‹ Œuvres diversChapitre 91 sur 128 · ETIENNE DUMONT A J.-B. SAY · texte numérisé non relu

ETIENNE DUMONT A J.-B. SAY

(lenève, le 3f joinet 1829.

Je me reproche, mon digne ami, d*ètre si longtemps sans vous écrire, et cela parce que j'ai une chose désagréable i énoncer. Je n'ai plus l'espoir de réussir à faire l'article entre nous projeté, en réponse aux adversaires de l'utilité : je sens qu'il me faut plus de loisir et un tenqn plus long. Voilà de nouvelles attaquées, que je ne connais point enooie, de Benjamin Constant dans ses Etsais philosophiques^ de Uossi dans son Traité de Loi pénale qui ne vous est pas encore parvenu, de VEdinlmrgk Hevietv qui change d'avis pour la troisième fois, sans compter les voltigeurs du Globe^ les pionniers de la Revue française^ et une multitude de tirailleurs qui ne laissent pas de faire nombre : il n'est certainement pas difTicile de montrer l'absurdité des imputations de matérialisme, de sensualisme, d'égoîsme, et de renvoyer l'opprobre de cet calomnies à leurs auteurs ; mais il faut un bon plan de réfutation, un arrangement systématique, et surtout il faut connaître quelle est la tournure des nouvelles objections, qui, venant d'une plume habile, auront sûrement de quoi entraîner la plus grande masse de lecteurs. Je vois nécessité à diflerer pour faire un tout compact. Jr ne crois pas à des objections qui me soient nouvelles; mais toutefois il est impossible de travailler pour ainsi dire en Tair, et de porter des coups ii un ennemi qu'on ne voit pas. Indépendamment de cette raison, j'ai trouvé

* Le savant, le judicieux et modeste écrivain qui a mis en iomière et popularise les éertts de Jérémie Bentliam, avait promi» à M. J.-B. Say Tarticle sur W Principe de rvtilité, dont il est parlé dans la précédente lettre. 11 partit {tour ritalie avant d'avoir pu mettre (!eUe promesse à exécution, et il mourut dans son voyage, emporté par une atUque d'apoplexie. IVu «récrivains ont été plus universellement et surtout plus sincèrement regreUéi que lui, soit dans leur patrie, soit dans les i»a\s étrangers, et particulièrement en France et en Angleterre. 1 /estime qu'il avait inspirée à ses nombreux amis par la noblesse de son caractère, égalait celle qu'il leur inspirait par l'étendue de ses connaissances et par la justent de ion esprit. \ Cb. Cohie.}

AVPX r.TIFNNK DUMONT. 561

l'aulreu obtUcles dans des (HTU|yitioii8 qui m*ont absorbé; J*ai fait a^NÎlIlfir notre wcond Projet dr /;<nI^ pénale d après une révision d'un «cofid inHuile, e| celte o|)ératioii, quoique presque entiiTement nié- .-anique, in*a pris beaucoup de temps. Il en est de même pour un Pro- H d^ Cttdr de police, iW n*est |»as tout, un ouvrage sur nos prisons, livers articles Jouriiis à la Hihliothà^ut unif^eneile^ un article Toumi à ruiitaire, etc. : c'est plus qn*il nVn fallait pour occuper nion loisir, lepuis que je me suis mis en retraite à la campagne, et surtout plus pi'il n'en fallait pour une dispositicHi peu laborieuse, et un travail peu bâte en comparaison de ce qu'il était il y a quelques années. Quoique « ne puLsse pas me plaiiuire de ma santé, je sens touterois que la com- Hjsition me fatigue; ma l^t<* sêchaulTe, le sommeil se dérange aisé- Dent» je vais prendre un rongé d*un mois ou six semaines pour les lacs d'Italie, avw rintentioii dr |M>usser juH(|u'à Venise, si le mouvement du voyage me convient.

réprouve un double regret, mon cher compatriote, celui de ne pas remplir votre attente et de ne pas m*a.^socier à votre travail ; il y avait i-n moi mieux t|ue de lamour- propre dans le d<'*sir «le bien faire vakoir me» observations et de leur assurer uih' plus grande circulation immédiate et une plus longue dun'v^ car, quoique tous les ouvrages philosophiques soient destin«*s a en priNluin* de meilleurs* et qu'en particulier rt-conomie |iolitique uit tMinire di*s pnigrés ii faire, je crois 4u'il se passera un limg tem|»s avant que votre excellent recueil fause place à un autn* plus nourri, plus métliiNlique, plus clair et plus agréabl#> a lin*. J'aurais joui <ous tous les rapfiorts de cette honorable asiociation, t>t surtout île ci* t|u>lle aurait fiorté témoignage de notre amitié ft de «vs bons st»nlinients qui ne sont pas si communs entre L-rux qui courent la même carrière.

i> que je retire k présent, mon clier ami« c'est mou engagement à temps lixe ; car je ne renonct* pas à me placer mu» vos ailes dans une vconde inlition.

Je vous enverrai hientiM un petit |»aquet contenant ct> qui concerne noire prison iiênitentiaire, notn* tlode |N*nal, celui de |>olicu et quelques articles détachés. Je ne crois |ms que VIlilHmre «ce soutieniH*. L'auteur n'a pas consulté sis forces; il est déjà aux ressources pour remplir son cadn* mensuel : c'est un homme d'es|)rit , mais cela in* •mllU pas pour se cluirger seul d'un ouvrage |)éri(Mlique.

