L£S. TABL£S
ques époques relatives à l'état d'Héradée en divers temps. Elle fut bâtie, l'an 3i3 de Rome, par les Tarentins, sous la domination desquels elle fiit jusque vers l'an 4^7, qu'Alexandre Molossus la leur enleva, comme le rapporte Tite-Live, /. VI 11^ 6*. a4- Bès ce moment, elle jouit de tous les privilèges de l'autonomie; elle fit ensuite alliance avec Rome , SOU3 le consulat de C. Fabricius , vers Tan 475, comme le témoigne Gcéron: (/?ro CorrL JBalbo. c. %%). Mais ôe traité u% donna pas au corps entier des, citoyens d'Héraclée*le droit de bourgeoise à Rome, ni celui d'y parvenir aux magistratures civiles. x4près la guerre sociale, vers Tan 663, la loi Julia déféra le droit de bourgeoisie romaine aux villes dltalie, alliées de la république , et c'est ^lors qu'Héracléé, renonçant à son autonomie, adopta les lois de Rome. Or, M. Mazochi pense qu'on ne peut pas faire remonter l'époque des tables au temps où Héraclée était sous la domination des Tarentins; car, outre qu'il n'y est jamais fait mention de ces peuples ^ cette ville y est, au contraire, représentée comme' une cité libre, et gouvernée par ses propres lois. Ce ne peut donc être qu'après l'an 437, temps auquel Molossus lui assura ces avantages: ainsi M. Mazochi croit pouvoir fixer la date de ces monuments vçjfe l'an 43o de Rome, un peu plus de trois cents ans avant Jésus-Christ. Il ne doute pas néanmoins que le second soit un peu moins ancien, parce que la forme des caractères en est un peu moins grossière , le dialecte moins dur, et l'orthographe m^ins éloignée de l'usage mo-
b'héraclée. 4 aj3
derne. Mais comme Ton Voit quelquefois dans tous les deux les mêmes personnes nommées, Tintervalle de rtm à l'autre ne peut pas être considérable. Quoiqu'il en soit , ils nous apprennent que les habitants d'Héraclée, comme ceux de Lacédémene, avaient des éphores : aussi Strabon témoigne que lesTarentios, dont Héraclée fut une colonie, étaient issus des Lacédémoniens. Ces magistrats avaient le droit de convoquer la nation, de présider à s^tassemblé(^^4^leurs noms servait à la date des années, commeiadTm'des consuls chez les Romains. On sait qu'à Sparte il y avait cinq éphores: mais on ignore si leur nombre était le même à Héraclée; on voit uniquement qu'un seul était éponyme. Il avait sons lui deux autres magistrats nommés polianomes , et leur fonction parait avoir été la même que celle des préfets à Rome; car Dion (iib. 44) donne le nom depolianomes aux préfets que Jules César, au rapport de Suétone (in Julio, c. 76) , établit au lieu des préteurs, pour gérer lés affairée civiles pendant son absence. Il y a lieu de présuiher que l'autorité de ces deux magistrats était plus grande à Héraclée, que celle des astynomes dans la ville «d'Athènes, où ils étaient au nombre de vingt.
On trouve aussi dans ces tables les noms de deux mois connus chez les Macédoniens, appelée çXpanemus: le savant auteur croit le premier originaire de Sparte^ pailito que le mot (âire^^ai) dont il dérive, et qui stj^iÈie comices y assemblée , était particulier aux Laçons. Il est vrai qu'il remonte encore plus haut, puisqu'il veut le faire descendre I 18
%g^ , L£S TABLES
de l'hébreu (phillel), mais c'est une étymologie qui nous parait plus ingénieuse que solide. Quant au mois panemus , il n en dit rien pour en faire hopneur aux Lacédémoniens, il se contente de confirmef l'idée de Suidas, qui le fait répondre au mois de juillet.
