professe.
i.'im|MM est une partie des frais do proiiuction, el il ne sérail pas didirilo de prouver qu'il en est une partie nécessaire. Il est donc impossible de le né^li{;er dans 1 étude de tous les phénomènes qui accompagnent la production, phénomènes (|u*il complique à un trè^-haut degré.
Il joue un très-grand rôle dans la distribution des richesses en ce qu'il transporte aux uns des valeurs produites par les autres.
Knfin il pourvoit à une partie importante des consommations d'une nation, dernier terme et objet ihial que se proposent la production et la distribution des richesses.
l'iie législation financière qui ne serait pas éclain'^ des lumières do rrronomie politique serait digne des Arabes BcMlouins.
La nc^NAiB ii*EST PAS LA MESURE DES VALbURs*. — U* numéraire, la mcMUiaie ou l'argent ( car dans l'usage commun ces mots sont syno* n; mes , ne nous sert k apprécier les valeurs des choses, que parce qu*il a lui-même une valeur, nés lors, une plus ou moins grande quantité de numéraire d(*signe une valeur plus ou moins forte ; mais il partage ces propriétés avec toutes les autres marchandises. Il est bien évident que lorsque nous disons : Telle chose vaut autant que douze mesures de grains, et telle autre n'en vaut que six, nous exprimons Tidée que la première a deux fois autant de valeur que la seconde.
On préfère cependant évaluer les choses en numéraire; c*(»st parce que la valeur du numéraire est mieux connue de nous que celle de la plupart des marchandises. >ous savons fort bien tout ce qu'on peut avoir pour f â francs ou 13 roubles, à cause de la grande habitude que nous avoas d'acheter, ou du moins de marchander les objets dont noua avfffisbeiMMn; tandis que nous sommes obligés de fain' un calcul pour uvoir quelles chos«*s on peut obtenii- en échange de 1^ hectolitres de W. C'est et* qui fait que Ton prend communément l'argent |>our |>oint de comparaison des valeurs; mais, ni une quantité d'argent, ni une quanblè de quelque autre objet que ce soit, n'est une véritable mesure <irft valeurs, parce que rien n'a une valeur invariable. Le caractère d'une
ttriure est de conserver l'idi^e d'une grandeur. Nous avons une idée
'Urte d'une longueur de douu* mètres. Itans cent ans, douze mètres
<taiirroat à nos neveux une id«H) parfaitement juste de la grandeur
.L II. pp. lo: H 13?.
i. 1. «%T. — IV. 80
que nous entendons par là ; mais, dans cent ans, douze francs, quelque invariable que soit le litre des monnaies, ne donneront aucuoe idée de ce que nous entendons aujourd'hui par une valeur de 12 francs.
Il n'y a donc nulle précision dans celte proposition, que la monnaie est la mesure des valeurs.
Quant aux bo&ufe dont Homère évalue les armes de Diomède, c*était une belle et bonne monnaie de métal qu'on appelait un bœuf^ parce qu'elle portait l'empreinte d*un bœuf, comme on appelé un louis, une monnaie qui porte Tempreinte d'un roi de ce nom. ( Voyez Gomier, Histoire des monnaies^ tome 1, page 133. )
— Ce n'est pas parce qu'un pays est riche, que la monnaie d*or y a cours préférablement à l'argent ou au cuivre. C'est parce que des deux métaux dont on est également autorisé à se servir pours'aequitter en monnaie, l'or est celui avec lequel on peut s'acquitter avec le plus d'avantage.
En Angleterre, avant le papier-monnaie, qui a commencé en 1798, avec une livre d'or ( poids de troy ) au titre des monnaies, on hrappait 44 guinées et demie qui faisaient 46 liv. slerl. 14 s. 6 deniers. ; et comme le monnayage était gratuit, toute personne qui portait une livre d'or à la monnaie, obtenait cette somme. Or, on pouvait en général acheter sur le marché la livre d'or, au même litre, pour le prix de 46 liv. slerl. Ils. Par conséquent, lorsqu'on payait en monnaie d'or^ on s'acquittait de la première de ces deux sommes au moyen de la dernière.
C'était tout le contraire pour l'argent. Une livre d'argent, au titre, était transformée par le monnayage en une somme de S liv. sterl. as.; et si l'on voulait acheter une livre d'argent, au litre, sur le marcbé,oo était obligé de la payer, prix moyen, 3 liv. sterl. 4 s. Si Pon atait effectué un paiement en argent, on aurait oonséquemment fidt pawr une valeur de 3 liv. sterl. 4 s., pour 3 liv. 2 s. ; on aurait perda.Tous ceux qui avaient des paiements à faire étaient donc intéreaséa, plutAl que de payer en argent, à vendre leur métal au poids contre de la moaiiaie d'or, et à s'acquitter avec ce dernier métal. Et comme il n'est pas nécessaire d*avoir un paiement à efliectuer pour réaliser un pareil béoéfiœ, toutes les fois que le métal en lingot vaut plus que le métal bmb* nayé, les spéculateurs s'empressent de le retirer de la circulation pour le faire passer dans le creuset, et bientôt on ne trouve plus pour opérer les ventes et les achats que le méral qui vaut bIus en monnaies qB*il
COHHRNTAIRK SUR STORCII 307
ne Taut on lingoU. Cest ce qui était arrivé en Angleterre. ( Voyez Smith, lîv. f,eh.5.)
On voit que cet efTet provenait de ce que la loi établissait entre la valeur de for et celle de l'argent un autre rapport que celui du cornfmrce. Elle évaluait Tor trop haut et Targent trop bas.
Kn fabricant de nouvelles monnaies dans ces dernières années, ou a refait la mtaie faute « et le m^me oflet s'en est suivi.
Ijp rapport de la valeur des deux métaux est actuellement en Angle terre sur le marché, suivant un taux moyen, comme 1 esta 15,716; r'est-i-dire, que pour acheter 1 once d'or, il faut donner 15 onces et 716 millièmes d'argent. Or, d'après la loi, la quantité d'or fln est A la quantité d'argent fm qui se trouve dans une môme somme de monnaie, comme 1 est A 1 4,387, c'est-i-dire, que pour s'acquitter en argent il faudrait acheter un métal qui coûterait 15,716, et le faire passer pour 14,987. Afin d'éviter cette perte énorme, on fera, sans aucun doute, les paiements en or, en cette monnaie nouvelle qui vaut une livre sterling, et que l'on a baptisée du nom de mvereign pour flatter la ▼anité du monarque.
