‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: augmentées de l'essai sur la vie de BarthélémyChapitre 45 sur 53 · LES TABLES · texte numérisé non relu

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doute, cest que dans l'endroit où les lettres du fragment anglais sont tronqués et imparfaites, le reste de leurs jambages se voit dans la table de ^plw;iJe sorte qu'il y a très-peu de caractères que isL &aetm*e du métal ait entièrement détruit. Ces deux worceaux réunis forment un tout, dont le fragment anglais fait le quart, et par conséquent celui de Ifaples, les trois quarts. Le chevalier de Guevare ne se vit pas plutôt possesseur de ces monuments précieux, qu'il résolut d'en faire présent au roi de Naples; mais il voulut auparavant faire travailler à un commentaire qui leur servît d'explication, ouvrage dont M. Mazochi se chargea, et en donner au public la copie la plus exacte qu'il serait possible. Voici la manière dont il s'y prit. Il fit couvrir la table d'un papier fin , choisi exprès ^ mouillé légèrement, et la laissa quelques jours en cet état sous une presse préparée à dessein. On prit toutes les précautions nécessaires pour l'exactitude de l'opération qui fut répétée trois fois, parce qu'à chaque reprise on ne tirait l'empreinte que du tiers de la table. On évita par ce moyen des fautes pareilles à celles qui ^^ trouvent dans ce que Maittaire , le marquis Maffei et Muratori ont publié du fragment anglais; car le papier étant ensuite appliqué sur jàes planches de «uivre, il était aisé de suivre avec le burin tmis les traits que l'original y avait laissés. On avertit donc en conséquence les- critiques de ne pas se donner la torture, pQur imaginer des leçons contraires au texte des planches qu'on piiblie, parce qu'on est

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assuré qu'il n'y a pas la moîtidre différence entre l'original et la copie (i).

Ce n'est ici que la première partie de l'ouvrage entrepris par M. le chanoine Mazochi , encore ne roule-t-elle principalement que sur l'inscription grecque de la première table. Le commentaire est précédé de trois dissertations dont la première contient de savantes recherches sur l'étendue et la dénomination de la Grande -Crète; la seconde traite en particulier d'Héradée *è de quelques villes voisines; et la troisième- coôûent des remarques , tant sur le dialecte des deux inscriptions grecques que sur la forme des caractères, avec des conjectures sur Tâge de ces monuments. Nous nous bornerons aujourd'hui à cette dissertation, parce qu'elle a un rapport plus immédiat à l'inscription commentée dans ce volume; les deux précédentes fourniront a$sez de matière pour un second extrait. Commençons par faire connaître le sujet de l'inscription.

Il y avait dans le voisinage d'Héraclée un terrain consacré à Bacchus, dont plusieurs portions, par le laps de temps , avaient passé entre les mains de quelques particuliers. On résolut dans une assemblée du peuple de remettre les choses sur l'ancien pied, et pour cet effet on choisit des arpenteurs

(i) Nam quouîs deposito pignore decertamus , nusquam aliter ^ quant quomodo in impressis prœh taèuiis exhibetur, in œre scfiptum^ idque non modo littetd^ sed ne apice minus

(page.?).

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qui furent chargés de mesurer exactement toute l'étendue du domaine sacré. On connut aisément par ce moyen ce qui avait été envahi, et on rendit au dieu tout ce que des mains profanes lui avaient enlevé. Le terrain fat ensuite divisé eu quatre parties, dont les dimensions furent prises^ et les limites fixées avec tout le soin possible. Après quoi les quatre parcelles furent affermées à vie , se* parement, à quatre particuliers qui sont nommés , moyennant uiie redevance annuelle déterminé^ , et à la charge de donner des cautions dont l0s noms sont aussi exprimés. Cette espèce de bail em phy théotique , outre des clauses générales et communes à tous les fermiers, en contient d'au tries particulières à chacun, et relatives à la nature ^^ terrain qui lui était affermé. On y trouve jusqu'au nombre des pieds d'olivier et de vigne que chaque usufruitier s'çngageait de planter, les devis et les dimensions, dès bâtiments , d'une grange, par exemple, et d'une étable à bœufs, que chacun dans son }ot ét^Hl obligé de construire; sans parler, de plusiêinirWtres dac^s qui tendent à l'entretien et à ram#ioriaitioii des champs sacrés. Telle est la matière de l'inscription; passons à la forme. ? . Le caractère a des singularités dont on chercherait inutilement des exemples dans la paléographie du père Montfaucon , et dans d'autres livres de ce genre. Ce n'est pas qu'on y remarque les traits principaux qui distinguent les lettres grecques majuscules; mais on y voit des .particularités accidentelles, des variétés pareilles à celles qu'on

