‹ Œuvres diverses de G. TridonChapitre 12 sur 25 · SA BANDE I · texte numérisé non relu

SA BANDE I

Une camarilla nauséabonde se forma à l'image du maitre, étroite comme lui, sournoise comme lui, libidineuse, sombre et féroce comme lui, âpre à la volupir et à la curée. Implacables et lâches, crétins aitixa. Voyez les muffies de ses généraux ou le museau des» tiommes d'Etat. Y a-t-il un rayon, une étincelle du» toutes ces hures ?... Rien que la bestialité des inUincU et l'outrecuidance de la sottise. Son fonctionnaristne était l'écumo et le fléau du pays. Assouplis par lui w 1 culte absolu de la force, ils apportent sur des coiËÛDi les clefs de leurs villes au roi de Prusse, eonune ils 1^ ' apporteraient en pareille occurrence au roi des Uun^ ou au Khan des Tartares...

Et pourtant leur maitre leur a livré la France. Il 1^ a rués au sac et au pillage. Il les a gorgés d'or et d'honneurs. 11 leur a partagé le tribut levé sur les citadin poltrons, égoïstes, peureux dont le peuple et la R^p»i}|iquc sont l'épouvantail. A-t-il assez exploité ces Ur rcurs et ces rancunes bourgeoises dont il exécuUii sommairement les hautes œuvres ? Sauveur palentéd» notables, Carmagnola 111(1) avaitdroit au meilleur vin.

(1) Carmagnola. aventurier parvenu du uv* sièele, typr du condottiere, fut tour à tour au service du duc de UUÙ et des Vénitiens.

ux plus jolies filles et au plus clair revenu de ses bligés, car, sans lui, que leur serait-il resti^ ? Ei le oui^eois Orgon de subir ces exigences soldatesques 'extermination des Jacques et récrascment de lu plèhe ' consolaient des manières quelque peu brusque.-' ik' m officieux gendarme.

A la fin Orgon s'est fAché. 11 a trouvé que Jac(iucs «■homme était bien muselé, que Cannagno];>. de loins en moins utile, devenait de plus en plu^ e\iant, et que dans le stock des aventuriers il deiiii lielit toujours un garde du corps moins cher n [ilus Jurtois. n a cherché aux alentours. H a moiiin' les Hits. Il a relevé de toutes manières les airs et les agistnents cavaliers de son bravache condottiere, Cannaifda ne s'est pas tenu pour battu. Il a rendu la monlie de sa pièce au bourgeois Orgon :

• Ingrat, A-t-il dit I Tu oublies déjà les services et les crimes communs. Tu oublies les commissions mixtes, les plages d'Afrique, les marais de Cayonno et les casemates de Décembre. Tu oublies les fusillades et les cachots... Payé, dis-tu, je suis payé. Mais est-ce que cela se paie? Entre nous, le pactf est éternel, comme le forfait. Tu insistes et persistes 1 Eh bien, je vais déchaîner le monstre. »

Et il le déchaîna. Jacques Bonhomme, à peine déuselé, reprit sa plainte séculaire. 11 narra d'une voix ridente ses souffrances intolérables, l'arrogance cl la irelé de ses maîtres, la mauvaise foi des gouvernants des castes. 11 montra l'iniquité sociale, les riches ol >isiveté d'un côté, la misère et le labeur de l'autre ; ■ef, recommença avec une sorte dedésespoir éloquent ntermioable série de ses griefs.

Il-nVtaît pasuu bout, que Orgon se traînait aiix genoux de Carmagnola le suppliant de sceller la bouche de bronze : « Voilà mon or, mon sang, mon bulletin. mais avant tout, ferme ces r(^unions, étouffe ces voix. enchaîne ces bras. Rends-moi le calme et le silence. - Et Carmagnola, caressant son sabre et frisant sa moustache, reprit la corde.

En d'autres termes, Bonaparte, acculé par les alla ques parlementaires de la bourgeoisie, lui a jeté 1^' peuple dans les jambes pour la ramener à lui. l'^ réunions publiques, la liberté presque complète laiss'^' à la presse pendant une certaine période, n'avaient paj d'autre but. Et, à vrai dire, l'expérience n'était \^ sans péril. S'il y avait chance de rallier le bourgeois par la terreur, il y avait risque de voir se compter f^ s'organiser les forces populaires.

Confiant dans son étoile policière, l'ex-constableilf Londres accomplissait une manœuvre délicate en guerre comme en politique : un mouvement de flaui Un rien pouvait transformer l'opération en désastr* L'enterrement de Victor Noir, l'arrestation de Rocli'^ fort, les émeutes de juin 69, de février et de mai" sont les épisodes marquants de cette campagne dont '^ montrent tout le danger. Ajoutons que l'opération tro«^^ un auxiliaire précieux dans l'inexpérience de certaia^ chefs de la démocratie et dans la vanité et les préti'»' tiens des autres. On gaspilla le mouvement populaiî"*

Toujours est-il qu'en 70 le but de Bonaparte ePatteint. Les libéraux, pantelants, avaient abdiqué ^'^^ ses mains leur opposition de théâtre. Ollivier était b nistre et Paradol ambassadeur. Laboulaye confes-^^ du haut de sa chaire les vertusdu prince Caniche. ^ -

rëvéreads Guizot et Odilon, pères nobles de la coméiUe, sortaient de leur niche pour bénir ces unions inor([&nati<[ues. Carmagoola était redevenu le gendarnio breveté de la Béaction européenne.

Mais, qui trop embrasse mal élreinl. Cet heureux lansquenet devait trouver un écueil à sa fortune.

Rien, au début de 70, ne faisait prévoir cette issue lamentable. Les effels impuissants et ttimulLueuK du peuple donnaient prise à la répression. Bonaparte trouva piquant d'en chasser les critiques les plus acerbea et les plus éloquents de ses anciennes exécutions. Il prit plaisir à écraser les républicains par les renégats de la République, à museler la presse et tuer les réunions parla fleur des pois du socialisme théorique.

Ces soufflets à la moralité publique, cette exhibition de turpitudes et de l&chetés sont un régal corse, une jouissance de tyran. Mettre de pair avec soi ces âmes qui se targuaient de vertu immaculée, les entraîner dans la sombre solidarité et les irrésistibles tentations de l'arbitraire ; démontrer ainsi tn anima nobili le néant et la perversité de la parole humaine, voilà de quoi rafraîchir une conscience désolée. Tous souillés, il n'y a plus de souillure. La confraternité du crime est l'absolution de l'assassin.

Ce jeu lui plut, et il effeuille pétale par pétale jusqu'à la dernlL-re fibre ces fleurs douteuses que les naïfs avaient pris pour des fleurs d'oranger. Il les teignit à plaisir dans la fange et dans le sang, et s'en para comme d'un glorieux panache.

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