A MADEMOISELLE DELPHINE GAT
Marchant sur des tapis d^herbe en fleurs et de mousses : Ah ! dit-il, que ces lieux me gardent à jamais! La nature a caché ses grâces les plus douces Sous ses plus hauts sommets !
Ainsi les noms qu^au ciel la renommée élève , De leur éclat lointain semblent nous consumer ; Jalouse de ses dons , la gloire leur enlève Tout ce qui laisse aimer!
Ainsi quand je te vis , jeune et belle victime , Qu^un génie éclatant choisit pour ton malheur , Je cherchai sur ton front le rayon qui t^anime y Et je fermai mon cœur }
Mais un jour , c^était l'heure où le soin du ménage Ketient la jeune fille à son foyer pieux , Où Ton n'a pas encor composé son visage Pour Fœil des envieux ;
J'entrai comme un ami qui vient avec Taurore Solliciter sans bruit la porte d'un ami , Qui rentr''ouvre , et du seuil que son pied touche encore Demande : A-t-il dormi ?
Les meubles dispersés dans la salle nocturne , La lampe qui fumait , oubliée au soleil , Étalait ce désordre , emblème taciturne D'une nuit sans sommeil :
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Des harpes et des chants , souvenirs dMne fête , Des livres échappés à des doigts assoupis , El des feuilles de fleurs qui couronnaient ta tête Y jonchaient les tapis.
La veille avait flétri de ta blanche parure Les longs plis qu'à ton sein le nœud pressait encor , Et tes cheveux cendrés jusques à ta ceinture Roulaient leurs oades d'or ;
Ton visage était pâle , une sombré pensée De ton Iront incliné lentement s'effaçait, Et dans ta froide main ta main entrelacée Sur tes genoux glissait.
Au bord de tes yeux bleus tremblaient deux larmes pures , La pervenche à ses fleurs ainsi voit s'étancher Deux perles de la nuit que des feuilles obscures Empêchent de sécher !
Sur tes lèvres collé , ton doigt disait : Silence ! Car l'enfant de ta sœur dormait dans son berceau , Et ton pied suspendu le berçait en cadence Sous son mobile arceau.
La mort avait jeté son ombre passagère Sur cette jeune couche ; et dans ton œU troublé, Dans ton sein virginal tout le cœur d'une mère D'avance avait parlé j
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Et tu pleurais de joie , et tu tremblais de crainte , Et quand un seul soupir trahissait le réveil , Tu chantais- au berceau Tamoureuse complainte Qui le force au sommeil!
Ahl qu'un autre te voie , enfant de Tharmonie , Trouvant que sur les cœurs un empire est trop peu , I<ancer d'un seul regard Tamour et le génie , La lumière et le feu !
Qu'il t'écoute chanter comme un autre respire , Comme le Tent murmure en s'exhalant des bois , Harpe ! écho de nos cœurs ! et dont chaque vent tire Une seconde Toix !
Pour moi , quand la mémoire évoque ton image , Je te vois , l'œil éteint par la veille et les pleurs , Sans couronne et sans lyre , et penchant ton visage Sur un lit de douleurs !
Je t'entends murmurer ces simples mots de l'ame Que la douleur enseigne à ce qui sait sentir! Et ces chants enfantins que la plus humble femme Fait le mieux retentir !
Et je dis en moi-même : Oh! périsse la lyre!
De la gloire à son cœur le calice est amer!
Le génie est une ame : on l'oublie , on l'admire ; Elle savait aimer!