‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: augmentées de l'essai sur la vie de BarthélémyChapitre 43 sur 53 · D HERCULANUM · texte numérisé non relu

D HERCULANUM

d'Alexandrie , qui , loin de détruire les statues et les autres monuments des payens , voulurent conserver les plus obscènes , et les exposer aux yeux du public , pour Éaire sentir le ridicule et les infamies du paganisme, et, par ce moyen, inspirer pour lui toute l'horreur qu'il méritait. Nos savants ajoutent, avec La Chausse , que des hommes graves et pieux, au nombre desquels on voit beaucoup d'ecclésiastiques d'une vie exemplaire, n'ont pas hésité de donner au public, et de commenter plusieurs monuments antiques de ce genre, à l'exemple des saints pères qui ont parlé fort clairement des ordures du paganisme. Le savant Léonardo Agôstini ne fit pas difficulté de dédier au pape Alexandre YII son ouvrage sur les pierres antiques ; et combien ce recu^ n'ofïre-t-il pas de morceaux pareils à ceux qui occasionent cette remarque ? Revenons au catalogue de M. Bayardi.

Après avoir parlé de quelques mosaïques qui formaient les pavés des édifices sacrés et profanes, de plusieurs morceaux de cristal de roche , et des vases de cette matière , qui ,«comme ceux de métal, servaient de miroir aux anciens , il passe aux inscriptions et aux médailles de consuls et d'empereurs jusqu'à Titç, ce qui fixe l'époque de la ruine d'Herculantun, dont on a non - seulement découvert le théâtre, mais encore des édifices dans l'étendue de plus d'un mille , des rues et des carrefours. On n'aperçoit aucun monument postérieur à l'an 80 de l'ère vulgaire , qui répond au deuxième de Tite. Mais on en voit deux surtout

a3o LES AKTJQUITéS

qui serviront à marquer les fastes de quelques consuls, et à fixer quelques points de chronologie. Enfin , on a découvert plus de deux cents papiers qu'on est occupé maintenant à développer et à mettre en ordre , de' quali al présente si procura h scioglimento. Sur cet objet, comme sur beaucoup d'autres, l'auteur promet de plus amples éclaircissements dans un ouvrage préliminaire sous le titre de Prodome. Il en paraît déjà cinq volumes mrfoUof et l'ouvrage n'est pas fini. Outre une table générale chronologique depuis Inacfaus jusqu'à Textinction des Héraclides, on y verra l'histoire d'Hercule, de Thésée, de Mic^j^s^ de Cécrops, de Danaûs et d'Europe. L'origine', la situaticm , les j)rogrès et la ruine d'Herculanum n'y seiWfMj^int oubliés , non plus que l'histoire de sa <lecdâ|^>^rte. On promet encore une carte géographique du golfe de Naples et des environs ; c'est sans doute la même qui parait à la tête du premier volume ides antiquités dllereùlanum. Voici mtaintenant Tordre que M. Bayardi a suivi dans son catalogue : les peintures y occupent sept cent trente -huit articles ; les statues, bustes de rbétal et de marbre, têtes, bas^reliefs, hermès et masques y sont distribués en trois cent cinquante; les vases, patères, marmites et morceaux qui en faisaient partie, soit en métal , soit en terre , sont au nombre de neuf cent quinze ; trépieds , vingt-quatre ; lampes , cent soixante-trois; candélabres, quarante : enfin, sept cent trente-deux articles comprenant différents monuments, comme outils, instrumaits , poids, etc.

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Tel était, en 1764 > Pétat du cabinet du roi de Naples à Porlici ; mais comme depuis ce temps-lài de nouvelles richesses ont été découvertes , et que d'autres le seront encore à ^avenir, M. Bayardi avertit qu'on augmenter le catalogue d'une seconde partie , d'une troisième , et d'un plus grakitl nombre, selon* que la nécessité pourra l'exiger; U avertit encore , à l'égard de l'explication dont les figures seront accomMgnées , qu'on suivra , pour la brièveté, la méthode du père Montfaucon, et qu'on écartera soigneusement toute érudition qui ne sera pas jugée nécessairè^^l^ prévient surtout le public, que les copie&;*4|IJi<)riginaux ont été tirées avec la plus scrupuleuse exactitude par d'excellents dessinateurs, et gravées ensuite avec un soin pareil. On a porté le scrupule au point de marquer jusqu'aux fractures et aux taches des monuments; les planches offriront une image fidèle des originaux , et l'on ne verra rien dans les unes qui ne se trouve dans les autres (i). On verra

la I

(i) Non occorreràf che alla vista délie incise Tavole alcun cervello svogliato faccia lo schizzinoso dubitando del vero. Sappia ogrCunOy che scrupulosamente furono gli originali dçt t*ggregi delineatori copiait ^ e che con altretanta* esatezza ven^ nero incisi i disegni. Sin le fratture si sono additéite, ne ih comte veruno sono siate le mancanze ne* disegni supplUe, onde tjuanto si osserverày e si vedrà nellc Tavo/e rappil^^iii^o y tanto fia chi vorrà chiarirsene si troverà negli originali cxpresso.

if.

a32 LES ANTIQUITES

dans la suite pourquoi nous insistons un peii sur «e point.

Nous ne voulons pas oublier une remarque critique de M.: Bayardi coutre Fabbé Banier, qui avait prétendu que Cybèle , outre les Galles et ArchigaUes , aidait d'autres prêtres qui n étaient pas mutilés. Il lui pai*aît que , quoique cet auteur soit un des plus savants mythologues du siècle , il décide souvent sans fonder ses ass^tions sur aucune autorité. M. Bayardi ne trouve dans l'antiquité d^autres prêtres de cette déesse , que les Galles , dont TArchigalle était le che£ On y voit, il est vrai, des prétresses de Cyib^Rl^mais on ne peut tirer de là une conséquence favorable à Fopinion de l'abbé Banier.