Le schœne , mesure de longueur , fort en usage parmi les anciens , se trouve plusieurs fois dans ces tal]^ ; mais, s'il est certain qu'il ne valait pas trentedeux ni quarante stades comme en quelques endroits, selon Pline , encore moins soixante, comme en Egypte , rien ne peut nous donner une connaissance exacte de sa longueur chez les peuples de la Grande -Grèce: il faut se contenter de savoir qu'il ^e divisait en pas, et le pas en pieds. Ces monuments ne nous fournissent pas plus de lumières sur la capacité du congé, dn médimne et de la ché-niccy mesiu^es creuses , dont ils font mention ; on remarque seulement que le congé , qui ailleurs ne servait ordinairement qu'à mesurer les liqueurs , était aussi à Héraclée une mesure de choses sèches «
Tout ce qu'on y trouve sur la monnaie de cette ville fournit à la fois peu de ressources, pour en faire l'estimation , et une ample matière de disserter au docte commentateur. Nous n'avons garde de mettre ici sur son compte une méprise , qui ne peut être qu'une faute d'impression; et quoiqu'on nous dise que la mine attiqi^ était de six cents dragmes , mina (itdca drachmas sexcentas continebat (page a 19), nous voyons assez qu'il était trop instruit pour ignorer que la mine attique ne comprenait pas plus de cent dragmes. Au reste, cette
tache légère est bien rachetée pat une correction très-heureuse d'un passage de Pollux qui avait fort embarrassé les savants. Aristote, selon cet auteur (/. Xly segm, 87), témoigne que l'ancien talent sicilien avait vingt-quatre nummus , le nouveau douze , et le nummus une obole et demie. M. Ma*zochi observe qu'il faut lire vingt-quatre tnines; ce qu'il prouve par l'autorité d'un ancien , cité par Suidas 9 par celle d'un scholiaste de Saint-Grégoire de Nazianze, qui paraît avoir copié Pq{|u^ : il ajoute que, puisque le nummus des Tarèhlms valait trois demi-oboles, il devait avoir à peu près la même valeur que le sesterce; ce qui peut être assez juste, pourvu qu'on ne veuille pas en inférer une égalité parfaite entre la dragme attique et le denier romain.
Nous n'entrerons pas dans un plus grand détail sur les particularités contenues dans la table d'Héraclée ; il suffit de dire , en général , qu'outre plusieurs noms de lieux , dont on cherche peut-être inutilement la signification, elle présente beaucoup de mots grecs qui ne sont point du tout , ou seule^ ment en partie, dans les recueils des lexicographes; nous osons dire qu'elle est très-utile pour' connaître l'origine et les progrès de la langue grecque, x et qu'on y trouve les principes de plusieurs règles grammaticales, dont les grammairiens ont souvent peine à rendre raison. Il nous serait, par exemple, bien aisé de montrer que ce Troiovracrct ou TToiovTeffGi , qui choque si fort l'oreille de M. Mazochi même, est trèsrrégulier et conforme à l'inflexion
K ri
'2'j6 LES TABLES
primordiale, tandis qy^'au contraire, cet autre ttoioucc qui a prévalu, s'étartc de la régularité primitive. Nous souhaiterions qu'un esprit philosophe et versé dans le mécanisme des langues, voulût examiner sous ce point de vue les tables d'Héraclée, il y trouverait sans doute les matériaux d'un nouveau plan de grammaire plus profond et plus lumineux que ceux que nous avons. A l'égard du commentaire de M. Mazochi , nous avons déjà donné assez à connaître (Apte que notis en £giisons. Qu'importe y en effet, qâ§P^^àbandonne de temps en temps- à des conjècttures assez faibles, qu'il se répète quelquefois, et. que, par des digressions un peu fréquentes, il dépayse les lecteurs et interrompe leur attention, s'il les dédommage des courses et des fatigues qu'il leur fait essuyer? C'est encore un léger inconvénient de le voir quelquefois changer d'opinion, se réfuter lui-même, et détruire dans un endroit ce qu'il avait avancé dans un autxe; le lecteur laborieux le suit, non sans peine, mais du moins il s'instruit avec lui: d'ailleurs c'est une suite de la nécessité où il s'est trouvé de travailler, pour nous servir de ses termes, au jour la journée, et de'' fournir à l'impression à mesure qu'elle avançait (i).
• (i) De rnierpretatione veto universi neapoUtani œris nikildwn equidem prœstare lectori queo; quippe quam non modo perfectamy sed ne affectam quidem ullâ ex parte haheam. Sic enim sum eorum ritu qui in diem vivant, eii quidquid 'éhàrtis ilîiniiury id stàtim typographis cogor formîs compone^dum tmdere (psi^e iSj), # '
d'héraglée. 277