Avec une semblable législation, les particuliers seraient fortement iolêreasés i se procurer avec de l'or des monnaies d'argent pour Jes fendre, les vendre en lingots contre de l'or, et recommencer la même opératkm i mesure que le gouvernement firapperait de nouvelles pièces d'argent ; et de son cAté le gouvernement devrait racheter les mêmes Bogota et les réduire en pièces, qui suivant ses propres lois vaudraient aoms que le métal dont elles seraient faites. Hais c'est ce que le goufCfuqpent se garde de faire ; il ne ftuppe en argent que des coupures q«i n*oot pas le poids; et après avoir fait une loi ridicule; il est réduit à la nécessité de ne pas Pexécuter. Cest là que conduit cette manie de ^ pluUVt que de céder à l'autorité de la raison, d'anciena erre- Bta reconnus mauvais par les hommes éclairés de toutes les nations. Le respect des antécédents, de ce que les Anglais nomment les précédents, est maintenant ce qui borne Tessor de FAngleterre.
Iles motifs du même genre font que les particuliers préfèrent en Wnon s'acquitter avec de la monnaie d'argent. En s'acquittant en or ib perdraient le faible agio que la monnaie d'or gagne sur celle d'argent, à somme égale. La faute est encore, comme on voit, d'avoir voulu lier par la loi un rapport entre la valeur de l'or et celle de l'argent ; rapport qui» par la nature des choses et la vicissitude des besoins, ne
saurait être invariable. Mais comme la loi française a été Taîte à udc époque où Ton consultait les hommes instruits ( fépoque de la r^uUique), on a rapproché autant qu il était possible le rapport légal de celui du marché. Néanmoins comme le prix du marché éprouvera de grandes variations, on sera forcé, une fois ou Tautre, de rendre la loi monétaire tout à fait raisonnable en ne flxant aucun rapport entre les deux métaux, et en se bornant à frapper en monnaie des grammes d'or et des grammes d'argent et à relater sur Tempreinte le nombre des grammes et le degré de fin du métal.
Un résultat assez singulier de la situation actuelle des monnaies de France et d'Angleterre, c'est qu'il ne peut pas y avoir de pair entre les changes réciproques des deux pays. En effet, le change est au pair, quand le papier sur Londres, que j'achète à Paris, me procure à Londres précisément la même quantité d'argent fin que j*ai payée à Paris. Mais si l'argent dont je paie des lettres de change, me procure de l'or, je ne peux plus comparer ces deux quantités de divers métaux; Il quantité d'argent que j'obtiendrai à Londres, ne dépendra plus du cours du change, mais du prix qu'aura, dans cette dernière ville, Targent en lingots contre de la monnaie courante, qui est de l'or. Ce prix est perpétuellement variable, et le pair d'un moment, si on pouvait le connaître, ne serait plus celui de l'instant d'après.
Des billets de confiance ^ — M. Storch ne parait pas être tout i fait fixé sur les caractères qui distinguent un signe. Il dit avec beaucoup de raison que la monnaie n'est pas un signe, quoique avant la publication de mon Traité d^Économie politique on l'aprelât généralement de ce nom. Mais alors pourquoi a-t-il dit précédemment que le numéraire représente toutes les autres richesses? S'il en fait le représentant des autres richesses, il en fait un signe, une chose qui tire son mérite des choses qu'elle représente et non d'elle-même, tandis que la monnaie a une valeur qui lui est propre, une valeur qu'elle tire de ses usages, de même que toutes les autres choses évaluables. Un écu de 5 francs et un couteau de 5 francs font ensemble une valeur de 10 francs : si Féco était simplement le signe et le couteau la marchandise 'signifiée, Féca et le couteau ne vaudraient ensemble que 5 francs, comme une lettre de change de 1000 francs et le sac de 1000 francs qui sert à l'acquitter ne font ensemble que mille francs.
« Storcb.t. Il,p. 139.
COMMENT. \IKh SUU STt)IU:il. 309
Iji iocond lieu, il met dans la m^mc cal«'*j;orie les billets de banque H les |ia|)iers- monnaie, deux objets d'une nature essentiellement dif- ItTente. Par billets de Ranque on entend évidemment, non des billets comme ceux de la banque d'Anf^lelerre qui étaient un papier-monnaie, puisque les lois autorisaient tous les déhitiMirs, tous les acquéreurs, à acquitter en cette monnaie, le prix de leurs engagements et de leurs marchés. Te sont donc des billets que l'on est libre de refuser, qu'il entend |iar billets de banque ; des billets qu'on n'accepte qu'en raison de la conliance où l'on est que la banque en paiera la valeur à présentation en espèces; des billets de confiance en un mot. Sous ce rap|>ort, il a raison de les nommer un siyne : ils n'ont aucune valeur autre que celle des espc^ces qu'ils donnent le droit do recevoir à volonté. Il n'en est pas de nu^me'd'un pa|>ier-monnaie. Sans entrer dans ce moment dans les motifs qui lui donnent de la valeur, il a une valeur qui lui est propre, puisiiu'il ne donne droit à aucun remboursement, et que c'est vf>lofitairi*ment qu'un marchand livre une autre marchandise en échange du papier-monnaie. Il a donc une valeur qui n'side en lui et qui n'est pas celle de la marchandise qu'il peut acheter. Sous ce rap* pttrt il remplace complètement la monnaie, (jui nest pas simplement un signe, mais une marchandise ayant une valeur que l'on échange au besoin contre une autre marchandise qui a une valeur de son côté. Ijorsque l'Angleterre avait trente millions de papiers-monnaie en circulation, au lieu de trente millions sterling en or qu'elle n'avait plus, die èUit aussi riche qu'auparavant ; seulement sa monnaie, quoique valaol autaint en somme, était faite d'une autre matière. Il est vrai que celle valeur de papier n'avait aucune valeur hors d'Angleterre : mais ce n'est pas une condition de la richesse de |)osséder de la valeur êgalemcnt partout. Il y a beaucoup de marchandises qui n'ont de valeur que dans certains pays, comme le caviar en Russie, les reliques eu Lspague, et i|ui sont iiéaninoinsjKnir ces pays-tà des richesses propor- Uonntfvs à leur valeur. Les niarrli.iiuliMVs tirent li-ur valeur, c'est-àdire la qualité qui eu fait des riclii'sses, de leur usii^e, nirme dans un »tnil |ia\^. Trient li* p^qùiT-nionnaie, qui n'uiplit tuult*s lt*s fonctions d'une monnaie, jusipi'à la (*oiK'urreiu*e de sa valoir ut qui est une jHirtKm de richesse proportioimte <i cette valeur.