A la vue de tant de monuments curieux qu'annonce le catalogue dont on vient de parler, le public ne pouvait que désirer avec plus d'ardeur de les voir au plutôt exactement gravés ; et c'est pour répondre à cet empressement que sa majesté le roi des Deux-Siciles a daigné confier à une compagnie de savants le soin de les publier avec des explications. Ces académiciens, dans l'épitre dédicatoire du premier volume exécuté avec une magnificence peu commune , reconnaissent qu'en offi:*ant au roi ce recueil , ils ne lui présentent que ce qui lui appartient ; puisqu'ayant fonué lui-même le projet de cet ouvrage , il Fa Êdt exécuter avec un go«t exquis, et une dépense vraiment royale. L'univers entier joindra sans doute sa reconnaissance à celle de cette savante compagnie, et par-

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tagera tous les sentiments dont elle est pénétrée. Il ne pourra voir , qu'avec un plaisir mêlé de surprise, le précieux fruit du loisir de sa majesté, après avoir admiré *sa prudence et sa valeiu* dans la défense de ses états; sa sagesse et sa piété dans la législation; sa fermeté héroïque dans les dangers et dans les calamités tant publiques que particulières; l'étendue de ses lumières et de ses soins pour faire revivre , en quelque sorte , et se former lin peuple qui , par sa puissance , par ses arts , par son commerce et son éclat , tient un rang distingué parmi les nations de l'Europe (i).

Ce premier volume contient cent trente-six morceaux de peinture, y compris ceux qui tiennent lieu de vignettes et de culs -de -lampe. On a mis au premier rang les monochromes, c'est-à-dire ceux qui sont exécutés avec une seule couleur; après quoi viennent ceux qui représentent des sujets tirés de la fable ou différents exercices. On voit ensuite des perspectives, divers points de vue, des caprices de peintre, qui sont suivis de quelques sujets égyptiens. On y a entre-mêlé des morceaux d'architecture, des paysages, des oiseaux, des fruits, des arabesques, dont quelques-uns ont été découverts depuis la publication du catalogue. Les savants éditeurs pensent qu'on tirera de ces monuments plus de lumières siu* l'art et le goût de la peinture ancienne, que de tout autre secours. On

(i) On traduit à la lettre les expressionis de Tépître dédicatoire.

a34 L£S ANTIQUITES

se couvaincra par les morceaux qu'ils viennent de publier, comme par ceux qui parsutront dans la suite, que les anciens connaissaient la dégradation des couleurs, la diminution des objets et Taffaibtissement des teintes, beaucoup mieux qu'on ne se l'est imaginé jusqu'ici. On n'ignorait pas qu'en général ils savaient peindre à fre;M{ue et en détrempe ; Pline et Vitruve l'attestent clairement ; on doutait seulement s'ils avaient eu l'art de peindre les murs à sec en détrempe. Mais les peintures conservées dans^ le cabinet du roi donnent sur ce point des lumières certaines, puisque c'est ainsi que la plup^t sont exécutées. Nos savants en apportent deux raisons qui leur paraissent mettre la chose hors de toute contestation, i^ Les couleurs supérieures, endommagées, dis^sipées par l'humidité , laissent voir celles de dessous , sans que l'enduit soit altéré : or, cela est impossible dans la peinture à fresque qui , parfondue et incorporée avec l'enduit, ne peut se dissiper qu'avec lui. Ils jugent même que les anciens peignaient sur la surface des murs comme sur d'autres matières ; car on voit que presque toutes ces peintures ont la première teinte d'une couleur ordinairement rouge, jaune ou verte, et sur cette couche sont peints d'autres objets en couleurs différentes. Par exemple, le fond sera vert, sur lequel il y aura une bande rouge chargée d'une feuille ou de quelque figure d'une autre couleur. Que si la couleur supérieure a disparu quelque part , la seconde s'y

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montre, et la première au défaut de celle-ci. 2? .On voit que dans ces ouvrages on a employé indî£fé-* remment toute sorte de couleurs, sans en excepter celles qui ne peuvent résister à la chaux fraîche.

Ils ajoutent, à l'égard de ces couleurs, que nonseulement on les y voit toutes avec les demi-teintes et les dégradations pratiquées de nos jours, mais qu'il y en a telles, qu'aujourd'hui on«ne saiu*ait faire , comme un certain rouge foncé et éclatant , de même qu'une sorte de violet qu'on voit dans ces morceaux de peinture,

A l'égard des remarques qui servent à l'explication des figures, nos savants déclarent que l'objet qu'ils se sont proposé , en les faisant , les a forcés de dire bien des choses qui ne sont pas neuves, et qu'on peut trouver partout. Nous écrivons , disent-ils, pour ceux qui, en. examinant les planches, n'ont pas le pouvoir ou la volonté de consulter d'autres livres; maig. Us ne laissent pas de citer leurs garants, afin qu'on puis^ y avoir recours, si on ne veut pas les en croire sur leur parole. Ils avertissent de plus qu'on ne doit point être étonné de les voir accumuler quelquefois un grand nombre de conjectures différentes sans rien décider. Comme les notes qu'ils publient sont le résultat de leurs conférences , ils ont cru devoir y insérer les idées et les réflexions diverses qui ont fait l'objet de leur discussion. Par ce moyen , ils laissent à chacun une entière liberté de penser , et , en indiquant quelques roules , ils pré-

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parent à en découvrir d'autres. Telle est l'idée générale que nous donnerons aujourd'hui de cet ouvrage , nous réservant à le faire bientôt mieux connaître par un détail plus particulier et plus circonstancié.

d'herculanum. 287

SECOND EXTRAlrl

Xj A compagnie des savants, chargée de publier avec des explications les monuments de la ville d'ÎHerculanum, A consacré à sa majesté catholique le roi d'Espagne , le second volume des peintures qu'elle a donné au pubUc ; comme elle avait dédié le premier au même prince, lorsqu'il était roi des Deux-Siciles. Rien de plus légitime et de plus juste, à tous égards, que les sentiments de reconnaissance et les regrets qu'elle a fait éclater dans sa nouvelle dédicace. Dans la préface qui ^uit, elle déclare que, pour soutenir la réputation du précieux cabinet de sa majesté, elle avait cru devoir, dans le premier volume , prévenir le public contre les entreprises de ceux qui ont écrit avec peu de réflexion sur Le^ monuments d'Uerculanum. Elle fait connaître, à la tête de celui-ci, l'adresse ou plutôt la supercherie de Joseph Guerra , vénitien , demeurant à Rome , que l'appât du gain engagea de publier dans cette

(i) Le pitture antichi^ etc. Peintures anciennes et dessins d'Herculanum. Tome II, grand in-folio de 389 pages, sans i'épitre, la préface et la table. Journal des Savants y septembre 1762, page 599.

