PRÉFACE
s ces pages a éclatantes de
a fois railleuses et rires, indignées et
bpées de larmes de tendresse, Tridon
S apparaît au-dessus de la jeunesse de
Bpîrej personnifiant en lui la conscience
^France et de l'humanité. Combien y
iit-ïl, à cette époque néfaste, de ces
hommes, se dégorgeant des fanges
gïme impérial, pour s'élever vers un
pur et rayonnant? Combien ont eu
E de droiture, assez de fierté dans l'âme,
de lumière dans l'intelligence et de
: dans le regard pour connaître les
rtères, discerner les vrais des faux amis
; et combien ont eu l'audace de
lier les imposteurs du stigmate de
die?
Tridon est, certes, un des rares prophètesqui ont entrevu les horizons prochains et montré du doigt la terre promise.
A peine comptait-il vingt années, que déjà dans les journaux du quartier Latin, il se révélait comme un écrivain de grande race. En lisant ses œuvres de jeunesse, on sent devant soi un esprit nourri de la moelle des forts. Les maîtres se nomment Régnier, d'Aubigné, Montaigne, Diderot Michelet, Proudhon — le Proudhon de 4^ — le puissant auteur de la Justice dans la Révolution et dans VEglise. De cette glorieuse lignée descend l'auteur du Molochisme juif.
Et qu'on ne voie point ici l'engouement de l'éditeur; lorsqu'un citoyen sait et veut tout voir, lorsqu'il juge le passé et le présent à la seule lumière des principes éter nels de la Justice; enfin, lorsqu'il ose tout penser et tout dire, il plane bien vite audessus de la masse des rhéteurs et atteint les sommets de l'Idée, partant de l'Eloquence. L'œuvre de Tridon est tissue de rayons et de flammes. Par sa clairvoyance, par sa sincérité, il est le La Boétie du dix-neuvième siècle. La Force peut soutenir le parallèle avec le Contre un.
En 1864, il a vingt-trois ans. Il publie les Hébertistes^BYecce sous-titre: Plainte coi^trt
— vu —
tine cixlomnie de Vlîistoire. Une plainte?
bien plus! la réhabilitation éclatante de ceux qu'il a nommés : Les grands damnés DE l'histoire.
En montant à l'échafaud, Clootz s'était écrié : J'en appelle à la postérité ! Et depuis un siècle, la postérité ne répondait à cette prière suprême, que par les outrages et par la calomnie lorsqu'enfin une. voix domina le Vœ victis de l'histoire officielle :
« Salut, Hébert et Pache, purs et nobles citoyens; Chaumette, que le peuple aimait à régal d'iin père; Momoro, plume ardente, esprit généreux; Ronsin, général intrépide; et toi, douce et mélancolique figure, par qui le panthéisme allemand donna la main au naturalisme français, Clootz Anacharsis. »
Tridon présente un plaidoyer solidement documenté. Il nous mène à l'Hôtel de Ville de Paris, dans la salle Saint- Jean, où siègent les représentants de la Commune, sous la souquenille du manœuvre, chaussés de sabots, coiffés du bonnet de paysan, pour se tenir en communion plus étroite avec la masse des travailleurs. Il place sous nos yeux les procès-verbaux des séances, feuillette avec nous le Père Duchesne qui les commente, les explique aux illettrés ; et à cette lecture nous demeurons frappés de là ^licitude vaillante qui enveloppait
les faibles et se grandissait jusqu'aux intérêts les plus élevés de la Cité, de la Patrie et de la Civilisation.
Cette brochure contient, avec les états de service de la première Commune, les lettres de noblesse, les glorieux parchemins de celle de 1871.
Non seulement Tridon peint les Hébertistes, mais il définit l'hébertisme, une doctrine, un système sorti des entrailles mêmes de l'humanité, pour soutenir et défendre les misérables.
C'est l'hébertisme qui chérit la Raison au point de lui élever des autels ; c'est l'hébertisme qui se montra décidé à pousser la Révolution jusqu'au bout, alors que tous s'avouaient las, déjà satisfaits, et imploraient le repos.
La violence de l'hébertisme est faite de pitié pour les opprimés. La férocité des royalistes, partout où ils reprirent le dessus, suffirait à la justifier. Mais l'hébertisme n'a pas besoin d'apologie. Miséricorde! Pitié!
Ce cri, il l'a entendu ; il l'a répété, mais surtout il lui a donné sa formule moderne, la vraie, la seule possible : Justice !
A cette invocation, et pour la première lois, les peuples « virent la lumière! »
Oui, la Révolution a apparu sur le Sinaï.
C'est enveloppé d'éclairs fulgurants et au
bruit du tonnerre que Tridon entonne l 'hymne à « la Force )> !
Insensés, traîtres, maudits, ces amis du peuple qui se laissent prendre aux paroles d^ paix de l'Eglise, et qui ne voient pas que cette menteuse n'a jamais triomphé que par le fef et par le feu. Elle a écrasé les Albigeois, les Hussites; et c'est l'Inquisition qui a catholicisé l'Espagne et les provinces belges.
« O Force, reine des barricades c'est
toi dont la bouche convulsée appelle les quatorze armées de la République... Ton poing irrésistible écrase les Bastilles et les Eglises, et tu sais le chemin des Tuileries. Viens ! nous ne serons plus ingrats ! car nous avons trop souffert de nos mépris, et tu es assez vengée. Viens guérir les blessures que tu as faites, délivrer ceux que tuas asservis.» Et maintenant que la démocratie est revenue à une conception plus saine de la Force, de l'alliance nécessaire de la Force et du Droit, sus aux traîtres et aux incapables, à tous ceux qui compromettent le Droit en énervant la Révolution.
Quel est ce mot de libéral Que les gens d'un certain calibre Placent toujours, tant bien que mal?
C'est le diminutif de libre, — (Lebrun).
Telle est l'épigraphe de Gironde et Girondins : la Gironde en 1869 et en 1193. —
SirTri'don vivait encore, îl trouverait à fustiger les Girondins de 1891.
Tridon poursuit le développement de la doctrine hébertiste. Pour modérer, arrêter k mouvement révolutionnaire, la Gironde fait appel aux provinces, au particularisme, à rémîettèment de la Patrie. L*hébertisnie signifie Révolution complète par là centralisation, par l'effort héroïque de Paris.
« Nous croyons en Paris, cœur et cerveau de la France. De lui part le coup de t^riilerre qui fait craquer les empires et tressaillir les nations. Paris vaincu, lalibjerté râle. Paris triomphant, le juste et l'opprimé relèvent la tête. Son histoire est celle même de la raison humaine : elle meurt en Germinal, décapitée avec les hébertistes par les amis de Dieu ; elle meurt en juin, saignée à blanc par les amis de Tordre. Elle revivra un jour avec la grande Commune. »
Lorsque Tridon écrivait ces lignes, en 1869, il avait la vision de plus en plus prochaine de la deuxième Commune qui, avant deux années écoulées, allait siéger à l'Hôtel de Ville. C'est ainsi que le sens historique donnait à ce jeune homme le don de prophétie.
Quatre ans auparavant, en 1865, Tridon avait préludé à son étude sur la Gironde, en publiant, dans le journal Candide, un ar-
tîcle sur la mort de Marat, asâassîné par la vierge girondine.
Nous plaçons ici cette page d'histoire :