ROMAN
s vif*
AVERTISSEMENT
DE L'EDITEUR
JL E s modernes remportent sans doute , de beaucoup , sur les anciens dans le genre des romans; mais ils en ont fait un abus si grand et si déplorable, quils ne peuvent se vanter d'un pareil avantage. Rien n'a plus favorisé, propagé et hâté la corruption ; rien n'est plus capable de Taugmenter , de la répandre et de la perpétuer. Platon interdisait l'entrée de sa république aux poésies d'Homère : qu aurait-il fait de nos romans ? Du moins il ne se serait pas permis de composer un ouvrage de cette espèce, après en avoir reconnu tout le danger. Cette contradiction, fort étrange pour un philosophe, était réservée à J. J, Rousseau.
Un semblable reproche ne peut être fait à Barthélémy. Frappé de la simplicité et de la brièveté des roriians grecs, il les a imités, moins dans le fond que dans la forme. Tout respire dans Carite et Poljdore Tlifiinnéteté et la pureté des mœurs ; mais ce n'étaient pas celles du commencemept du quatorzième siècle, avant Jésus- Christ, temps de troubles, de crimes et de barbarie, où il met la scène de son roman ; et à cause de cela même plusieurs détails y manquent d'exactitude, ou s'y trouvent déplacés. Il' aurait donc fallu choisir une époque moins reculée de l'histoire de la Grèce.
68 lYERTtSSKMENT DE l'ÉDITEUR.
Un savant bibliographe a élevé quelques doutes sur lauthenticité de cet ouvrage , et s'est permis de l'attribuer au jeune magistrat pour lequel il avait été composé. Cette assertion n'a d'autre fondement qu*un article trèsfautif de la France littéraire; or, l'autorité de cette nomenclature aussi inexacte qu'incomplète, ne peut balancer le témoignage positif du neveu de J. J. Barthélémy , qui a passé quarante ans de sa vie avec lui , et auquel il a légué tous ses papiers. Les amis les plus intimes de cet habile écrivain l'ont égalemei)t su et attesté. D'ailleurs , il n'est pas très-difficile de retrouver sa manière dans ce roman, qui fut publié en 1760 pour la première fois et sans nom d'auteur. On lisait au titre : Roman traitait du grec; nous avons cru devoir le retrancher. C'est une petite ruse trop souvent répétée, et qui n'ajoute plus rien à l'illusion des lecteurs.