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ville des peintures antiques , dont il voulait faire croire qu'il avait les originaux trouvés dans les fouilles dUetculanum. C'était donner lieu à des soupçons ftdbfeus: ; il aillait les éclaircir . On acheta donc à Roiire trois de ces peintures qu'on débitait pour antiques , et une confrontation publique qui s'en fit à Najpiles avec celles du cabinet royal , fit évidemment reconnaître l'imposture. Le peintre iut obligé d'exposer dans Rome la copie du €hiron et de FAchâle y et la planche publiée lui servit de fnodèle et d'original. Nouvelle comparai^p qui découvrit encore là nouveauté dé ces monuments qu'on voulait donner pour antiques. Toutes ces Copies sont maintenait exposées à la vue du public dans le cd>inet de sa majesté, avec le nom de fauteur, et une légende qui transmettra sa fourberie à la postérité. Il faut être sur ses gardes et plein de méfiance, concluent nos savants, contre ceux qui annoncent des peintiu*es tirées des fouilles dUerculanum : In tànto è ogiumo mdTobUgo di âiffidare^ quando $i sentâ vàhtar piUure che sieno uscite dalle scavaziom éCErcolano.

Il serait à souhaiter qu'ils eussent pareillement daigné apprendre au public quelle peut être la cause des différences considérables que nous avions remarquées (î) entre un des^n monochrome qu'ils ^fit publié dans le premier volume , et l'exposition ^'en avait donnée M. Bayardi dans son catalogue.

(i) Journal de mai 1759.

d'herculanum. aSt)

L'entreprise qu'ils ont formée de commencer par les peintures, retarde la publication de plusieurs autres rares monuments conservés dans le cabinet de Port ici. Pour donner quelque chose à la curiosité des étrangers , ils oÎTt imaginé de leur communiquer de temps en temps quelque rare morceau , en attendant qu'on leur présente tine liste complète du tout. Ils leur offrent ici un médaillon en or, d'Auguste, du poids d'une <>nce et tm quart; on voit , d'un côté , la tète de ce prince «couronnée de laurier , «t autour ces mots : C^SÂR AVG VS- TVS DIVI FiUus PATER PATRIiE. Sur le revfers parait la figure de Diane ou de Gérés, avec ces mots : IMPerator XV , et à l'exergue SICILia. C'est de là qu'ils concluent que le médaillon a été lirappé vers la fin de ySS ou au commencement de 769, vçrs le temps du second retour de Tibère à Rcrnie, après avoir pénétré dans l'Allemagne jusqu'à l'Elbe. Les historiens attestent qu'alors Auguste , pour encourager Tibère à l'expédition d'IUyrie, de Dalmatie et de Pannonie^^ui fit prendre et prit luimême le titre ^Imperator. On voit dans Mezzabarba que le titre imper. XV se trouve joint à la puissance triburùL XXVIII, XXIX, XXX et XXXI; que celui de imper. XVI se trouve uni poiu* la première fois avec potest. trib. XXXHI, c'est-àdire, que X imper. XV dura jusqu'au 7 juin 76$^ le tribunat d'Auguste ayant commencé le 7 juinjBjr. De là on peut conclure que le tribunat XXVm d'Auguste ayant commencé au mémejouv 758, le titre à' imper, XV tomba sur la fin de cette année

a40 LES ANTIQUITÉS

OU vers le commencement de la suivante (i). Ce qui s'accorde assez bien avec le récit de Vell. Patercùlus , qui place le second retour de Tibère sur la fin de l'année qui suivit son adoption, ou de l'an 758. •

Ce second volume des peintures d'Herculanum contient soixante planches, sans parler de celles qui servent de vignettes et de culs-de-lampe ; de sorte que le nombre total des différents morceaux se monte à cent quatre-vingts; Les explications qui les accompagnent sont curieuses , et dans le goût de celles du premier volume, dont nous avons parlé. Les neuf premières planches représentent Apollon , avec une cithare ou lyre à onze cordes , et huit Muses. La première de ces Muses, assise sur un siège , dont le dossier est formé en demicercle, tient dans sa main gauche un volume à

(i) La puissance tribunidenne commence à paraître sur les médailles d'Auguste, et se trouve assez communément sur celles de ses successeurs , jusqu'à Trajan-Dèce. Elle y est exprimée quelquefois comme un simple titre de puissance; et d'autres fois, se trouvant jointe à des nombres, elle exprime les années du règne. On ne cite qu'une médaille de Trajan-Dèce avec l'année de la puissance tribunitienne. Après ce prince , les années dn règne sont bien rarement marquées de cette façon, Axcepté sur celles de Posthume et de Gallien, où elles se trouvent quelquefois. Enfin, après Dioclétien, et son collègue Maximien, dont les médailles conservent quelques traits de cet usage, on le croit voir s'abolir entièrement; mais il reparaît tftair deu)c médailles de Théodose le jeune , rapportées par Mea- ^abarba. {Note' tirée des manuscrks de Barthélémy.)

D lt£*RCULANUM. 24ï

demi ouvert, où on lit son nom Clio, et celui de \ Histoire, à laquelle elle préside. La seconde tient un masque comique de la main gauche, et un bâton recourbé de la droite. Sur un de ses vêtements on voit une pièce rouge , en forme de carré oblong , qui paraît appliquée sur l'étoffe, ce qui rappelle' ridée du Clavus. Une inscription, placée au bas^ de la figure, annonce son nova Thalle^ et la Ûoinédiei à laquelle elle préside. La troisième, tenant' à la main gauche un masque tragique , s'appiaié de la droife sur une massue : c'est Melpomène, qui préside à la Tragédie ^ ainsi que le dédare Tinscription. L'inscription de la quatrième anno(ife que c'est Terpsichore, comme présidant à la ^e, et la figure la représente avec cet instrument à' sept cordes. Pindare , en effet , attribue à Terpsir chore la poésie lyrique, quoique Horace ne la' nomme jamais , tandis qu'à cet égard il fait mention' de Melpomène, d'Euterpe, de Poljrmnie, de Cailiope et de Thalie. Mais il faut entendre ici les danses sacrées, qui, comme les hymnes, étaient accompagnées de la lyre. C'est la remarque denos savants.

