À M. IK REDACTEUR BE LA REVUE BUROFEBRIIE
Monsieur ,
Votre lettre m'arrive au fond dt ma solitude; mab il n*y a plus de solitude pour un esprit sympathique et pen> sant , dans les temps laborieux où nous YiTons ; la pensée générale, la pensée politique, la pensée sociale domine et oppresse chaque pensée indiTiduelle ; nous voulons la déposer en vain ; elle est autour de nous , en nous , par-
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tout ; Pair que nous respirons nous Tapporte , Técho da monde entier nous la reuToie. En Tain nous nous réfugions dans le silence des vallées , dans les sentiers les plus perdus de nos forêts ; en vain, dans nos belles nuits de septembre , nous contemplons d'un regard enyieux ce ciel paisible et étoile qui nous attire et Tordre harmonieux et durable de Tarmée céleste ; le souTenir de ce monde mortel qui tremble sous nos pieds , les soucis du présent , la prévision de Tavenir , nous atteignent jusqu'à ces hauteurs même. Nous revenons de ces demeures de paix avec un esprit chargé de trouble ; une voix importune et forte , une voix qui descend du ciel , comme elle s'élève de la terre , nous dit que ce temps n'est pas celui du repos, de la contemplation, des loisirs platoniques, mais que si l'on ne veut pas être moins qu'un homme on doit descendre dans l'arène de l'humanité , et combattre , et souffrir, et mourir s'il le faut avec elle, et pour elle!
Vous le savez , je n'ai point refusé ce combat ; je me ' suit présenté à la France avec la conviction d'un devoir à remplir j avec le dévouement d'un fib; elle n'a pas voulu de moi j je n'ai point manqué à la lutte , c'est la lutte qui m'a manqué ; presque seul parmi les hommes qui n'ont pas renié ou combattu la restauration , j'ai affronté, pour accomplir ce devoir de citoyen et de Français , le sourire de pitié de nos machiavels monarchiques , les insultes et
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ies menaces du parti dont la politique n^est que de la baine , et qui appelle liberté la dérision de son despotisme de place publique. Les uns n^ont vu en moi qu^un esprit faible qui ne comprenait pas la neutralité dans les temps de lutte, ou Pbabileté de l'inertie; les autres, qu'un ambitieux trop pressé qui prenait un détour habile pour entrer avec les vainqueurs en partage de quelque honteuse dépouille j les autres , enfin , qu'un absolutiste déguisé venant tendre un piège à la liberté pour la faire trébucher dans sa route , et rire ensuite avec ses complices de ce grand cataclysme de la civilisation moderne, aboutissant à un coup d'état au profit de quelque impuissante ordonnance j ainsi sont jugés les hommes pendant qu'ils respirent dans cette atmosphère de corruption et de mensonge qu'on appelle les temps de partis. Je suis donc resté seul et dans le silence ; mais seul avec une conscience qui m'approuve, avec un présent qui me justifie, avec un avenir qui du moins ne m'accusera pas ! mais seul avec vous , avec tant d'hommes jeunes et sincères, avec tant d'esprits élevés et rationnels qui ont fait de leur pensée politique un sanctuaire où l'intrigue et la passion ne pénètrent pas ; qui cherchent la vérité sociale à la seule lueur de la vérité divine; qui placent la morale, le devoir , le sahit et le progrès de l'humanité au-dessus de leurs théories d'école et de leurs affections de famille; qui ont daos le cœur autre chose qu'un nom propre; qui
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comprennent de rhumaniié toutes ses époques , tontes ses formes , toutes ses transformations même ; esprits marchant en dehors, mais en avant des générations, comme la colonne de feu en ayant de Tarmée de Hoise ; Téritahle majorité pensante de ce siècle, qui laissera seule peut-être une trace lumineuse quand tout ce désert aura été franchi , quand toute cette poussière sera retombée.
Vous me demandez deux choses dans votre lettre : une coopération personnelle au journal que tous fondez ; et mon opinion sur les principes politiques quHl doit arborer et propager.
