MALHEUREUSE FRANCE
Loups, corbeaux, journalistes, irréconciliables et chiens, sont en liesse. Toute cette meute de proie a du sang. Ils peuvent se vautrer jusqu'au ventre dans ce liquide fumant, y plonger leurs crocs et humer à pleines narines la suave odeur du carnage. En rut, en joie, en course, reporters et orateurs, prêcheurs et boulevardiers, frères Ignace et Villemessant, Guillaume et Garguille !
Les champs putrides de Wissembourg à Gravelotte, avec leurs cent mille charognes, sont votre joyeux domaine de copie et de phrases, d'émotions fausses et de larmes de crocodiles. Ces truands font aujourd'hui le cadavre comme ils faisaient hier la fille et le trottoir. Us débitent à tant la ligne, pour les nerfs des petites maîtresses, les bras et les cuisses, les tronçons et les lambeaux, toute la boucherie humaine. Pauvre chair à canon, devenue chair à journal, dévorée par les plumitifs et les vautours ! Quel est le plus cruel I
Aujourd'hui, c'est fête pour tous les carnassiers dans les fossés de Vincennes, et la bande aboyante presse de ses hurlements l'heure do la curée. Hein !
comme le corps d'un ennemi sent bon, surtout quand le mort est républicain. Quel régal ! quel arôme!
Allez, hyènes, fouillez les trous des balles et arrivez jusqu'à ces' vaillantes poitrines. Nuls cœurs plus ardents et plus chauds n'ont battu. Mordez à pleines dents, vous n'en déchirerez pas déplus braves. Vous ne pourriez même, en buvant tout leur sang, vous tranf user de pareils courages. Que votre lâcheté et votre peur s'exhalent en outrages ; bêtes de proie, souillez, frappez, mutilez les faces sacrées des derniers des Français.
Qu'ils reposent, nos amis, sans peur et sans reproches, dans leur couche de terre. Au moins, ils ne verront pas la Patrie avilie plus encore par le maintien des scélérats bonapartistes que par l'invasion des Prussiens. Ils ne verront pas la criminelle niaiserie du peuple, le triomphe des traîtres et la honte de nos descendants. Ils sont morts debout, la tête haute et leur drapeau au poing. Ils ont craché : « Vive la République I » à la face des jugeurs féroces et des insulteurs soldés, et, ne pouvant vivre dignes, se sont réfugiés dans l'asile inviolable de la mort.
Ah I reposez, amis, martyrs. Votre sang crie : Vengeance I Vous êtes les derniers des Français.
Car la France n'est plus. Peut-on donner ce nom à la pauvre folle à qui des misérables font déchirer ses plus nobles enfants? Où est la France du passé et de l'avenir, la France de 93 et de 48, la Jeanne d'An' armée pour les droits des nations, la libératrice du monde ? Je ne la reconnais pas dans cette fille de joie. abêtie et stupide au bras des ruffians et des ventrus dans la prostituée des Bonaparte.
Malheureux peuple I Malheureuse France ! Voilà ce qu'ils en ont fait au bout de dix-huit ans. Ils ont iiii> tous leurs soins à détruire son énergie et sa virilité. H* l'ont soumise à leurs honteux caprices, ils l'ont tenu<' sous leur talon et sous leur poing. Ils lui ont soigneu-
sèment coupé les nerfs et les muscles. Vampires immondes, ils ont aspiré la moelle et le suc de la nation. £t maintenant 1 1 1