SUE LA QUESTION A PROPOSER
llrainanité. La civilisation matérielle , an contraire , oU' trement nommée Findustrie, ne présente pas, au premier aperçu, des résultats aussi évidens pour le bonheur des peuples qui la cultiTcnt par-dessus toutes les autres. Les moralistes la redoutent, les philosophes la dédaignent, les économistes Texaltent j mais ils sont loin de s^entendre encore sur les moyens d^assurer ses progrès , de régulariser ses écarts , de prévenir ses vicissitudes , et même , il faut le dire , de prouver ses bienfaits! En effet, c'est encore une question de savoir si la richesse, qui accompagne toujours une haute civilisation, est la cause ou Veffet de cette civilisation même j si elle la produit ou si elle Taltère. L'histoire fait à ce doute une double réponse, comme un oracle à double sens : <( Tous les peuples civilisés sont devenus riches , mais tous ont péri par la richesse* » L'industrie , telle que les économistes l'entendent, est aux nations exactement ce qu'est la richesse aux individus ; elle les élève , elle les cultive , elle les développe, mais elle les amollit et les corrompt.
Sans entrer ici dans la discussion approfondie de cette importante question de haute politique ^ question dont la solution même ne changerait rien à l'état de notre société moderne, essentiellement industrieUe, arrêtons seulement notre pensée sur un grand fait d'une évidence historique et contemporaine. Ce fait, messieurs, vous l'avouez tous : l'industrie amollit et corrompt les classes
PAR vxcABtttm m MAGoif. ne
qui y sont exclusivoment adonnées , et tous reconnaisses moins d'esprit de patrie et de famille, moins de pureté de mœurs , moins d'habitudes conservatrices , moins de vertus pratiques, dans une population industrielle que dans les populations agricoles. Les causes de cette différence sont faciles à entrevoir. L'industrie est spécialement et presque exclusivement fondée sur le désir du luxe, sur l'avidité de l'or; elle éveille et alimente dans l'homme, par l'habitude, cette passion essentiellement égoïste, et ne présente jamais à ses pensées, à son travail, à ses vertus même , que le gain pour mobile et la richesse pour récompense! L'industrie est variable de sa nature, destinée à satisfaire surtout à des besoins imaginaires , à des nécessités de mode ou de caprice. Que ces besoins changent , que ces caprices passent , que ces modes tombent , le genre d'industrie qui les nourrissait change , passe et tombe avec eux. De nombreux travailleurs, habitués à un seul mode de travail, devenus, par cette habitude même , inaptes à tout autre emploi de leurs forces, sont Jetés violemment dans l'oisiveté et dans l'indigence ; ces brusques transitons d'un travail largement rétribué, d'un salaire au-dessus des besoins, à une cessation totale de travail et de salaire , secouent trop fortement l'ame humaine ; elles la jettent dans la débauche ou dans le découragement et le désespoir , dans les vices de l'opuleAoe ou dans ceux de la misère! Ces transitions sont ,