‹ Œuvres diversChapitre 95 sur 128 · AVEC M. JACQUES LAFFITTE · texte numérisé non relu

AVEC M. JACQUES LAFFITTE

hatritiiés ï dépenser les deniers du public, cl leur fortune n'étant jamais diminuée par les dépenses qu'ils font, au contraire même augmentée, on peut craindre, dîs-je, qu'ils ne mettent point dans leurs opérations celte sévérité que commande rintérél personnel. Ils sont attachés àcerlâins modes de construction qui conviennent aux monuments fastueux plutôt qu'aux monuments utiles. llsnV)nt pas, en général, cette acti- TÎlé qiie donne l'habitude des entreprises particulières. Ils auraient, dans ce cas-ci, d'autres devoirs h remplir et d'autres ambitions à satisfaire que de servir le commerce. L'Angleterre, en ces sortes d'affaires, noas donne l'exemple trop peu suivi, de ne rien épargner dans ce qui va aa but essentiel, et de ne rien dépenser au delà du nécessaire. Il faudrait faire en sorte qu'une compagnie d'entrepreneurs anglais ne fût pas fondée à nous dire : Vou.^ avez dépemr 240 milHùm pour faiff cêque nous aurions exécuté moyennant 150.

Lorsqu'on veut ne pas excéder les dépenses présumées, il est nécessaire de n'adopter jamais aucun parti, qu'après s'être assuré qu'il porte pn hiî-méme ses moyens de succès, et après avoir froidement apprécié les obstacles qui viendront contrarier son achèvement ; or, c'est ce qu'on n obtient guère d'une administration accoutumée Adonner k la vofonté du chef plus de prépondérance qu'i la nature des choses.

3" Qu'elle soit rapide.

\t est évident que Tintérêt des avances jusqu'au moment des rentrées, compose une partie importante des n*ais de confection, et que cette déjiensf^ est d*autant plus faible, que les rentrées commencent piua tôt.

Il est toujours à craindre que les travaux entrepris par l'administration ne soient suspendus avant d'être achevés. Un ministre, un directeur général peuvent être remplacés, et leur successeur ne plus mettre le même intérêt à des travaux entrepris par d'autres qu'eux et peut-être contre leur avis. Les uns et les autres sont soumis à ifes influences qui peuvcnl changer leurs déterminations.

C'est une faible {garantie que Tintérêt qu'a le gouvernement à ter mtnerun ouvrage commence. On pourrait y croire, si Ton n'était pas entouré de travaux suspendus. Le Louvre, commencé il y a 300 ans, est'îl achevé?

L'administration, peut-on dire, ne sera pas (dans ce cas-ci) arrêtée

faute d'argent. — D*abord il faut supposer qu'elle n'excédera pa& ks sommes que Ton consent à lui prêter ; car, au terme des ayaoces, elle serait encore arrêtée faute d*argent. Ensuite, si elle demeure juge de l'emploi, ne peut-elle pas abandonner un projet entrepris en faTeur d*un autre qui lui plaira davantage?

Ne soyons pas séduits par l'exemple du Havre. Il s'agissait ici d'un objet spécial et fort simple; il n y avait nulle possibilité d'en appliquer les fonds à d'autres travaux; il s'exécutait sous les yeux des întérems, et il était soumis à leur inspection de tous les instants; ils avaient en outre des commissaires pour surveiller l'opération; ils ont eu lebooheur d'avoir affaire à un ingénieur et à un entrepreneur qui ont répondu à leur conGance; enfln, malgré tout cela, l'entreprise aura duré un an de plus qu'on n'avait compté.

¥ Que les navigateurs ne soient pas troublés ni gênés dans Vusage qn^iU

feront des canaux.

Cest ici qu'une compagnie qui traite avec le gouveraemenlen mettant pour clause d'avoir une part dans les profits, est le plus intéressée a se procurer des garanties.

Le simple fait de la police des canaux est capable d'en annuler tous les bienfaits et tous les produits.

Les canaux qui traversent des places de guerre ont une partie de leurs cours et de leurs écluses soumis à la police militaire. Les ingénieurs des ponts et chaussées, comme chargés des réparations, ont la police des autres écluses, et jusqu'à un certain point la police des bateaux. Les agents de la navigation sont chargés d'en diriger les mouvements. Enfin, les préfets, les sous-préfets et jusqu'aux maires, s'ingèrent à donner des ordres, et ont des gendarmes pour les faire exécuter.

Toutes ces autorités prétendent être non-seulement indépendante.*: les unes des autres, mais indé|)endantes d*une autorité pareille établie dans un autre département. Aucun droit de citoyen et de commerçant n'est admis lorsqu'il se trouve en contradiction avec les vues de Taulorité quelle qu'elle soit, que ses prétentions soient fondées ou qu'elles ne le soient pas; tellement que si la douceur et les lumières de plusieurs fonctionnaires publics de Tordre militaire et de l'ordre civil ne corrigeaient pas les formes de notre administration, on naviguerait sur nos canaux do vexations en vexations.