Quant à la coopération , je suis à regret forcé de Toys répondre non : je n'ai jamais écrit dans aucun journal j je n^écrirai jamais dans un journal dont je ne serais pas seul responsable. Ne voyez pas dans ces paroles un su^ perbe dédain de ce qu'on appelle journalisme; loin de là; j ai trop l'intelligence de mon époque pour répéter cet absurde non-sens, cette injurieuse ineptie contre la presse périodique ; je comprends trop bien l'œuvre dont la Pro-r vidence l'a chargée. Avant que ce siècle soit fermé , le journalisme sera toute la presse, toute la pensée humaine; depuis cette multiplication prodigieuse que Fart a donnée à la parole, multiplication qui se multipliera mille fois encore, l'humanité écrira son livre jour par jour, heure par heure, page par page , la pensée se répandra dans le
mçade ayec la rapidité de la lumière ; aussitôt conçue , aussitôt écrite , aussitôt entendue aux extrémités de la terre, elle courra d^un pôle à Fautre, subite, instantanée , brûlant encore de la chaleur de Tame qui Taura fait éclore j ce sera le règne du Tcrbe humain dans toute sa plénitude; elle n^aura pas le temps de mûrir, de s^accumuler sous la forme de li-yre ; le livre arriverait trop tard; le seul livre possible dès aujourd'hui, c'est un journal. Ce n'est donc pas chez moi mépris de cette forme nécessaire de publication, de cette démocratie de la parole ; non ; c'est un respect religieux pour ma convictlon politique, conviction forte, absolue, entière, que je ne pourrais associer à d'autres convictions sans l'altérer souvent, sans la dénaturer peut-être. L'association, si utile pour agir , ne vaut rien pour parler; la solidarité de la pensée est celle qu'un esprit indépendant et convaincu accepte le moins ; chaque pensée est un tout auquel on ne peut ajouter ou retrancher sans changer sa nature. C'est l'unité morale.
Quant à la haute direction politique dont vos amis et vous , avez déjà si heureusement et si courageusement reconnu les sommités , dans le Correapondani , voici les principales considérations morales , historiques et philosophiques qui la traceraient devant moi , si j'avais la force et le talent de coopérer à votre œuvre sociale.
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lU.
Où sommes- nous ? — Non point à la fin des temps, non point au cataclysme suprême des sociétés humaines, non pas même à une de ces époques honteuses , sans espérance et sans issue , où Thumanité croupit dans une longue et yile corruption, et se décompose dans sa propre fange. Non; Fhistoire et rÉyangile à la main , en voyant le peu de chemin qu^a fait Thomme , et la route immense que la raison humaine et le Verbe di'vin ouyrent à son perfectionnement ici-bas , nous sentons que Thumanité touche à peine à son âge de raison ; d'un autre côté , en plaçant la main sur le cœur de Phomme social, en sentant battre en lui cette espérance indéfinie , cette ardeur et cette audace viriles , cette sève de force et de désirs qui tarit moins que jamais à notre époque , en écoutant ses paroles hardies , ses promesses aventureuses , en s'effrayant même de cette surabondance d'énergie qui le ré- Tolte contre tout frein , qui le brise contre tout obstacle.
taons sentons que le principe vital est loin d'être afifaibli dans l^uraanité. L'humanité est jeune, sa forme sociale est vieille et tombe en ruines ; chrysalide immortelle , elle sort laborieusement de son enveloppe primitive, pour revêtir sa robe virile , la forme de sa maturité. Voilà le vrai! Nous sommes à une des plus fortes époques que le genre humain ait à franchir pour avancer vers le but de sa destinée divine , à une époque de rénovation et de transformation sociale pareille peut-être à Tépoque évangélique ; la franchirons-nous sans périr ? sans que quelques générations se débattent ensevelies sous les débris d'uo passé qui s'écroule ? sans qu'un siècle ou deux soient perdus dans une lutte atroce et stérile ? Voilà la question : avant le 27 juillet 1830 , elle était résolue; le pont était jeté sur l'abîme qui sépare le passé de l'avenir. La restauration avait reçu d'en haut la plus belle et la plus sainte mission que la Providence pût donner à une race royale, la mission que reçut Moïse : de conduire la France, cette avant-garde delà civilisation moderne, hors delà ' terre d'Egypte , de la terre d'arbitraire , de privilège et de servitude j elle ne l'a pas comprise jusqu'au bout ; le suicide de juillet , si funeste au présent , fut le meurtre de l'avenir; la race de saint Louis, comme le prophète du Sinaï , a péri pour son doute avant d'avoir touché la terre des promesses ; mais nous, génération innocente de <cette faute , la verrons-nous avant de mourir ?