I^es liillt* S de conliance sont donc un signe, et le papier-monnaie ^itv marchanJi^*.
3fO OEUVRES DIVERSES.
Proposition de David Ricardo d*unb nouvelle monnaie db papiek ^ — Sans doute les métaux précieux ont, sur presque toutes les autres matières, un mérite décidé pour remplir les fonctions réservées à la monnaie; mais ils ont l'inconvénient d*étre dispendieux. Grftce aux monnaies métalliques de France, la France emploie pour ses circulations de marchandises, un agent qui lui coûte de premier achat deux milliards, et qui pourrait être suppléé par une matière beaucoup moins chère. La monnaie ne nous sert point en vertu de ses prq>riété8 physiques. Ce n'est pour nous ni un objet d'ornement, ni un outil dont nous mettions en usage le poids, ou le tranchant ou la dureté. Une seule qualité nous importe dans la monnaie : c'est qu'elle ait de la valeur et qu'elle la conserve du moment où nous l'acquérons par une vente jusqu'à celui où nous nous en séparons par un achat; or, Fexpérience nous prouve que cette qualité peut résider dans des billeCa de confiance, et même dans une monnaie de papier, qui ont en outre sur l'argent l'avantage d'être promptement comptés et plus facilement transportés; avantage qui, pour un objet qui devient successivement la propriété de tant de personnes différentes, est digne aussi de quelque considération.
Ce sont ces considérations qui engagèrent M. David Ricardo k publier son excellente brochure intitulée Proposais for an econamieal oui secure currency, dont l'objet est essentiellement de proposer un papier de confiance dont la valeur ne pourrait jamais tomber au-dessous de l'or, parce qu'il serait perpétuelleinent remboursable à présentation contre de l'or en lingots; et qui resterait forcément dans la cirealation, par la nécessité où serait le public de s'en servir comme interaiédiaire dans les échanges, A défaut de pièces métalliques qu'on ne lui livrerait pas. Une très-petite quantité d'or en lingots suffirait pour soutenir la valeur d*une fort grande quantité de billets; car les besoias de la circulation empêcheraient qu'on ne recourût à un remboursemeot extrême : on irait recevoir l'or en lingots quand le besoin du métal se ferait sentir; mais quand on ne voudrait de la monnaie que pourCiiredes paiements, on prendrait incontestablement du papier. D'ailleurs, si quelque motif de méfiance menait un grand nombre de porteurs de bilM» à la caisse, reffet d*un pareil remboursement serait de diminuer la
* Sloich,t. Il, Ml.
r.OHMRNTAIRK SUR STORCH. SIf
fioamw (le la monnaie en circulation, et par conséquent dVn nW(*illor la dniiande.
Celle Mêe ingénieuse et fondée sur une connaissance proroniie des l-hénoménes monétaires, ne laisse qu'une question non résolue : Qui devrait jouir de rintérèt de cette somme considérable mise dans la cirrolalioii? Serait-ce le gouverncmenl? lue ne serait pour lui qu'un moyen d'augmenter les abus, tels que les simVun-s, la corruption parlementaire, le nombre des délateurs de la police, et les armées permanentes. Serait-ce une compagnie Unanciëre comme la Ranque d'Angtelerre» la Banque de France? Mais k quoi bon Taire i une com^ pagnie d*actioanairea déji riche, le cadeau des intérêts payés en dé lail par le paMic? Si Ton n'a jusqu'k présent su Taire mieux, iloit-on reeommencer les mêmes sottises i perpétuité, ri dmmer un nouveau dèreioppement à un ancien abus? Telles stNit les questions «|ui naissent à ce sujet; peut-être ne sont-elles pas insoluNes; |ieul-être y at-«l des moyens de rendre hautement profitable au public, réconomie qai en résulterait; mais je ne suis pas appelé à dévelo|ipcr ici ce MQvel ordre d'idées.
QciLU» soirr les vÉarrABLBS citsRs qui font p.%8SEr dbs olanmtê omsiDÊiutLEs a'ARCBirr m Asie'? — Je ne pense pas que les fvibaiaaeaients soient la véritable cause qui fasse annuellement passer Ià9 millions de piastres (environ 50 millions de flrancs) en Asie. Iians In pays où les propriétés particulières ne sont pas protégées par les ta» eomre l'autorité absolue du gouvernement et de ses agents, je sais fM Ton cache aon argent beaucoup plus qu'on ne le Tait en Eumpe; ■MMBoins, on sait dans TOrient, comme dans rckrident, quels intékMi oq perd en condamnant l'argent A l'oisiveté. r>e plus, l'argent en- W, quoiqu'il soit perdu quelquefois, revoit-il le plus souvent la lumère dans le moment du besoin, ou quand les craintes se dissipent. Biaa ka pays d'Asie soumis A la domination anglaise (et l'on sait cornkim ib sont vastes) ; la propriété est protégée, non contre les impôts, Ma eoQlre les spoliations individuelles qui sont celles qui prevoquenl b eolbuiasements.
Il hat donc chercher des causes plus importantes, des causes per- PHaallement agissantes, de ce transport courant de métaux précieux, «t surlOQt d'argent, dans les pays de l'Orient. La cause immédiate
'teck. I. n.p. :i(i.
est d'abord la plus grande valeur qu'ils ont dans ces lieux-là par rapport aux marchandises. On porte les métaux précieux d*Oocident tu Orient, parce que le même poids en argent achète plus de choses en Asie qu'en Amérique. Et pourquoi en achète-t-il plus ? C*est parce que TAsie est plus productive en une infinité de 'choses, et ne l'est pas en argent; et queFAmérique au contraire en produit beaucoup.