La cinquième muse est représentée avec un instrument qui a quelque ressemblance avec la harpe, qu'elle touche d'une main avec l'archet, tandis qu'elle le pince avec les doigts de l'autre. Nos savants ont recherché ici queK était le nom de cet instrument qui a neuf cordes.' Les uns ont* prétendu que c'était le psaiterium, d'autres ont 1 iG

!^/^% LES ANTlQUiriS

attaqué cettç opinioa : et les raUons apportées de p£^*t et d'autre sont assez £€p:*tes pour laisser ce point indécis, I/iîiscription porte tfwv<ù. i^oXTpie^. C'est donc la muse j^raio, dont Ovide dit qu'elle doit son nom à Tamour , Tm nomen Amoris fwbes » quoique d'i^utres donneut à son pcm ui^ origine «diî^reute. Mais que signifie le. ^eeond mot (4»<¥XTpM()^ Quelquesruns ont pensé que c'était un terme €^l^tmit, qui manque dans nos lexiques « et qui déplue TaFt de toucher un instrument à cordes, !CI|'^utres ont jugé qu'il signifiait ici y'Sx^vame à l'cardinaîre , celle qui joue d'un iiistrument de cette esppee v que d'ailleurs l'expreasioa est conforme 4H ^uie de la langue grecque, et même de la Igtiue^ agere Ch^^reamy comme nous disons ^^'/^ OSdipBy Agamemjion^ pour &ire \t rôle dé ces pifinces. Mais le mot grec ^^^f^pia désigne quelquefois celle qui touche un ins^pment , d'autres lois celle qui chante, enfin celle qui danse, et souvent aussi celle qui fait ces troiis actions à la fois, réunissapt k voit et la danse au son de l'instru* ment. Voilà donc Érato ccoifondue avec Terpsi-^ chore: point du tout, suivant l'opinion de quelques académiciens d'Herculanum. L'usage sacré et religieux de la lype est du domaipe de Terpsichore ; Érato préside à l'usage piofane du psakerium dans les festins , da^ les chansons à boire , et dans, les chansons amoureuses. Aussi les chansons obscènes, oiA remplies de traits piquanl$f, portaient-elles le nom de psaherûiy comme on le voit dans un pas-

sage àe Varroïi pa? Konnus (t). Cette idée n'a pas été généralettient adoptée , et quelques-uns de nos savants ont soupçonné que k diversité des instroments faisait la ' éîfféfenee principale des deux muses. '1 '

Mais ntïe singularité remarquable de cette inscription et des autres, c^ést que dans celle-ci le psi grec a la forme d'une croix, ainsi que dtes plusieurs manuscrits dû liuitièmé et du neuvième sifècleS, et qtie dans toutes V epsilon et Y oméga sont en caractères minuscules, telMque ceux de l^écriturè coffrante (e, <d). Voilà un arguiaient décisif contre ceux qui renvoient à des temps bien postérieurs l'usage de cette espèce de caractères ? d'où il semble qu'on peut conclure que lés anciens avaient deux sortesiie lettres , les majuscules pour tes monuments publics et pour les ouvrages écrits 9[vee> soin, et les minuscules pour l'usage ordinaire'. Aussi trouve-t-ow des traces de eelle*-ci dans des médailles do troisième siècle, et méiine avant cehri d'Angnslie;

A ce prc^os, les savants académiciens rapportent une inscription pins ^'Hfigulière encore. Elle fftt trouvée dans la fouille de Résina; le 6 mar^i743r sur un mur qui formait l'angle d'ime rue, laquelle menaît au théâtre. C'est un ver^ d'Euripide (2) écrit en caractères noirs et rouges avec les esprits

(i) Voyez Scalig.^snr Varron, de Ling. lut, (a) Voyez les fm^çments de VAntiope ^ ^^ 11-

a44 ^^^ ANTIQUITÉS

et les accents qui sont en usage aujourd'hui. Sans dpute l'inscription, et la pieire qui la porte, se conservent dans le cabinet, de Portici; sans doute aussi les doctes académiciens qui jugent inconte'stable l'antiquité de ce monument , l'ont examiné avec l'attention .la plus sérieuse , avec l'œil le plus critique , pour, éviter toute surprise, et pour ne point donner dans ces pièges qu'on a tendus plus d'une fois aux antiquaires. Que diront donc à présent ceux qui soutiennent que les esprits et les accents grec» ne datent que du septième siècle? Peut-être ne changeront-ils pas de sentiment ; mais qu'auront - ils à opposer au témoignage de nos savants., et à celui du monument même , s!il existe encore? Iscrizioney la di cui antichità è, incontrusta bile. ¥

La sixième miise n'a point d'instrument , ni aucun autre attribut qui la distingue : elle porte seulement l'index de la main droite à sa bouche , pour indiquer le . silence ; et l'inscription annonce que c'est Poljrmnie, qui préside aux Fables. Plutarque témoigne que Numa avait recommandé aux Romains d'avoir une.^énératiôn particulière pour une muse tiom^ée Tacita, ou Silencieuse. On sait d'ailleurs que Polymnie. présidait à l'art des pantomimes , ou à la ChiranonUe , qui consistait à tout exprimer avec les gestes. Ausone :

Signât cuncta manu , loquitur Polyhymnia gestu.

La danse pantomime était très'^stimée des anciens : une ancienne épigramme parle d'un homme célèbre

d'herculanum. 245

eh ce genre, cheas qui, par un art merveilleux^ toutes les parties du corps étaient autant dé langues:

Tôt linguœ quoi membra viro : nuHÊbilis est ars Quœ facit articulas y voce siiente, loqui.

Les anciens, dit Cassiodore (i), donnèrent le nom de muette à cette partie de la musique , qui , sans le secoiu*s des sons articulés, exprimait avec le geste seul des choses que la langue et l'écriture auraient à peine pu rendre. Hanc partem musicœ discipUnœ mutam nominavere majores : scilicet quœ oi)0 clausOy minibus loquitur^ çt quibusdam gesticukifionibus facit intelligi, quod vixj nart^aate lingUfjfif cMJscripturœ textupossit agnoscL II ajoute que FVilgniinie est la muse à laquelle l'invention de cet art est attribuée. Mais pourquoi l'inscription donne -t -elle les fables à cette muse? C'est que \ ancienne histoire et les métamorphoses fabuleuses ^ étaient le sujet principal sur lequel s'exerçaient les pantomimes, comme nous l'apprend Lucien {de Salti), Saint-Cyprien dit (a) que l'art du pan^ tomime consiste à exprimer par ses gestes^ et pm^ sa danse les obscénités de l'ancieime my tfafologie : cui ars sitverba manibus expedire^ ut deséUtentur fabuhsœ antiquitatis libidines. D'aiHeurs le mot grec, comme le \2iXiii fabula y signifie généralement; tout récit, vrai ou faux.

(i) Var. I , ep. 20.