Les besoins du commerce sont si peu écoutés et les formes sont si

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kntcft, que la navigation di* Valcncicnnes ii Chauny, où le» bateaun unirent daiu»r(M2ie,n'o!il jamai» moindre de doux wnml Sa lenteur t*>t «o péage qui eoùte Airt cher au commerce et ne rapporte rien à perscMine.

Ijea réparatioDS, quelle» qu'elle»* soient, ne aont jamai» achevre.H promptement par l'adminiatralmn. Un ingi-nieiir fait firovisoiremcnt feniier un canal ; ensuite il » «iccupe à loisir à faire arriver des matenaui à pied d*Œuvn\ et ne se génc jamais pour le service du public. Au lieu d'exécuter en même tem|i» toute» le» réparation» qui sont à faire aur une même ligne de navigation. Tune succède à l'autre, et la aavigalion est interrompue sur toute la ligne pendant pluaicur» moi» de suite, Quel commerce, quelle» habitude» de communication» résislereienlà des coups comme ceux-là?

Ko iei7 et IHie, la navigation de Tlùicaut fut intentwipuc pour la eofiitnietion d'une écluse, |iendant trois mois*, jusqu'au 16 août ; et dès le pramier septembre, sur la même ligne de navigation, on ferma le ca- ■el de Saint-Quentin, pour des réparations. A peine le canal souterrain fut-il rouvert, qu'on iiiterrumpil la navigation de TUise, pour léparer le pont de IH>ntoise; tellement que la communication par eau du département du Nord avec Paris et avec Itouen, ne put être rviaMie avant le printem|i» suivant. Plusieurs marinier» furent ruiné» par celte longue inaction ; plusieurs furent forcés d'abandonner leur HaL, de vendre leurs bateaux, de se mettre en service.

Le» péages, quoique réglés imr les lois, ne sont |ias {lerçus d'une OMnière invariable et commode pour le redevable. TanMt, le droM ae per^t par bateaux, quelle qu'en soit la grandeur^ tantôt il se perçoit suivant leur capacité, tantôt suivant leur longueur, tantôt suivant leur charge*. Leur ^>iigucur t^t calculée tantôt sur la longueur où se trouve la charge, tant«H sur la distance qui séfiare la pou|H* de l'exln*aûté lie la proue. Ilans la capacité un tient rom|itc ou l'on ne tient pa» r«ND|»te, arbitrairement, île la rabane de» mariniers, etc. Il faut parcourir la même distance à peu prés, et sur ile> canaux, |MNir rooduirc la houille de Nous a Paris, et ilc Mon> à Uottenlam ; eli bien |iar uiH' »uit(* (le la mauvaise ailniiiiistration. la niOnir mesure dccettt* marrliaiidise (|u«* Ion vend à Kotterdam 5t> à M fr. de l-raiic«\ ne |H*iit se dfinner à ^arl^ (Niur moins de I lo a 1;^) Ir.

La cMlft N cuui4»ftc Uatôl par U ciursc poMibi€,UnlM p«r la rbariM treiU.

La navigation de l'Aisne est si chère et si daogereune que peu df bateaux osent s y hasarder.

Un bateau qui yient de Rouen à Paris, est obligé de faire une dépense de 2500 fr. k 2900 fr.

Aucune active navigation n'est possible si l'on ne se met en garde contre de semblables errements. Le régiwu des canaux ne peut pas n'être pas pris en considération dans une nouv^le aflaire , si Vm veut qu'elle réussisse. Argent, capacité d^exécution, c^ndiUoDS nombreuses» claîremenl exprimées, et garanties par tous les mojrens que fournit la constitution politique; et par dessus tout cela persévérmoe et fermeté pour flaire exécuter ce qu'on aura une fois arrêté :fott quels sont les éléments de succès.

Hé ! qui voudrait conclure une affaire si d'avance elle étail coadimnée à n'avoir aucua succès? si toutes les pcobabililés étaient conlM aie? Qui voudrait avancer au gouvernement des centaioes de pour reoMier des terres, ealever des chaaips à ragricuUnre, et I la nation grevée de noavelles eoBiributioni, dont elle^»'auraît retiré aucun fruit?

Et si, grâce à de demi-précautious, les ineonvénients sigipaléa ne se montraient pas partout, et dans toute retendue, ils se manifesteFaieDl encore assez sur certains points, pour balancer les profils cpi'on pou^ rait attendre des parties qui auraient le mieux réussi. Dès lors pk» (le brillantes espérances à concevoir. Il faut renoncer non seulement à la gloire d'avoir travaillé pour le bien de la nation, mais encore à un bon intérèl de ses avances. Autant vaut acheter des rentes sur l'Ëlat, On possède au moins alors un effet qu'on peut vendre dans quelqies heureiy et que la nation mettra toujours son honneur h arifuitter pré férablcmcnt à. tout autre.

Que si Ton veut se mettre en avance pour un ob}et aussi véritablement utile au public que les canaux de navigbtkitt, \9> crois qu'il ne faut pas s'écarter des moyens que j'indique peur le fain* d'une manière qui soit à la fois honorable et sère pour les bailleurs de fonds.

AVKC MADAME GEORGES GROTK. 5TI

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