Je crois en outre que l'Asie est, comme la plupart des pays du monde, au siècle où nous vivons, dans une progression croissante; soo agriculture, ses manufactures, son commerce s'étendent tous les jours; par conséquent ses produits, ses richesses, sa population. Il lui but donc plus d'ustensiles et de monnaie qu'il ne lui en fallait : comme il en faut davantage à TEurope, par la même raison, et sans qu'il se fasse en Europe des enfouissements capables d'influer sur la valeur des métaux précieux.
C'est ce besoin, graduellement croissant, qui, malgré l'augmentation amiueile du produit des mines, par suite d'une meilleure exploitation, ne permet pas que la valeur de cette marchandise aille en se dégradant, du moins d'une manière sensible.
Le crédit suppLÉE-T-iL AUX CAPITAUX M — Il ne m'est pas possible de partager en ceci l'opinion de M. Storch^ et je le fais remarquer parce que son sentiment est très-généralement reçu, et que, par son mérite, cet auteur est fait pour donner un grand poids à ce que je crois être une erreur^
Lorsqu'un fabricant a vendu à crédit à uu marchand, pour une somme de dix mille francs, il a dans le fond procuré au marchand la même facilité que si celui-ci avait eu à sa disposition un capital de dix mille francs ; mais en même temps le fabricant a été privé de l'espèce de facilité que lui aurait procurée cette somme ; comme, par exemple, d'acheter des matières premières ou des machines, de salarier ud plus grand nombre d'ouvriers, en un mot de donner plus d'extensico à son affaire. Que si l'on dit que le fabricant de son côté a pu jouir de la même facilité et obtenir de ses fournisseurs le même crédit qu'il accorde à ses acheteurs, c'est alors le capital des fournisseurs qui procure cet avantage aux acheteurs.
Prenons-y garde, les capitaux ne sont pas des valeurs fictives qui se multiplient par le crédit, (le sont des valeurs réelles comme celle qui
» Slorrh, l U, p. 233.
COMME.NTAïaK SUK STOKCII. 313
reskle vn un oulîl, un instrument : celui qui confie une machine à une •uUv persionne moyennant un loyer, se prive |ien<ianl ce temps de lu- M^e de »a machine. Il en est de niùme d'un capital. Il ne saurait servir drus fois dan» le ni<>me temps. Le cri'dit ne Tait pas naître |)our un sou de valeur capitale; mais il fait souvent passer une valeur capitale oisive, dan» une main où elle fructifie. C'est là son unique, son |;rand avantage. l>tie considération me semble fondamentale en matière de cn'dit; ri M elle Test, que deviiMit la doctrine que le crédit est, comme la monnaie, «n inslruntent pour 0|)énT des échanges ? Kt la doctrine, que la rircuiation ne peut prospérer sans ie secours de /a confiance? \jà circulation ne serait jamais plus active et plus profitable, que si chacun, poï<4séilan( tout le capital 4|ue rét*lame son industrie, toutes les ventes rt lou!i les achats se faisaient au comptant. Il ne faudrait pas |>our cela une plus fsrosse Sf)mnie capitale; mais il faudrait qu'elle fût autrement disUibutH*.
IIKSCAISKS Ol'l r.OMRIBrF.>T A ^LEVKU LE T.U'V DE l/l>TÉIItVr EN lU'S-
MK. — M. STORt'.H compare avec raison la llussie aux Ktats-llnis. Tou'i deux sont des |uiys neufs, où les produits d*un vaste territoire trouvent des détiouchés dans un commerce maritime ; mais pourquoi le taux de TnitértH est-il modéré aux Ktats-Lnis, tandis qu'il est exoaisir en Kussie? l'auteur est loin d'en assigner toutes les causes; mais elles coïncident toutes en ceci que les accumulations annuelles sont |4us faciles et |»lus considérables aux Etats-rnis.
Vh^^que dis|iosé que soit le |>euple russe k prendre un tres-prand
rsMir industrieKon ne |H*ut se dissimuler qu'il est encore loin d'être aussi
industrieux que les Américains. Aux Klats-Unis, tout le monde travaille.
Lr propriétaire du plus vaste domaine en est lui-même le fermier.
Ses enfants, toute la famille, mettent la main à l'œuvre. Indé|iendam-
mrfit de MM1 territoire, la nation américaine exploite les mers; elle est
d«-ja, apK-srAii^leterie, la nation la plus conimen*ante du globe. Les
|iffulîls de cette immense industrie agricole et de cette immense nidus-
tne riHnniercialf, |KTnietlent îles acciiinulations de capitaux plus rapi-
«ii-s que Ie5 profits d'une induslhi* moins uiiiversi^lle rt nniins éclairée.
Tandis qu'un ^eiglleur russe fait Imtir di*s palais et U*s meuble avec
lu\e; tandis qu'il c<»iiM»ninie le mtvmv |M*rsoniiel d'une multitude de
yrwy. tandis qu'il absorbe dans .ses voyages et |»ar 1rs séjours qu'il
' *lur«b. t. II. |>. ;hl
fait dans l'étranger, la majeure partie de ses revenus, le capitaliste américain dépense en travaux productifs le fruit de ses épargnes. Aux Etats-Unis le navigateur enrichi devient armateur. Tous les bras, toutes les tètes, tous le^ capitaux sont employés utilement, et favori^ sent de nouvelles accumulations.
Ces accumulations sont d'autant plus faciles, que le gouvernement américain n'enlève au contribuable qu'une portion à peine sensible de ses revenus ; et tandis que l'on solde, sous le nom d'armée russe, qua* tre à cinq cent mille gendarmes, destinés à remettre un prétendu te» ordre en Europe, l'Amérique se défend par ses milices, elle n'a point de cour à nourrir et ne dépense pas un sou en congrès.