(2) Ëpist. io3.

;i46 LE^ ANTiQ^iXES

La septième muse n'a point d'inscription : assise sur un siège à dossier formé eurjdemi-oercle , elle tient de la main gauche un globe, et de ladix>itô une baguette avec^ laquelle elle indique les objets tracés sur le globe; cfe qui la fait prendre pour Uranie, la muse de \ Astronomie, Cependant, comme le globe ne paraît point étoile , la peinture ayant ici un peu souffert , quelques-uns l'ont pris pour iin globe terrestre , la plupart des anciens ayant teeonnu ^ue la figure de la terre était sphériquc*

L'inscription de la huitième muse iii(Hqtîe Gaf- Uope^ comme présidant à la Poésie. Sa tête paraît couronnée de lierre , et elle ti^t un vofumè àacti% ses mains. C'est la poésie héroïque qif^-fiÉt' ici entendre; car on sait que les pôÂ^I^^P^es:

avaient coutume d'invoquer Calliope , xjpthn^te^t^ dait comme la nourrice d'Homère.

Carmina CaUlope libris, heroica ma/^dat>

> ÀOSOKB , I , 39.

Suterpe est une des muses qui n'est point repré* seatée dans ce volume des peint^nres d'Herculan»m ; mais on sait que les anciens ont beauociop varié sur le nombre des museB^putsiopie^tieli^s-^ uns n'en ont reconnu que deux , tandis que d'a^itf^s ^1 ont admis trois , quatre , cinq , six , sept , ^t la pkipairt neuf.

Il est si difficile de déterminer les sujets des deux planches suivantes , qu'on ne doit pas être surpris si à leur égard nos savants ne présenjtent que des doutes et des conjectures. Ils soqt »iQins

D'HÉRCtJLANUM. ^47

annbarrassës sur la douzième, qui seifait, à leur avis ^ une des meilleures du cabinet royal, si la dë^ Hcatesse du pinceau t*épondait à la force dé l'expr'ession, et aux grâces de la composition ; ce qui leur fait penser que c'est une «épie d'un excellent original. Elle représente l'éducation de BacfchiiSi Silène assis tient et soulève Bacçhus tourné vers trois nymphes ^ qu'on prend pdur^es ttois nourrices, dont latine lui présente une grappe de raisin, tandis qu^ les deux autres, debout dérrlèi^ un arbre , ont les yeux fixés fedr le petit dieu. Nous avons observé que, dans son catalogue, M. Bayardi ne prend pas ces deuié dernicSM» figlires pour deux nymphes ; il en est une qui rf^feun à ses yeu^fc être un homme : l'ignorance du peintre est apparé«nN meilt la cause de ces variétés. Aux pieds de Silène est couché un âne ayant au cou une couronne de fleurs , et sur le dos un bât ou une selle assez sein-" blable aux nôtres: nos savants ont même dru apercevoir qu'il était ferré. Mercfure , avec ses attributs ordinak^es, assi^ sur un tonneau, tient et pince delà maitk gaïuche une lyre , et a dans sa droite le phé-^ trum dont il me &it point û^ge. Un satyre pâÉrtfik à ses pf eds , prêt à lui Ôtéftp s?es talôhhlères , et bfusbas une panthère lèche un tympanum , gartii dé* grelots, qui ressemble à notre tambour de hk^tfdë.' On imagine bîe<i que le nombre et tes noms <ies nourrices de Baechus , Silène et sàù âttê , le bât et les autres objets de la peinture, ont engagé les académiciens d'Herculaoum dans de savantes discussions.

^48 LES ANTIQUITES

La treizième plaoehe représente la lutte de Pan et de TAmour ailé. Silène , tenant de la main gauche une palme , porte la droite sur les cornes du petit satyre. Bacchus assis , et tenant de la main gauche un long thyrse , regarde les combattants. Plus haut parait une femme assise, que les uns prennent pour une nourrice de Bacchus , d'autres pour Ariane, ou pour Semèlé, ou pour Vénus, ou pour Cérès. M. Bayardi , dans son catalogue , prend l'enfant ailé pour Bacchus , et avertit que dang-^ cette peinture la tête de Thomme au long thyrse avait disparu , la di cui testa è perduta. Nos savants ne nous apprennent point ccifigi^nt elle a été retrouvée. Ils se contentent de^^ilÉpT qu'elle est couronnée de pampres et de raisins.

Ariane abandonnée dans l'ile de Naxos par Thésée, dont on voit le navire, gagnant le large, déjà loin du rivage, est le sujet traité dans les deux planches suivantes. Dans la seizième , la même AriajLie est représentée endormie ; un satyre la découvre en partie, tandis que Bacchus, conduit par l'Amour, et s'appuyant d'une main sur l'épaule de Silène , paraît épris de ses charmes. Ce dieu est suivi dans le lointain d'une troupe d'hommes et de bacchantes , où l'on remarque la double flûte , et la corbeille mystique.

La dix- septième planche, dont les académiciens d'Herculanum font grand cas ( i ) , représente Apol-

(i) Us renvoient ici au n°. 233 du catalogue, c'est lé 2^3 ; il y a quelques autres fautes pareilles, comme pages lai, i3o,

I) HERCULAlfUJ». a49

Ion -appuyé sur une espèce de pilastre , en fac« d'une femme assise , qui , tenant une branche de laurier, a la tête basse, comme par un sentiment de honte ou de tristesse. La figure néanmoins d'Ar poUon est telle qu'on peut la prendre pour celle de, Paris 9 ou de Diane, ou de Minerve, ou même de Vénus ; et souvent on a cru voir dans les anciens monuments ce dieu sous .une forme féminine.

Quant à la femme assise, qui a une petite chaîne d'or à son cou, on ne sait quel nom lui donner. On a pensé à Hélène, à Iphigénie, à Cassandre, etc., sans pouvoir se décider.