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observe dans les mêmes caractères d'une langue, tracés dans des temps différents. M. Mazochi à donné dans un alphabet toutes cellçë cpie présentent sur chaque lettre les deux :^bles d'Héraclée; il y trouve deux caractères nouveaux qui rengagent dans de profondes recherches. Le premier /% qu'il xonvient avoir remarqué sur deS'.médailles et sur un. vase antique , exprime une aspiration forte, et répond à l'esprit rude des Grecs modernes. S'il faut l'en croire , tant que subsista dans, la Grèce l'ancien alphabet apporté par les Pelages , la lettre h y servit , comme chez les Romains , pour marquer l'aspiration. Lorsqu'ensuite ^imonide, qui vivait quelque temps avant Pindare et Sophocle, augmenta l'alphabet dé deux voyelles longues {Y oméga et l'éto), l'A ne servi! plus dans la Grèce propre qu'à désigner Vé long ; et on négligea de marquer les esprits. Mais les Grecs d'Italie employèrent l'A entiw poili: Vé long, et la moitié gauche de cette m él)(i^ lettre pour désigner une aspiration forte. Long-teaq>s après , les Grecs s'avisèrent de couper cet H eu deux parties , et de faire servir la gauche à l'aspiralMn forte, comme la droite à l'aspiration faible. Telle fut la première forme des esprits qui sont aujourd'hui en usage dans .la langue grecque.

L'autre caractère c ressemble au èef A renversé des Hébreux, et quoique l'auteur lui attribue cette origine, il lui donne le nom de Fau ou Bau^ avec le son de notre /^consonne, et le place dansJ'ancien alphabet grec au sixième rang, qui est celui

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que la lettre du même nom a dans l'alphabet hé** breu ou phénicien. Il convient cependant que quelquefois U porte dans ces tables le son de 1*5, comme dans le mo( .<( dont les Latins ont fÎBdt sex. Il nous semble bien difficile de fixer généralement le son attaché à ce caractère. U paraît seulement certain qu'il n'est antre chose que Van'tien' iUgamma des Eoliens F. Nous avons même observé , que , dans Finscription grecque dont il d^'agit, ce caractère indique ordinairement nn son qui tient le milieu entre l'aspiration de l'esfMrit rude et celle de l'esprit doux. Or, ce son n'était peut-être pas toujours, absolument le même ; c'est ainsi que les Latins ont rendu l'esprit rude de& Grecs, tantôt par un S, comme dans sol, fep^ temj supePf de (£Xc,i7rrà bitàp; tantôt par l'^con*sonne, comme dansvespeniy venetif de ioir^po, iveroC; et quelquefois les Grecs eux-mêmes par un tF, puisqu'on trouve s^ des médailles FHPAKAEO- THN, pour tlçaxkiiù^e&fkt ailleurs FaX^vn pour ÈXé^, Faaa^a pour ifiùtlia; Bt^ifpù fut aussi imité des Latins qui dirent psa^iûemétït /ordeum pour hordeunij fœdus pour hcÊâiis^ fircus pour hircus. D'ailleurs on voit dans Talphabet tiré des tables dlléracléey le caractère dont il s'agit , figuré aussi d'une manière C qui lui donne une ressemblance presque complète à V^ncÀetk digamma. Nous ajouterons ici en passant, que la figure de ce cUgamma^ sixième lettre de l'ancien alphabet grec, s'altéra peu à peu, et prit enfin la forme sous laquelle elle exprime aujourd'hui chez les Grecs le nombre 6. ^. Sylburg

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{Alphab, Giwc.f pag. 8.) afvait trouvé d'anciens monuments où cette lettre était nommée erisinen et epùinon; mais, s'il est permis de dire ce que nous en pensons , il est probai^le que ces mots ont été altérés par les copistes, et formés du grec episimon (éiri(n)(xûv) qui est le nom qu'on donne à cette figure, lorsqu'elle se prend pour une marque nu* mérique. Du caractère, passons à la langue.

Il suffit de jeter les yeux sur cette table,, pour reconnaître le dialecte dorique ; pluûeurs monuments déposent que ce dialecte était en usa^e à Héraclée , à Tafente , et même dans presque ^ite la grande Grèce. Mais on apprend d'un ancien gram* mairien , qu'il y ayait deux sortes de dialecte dorique, l'un ancien , qui dans la suite fut insensiblement négligé ; un autre plus nouveau , dont Sophron ( i ) et Ëpicharme (a) furent les inventeurs , et dont se servit Théocirte (3) environ deux cents ans après. Quoique M. Mazochi n'ose pas déterminer le genre de dialecte dorique, employé dans les tables d'Héraclée, tout néanmoins lui persuade que c'est le premier; parce qu'il croit y remarquer cette rudesse et cette grossièreté qu'on reprochait à l'ancien dorique. Il en donne pour exemple ces deux mots: irotovToeaat, i7pa(r<rovTaa(npour irotouai, ippoaaouffi. Il reste à savoir dans quel teij^ces tables furent gravées : pour y parvenir, M.. Mazochi observe quel-

(i) Vers la soixante-quinzième olympiade.

(îx) Vers îa quatre-vingt-quatrième olympiade. .

(3) Vers la cent-trentième olympiade.

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