Il est inutile de conseiller a une nation de prêter a une autre, ou DE LUI emprunter ^ — La véritable économie politique expose les faits, et en fait connaître les causes aussi bien que les conséquences; mais elle donne peu de conseils. Telle est aussi en général la méthode de M. Storch , dont le présent ouvrage rend d'émînents services a cette science. Pourquoi abandonne-t*il quelquefois cette excellente méthode? Pourquoi dit-il : // faut qu'une nation songe à se procurer dm capitaux avant de songer à en prêter^ etc.? Est-ce un conseil qu'une nation peut suivre? s'assemblera-l-elle pour délibérer qu'il faut faire des accumulations ; qu'il ne faut pas faire de prêts? Son gouvernement, en le supposant dirigé par des motifs de bien public, doit-il, peut-il par des lois de police, par des traités, tendre à procurer des capitaux à un pays, ou Tempécher d'en emprunter? Non, en aucune façon : Laisses faire et laisses passer ^ voilà la meilleure politique.
Sont-ce les particuliers que l'on voudrait conseiller dans l'intérêt du pays? Mais quel homme sensé se flattera jamais que les particuliers écouteront d'autres conseils que ceux de leurs intérêts personnels? Quand une nation est industrieuse ( et par ce mot j'entends toujoun qu'elle joint l'instruction et l'esprit de conduite qui dirigent bien, à l'adresse et à l'activité qui exécutent de même) , quand une nation est Industrieuse, dis-je, les capitalistes prêtent à ses entrepreneurs, parce que les fonds des premiers ne sont pas aventurés, parce qu'ils rapportent de beaux profits. Quand la nation n'est pas industrieuse, ses capitalistes envoient leurs fonds dans l'étrangen ce qui est un malheur, car il vaudrait mieux que ces capitaux tissent travailler et
* storch, t. Il, p. 391.
gagner U nalkm; mais ce n*esl |K>inl en conseillant de ne pas faire MCtir les capitaux, qu on les retiendra : c'est en rendant la nation industrieuse par de bonnes lois, par un gouvernement peu cher, et en favorisant le progrès des lumières et la liberté des communicalions. Kt remarquei bien que l'économie politique ne conseille même pas de favoriser les lumières et les communications; elle montre seulement pour quelles rai«ons l'industrie et les richesses en sont les résultats. Au reste, toutes les manières dont une nation prêtes une autre, dont les particuliers d'une nation prêtent à ceux d*une autre, sont caractéiisées par M. Slarch avec une sagacité qui dénote un auteur aussi haliile à observer les faits qu'à en discerner les conséquences.
pAPiEa-aoi«!«AiB^ M. Storch prouve très-bien que la valeur des papiers-monnaie ne repose en aucune façon sur la confiance ; pourquoi donc les place-t-il dans cette partie de sou ouvrage qui est consacrée au crédit? Il n*y a rien de commun entre les papiers- monnaie et le crédu. Les idées qu'il présente au véritable économiste politique sont méfiie opposées. C'est lorsque les billets de conRance sont discrédités et que l'on refuse de les recevoir pour leur somme iiommale,que Tautonté décrète qu'on les recevra forcément sur ce pied. Si les billets de la Banque d'Angleterre avaient conservé autant de valeur que l'or, le ministre Piii aurait-t-il eu besoin, eu 1797, d'autoriser cette compagnie à ne pas acquitter ses engagements, c'est-à-dire à faire banqueroute? >oQ, ce n'est point l'opinion qu'un papier-monnaie sera remboursé qui lui conserve dans la circulation une valeur quelconque ; ce sont les motifs que l'auteur signale dans ce chapitre, et principalement le l>efoin qu'éprouve une nation d'avoir un instrument des échanges. Le besoîo liait naître la demande de cette marcluindise appelée Papier* wtommate: la quantité, la somme demandée, contradictoirement balancves avec la quantité oOerte . celle que le gouvernement fait mettre dans la circulalioii , établit sa valeur sur le même pied que celle de toutes les autres nurchaiidises. Ces proportions sont devenues de» renies prouvéï'S depuis les nombreuses expériences faites de nos jours, ftwiUniment depuis les nuctuntioiis des billets delà Banque d'Angleterre, que Ion a ramenés au pair de l'or, ou à peu près, en bornant U «jmme eu émission. Heaucoup d excelleiiLs écrits publies en Angle- ^fxt^ au sujet de ces événements, ont jele le plus grand jtuir sur eette
316 OKUVRKS DIVERSES,
matière. On peut même à cette occasion faire un rapprochement i curieux, c*est que les billets de la Banque d'Angleterre n'ont jamais été plus dépréciés que postérieurement à 1811, lorsque le parlement eut la bonhomie de décréter , sur la proposition de lord Sianhope, que les billets qui perdaient 25 pour cent sur les métaux précieux, avaient néanmoins conservé leur valeur; et que les mêmes billets n'ont en effet repris leur valeur qu'en 1821, époque où Ton a avoué franchement et généralement ce qui était vrai, que les billets de banque avaient été dépréciés parce qu'on en avait trop émis.
Des billets a ordre et des lettres de change '• — H est impossible de partager sur les billets de confiance l'opinion de l'auteur. Les lettres de change et les billets à ordre remplissent réellement et complètement les fonctions du numéraire. On les reçoit en paiement d*une marchandise que Ton vend, et on les donne en paiement d'une marchandise qu'on achète. Un effet de commerce qui a vingt endosseurs, a servi à effectuer vingt paiements. Un marchand en gros paie le manufacturier avec un effet que lui a souscrit le marchand eo détail; le manufacturier paie ses matières premières avec le même billet, etc. Le terme de l'échéance a beau être éloigné, l'effet de commerce a une valeur actuelle, c'est-à-dire, sa valeur nominale moins l'escompte. S'il n'y a point d'escompte à déduire sur un billet de banque payable à vue, cest parce que son échéance est toujours arrivée, et que Ton peut en recevoir le montant le jour même. Du reste entre un billet de banque et un effet à terme, il n'y a aucune différence, ils sont de même nature, t:
Il ne faut pas non plus, je crois, représenter les espèces métalliques, ou les valeurs, sous quelque forme qu'elles soient, qu'une lettre de change ou un billet à terme représente^ comme des valeurs qui attendent, dans la caisse ou dans le magasin, le moment où l'effet sera éebu et présenté. Ce sont des valeurs employées, des valeurs qui travaillent à la production jusqu'au jour de l'échéance; et ce n'est que la veille de ce jour que l'accepteur les fait arriver dans sa caisse pour satisfaire à son engagement.