La célèbre dispute d'Apollon et de Marsya^ , ce téméraire silène, ou satyre (car on varie sur ce point ) , qui osa défier avec sa flûte le dieu de la lyre, est le sujet de la planche dix-neuf. Apollon, assis et couroqné, tient de la main gauche unte lyre à quatre cordes, et le plectrum de la droite. Près de lui une muse, tenant unç guirlande de fleurs , semble vouloir en couronner l'instrument victorieux. Aux pieds d'Apollon paraît à genoux Olympe , qui intercède pour son malheureux maître. Marsyas, dépouillé et les mains liées derrière le dos^ est attacha à un tronc d'arbre ; et un homme , un couteau à la main , paraît attendre, les grdres qu oa va lui donner d'écorcher vif l'infortuné silène, près duquel on voit la double flûte étendue par terre. A. ce propos les savants d'Herculanum rapportent lopinion de ceux qui attribuent à Marsyas l'origine de l'art d'enfler deux flûtes à la fois, quoique d'autres en fassent honneur à Jagnis , son père. On

a$0 LBS ANTIQUITES

iFoit au bout inférieur de chaque flûte une ei^èùé de cheville, qui servait sans doute , dans ces temps |[rossiers, à varier les tons, les flûtes n'ayant alors point de trous sur les côtés. ^

' JLe même instrument parait aussi dans les deuiî jplanches suivantes, dont la première représente un diœur de bacchantes, et l'autre une pompe de Bacdius : M. Bayardi avait aussi cru Tapercevoir dand ia main gauche d'une figure de la planche trente^ un ; mais ce sont deux fleurs , suivant l'exposé des académiciens d'Herculanuixi.

Les planches vingt-deux et vingt-tr^s oat rapport à quelques cérémonies des mystères de Sucehus,mais il est difficile d'en déterminer l'objet i ftussi ne nous donne-t-oii à cet égard que design-» jectures: on peut en dire autant de la vin^-quatrième , qu'on croit regarder le plus faméuit , comme le plus caché, des mystères de Bacchus, de ce Bacchus sur^tout qui portait le nom de Boasarmis ou Sùbazius. On n'est pas plus éclairé dUr lès cfeux planches suivantes ; ce qui n'empêche pas les acà-^ démiciens d'Hereulanum de dédommagep leut's lecteurs par des notes pleines d*4il!tdl*K)rii U est encore question de Bacchtis dans la plànd^ Vkigtsept;mais c'est presque tout ce. qiiîoii erf peut dire. Le principal morceau de la suivante offip^a pltÉpat't des symboles et des choses propres aux cërénft^wiîes du culte de Bacchus, une panthère, un serpent, des cymbales, une branché de laurier , la corbeille , ou le van mystique , le tympanum , le thy rse et diverse»' sortes de vases.

.Oia regarde eonùue initiistres de Bacchus, deux femmes que présente la planche vingt-neuvième. L'une porte d'une main le tympanum , et de l'autre ime petite corbeille pleine de verdure. On rappelle à ce stijet les fêtes appelées Thalysies, dans lesquelles on offrait à Cérès et à Bacchus les prémices des champs , pcrésent qui s'offrait aussi à d'autres divicûtés; La seconde femme porte une patère d'une main 9 et de l'autre un rameau ou une tige qui a fei figure d'une massue formée de feuilles et de fleurs; ce qui l'a fait prendre par quelques-uns pour une férule.

La plandhe trente offre deux morceaux, ou deux figures, l'une d'une femme, l'autre d'un homme. Ce que la première tieût de la main droite a été' pris par quelques-uns pour un thyrse ou un bâton, au haut duquel on portait de la flamme pour éclairer les fêtes nocturnes de Bacchus, tandis que d'autres l'ont regardé comme une trompette. Sur l'épaule gauche, elle porte, suivant M. Bayardi, une colonne ; mais on remarque ici que c'est un instrument creux qu'on croit pouvoir être aussi une trompette. Rien de plus varié que la forme de cet instrument dans les monuments anciens. Le pavillon de cette trompette est surmonté d'un aigle; autre circonstance qui a fait naître différents avis , dont le meilleur pourrait être celui qui ne trouve en cela qu'un caprice de peintre. L'homme a la poitrine découverte, de la barbe au menton : il est couronné de lierre, assis et revêtu du pallium; ce qui a fait croire à quelques-uns que c'était un

aSa L£S AVTIQUIT1B8

poète grec , peut>-étre Homère ; d'autres ont mieux aimé le prendre pour uu philosophe , et les avis différents ont été attaqués et soutenus avec un égal avantage. Quoique les savants dUerculanum aient prodigué dans leurs remarques une vaste et curieuse érudition, bien des gens les en auraient dispensés , vu l'incertitude qui en résulte , et auraient désiré plus d'étoffe avec moins de ]|^roderie» Mais il faut se ressouvenir qu'ils écrivent même pour l'utilité de ces lecteurs qui n'ont ni le pou^ voir ni la volonté de consulter les ouvrages qu'eu cite , et qu'en indiquant les routes qu'ils ont im^«» ginées pour se conduire dans cette ténébreuse carrière , ils ont voulu mettre les autres à portée d'en découvrir peut-être de plus sûres.

• • . • ' • • ■ • . "il

d'herculaitum. îi53

TROISIÈME EXTRAiT^'\

JLes mœurs-, les usages, même les plus indifférents en apparence , qui ont régné ou règneut encore dans l'univers, seront toujours pour Fhommé un objet capable de piquer sa curiosité et de lui fournir des instructions utiles , soit en lui présentant des vérités et des vertus^ soit en lui montrant des erreurs et des vices. Quand on envisage sous ce point de vue le travail des académiciens d'Herculanum , on ne peut que leur savoir' gré d'avoir étendu leurs recherches jusqu'aux plus petites pratiques de l'antiquité, et aux détails les plus min^ ces. Peut-être jugera- 1- on qu'ils ont quelquefois regardé trop sérieusement et réalisé des objets qui n'ont jamais existé que dans l'imagination des peintres; peut^tre, en eflfet; ces artistes riraientils s'ils pouvaient être témoins du sérieux qu'on leur prête. On a plus d'une fois reproché à nos peintres de n'être pas souvent fort exacts dans la représentation de nos vêtements et de nos parures*, ni même dans celle des productions naturelles':

(i) Le pitturé antiche d*Ercolano , etc. Les peintures et dessins d'Herculanum , deuxième volume, Journal des Savants^ mars i763; page ia8.

croira-t-on que les anciens n'aient jamais mérité cç reprocîie ? On a remarqué dans le premier volume, et on peut remarquer encore, surtout dans les plancht^c^ranle-aîic et quarante-sept de cdùi-ci, que , pour lés dessins d'architecture, les peintres d'Herculanum se sont écartés sans scrapul# des règles de l'art : on y voit des colonnes d'une hautew prodigieuse , eu ^ard à la petitesse extrême 4e l^ur diamètre. Dan$ les paysages , et ce toinmc en présente plusieurs, dam les vues ^ le» pcarspee-^ tiyes différentes,, dont Us ont diei^é à les enri^ chir« combien d'ob}et$ qui n'existèrent vraisem-t^jablement jamais, et qui ne sont qu'un jeu ée leur invagination! .

