‹ Œuvres diversesChapitre 28 sur 32 · SUR LA QUESTION A PROPOSER · texte numérisé non relu

SUR LA QUESTION A PROPOSER

aux classes ouTrières, ce que le jeu est aux classes riches : il brise les ressorts à force de les tendre; et quand le ressort est brisé, le TÎce surrient ets^emparede Thomme. L^industrie manufacturière arrache Phomme à la vie domestique, à Tesprit de famille, cette sauve-garde de toutes nos vertus de tradition , cette seconde ame de Ffalimanité , ce principe générateur du patriotisme et de la nationalité; Touvrier n'a pas de patrie; il erre de ville en ville , d^utelier en atelier, selon que le besoin ou le travail Ten repousse ou Ty attire ; tous ces fils qui forment pour ainsi dire le tissu invisible de notre civilisation domestique, cette tendresse pour la mère, ce respect pour le père , cette pitié pour Tenfant , cet honneur de la maison qu'on craint de souiller, cette considération du clocher qu'on redoute de perdre , ces habitudes préservatrices des mœurs , ces assistances aux cérémonies du culte, aux instructions morales des pasteurs, aux récits des anciens , aux fêtes , aux usages du pays ; rien de tout cela n'existe pour l'ouvrier ; c'est l'homme réduit à sa plus vénale expression : je ne dis pas assez ; c'est l'honune descendu des conditions générales d« l'humanité à la condition de machine humaine ! Dans cet isolement fatal , dans cette nudité sociale, il est exposé à toutes les séductions du mal , sans rencontrer autour de lui aucun soutien, aucune garantie, aucune sollicitation pour le bien; lancé dans ces ateliers nombreux, dims ces foules

où Thomme est contagieux pour rhomme , il est facilement atteint par un ëgoisme brutal, par une soif des seules jouissances physiques. Le vice , par une réaction prompte et inévitable , accroît sa misère : il périt dans la débauche ou dans les hospices de nos grandes Tilles. Voilà le destin d^un tiers au moins des hommes queTin^ dustrie sollicite et dévore! Là se forme une population nomade , sans famille , sans foyer , sans patrie et sans autels, race qui se place elle-même en dehors des conditions de l'état civilisé ; qui se remue violemment à chaque ébranlement politique j qui voit d'un œil de haine et d^envie tout ce qui possède un toit , un champ , un foyer, une famille j hommes auxquels la législation moderne accorde, il est vrai, tous les droits du citoyen, à qui la religion présente toutes les lumières et toutes les conso^ lations du chrétien , mais dont le genre de vie repousse Tun et l'autre , et constitue, dans nos états commerciaux , un esclavage , un ilotisme volontaires , pires peut-être que Tesclavage et l'ilotisme antiques ; car le maître au moins était responsable de la vie et des mœurs de l'es- .clave, et la société moderne ne l'est pas de celle du prolétaire !

De là , messieurs , cette société divisée en deux camps, ces jalousies, ces récriminations odieuses de classes contre classes; de là ces dénominations perfides que le sophisme jette à l'ignorance , cette classification fausse

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