L'obligation d'un accepteur a précisément les mêmes effets, quanti la circulation, que l'obligation d'une banque qui s'oblige à payer des effets au porteur. L'échéance, le degré de confiance peuvent influer
• Slonh. t. II. p. i2T.
COMMKMTAIKK SliK SKIIICII. 317
sur la valeur des deux papiers; mais ils remplissent lous deux roflice d'une monnaie, jusqu'à ronciirrencp de leur valeur, auprès de tous ceux qui consentent k les recevoir.
Je ne sais pas la raison pour laquelle M. Storch^ repn*sente la monnaie comme circulant on sens contraire de la marchandise. îa monnaie, les efTets de commerce, les denrées de consommation, les services persoimcis, tout ce qui se vend et s*acliète, est marchandise. <k?s choses sont des portions de richesses qui se troquent contre d'autres portions de richesses pour aller chercher les besoins des hommes, parce qu'elles ont des usages fort divers; mais elles ne vont point nécessairement les unes dans un sens, les autres dans un antre. Une M>mme en argent que l'on échange contre une somme d or ; une terre que Ton échange contre une maison de ville, sont des choses de même nature , qui vont dans des sens divers se ranger dans les mains qui veulent s'en servir. On en peut tiire autant des effets de commerce, •I des papiers-monnaie, quoique le fondement et l'origine de leur valeur ne se ressemlilent point.
CsMTLBS HTPOTHiCAiRBS*. — C*est un Taîtconstant et reconnu que des billets qui ne sont pas remboursables, quoique garantis par une hypothèque territoriale, ne peuvent remplir l'oflice de monnaie ; mais Tauteur a tort, je pense, d'étendre cette réprobation i tous les papiers, promeases, comme les billets k ordre et les lettres de change. Qu'est-ce quiemp^he unecédule hypothécaire de circuler comme monnaie? Cesl que, dans le fait, elle n'est jamais reml>oursable en monnaie, en biens mobiliers, transportables, divisibles en petites coupures et propres i tous les achats comme la monnaie.
Dans la lianque de Secours^ établie en Uussie on 1797, on prometlait à la «enté de les rembourser au l)out de 25 ans; mais cette promesse était illusoire; car sur quels Tonds pouvait-on les rembourser? Quel garant avait-on que la noblesse olM^rée en 1797, ne le serait plus :I5 ans plus tard; et si elle était encore ol)érée alors, pouvait-on supposer que le gouvcniement russe, qui n'avait agréé cette opéraliOB que pour la préserver d'une expnipriation, se prêterait alors à faire vendre les terres des nobles, servant de gages aux ci*dules ? Fautil Mre surpris que ces billets hypotliinraires |)eiilissent contre desa.s- M^nats qui n'mplissaient rollice de monnaie '
• ^bvrrh. I. II. |». k^,
318 «JËUVRES DIVERSES.
Il n'en est pas ainsi des effets de commerce. Lorsqu'ils sont souscrits par des gens solvables, leur acquittement est certain ; ils peuvent done être reçus, sous la déduction de l'escompte, et comme paiement, soit par les personnes qui veulent les garder jusqu'à l'échéance pour le bénéGce de l'intérêt, soit par les personneslà qui la nature de kan affaires donne le moyen de les passer en paiement à d'autres créanciers.
En somme, toute promesse peut remplacer le numéraire, si elle est actuellement et promptement exigible en monnaie; et nulle promesse qui n'est pas exigible ne peut le remplacer. Un louis d'or lui-même, s'il n'était pas facilement échangeable contre de la menue monnaie, cesserait bientôt de remplir Toflice de monnaie, et ne passerait plus que comme un lingot.
Le COMMBItCB DES ÀSSVRANCBS II*EXIGE PROPRBVERT POINT DE aPH
TAUX 1. — Les assurances n'exigent proprement point de capitaux. Les primes payées par les assurés doivent être regardées comme one contribution mise en commun pour dédommager celui d'entre eux dont la propriété périra.
I^ classe commerçante, celle qui exerce l'industrie commerciale, au contraire, a toujours besoin de capitaux, et en a toujours remploi, si elle veut étendre son commerce. Ses capitaux sont employés depuis le moment où elle paie les marchandises qu'elle achète, Jusqu'au moment où elle est payée des marchandises qu'elle vend. Lorsqu'elle a de gros capitaux elle achète comptant et vend à terme.
Les particuliers qui escomptent des .effets de commerce, ou qui prennent des actions dans les banques, ne sont pas proprement des commerçants; ce sont des capitalistes qui avancent leurs fonds A gens occupés à les faire valoir.
Les seules richesses sociales sort susceptibles d'être consoi- ■ÉES ^. — Toutes ces notions (celles données à ce sujet par M. Storcb), tirées presque textuellement des premières éditions de mon Traité d'Économie politique, ont reçu quelques modifications dans les der nières éditions du même ouvrage, et dans les autres ouvrages que j'ai publiés depuis; car si j'ai dédaigné les critiques que le seul besoin d'obtenir ou de conserver les faveurs du pouvoir a dictées, j'ai profité avec soin de celles que l'amour de la vérité a suggérées, lorsqu'elles n'ont semblé judicieuses.