, Quand on les voit cependant veprrfsenter, à différentes reprises, le même objet, avec dies dif-** férences trèsrlégères , il y a lieu de croire qu'ils imt voulu rendre la native telle qu'elle était àleups y:çax; quoiqu'alor» même ils iiociis laissent amivent dans Fincertitud^i..

On voit dans la fl^Q|9^e treMe-quatare la â^ire d'un hermaphrodite: twiatit de la i»ain gpucfae une feuille, dont la fori^^ approche de celle du Herre; i^ais qui en diffère beaucoup par sa grandeu», si les proportions sont observées. Plusieurs des san vap,ts d'Herculanun^ l'ont doiic prise pour iroo feuille de lierre , et ont remarqué qu'on la voit dans la main d'un bon nombre d'hermaphrodites représentés sur des monuments destinés aux bains d'hommes et de femmes. Ils ont cru qu'elle pouvait servir en pareil cas , comme d'une espèce d'é-

d'herculanum. 255

vantail, et même indiquer la mollesse. Le Scholiaste d'Aristophane ( i ) témoigne que les amants avaient coutume de porter k la main des feuilles où étaient écrits les noms de leurs maîtresses ; le titre de porte-Uerre fut même employé pour désigner un efSéminé. I^ couleur de la femlle qui tire sur le rougeâtre pourrait faire quelque di£ËH culte ; mais on observe que Pline (â) parle d'une e$pèce de lierre qui a cette couleur. On voit aussi la même feuille de couleur jaunâtre dans la mai» d'uae figure de la planche vingt-six , où elle parait encore y pfir sa grandeur, différente du lierre ; ausâî quelques-uns Tont-ilâ prise pour une feuille de lai plante aquatique appelée nymphéa : Pline eu parle ^ et les propiiétés^ qu'il lui attribue auraient «^oUck quelque rapport à celles des hermaphrodites (3)1^ Sur d'autres monuments, les antiquaires ont regardé cette feuille, ou du moins un instrumcmt qui lui ressemble, commet un aspersoir pour l'eau lustrale.

Les planches trente-neuf et quarante présentent deux figures ailées. La première ^ ayant un colUer et des hrasselets de perles ^ tient de la main gaehdbe un bassin sur lequel porte un vase qu'elle soutient de la droite , et dont le couvercle se termina en sphinx. C'est une Hébé , selon les utast, et ils

(i) Acham., v. 144.

(i) Cissos erytkranos^fVih. XXIV, chap. lo.

(3) Ideoque eoSy qui biberint eam dkodeeirn diebus , coitu f^niùiréqm privari yX^, XXV, ch?ip. 7.

s56 LES ANTIQUITÉS

ont pour eux le premier coup - d'oril ; c'est une Victoire , suivant les autres , et on en voit une pareille sur un vase étrusque. Le vase qu'elle porte est , à leur avis , une allusion* aux libations sacrées et aux sacrifices offerts en actions de grâces après la victoire. Le sang répandu pour l'obtenir exigeait particulièrement qu'avant aucune fonction sacrée, on se lavât les mains; et cette pratique était observée par les anciens plus scrupuleusement en pareil cas qu'en toute autre. Pour là seconde figure, on ne doute pas que ce ne soit une Victoire : elle tient un bouclier d'une main , et de l'autre une couronne de chêne enricliie d'or; c'està-dire, où l'or est employé comme couleur. Cette couronne portait chez les Romains le nom Aé civique y et s'accordait à ceux qui avaient sauvé un citoyen des mains d'un ennemi, en donnant la' mort à celui-ci. Sous les empereurs , cette couroiine fîit souvent déférée par le sénat à des princes , ob cives servatos.

Les deux dernières planches de ce volume sont très-curieuses par la représentation qu'elles donnent de deux cérémonies religieuses pratiquées chez les Égyptiens. Dans la première on voit un autel qùadrangulaire, d'où la flamme s'élève, et^ sur le piédestal duquel paraissent deux ibis. L'autel est entouré d'onze personnes , d'âge , de sexe , et d'habillements différents. Du côté droit, une femme est à genoux, tenant le sistre d'une main, et de l'autre un plat qui semble chargé de fruits. Elle a la tête ceinte d'une couronne qui paraît

j)'herculanum. 257

faite d'une branche de palmier , dont les feuilles s'élèvent en forme de rayons, telle que celle qui est décrite par Apulée (1), lorsqu'il parle de sou initiation aux mystères isiaques. Derrière elle est une jeune fille, tenant d'une main un vase^ et portant sur sa tête un panier. A côté d'elle sont deux femmes, dont l'une, nue jusqu'à la ceinture, a la tête rasée, et tient un rameau de la Alain gauche, :At de là droite 'un sistre; l'autre semble avoir les* cheveux épars, et on ne peut distinguer quelle est son action. Du côté gauche de l'autel paraît à genoux un vieillard chauve et à demi nu, tenant les mains étendues comme pour faire sa prière. Derrière lui on remarque quelques figurés: celle d'une femme qui tient .line espèce de fleur d'une main , et de l'autre un instrument , un peu différent de la forme du sistre; celle d^un homme qui sonne de la trompe ou qui joue de la flûte; et,, sans parler de quelques autres, celle d'un homme tenant d'une main une espèce de crotale, formée d'un cercle chargé de grelots et traversé par une. tige diamétralement. II tient dans sa main gauche une chaîne formée de quatre chaînons , tous inégaui et plus petits les uns que les autres. Cinq degrés, deux colonnes et un épistyle forment l'entrée du temple, eu:.£ace duquel l'autel rést placé. Là, sur un plan )^|fevé, paraissent six autres per-

(i) Caput décoré coronâ cinxerat , palmœ candidi^ folUs in modum radiorum prosistentibus Metam., cap. 11.