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OÙ allons-nous ? -<- La réponse est tout entière dans le fait actuel : nous allons à une des plus sublimes haltes de Thumanité , à une organisation progressive et complète de Tordre social sur le principe de liberté d*action et d^égalité de droits ; nous entrevoyons , pour les enfans de nosenfans, une série de siècles libres, religieux, moraux , rationnels, un âge de vérité, de raison et de vertu au milieu des âges^ ou bien, fatale alternative! nous allons précipiter la France et l'Europe dans un de ces gouffres qui séparent souvent deux époques, comme Tabîme sépare deux continens , et nous mourrons en léguant à nos fils un ordre social défait, des principes nouveaux douteux , contestés , ensanglantés , le pouvoir impossible, la liberté impraticable , la religion persécutée ou avilie , une législation rétrograde , une guerre européenne universelle, sans fruit comme sans terme, la légalité de Téchafaud , la civilisation des bivouacs , la
morale des champs de bataille, la liberté des Satrapes, Tégalité des brigands; et au milieu de tout cela, une idée étouffée dans le sang, mutilée par le sabre, germant çà et là dans quelques âmes généreuses, comme le christianisme dans les catacombes, rejetée cent fois aux hasards des éyénemens et des catastrophes , et ne refleurissant sur la terre qu^après deux siècles de stérilité , de serritude, de forfaits et de ruines! Ce choix se fait à Theure où je vous écris !
Que faire donc? — Ce mot tous semble hardi, il ne Test pas ; Dieu , qui a donné la liberté morale à Thomme qu'il a créé pour choisir et pour agir, lui adonné le même jour la lumière pour éclairer son choix. La politique, dont les anciens ont fait un mystère , dont les modernes ont fait un art , n'est ni Tun ni Tautre : il n'y a là ni habileté ni force, ni ruse; à l'époque rationnelle do monde, dans l'acception yraie etdiirine du mot, la politique , c'est de la morale , de la raison et de la vertu!
Laissez donc le scepticisme se complaire dans son impuissance , et nier la vérité sociale , pour n'avoir pas la peine de la découvrir ou de la défendre ! Laissez le machiavélisme , cette friponnerie politique, prendre le genre humain pour dupe et la Providence pour complice! Laissez le préjugé et la routine user leurs forces dans la stérile contemplation d'un passé qu'ils ne peuvent ranimer, car il est déjà froid, et leur souffle n'a point de
irie à lui rendre! Laisset enfin le fatalisme rêyer le crime à défaut de la force, décimer Thumanité au lieu de l'éclairer, et , du haut des échafauds , jeter au peuple la terreur et la mort pour semer la Tengeance et le sang î Systèmes atroces ou insensés , tristes produits de la faiblesse de Fesprit et de la perrersité du cœur! Hontes plus haut , et tous verrez plus loin ; et la lumière de la ▼érité même, qui n'est autre que la morale, éclairera pour TOUS cet horizon de ténèbres , de mensonge , d'illusions , qu'on appelle la politique ! tous les partis élèTCront la Toix pour tous accuser ou tous proscrire ; tous ont intérêt à ces ténèbres, car tous ont quelque chose à cacher, et quelqu'un à tromper! Le TÔtre même s'inscrira le premier contre tous! Hais la conscience du juste est d'airain j elle a à elle seule une Toix plus forte que son siècle, qui retentit plus juste et plus haut que ces passa-^ gères clameurs; et soyez-en sûr, c'est la seule Toix qui ait son écho dans l'aTcnir , et son applaudissement dans la postérité !