• Storch, t. Il, p. 449. ' * Ibid. p. 466.
r.OllSitMAlRK Srii STORCIi. 119
Détruire rmUHté n'est piA une expression pârraiiemenl synonyme de oetle-cî : Dêiruire^ eonsomtner des rickes%es: il Taul de plus que celle ■lîliliè ail été donnée par l'industrie, qu'elle ait coûté des Trais de proliiclion, et qiA ces Trais aient été détruits par l'usage» qu'on a Tait du produit. Quand nous respirons Pair atmosphérique, nous détruisons la propriéié qu'il a de soutenir la vie, nous le dénaturons, lui ôtons no utilité; mais nous ne consommons |)oint de richesses, |Mirce que nous M détruisons pas sa valeur; et nous no détruisons passa valeur, fÊiCt qu'il n'en a jamais eu. L'utilité qui se trouve dans l'air respirable ml une fort grande richesse, sans doute; puisque nous serions borriblemeot misérables, ou plutôt nous n'existerions pas si nous en étions privés; mais c'est une richesse naturelle, une richesse qui nous est doo- ■ée gratuitement et sans mesure, et qui ne pouvant devenir une propriéié exclusive, ne pouvant ni croître ni diminuer, ne Tait point partie las richesses qui sont rofajel des études de l'économie politique.
Quelles sont donc les richesses dont cette science s'occupe? Ce sont la seules richesaes sociales, ces richesses qui sont Toodées sur le droit If propriété, droit qui n'existe qu'en vertu des conventions sociales; K tool ces richesses qui sont le Truit de l'action combinée de notre industrie, de nos capitaux et de nos terres cultivées; et qui se distribuent à ceux qui doivent les consommer par le moyen des échanges, clique qui ne peut avoir lieu que dans l'état social. Voilà ce qui ncrile k ces richesses le nom de ititke$se$ soeiaie$p et à la science qui les étudie, le nom d'Eamomie paliiique.
(Ir, le mot consommation ne peut s'appliquer qu'à cette dernière «péct* dt^ richesses. Nous ne |H>uvons consommer que l'utilité que nous ivons donnée, que l'utilité qui, conséquemment, a une valeur échan- ^Me. t:'est dans ce sens uniquement que éesirueiiim ttuiiliié^ dmirmc- 'mm de taiemr» eonsommaiiam^ sont des synonymes.
Sm LES raocaÈs PtTtas de la Ri»sit*.^ Les maux dont se plaint 'auteur dans la lin de ce chapitre, pourraient se réparer tous par aoc instruction plus généralement répandue. L'industrie, l'aisance, la avilisation et la bonne conduite sont filles des lumières. De là l'heu- "««iBe influence que la rôTormation a exercée sur la moralité et les ri* tesaesdes peuples qui ont embrassé le protestantisme ; influence dont a rrligion grecque peut réclamer sa parL
• Mardi. Mil, p. 7&.
Au reste, la Russie a beaucoup à attendre du temps. La naturel donné à son peuple de Taptitude pour Tindustrie : la preuve en eA dans les progrès qu'elle a déjà faits malgré le despotisme du gouve^l^ ment et la servitude de la glèbe. Ces progrès suivent même une marche accélérée, Taccroissement rapide de la population Tatteste; car h population ne croit jamais sans que Tindustrie et la production annuelle ne croissent également. Biais tout cela n'est rien en comparaison des progrès futurs qui sont réservés à la Russie, si elle est assez sage pour favoriser dans sOs vastes et fertiles Etats, Tinstniction élémentaire, Tagriculture, les arts et le commerce intérieur, le plus important en tous les pays du monde, et surtout dans un pays qui embrasse à lui seul vingt-cinq degrés de latitude. Rien ne prouverait mieux Timpéritie de son gouvernement, que de négliger des avantages ' intérieurs assurés et immenses, pour se mêler des tracasseries diplomatiques de l'Europe. Dans ce cas-ci, les vues les plus étroites sont celles qui s'étendent au dehors. Si la Russie avait un souhait i former relativement à ses relations extérieures, ce serait d'avoir, au sud et à l'est, des peuples qui ne fussent pas des barbares et avec lesquels elle pût communiquer d'une manière à la fois, commode, fréquente et sûre.
La balance des valeurs produites et des valeurs consoiiMÉgs EST une balance ILLUSOIRE ^ — Il arrive rarement que l'on s'égare en suivant les traces de Smith; cependant je crains que M. Siorch^ en consultant l'ouvrage de ce grand homme, plutôt que la nature des choses, n'ait ici suivi une route qui l'a entraîné dans un dédale obscur.
Smith établit (liv. IV, chap. m) qu*il y a une balance qui indique les progrès ou la décadence d'une nation, balance qui n'est point celle du commerce, mais la comparaison entre le produit annuel et la eossommation annuelle, il dit qu'une nation qui consomme plus de produits qu'elle n'en crée, s*appauvrit; et qu'elle s'enrichit dans le cas contraire.
Le fait est quune nation n'épargne aucun des produits qu'elle crée. On ne crée jamais un produit que pour s'en servir, pour le détruire; il n'aurait point de valeur sans cela; car sa valeur ne lui vient que (le l'usage qu'on en peut faire en le consommant; or, n'ayant pas
• Storct, t. III, p. Mi.
CUMMKNTAJUK SLK STOItCll. Ifl
de\^rieur. il ne serait pas un produit. Il n*y a donc point de balance ttiire la production el la consommation. Cette dernière égale toujours l'autre.
Dès lore, objectera- t-on, comment croissent les richesses nationales.' HlfS croiamnl quand le possesseur d*une valeur, au lieu d'acheter des produits pour la satisfaction de ses besoins et de ses goûts, s'en «rt pour acheter des services productifs qui lui procurent de nouvelles valeurs. Si je consacre six cents francs â mes besoins, cette valeur, QM fon mes besoins satisfaits, n*e\îste plus pour moi ni pour persoooe. Si j*en achète six cents francs de journées d*ouvriers pour la hire travaillera la confection d'un produit, je capitalise cette somme; le «pilai de la société est augmenté de six cents francs; el cependant cette valeur sera consommée improductivement comme si je Tavais (oosacrèe à mes besoins, puisque mes ouvriers et leurs familles la coQiacreronl aux leurs, et consommeront |K)ur six cents francs de produits en place de ceux dont je me suis abstenu. Dans un cas comme àan l'autre, la consommation brute aura été égale à la production bnile; on n'a besoin de supposer aucun excédant pour trouver une augmentation de capital. D'où vient-elle donc cette augmentation? De ce qu'en employant ma somme à rachat d'un travail je n*ai fait que Tavanrer; elle a été aliénet^ par moi et consommée improductivement rtr les ouvriers; mais ces ouvriers m'ont créé par leur industrie un produit neuf, une nouvelle valeur qui a remplacé Tancienne. Me troublât ainsi remboursé de mes avances, je peux les recommencer de biiiéme manière, et voilà un nouveau capital dans la société.
