‹ Œuvres diversesChapitre 25 sur 32 · APPLICATIONS · texte numérisé non relu

APPLICATIONS

La circonstance est propice pour les applications rigoureuses de cette philosophie politique , aux éTénemens qui se déroulent devant nous. La terre a tremblé ; une secousse inattendue, subite, Irrésistible, a déplacé tous les intérêts , toutes les passions , toutes les affections , tous les systèmes. Tout est débris, tout est vide devant nous ; les cœurs sont libres conune les consciences ; le sol est nivelé comme pour une grande reconstruction sociale préparée par le divin architecte. Un pouvoir an* tique que les uns vénéraient par conviction ou par souvenir, que les autres haïssaient par impatience ou par préjugés, s^est abîmé sur lui^^même, et, on peut le dire , par sa propre et fatale volonté ; nul parmi nous n^en est coupable , amis ou ennemis Font vu tomber avec une égale stupeur ; je ne parle pas ici de cette populace qui

a des applaudissement pour tout ce qui surgit, des huées pour tout ce qui tombe; ce pouyoir a péri dans la tempête quUl avait lui-même si aTCUglément suscitée. Ifousmêmes, royalistes d'esprit ou de cœur , hommes de logique ou de fidélité , nous ne pourons que pleurer en silence sur ses ruines dispersées , Ténérer et plaindre les augustes ▼ictimes d'une irrémédiable erreur , écarter Tinsulte des cheTeux blancs desTieillards, rappeler le respect et la pitié autour des tombeaux des martyrs , de Fasile pieux des femmes , et ne pas proscrire le pardon et Tespérattce de la tête innocente des enfans; mais, abandonnés à nous-mêmes par un fait plus fort que nous, nous nous appartenons tout entiers ; notre raison n'a plus de liens , notre aJBTection privée ne lutte plus en nous contre notre logique sociale. Sachons donc , tout en déplorant ce qu'il y a de déplorable dans cette chaîne de siècles , dont le dernier anneau s'est rompu malgré nous dans nos mains , profiter en hommes de cette liberté que la catastrophe même nous a faite ! Ne nous conduisons pas par le sentiment qui n'a point de place dans le fait actuel, mais saisonnons et agissons j ne soyons pas les hommes d'une opinion , d'un parti , d'une famille , mais les hommes du présent et de l'avenir ! Quand nos fib , à qui nous aurons légué notre ouvrage et notre mémoire, nous jugeront de loin avec l'impartialité et la rigueur de la distance , quand tous les sentimens personnels seront morts et froids de-

RATIOimELLE. 125

Tant eux, quand ils sonderont Tordre social que nous leur aurons préparé , ils ne recevront point pour excuse nos préjugés de naissance, nos prédilections de san{^, nos habitudes de familles, nos délicatesses d^esprit, nos conyenances de position , nos Tains regrets , nos molles répugnances ; ils nous demanderont si nous avons agi en hommes, en hommes intelligens, prévoyans et libres, ou si nous atons perdu en stériles récriminations et en impuissantes douleurs Tépoque qui nous a été donnée pour régénérer Tordre social et pour sonder la vérité politique.

Sur ces bases , nous établirons donc ainsi et en peu de paroles le symbole politique de Fépoque rationnelle où nous entrons. Je me borne à le poser devant vous ; c'est à vous de le confronter pour chaque question de détail avec les trois principes qui doivent le dominer et Téclairer ; Vespace borné de cette lettre ne me permet sur chacun de ces articles, ni développement, ni discussion , ni commentaire; chacun serait un livre j il ne faut qu'un mot. Je les reprendrai peut-être plus tard.

Toai II.

Page 1