Votre théorie sociale sera simple et infaillible : en prenant Dieu pour point de départ et pour but, le bien le plus général de l'humanité pour objet , la morale pour flambeau, la conscience pour juge , la liberté pour route, TOUS ne courrez aucun risque de tous égarer ; tous aurez tiré la politique des systèmes , des illusions , des déceptions dans lesquelles les passions ou l'ignorance l'ont
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enTeloppée ; tous Faurex replacée où elle doit être, dans la conscience ; irons anrez saisi enfin dans le peqiétuel mouyement des siècles, dans Torageu^e instabilité des faits, des esprits et des doctrines, quelque chose de fixe et de solide , qui ne t^remblera plus spus tos mains.
BATIOnnELLE. m
Quatre grandes époques dominent VéiSi social des générations écoulées , semblables à ces époques créatrices que le naturaliste croit reconnaître dans les déyeloppe* mens séculaires du globe ; Tàge théocratique, qui commence ayec le monde sortant des mains du Créateur , et qui finit . aux temps héroïques ; Fàge tyrannique ou le règne de la force brute , plus ou moins altérée par la législation commençante , qui se lèye ayeo les temps histo* riques, et qui tombe devant le Christ avec la polygamie et Fesclavage \ Tâge monarchique mêlé ou tempéré d^oligorchie, dWistocratie , de féodalité, de puissance sacer^* dotale, qui s'ouvre à Constantin et se ferme avec la tombe de Louis XIV, ou sur le rocher de 8aint-Hélène , dont le géant captif Tavait si glorieusement mais si vainement ressuscité ; nous touchons à Tépoque du droit et de racHon de tous , époque toujours ascendante , la plu3 juste , la plus morale, la plus libre de toutes celles que lo
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monde a parcourues jusquUci , parcequVUe tend à élever rhumanité tout entière à la même dignité morale , à consacrer Tégalité politique et civile de tous les hommes devant Tétat , comme le Christ avait consacré leur égalité naturelle devant Dieu j cette époque pourra s'appeler l'époque évangélique , car elle ne sera que la déductioa logique , que la réalisation sociale du sublime principe déposé dans le livre divin comme dans la nature même de rhumanité y l'égalité et la dignité morales de l'homme, reconnues enfin dans le code des sociétés civiles.
Chacune d^ ces époques a eu sa forme propre, son œuvre , sa force vitale et sa durée avant d'en enfanter une autre. C'est d'abord Dieu tout seul se révélant ptr la nature et parlant par la conscience, le plus saint des oracles, si l'interprète n'eût pas été l'homme! puis le héros ou l'homme fort , conquérant l'obéissance par la reconnaissance ou par la crainte ; puis le tyran , ou le sénat , tyran à plusieurs têtes , ou l'aristocratie , ou le régime sacerdotal imposant , à l'aide de quelques-uns, sa volonté à tous ; puis le roi et ses pairs ; puis le roi et son peuple représenté devant lui par l'élection et non par ud droit de fait et de naissance , et le constituant seulement organe et agent de la volonté universelle : cette forme so rapproche plus de la république rationnelle que la république fictive des anciens \ c'est l'époque présente , république véritable , nous ne disputons que sur le nom.