Vous voyez que Ton consomme improductivement les produits matmHs, et que par conséquent il ne faut point établir de balance entre (tui que l'on consomme improductivement et ceux que Ton s*imagine hniwment consommer d'une façon reproductive. On ne consomme reprodortivement que des services productifs, tels que ceux de l'indusine, des capitaux et des terres, parce que ces choses sont les seuls fcads desquels puissent naître des prrxiuits. On achète ces services avec dfi capitaux qui sont consommés à la suite de cet achat, après avoir paye tous les producteurs; et a^fi capitaux sont ensuite remboursés par la valeur des produits qui sortent de ces services.
L autour a senti confusément la réalité des faits que je décris dans frite note, puiM|ue, dans le luiragraphe suivant, il convient que .«i /r prûduit d*mne annrr surpassait la consommation (h la m/me annéf, 1/ y
.122 CEUVRES [)IVERSES.
aurait un excédant à consommer l'année suivante; phrase qu'il estiiD-
possible de concilier avec le reste de sa doctrine.
IL EST COMPLÈTEMENT INUTILE DE CHERCHER PAR LA THÉORIE QUELLES SONT LES PRODUCTIONS QUI HÉRITENT D'OCCUPER LB8 PRODUCTEURS*.
— Diaprés une nomenclature plus récente et adoptée en Angleterre comme en France, les deux défînitions un peu embrouillées de M. Storch pourraient être remplacées par celle-ci : L'industrie la plta productive est celle dont les produits coûtent le moins de frais de proiuttion. En eflet, les frais de production représentent les difficultés, le travail, la peine que coûte un produit; et Ton conçoit que si la quantité d^utilité produite coûte moins de travail, c'est comme si pour le même travail on avait plus d'utilité produite.
Majs si nous nous élevons à des considérations d'un autre ordre, i quoi bon même se proposer la question qui fait le sujet de ce chapitre? Voudrait-on donner à l'autorité le conseil de protéger rîDdoslrie la plus productive? Mais, comme le dit Smith^ nulle autorité ne se montrerait plus incapable de diriger à cet égard les eSbrls des partiealiers, que celle qui se croirait en état de le faire. L*écrivain même le plus éclairé le peut-il? N'est-ce pas à l'intérêt personnel seul à balancer les produits dont on peut s'occuper, en comparant les frais de leur production avec la valeur qu*ils peuvent avoir étant produits ? Y a-t-il quelques règles qui puissent valoir à cet égard Texpérience du plus mince entrepreneur d'industrie? Lui seul peut savoir k combien, dans sa localité, avec les circonstances qui l'entourent, son produit lui reviendra, et à quel prix il pourra le vendre dans celte même localité, avec les facultés et les besoins de ses consommateurs, dont personne ne peut juger mieux que lui.
Le consommateur sait quelle satisfaction il peut se promettre de telle ou telle consommation ; le producteur sait combien coûtera le produit qui peut procurer cette satisfaction. Si la jouissance vaut les frais, le consommateur demande le produit, et le producteur le crée.
Les Chinois, dit-on, paient fort cher les nids de salanganes {hirunio esculenta) ; c'est, suivant eux, un mets à la fois succulent et fortiGant. Si nous en faisions le même cas, et si nous consentions à payer les frais qu*il faudrait faire pour en apporter jusque dans nos villes, nous en trouverions dans nos bouti([ues de comestibles.
• storch. t. III, p. 61.
COMMENTAIRE SlîU STORCH. 323
DES PROGRÈS DANS L'INDUSTRIE COMMERCIALE ^ Il est bien diflicile (l'établir un parallèle entre les progrès des manufaclures et ceux du commerce. Les uns comme les autres ont été immenses et Ton ne peut pas bien savoir ceux qui leur sont réservés encore.
Peut-être ne faut-il pas considérer comme des progrès de la seule industrie commerciale, Finvention et Tusage des monnaies, des banques et des lettres de change, le perfectionnement de ces instruments a facimté les échanges nécessaires dans toutes les industries. Un fermier n'a-t-il pas besoin de vendre son blé, su laine, et d'acheter ses outils. Un manufactijyier n>^t-il pas obligé d'acheter ses matières premières et de faire la paie de ses ouvriers?
Les grands perfectionnements du commerce consistent dans la
facilité et le bon marché des communications entre les différents pays,
comme entre les différents cantons d'un môme pays. Les progrès de la
navigation, soit sur les canaux et les rivières, soit au travers des mers,
sont le trait le plus frappant des perfectionnements dont le commerce
peut se vanter. Cest la navigation , plus que tout autre procédé, qui a
rapproché les contrées les plus distantes, qui nousfait jouir à trè»-bon
compte des produits de la zone torride, et qui fait jouir la zone tor-
ride des étoffes, des quincailleries et des meubles que Ton fabrique
avec plus d'avantages dans la zone tempérée. On a vu des bâtiments
anglais transporter jusqu*à de la glace du cercle polaire au Brésil.
Le signe d'un commerce très*perfectionné, c'est lorsque des denrées se vendent à peu près le même prix à des distances fort grandes. Sous ce rapport, on peut dire que le commerce de sucre entre l'Amérique et l'Europe est plus près de sa perfection que le commerce du blé dans l'intérieur d'un grand royaume, comme la France, où il n'est pas rare de voir le blé dans une province deux fois aussi cher que dans une Autre. La nature en nous fournissant un grand mt>yen de communication qui est la mer a fait beaucoup en faveur du commerce. Les canaux navigables exigent pour être établis de grands travaux d'art, cl le génie fiscal est venu ajouter ses difficultés à celles de l'art. Je connais un pays où l'administration des ponts et chaussées a été assez iQepie,pour donnera ses agents l'instruction do porter les péages delà ^«vigation jusqu'au point de rendre cette voie presqu'aussi dispen- <^ieuse que le roulage, dans l'idée que le plus petit avantage suffirait
' Storcli. t. in, p. 70.