J'appreiiiLs avtn* bien du plaisir de nos bonnes amies, niesilemoi- ^lles Katli. que votre saule m* S4)ulieut, et je vous invite à la menaicer au nom di* Tutilile publiqui* et priviV. Veuille?, me rapp<*liT a ramilié de toute la familli*. et i*xprimer en particulier » vos iiam«*s L*nmbien je suis sensiMe i leur lion souvenir. Tout k vous.

J.-P. ^Al. — iV Jb

irB. SAY A M. TANNEGUY-DUCHATEL ^

Puis, Bian ICI».

Mon chek Monsieur,

Je V0U8 suis obligé dtt voire brochure où vous ne défeadei les iilerMsdee vignes qu'appuyé sur les bons principes, tandis que les forgerons ne s*appuient que sur les mauvais, faime surtout votre confiance dans le succès inévitable du bon sens.

Ayant reçu Je l{oston deux exemplaires d'une brochure sur U liberté du commerce, je vous prie d'en accepter un. Vous y trouvas quelques faits qui ne se rencontrent pas dans les écrits de notre hémisphère.

Je n'ai pas trouvé dans votre article du GMe^ toute la hienveillaïKC d'un guerrier qui combat sous les marnes étendards. Vos éloges scniI exagérés et vagues, et quelques-unes de vos critiques sont înjosles. J'ai dierché à donner de l'importance à l'économie politique. Vous II réduisez presque à l'usage des gouvernements. Il me semble que la science qui montre aux sociétés en quoi consistent leurs vrais intérêts importe plus encore au public qu'aux gouvernements.

11 faut laisser aux particuliers la partie technique des arts : daocord; m9}S ilest de la science de leur apprendre les principes sur lesquels se fondent l'exercice el les résultats des arts. Qu'est-ce que les richesses publiques, sinon la somme des richesses privées? S'il suffit à chaque art en parttculier de Stivoir ce qui pn)duil des richesses privées, il importe a chacun dt^ savoir ce que W voisin fait dr conirairc oudtfavorable à son entreprise.

l/économie politique n'enseigne pas toutes les parties des sciences politiques, telles que l'organisatiou civile, le droit inter-nationaU etc. Nous le savons fort bien ; mais eu montrant quels sont les vrais intérêts de la société, elle sert de fondement t»l de guide à tout(>s les lé-

' L'un tlerf anrienH rêilarleur> du filobej auteur d'un livre intitule ; De la tharUédam ies rapports axer, l'état moral et If biewétrf de» cltussts inférieurex ër l« hoti^té, in-8*. Puûs, 1829. A fait depuis V)Xi^ partie, cuinme minudre de l'inténeur, du cabinet (tout lef faute» ont umené la chute de l^ui&-PhUippe. ( U. S.'

" Numéro du \ mars 1829.

AVEC M. tANiNfifiUT-nuniATEL. i%i

gislalions positives. Elle leur est supérieure, parce qu'elle développe ies lois naturelles, impérieuses, que les lois positives, c'est-à-dire arbitraires, ne peuvent violer impunément.

Vous êtes tout-i-t'Aii idjdsté ëii ftië rëpfôchftdl d'avbir laissé décote les richesses naturelles. Je crois ôtre le premier qui les ait mises à leur véritable place. Le Tond de ma doctrine est que le consommateur est l'autant plus riche que les produits se rapprochent plus du prix des richesses naturelles qui ne lui coûtent rien. {Voyes le chap. $ de la troisième partie de mom Cours. ) Je ne m'étends pas sur les rieheues wiureUes^ parce que nous n'y pouvons rien que de nous en servir. Est-ce là les exclure? Autant me reprocher d'avoir laissé décote la chimie.

lies questions relatives à ce qui entre et sort de là classé des richesles imtarelles et sociales sont éclaircies dans vingt endroits deft quatre volumes que j'ai déjà publiés, et je ne conçois pas que ces solutions lient échappé à une sagacité comme la vôtre. De sorte que vous me laissez le regret d'avoir assez mal réussi^ pour avoir laissé dâm votre esprit tous les doutes que vous manirestez, et qui sont complètement édaircis pour moi.

Selon vous, mon cher critique» )*ôte de la science les besoins saîis^ faits j \es jouissances procurées^ tandis que j'en fait le but de la science. ( Voyez le pi^éhiler chÂp. de la prènïîèré partie ).

Il ne reste plus, dans mon Economie politique, que des aeiUms sans moHfs, des faits sans explication^ une chaîne de rapports dont tes êxirémités manquent et dont les anneaux les plus importants sont tnisés. Je partage donc l'infortune &Adam Smith, dont un de nos critique^ a dit qu'i/ avait fait rétrograder Véconomie politique; et je plains les quatorze traducteurs dont j'ai les ouvrages dans ma bibliothèque, et qui ont eu la bonbomie de faire passer mes erreurs dans toutes les Mngued de l'Europe.

Je n'en rends pas moins justice, mon cher Monsieur^ anx services èminents que vous avez rendus dans d'autres occasions^ et que vous êtes digne de rendre à l'économie politique.

P. S. Voici mon quatrième volume. Le cinquième et le sixième m'occupent en ce moment.

Dans le second article que Vous aimoficez, il est bien iniitîle dé revenir sur cette polémique par laquelle nous pourrions bien ennuyer le publie.

ft64 COBRESPONDANCE

Page 1