L'œuvre de cette grande époque , œuvre longue , laborieuse, contestée, c'est d'appliquer la raison humaine , . ou le ?erbe divin , ou la vérité évangéiique à Porganisation politique des sociétés modernes , comme la vérité évangéiique fut dès le principe appliquée à la législation civile et aux mœurs. Remarquez-le bien ! la politique a été jusqu'ici hors la loi de Dieu ! la politique des peuples chrétiens est encore païenne! l'homme ou l'humanité n'est à ses yeux qu'un véritable esclave antique , né pour servir, payer, combattre, et mourir ! horrible mensonge (jpi souille à leur insu tant de cœurs chrétiens , tant de bouches même pieuses ! l'homme social doit être désormais aux yeux du philosophe , aux yeux du législateur , ce que l'homme isolé est aux yeux du vrai chrétien : un fils de Dieu ayant les: mêmes titres , les mêmes droits , les mêmes devoirs , la même destinée devant le père terrestre , l'État , que devant le père céleste , Dieu : c'est la forme que nous cherchons dans le droit et l'action de tousj cette forme que les modernes ont appelée démocratie, par analogie inexacte avec ce que les anciens nommaient ainsi, et qui n'était que la tyrannie de la multitude. Ce nom de démocratie, souillé et ensanglanté récemment parmi nous dans les saturnales de la révolu-* tion française , répugne encore à la pensée ; bien que le philosophe lave les mots avant de s'en servir et purifie l'expression par l'idée , nous nommerons de préférence
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cette forme de gouvernement , la forme rationnelle , ou le droit de tous ; or la forme rationnelle ou le droit de tous ne peut être autre chose que la liberté , où chacun est juge et gardien de son propre droit : donc Tépoque moderne ne peut être que Tëpoque de la liberté ; sa mission lest d'organiser le droit et l'action de tous ou la liberté d'une manière yitale et durable !
Toute organisation est lente et pénible , c'est l'œuvre de plus d'un jour , de plus d'un siècle peut-être. L'homme est homme j il se dégoûte, il se rebute , il se hâte de nier ce qu'il ne peut atteindre ; ses réactions contre sa propre pensée sont promptes et terribles ; elles le rejettent cent fois au point de départ, comme le yaisseau qui reyient se briser contre le riyage, repoussé par le flot même qui deyait le porter à un autre bord. Ces réactions peuvent être longues : Toyez Bonaparte! sublime réaction contre Tanarchie ; il n'a duré que quinze ans , et pouyait durer un demi-siècle! les temps de l'œuvre sociale ne peuvent donc pas se calculer , à quelques siècles près ; Dieu seul les sait. Pendant qu'ils s'accomplissent, l'homme individu passe, souifre, espère, se plaint, et meurt; mais chaque vie individuelle a son œuvre complète et indépendante de l'œuvre sociale ; un jour , une vertu lui suffisent. L'honune social ou l'humanité survit et s'avance vers une destinée plus haute et plus inconnue !
Il nous est peut-être déjà donné d'entrevoir au moins
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répoque qui succédera ^ la nôtre; après les cinq ou six siècles qu^aura duré Tâge de liberté , nous passerons à Tâge de yertu et de religion pures , aux promesses accomplies du législateur di^in, à Tépoque de charité, mille fois supérieure encore à Tépoque de liberté , autant que la charité , amour des autres, sentiment dviin émané de Dieu, est au-dessus de la liberté ^ amour de soi, sentiment humaiu émané de Thomme.
Ces principes posés et admis, les applications à la crise actuelle , les déductions politiques pour notre théorie sociale comme pour notre règle privée ou pour notre action publique sont claires et incontestables j nous sauvons où nous sommes , nous savons où nous allons , nous savons par quelle route nous devons tendre au but prochain ou éloigné que la Providence , manifestée par les faits , pose sans cesse' devant nous. Ces applications au temps actuel se présentent dans les innombrables questions qu^une révolution soulève , comme le vent soulève la vieille poudre du déseii quand une pierre tombe de la pyramide des siècles.
Révolution, dynastie, légitimité, droit divin, droit populaire, souveraineté du fait ou du droit ; pouvoir, liberté , forme et but du gouvernement; questions de culte ou d'enseignement, de paix ou de guerre; existence et hérédité d'un pouvoir aristocratique ou de la pairie ; législation, élection, extension ou restriction des pouvoirs
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dés communes, des municipalités , des provinces, tout se classe , tout s'éclaire , tout se Juge ; la conscience politique n'a plus de doutes , le présent plus d'ambiguïtés , l'aTenir plus de mystères ; tout se résout dans ces seuls mots : le bien le plus général de rbumanité pour objet , la raison morale pour guide, la conscience pour juge. A l'aide de ce grand jury, l'esprit humain peut citer deraot lui le siècle, et prononcer sans crainte son infaillible verdict. *