ÉCLAIRCISSEMENT
cher de s être servi d'un argument trop faible, et combattu avec beaucoup de vivacité par Shaftesbury et plusieurs autres philosophes. Cet argument est fort ancien et n'a été ignoré ni de Platon, dans son dialogue intitulé Phœdon^ ni de Cicéron , qui le fait valoir au sujet de l'immortalité de l'âme, dans le premier livre de ses Tusculanes. Amobe ; parlant en faveur du christianisme, dit expressément qu'entre deux partis douteux , l'un qui nous donne des espérances, et l'autre qui nous lés ôte, la saine raison nous dicte de choisir le premier, comme le plus sûr. L. II. Conir. génies. Parmi les écrivains du. dernier siècle^ Antoine Amauld et Labniyère ont adopté cet axiome; mais celui qui l'a mieux développé est évidemment Pascal ; et on a coutume de lui en faire tout l'honneur. C'est lui qu'on a attaqué personnellement là-dessus, et fiar* thélemy paraît l'avoir suivi. Il faut lire tout ce que Pascal dit sur ce sujet dans le premier et le S4^tième chapitres de. ses Pensées. Rien de plus judi* cieux que ses réflexions ; mais il ne les donne point comme formant une démonstration Tigoureuse; Après avoir d'abord fait voir , par un calcul siinple et frappant, qu'il est plus avantageux de croire que de ne pas eroire ce qu'enseigne la reUgion chrétienne; il observe que « l'homme étant autant « corps qu'esprit , il lui faut une croyance d'habicc tude, qui, sans violence, sans art, sans argu- « ment , nous fait croire les choses et incline toutes f( nos puissances à cette croyance , en sorte que « notre âme y tombe naturellement, m Samuel
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Clarke, profond et habile raisonneur, ne néglige pas aussi ce genre de preuve; il avance que lors même qu'on supposerait la vérité de la religion moins démontrée et moins conforme à la droite raison , le parti le plus sûr serait toujours de vivre suivant les préceptes de l'Évangile : Discours sur la certitude de la religion chrétienne ^ chap. a a. Locke luirméme ne s'est point éloigné de cette idée , dans son Essai sur P Entendement humain ^Yvr. II , chapitre ai. Enfin, Leibnitz, ayant examiné , avec «a logique ordinaire, cet argument, assure qu'iV est bon. « Il ne donne pas précisément, selon lui , une \ croyance ; mais il oblige d'agir suivant les préte ceptes de la croyance , car on n'a pas la croyance « quand on veut. Ce n'est pas le manque de « croyance qui mérite proprement d'être puni, oc mais la malice et l'obstination ; et c'est ce que « beaucoup de théologiens reconnaissent expressé- « ment. » Remarq, sur fenthous-y œuvr. tom. V, p. 33. Avouons donc que l'axiome du plus sûr a une grande utilité. , celle de nous porter à un examen réfléchi et à nous disposer à croire sincèrement. Alors le cœur vient au secours de l'esprit; c'est vraisemblablement sous ce rapport que Barthélémy a fait usage de cet argument par préférence à tant d^autres plus forts , mais qui l'auraient trop écarté du but qu'il se propose dans son excel<^ lent traité.
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