‹ Œuvres diversChapitre 90 sur 128 · MONSIBUR KT RESPECTABLE AMI · texte numérisé non relu

MONSIBUR KT RESPECTABLE AMI

J*ai reçu en son temps votre belle et bonne lettre du 25 novenibiie,d j'attendais pour y répondre d'avoir quelque chose à vous dire qui nlût la peine d'être écrit; mais l'assurance d'une constante amitié et de l'estime qu'on fait de vos ouvrages ne vaut-elle donc pas bien quelques instants qu'on met à l'exprimer et à la lire? Si maintenant vous ne brillez pas sur un assez grand théâtre, n'avez-vous pas payé votre tribut depuis longtemps? Je nie souviens que vous donniee d» conseils & Mù-abean, lorsque je ne Taisais que recevoir ses abonnés*; et, depuis ce temps, un ministre d'État en Angleterre ei un grand philosophe vous doivent bien plus qu'on ne croit. Vous avez vouh être utile, et vous avez réussi.

A propos d'utilité, j'avais préparé une apologie de cette chose (comme si elle avait besoin d'apologie!) pour en faire un chapitre du sixième et dernier volume de mou Coun complet, qui n'est qu'une longue application du principe de l'utilité. Je voulais diyc nettemeut et brièvement ce que c*est que ce principe, et le venger des attaquer de la secte germanico-scolastique des devoirs, comme si tout devoir raisonnable n'était pas fondé sur ce qui est utile. Je n'ai pas été satisfait de ce que j'avais fait, ni surtout de ce que je pouvais faire à cr sujet; et je me suis avisé qu'un morceau de vous ferait bien mieux mon affaire. Mon ambition serait d'en enrichir mon livre, où il paraîtrait sous votre nom avec l'expression de la gratitude que j'en ressentirais.

Je suis furieux contre quelques docteurs |)rétentieux et vains, qui nous représentent comme des espèces de coquins, et qui ont l'air de nous faire grâce en nous appelant des sensuafistes^ après avoir eu soin de bien faire comprendre qu'ils entendent par Ik matérialistes. Singu-

• Pour le Courrier de Provence,

AVEC i^Tli!;NNE DUMONT. U7

bar» flcélénits* en vérité» qui conMcreiit Wur vie au plu8 forand bien du plim Rreroi nombre I

Vous devez avoir la léte pleine de leurs arguments» de leurs vériiés et êemiim^i. etc. : vous avez entendu discourir là-dessus madame de Suel el l>eaucoup d'autres ; et il vous sera bien Tacile de réduire tout cela k sa plus simple expression. Vous voulez Mre utile, mon cher ami, ei vos idées prendnmt le haut liout dans tous les cours d'Économie politique qui s«* proressenmt à tout jamais en l-Àirope. On a la bonté 4e me iraduin* un peu |iartout, voire même de me contrefaire i car on fend, dans la Belgique, tniis contri^façons diflerentes de mon Traité. Au milieu de loul cela, l'esprit humain marche et ie bien de Thuma- Mlé s*opère; et nous nous consolons ainsi d'être taxi'*s d*égolsme.

Or sus, je serais Irês-enchanté d'avoir ce morceau de votre main. et d'ici à quatre mois je serais à ivn\\is de le placer dans mon sixième vokime, où je revieiLS à des vues générales analogues a mon sujet *.

Je M vous dis rien des atVaîres géiuVrales, parce que tout s'imprime et que je devine aist^meiit le jugement que vous en |)ortez. Ia* qua- Ihème volume de mon tours ctimpttt va paraître, et je voudrais bien avoir iin«* occasion iNitir vous l'envoyer. Quelqu'un de vos libraires ne pourrait-il |nis Tadmettiv dans un des ballots qu'on lui expédie de Pans;

J.-B. SAY A Kl. bUMUM\ a «nI^vk.

Piri», lOaisitmf.

te réponds, mon digne ami. à votn* lettre du M avril dernier'. Vous pensez bien que je suis enchanté de trouver exécutable l'id^'w d'enrichir iTun bH el bon arliclt* de votre ra<,*on le sixième tome de mon tsumm tmmpM, i> que voa*^ aviez Tait |>our n'pondn' a ielTerii^s |m>uI, ce me semble, s'adapter Tarilement à un ouvrage consêcri* à poênr den pritèripn Kà rhmidr^ dtt obj^ihms. Mon bul était, après avoir reganié ilans tfMit

* Mir liiM Irllii «Jii *.'.' .iWil. i)ti il 4 «'k illl|ii»«*iblt tir tttliMl%ri. M. Kliriilir UiillMJlit tt w^a U piufMMllKin qui lin f-Uil fjilr |i:ii M l.-H. Sa>. Soit Jr /TJ*f#iir. <

* Lftl« iHtfi « tir penlur.

5W CmmKSrPiWinANCfc

If} cours iki l'odvmge l'ufiKIé comme une qmmiiU donnée, de reebercher, d'après l'analyse, ce qui la cx)n8titue. Or, dans fetfe âdtlysè, j'èlai» guidé par Kentham et par vous. J'aurais montré que le pins grand bien du plus grand nombre n'est point rintérêt personnel, l'égMOif , qui n'est qu'Un intérM tHroi t et mal entendu, et que le parti le phis aOr, dms le frftts grand nombre des cas, n'est point de chercher son plas grand bira dans le mat des autres. C'est se mettre et ^t dllastili&p avec tout le monde, qui, avec le gros bon sens qui loi est propre, ne tarde pas à s*en apercevoir. De là les haines, on tout au moins Pibandon. Exemples : fkmaparte mourant de chagrin k Saint-HéMne, et Washington terminant à Mont-Vemon une vie glorieuse et Iniiquilltf.