!2£»8 LES ANTIQUITES

sonnes. Deux femmes jouent du sistre, qu'une autre accompagne du tympanum ou tambour de basque. I^a (Quatrième femme lève l'index de la main droite comme pour recommander le silence ; tandis qu'à côté d'elle, une jeune fille parait gesticuler des mains ou jouer de quelque instrument qu'on ne distingue pas, ou peut-être cfaante-*t-ëlle. La sixiflfee figure est celle d'un homme, à hgftbe touffue, couronné de feuillages, et revétui^pilit habillement étroit qui lui laisse les bras, l0$:J^ds, les jambes et les cuisses nues: ses mouvements paraissent exprimer l'action de la danse. M. Bayardi prétend , dans son catalogue , que cet homme en habit de soldat , a le casque en tête ; particularité sur laquelle on garde ici le silence. •

La planche suivante représente d'abord un autel asse^ semblable au précédent, auprès duquel sont deux ibis. Un mîqistre d'Isîs, avec un éventail qui ne ressemble pas mal aux nôtres, allume le feu qui est sur l'autel. Deux autres ministres sont à ses côtés; l'un, revêtu d'une longue tohe blanche à courtes manches, tien^ de la main droite une longue baguette, et de la gauche quelque chose * 'qui, se terminant en pointe, a la figure d'une epée à longue poignée, ou d'un sceptre. Un pareil instrument paraît dans la mam. droite élevée de l'autre ministre, qui tient^ftSf^liSïre de la gauche. De chaque côté de l'autel est ttne bande de personnes d'âge et de sexe différents. A la tête d'une de ces troupes est un homme assis qui joue d'une ^ longue flûte :.à la tête de l'autre on voit un ministre

D^HERCULàNUM. jSq

fôiaque debout , avec le sistre dans une main , de même que dans celle d'une autre figure placée à ses côtés, laquelle semble être une femme. La plupart de ces figures paraissent faire différents gestes avec leurs mains. Qpze marches conduisent à la porte du temple gardée par deux sphinx, dont hk tête est surmontée de la fleur du lotus. Ce plan n'est occupé que par trois figures. D'un coté, une fetnme, les cheveux épars, et vétM^'une longue robe , tient de la droite un siiAtppkf porte de la gauche un petit seau avec son couVërcle. En face d'elle, un ministre isiaque tient aussi uti sistre de la main droite. Enfin, au milieu d'eus: paraît un ministre avec une. robe qui descend jusqu'aux talons, et par^lessuIPune espèce d'écharpie à firanges; et, les deux mains enveloppées dans cette édiatpe, il présente une cruche ( hydria ) à la vénération des assistants.

Il est à remarquer que ces figures ont les pieds nus, et tel était Ftisage lorsqu'on entrait dans les temples pour y fieârc^jfta prière. lie vêtement des ministres est une longue robe blanche. Les prêtres d'Isis étaient ainsi habillés en lin, d'oùt-léâr était venu le nom de linigeri. On voit dauft Hérodote que tous les trois jours ils se rasaient tout le poil du corps, pour paraître avec plus de propreté devant le dieu qu'ils servaient.

Quelqu'un de la société de nos savants a proposé , sur la première de ces planches , une conjecture ingénieuse, en disant qu'elle pouvait représenter un vœu fait par, le collège isiaque d'Herculanura ,

-l6o LES ANTIQUITÉS

à Toccasion d'une maladie du grand Pompée, vers l'an de Rome-noS, où les Napolitains, et toutes les villes d'Italie, firent dei^ prières publiques pour sarçuérison. Cette idée rend raison du mélange de personnes grecques et- romaines vrec les prêtres égyptiens. On sait, sur le témoignage d'Apulée^ que, dès le temps de Sylla, il s'était établi à Rome UH collège isiaqite..Pour la Grèce, on peut supposer que ce culte s'y était introduit du temps d'Alexandre le Grand. *%^" -

La baguette que tient une des figures a rappelé le, souvenir d'un passage d'Ârtapan (i), qui témoigne que les Égyptiens/ayant vu les miracle^ qu'opéra Moïse avec sa baguette, en firent aussi upe qui se conservait dans le t^ple^ dlsis. Si f on jette les yeux-, sur la description que fait Apulée d'une pompe isiaque , on y trouvera l'explication de plusieurs traits de ces deux peintures : les longues robes de lin d'une blancheur éclatante, tant pour les |iommes que pour les femmes , surtout pour les prêtres; les ch^^ux-rasés; les si^res d'or, d'argent et d'airain ; M^crttche ^e le prêtre portait t}ans son sein , comme le symbole de . la suprême divinité , gerèbat ftlici suo gremio ; le voile qui servait à le couvrir, comme on le voit dans une pompe isiaque rapportée par le père Montfaucon. On cite ici fort à propos un passage de Vitruve qui ne donne pas moins.de lumières

^ijD, ^ .

(i) Dans Ewsèbc, Prcep. ec, lib. IX, cap. 4.

d'hbrculanum. 261

sur l'objet de là peinture (i). Tibulle (2) nous apprend que deu:|L fois le jour on faisait sa prière à Isis: le' matin ;V'ast^à-<lire, à la première heure jdu jour, comm^^le^reniarque Scaliger; et.le ^ir ou à la huitième heure. Le service de la première heure s'appelait l'ouverture du temple, la salutation, le sacrifice du matin: Arnobe et Apulée en parlent plusieurs fois; et Porphyre, dans la description qu'il en fait, n'oublie pas l'usage qu'on faisait des flûtes, du feu et de l'eau. Martial, cité aussi par Scaliger, parle du service de la huitième heure,, où, après la prière, on fermait le temple. On peut voir de quelle manière Apulée décrit le retour d'une iKOStpe isia!||iae, qui se termine par les vœux qu^l^À. itt^i^^tf e , à la porte du temple, fait pour 1^ pr^gg$p|i^ ppur tous les ordres de l'état; aprèsq^oi il ^congédie les assistants, en prononçant ces. mots grecs; >.aoiç açeat;, populis missio.

Sur la vignette de la planche neuf, on voit un. volume ou un rouleau à demi ouvert, où l'on r©r marque plusieurs ligues qui paraissent en caractères latins. On y distingue même ces trois mot^: quisquisymaxima, cura. Et,» ce qu'il y a de. plus, remarquable, c'est que le y, l'r, Vu, et 1'^ y so«t

(i) Quant hydriatn tegunt, quœ adtemplum œdemque castct religione refertur, tune in terrd procumbentes ^ manibûs ad cœlum sublads ^ inventionibus gratias agunt divinœ benignitatis ^ lib. VIII , Prœ/.

(2) Lib. I, Éleg. 3.

a6a LES ANTIQUITES d'hsroulanum.

en caratères minuscules. Nos savants se réservent à disserter sur cette particularité , lorsqu'ils publieront, avec leurs explications, tes papiers trouvés à Herculanum.

Xj.

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