Il me semble qu'il eût été racile ensuite de montrer que iofit erfi ii^est point opposé au principe dmt devoin^ sur lequel grinqiettt nos antagoBîstes. L'utilité n'a réellement point d'autres ennemis qnelo demc troopes de sophismes que Hentham range sons les dnpeittxde VaMoétisme et de f arbitraire ou du mttimeni; et il me semble qa'il était possible de faire comi^rendre dans une de ces catégories toutes les objections que Ton oppose chaque jour h un principe éminemment salutaire et social.

Je conçois comment vous désirez quelques citations des écrits d^ nos opposants, afin de pouvoir saisir leurs sophismes corps à corps et les empêcher de se retrancher derrière des dénégations. Mais cela n'est pas facile; car les attaques sont vagues, verbales, perdues dans des ouvrages périodiques et non' spéeisux^ Sans avoi» lu en totalité l'ouvrage de Benjamiik Constant sur les religions, il me semble y avoir vu des attaques de ce genre. Il y en a dans l'ouvrage de madame de Staël sur rAllemagne. Il y en a dans la Corinne du même auteur, liv. V, chap. 1, et dans le liv. ix, cliap. 5 (« Ohl que/*atM0 timMe! etc. » )• Dans les premières leçons, imprimées l'année dernière, dy soi^lisaiit Comrê de phitoâophie de Gousio, dans plusieurs articles de philosophie du Glot^ il y a d'autres attaques du même genre. Je n'ai pu me procurer ces articles ; mais toujours ob y oppose les devoirs, le sentiment intime, la conscience, à ce qui est utile. Comme si la eons* cience de Ravaillac était un guide plus sûr qu'une raison éclairée! Necker, dans le chap. i de ses Opinions religieuses^ n'attaque pas positivement le principe de l'utilité; mais il croit qu'il n'a point d'application dans la pratique, et que l'homme ne peut être contraint k se

pour le bm île la nnriMè t\\\e^ par fhrce. «hi par Tenter, qui al une autre eft|ièee de Torce. An surplus, il t*st » remarquer que noufi le diapiilBiiii pan anr les moyem (quoique rien imagimlioiia graiuile> oical m Ir^mmvats moyen^ ; nous voulons seulement montrer le ■I aeqvH on doit lenrire. c'est ^nlitr le plus frnmd bien du plus fcnmd

Je suis bieu de voire avis, qu'il faut donner un nom propre au prinifeée rmtiiiié; mais il faut bien expliquer notre pensive, et surtout «e nous n'entf*ndaiis pas par là ré||olsme ni pecsonnel. ni nW^nie na-

Volre mémoire est un excellent supplément à ce que nous ne pouront pas nous procurer d'objections. t:*est dans les conversations de Mliaae de Staël, de lord lansdown, et dans vos réponses verbales. pi'iL faut puiser. ÏJt but général de l'ouvrage que vous eimchiaaei *mi pas la polémique, mais de mettre tous les jaunes gens de toute iMOpe à portée de si* former de juslea idées des intér^s de la soeèéti» I ée la nature ries ctmses >.

fbas me flattez, mon cher ami, de lire bientôt une disaertaHmi de mm sur Torigine du droit international. Je vous avoue que j'en serai rèi<urieu\, et mon gemire Comte ne le sera pas moins que moi. Il

travaillé sur cette matière. Je ne serai pas fâclié de lire quelque boae de VUiliiairê de M. CherbiiUiez. li^ titre ne me parait pas favo* iMe, paroe qu'il n'est pas clair; mais les développameots l'édaircia-

te n'êi poial vu M. Rossi, et a*, qui m 'étonne encmne plus^ tkNnIe ne a fomi vu non plus. Il respire petit^re im air trop saint pour as twlepter de l'atmosphère qui nous entoure. Nous travaillons beaump et allons fort peu dans le inonde, et nous avons peu de chances e rencontrer ceux qui ne nous cherclient pas.

Ma santé est bonne. Je inattacbe i être modéré de tous points, lÉoie pour le travail, que je mélange d'un peu d'exercice; et puis fgéâ avcMT gagné omni pain quotidien, qu'on ne me donne par IMeu aa, je borne mon i^ier k /la/ voimntu* ma.

le voos souhaite du fomt de mon cceur, mon clier ami, santé de

* On U^'UnrtA ilrtii» t.t M^nfi«lr fiiirti^ili* rr tolumi*. Uli Ft\a» tur te Prmripr dr t mhhté m fmt J -a. S«). Mint qu'il rùt m U prn*^ 4r drmandfr un tnfslt ft ^l. atiaHNil mr

corps et d*esprit, et vous transmets les amitiés de ma clière femme et de mes enfants.

P. S. Je ne prévois pas que je sois forcé de commencer TimpresBioB de mon sixième volume avant trois mois. Ne croyez-vous pas avantageux de partager l'article de Vuiilité en plusieurs paragraphes, ayant chacun leur titre? Cela soulage l'attention paresseuse du lecteur.

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