PREMIER EXTRAIT
Li' AUTEUR de cet ouvrage, imprimé depuis quelques années , mais peu connu parmi nous , avait déjà donné des preuves de sa vaste érudition dans plusieurs écrits sortis de sa plume, sur les antiquités de la Toscane , sur un calendrier en marbre de l'église de Naples, et sur les saints évèques de la même église.
Plusieurs villes anciennes, dans différentes parties du monde , ont porté le nom d'Héraclée ; celle dont il s'agit était une ville célèbre de la Grande-
(i) Alexii Symmachi Mazochi Neapolit. , etc. Cornmentarium in regii herciilanensis rnuscei œneas tabulas Heracleenses , etc. Commentaires sur des inscriptions de la ville d'Héraclée, gravées sur des planches de cuivre , conservées dans le cabinet du roi de Naples, première partie : par M. Mazochi, chanoine de l'église cathédrale de Naples, etc. In-folio de aSa pages, Joiunal des Savants, 17^8, pa!/,e -01.
Grèce, clans la Lucaiiie, bâtie l'an 3i3 de Rome par les Tarentins. Elle subsistait encore l'an 83o, jDuisque Pline en parle: aujourd'hui elle n'existe plus, et l'on ignore l'époque précise de sa destruction. Les inscriptions gravées sur ces deux tables de cuivre, et expliquées par M. Mazoclii, sont Touvrage des citoyens de cette ancienne ville; mais, avant d'entrer à cet égard dans un plus grand détail, disons de quelle manière elles furent découvertes.
Sur les côtes du golfe de Tarente, entre deux rivières nommées autrefois Aciris et Siris, aujourd'hui ^gri et lo Sinno, est un torrent connu des anciens sous le nom d'Acalandre, et maintenant sous celui de Salandra ou Salandrella. On voit sur le côté droit de ce torrent un lieu nommé Z«c<', à cinq milles de la mer, à huit milles environ de celui où existait autrefois Héraclée, et à la même distance de l'endroit où était placée la ville de Métapont. C'est là que furent trouvées les deux tables qui font l'objet de cet article.
Au mois de février 1732, un laboureur traversait avec ses bœufs le lit du torrent , qui était pour lors à sec et couvert d'une vase molle, lorsqu'averti par le bruit que fit le pied d'un de ces animaux, heurtant contre quelque chose de solide, il chercha et découvrit la première de ces tables, qui se trouva chargée de deux inscriptions, en grec sur une face , et en latin sur l'autre. Quelques jours après on déterra la seconde, qui n'est écrite que d'un côté , et porte une inscription grecque. La pre-
d'héra.cliîe. ar)5
mière a quatre palmes et dix pouces de longue*ir sur un palme et un peu plus de cinq pouces de largeur (i), mesure de Naples. La seconde est longue d'environ quatre palmes huit pouces, et large d'un palme cinq pouces. L'épaisseur est presque la même, un peu plus forte néanmoins dans la première que dans la seconde, et d'environ un tiers de pouce. Ni l'une ni l'autre ne sont entières, la première étant mutilée dans sa partie supérieure par haut, et la seconde dans l'intérieure. Cest dans cet état que le chevalier de Guevare, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, en avait fait l'acquisition , lorsqu'il apprit que l'Angleterre possédait un fragment du même genre, que Michel Maittaire avait publié avec des notes, en 1736 (2). Il se procura l'ouvrage de ce savant, et reconnut bientôt que le fragment anglais était le complément de la première de ces tables. Car, outre que chaque fragment est chargé de deux inscriptions, grecque d'un côté, et latine de l'autre, sans qu'elles aient néanmoins aucun rapport entre elles, le caractère grec, le style, le dialecte et le sujet, sont absolument les mêmes. Et, ce qui ne laisse aucun
(i) Le pied ou palme de Naples est de huit pouces sept lignes de Paris.
(i) Le même fragment fut ensuite publié par le jurisconsulte Charles Conrad, en iv'iS, à Helmstad., lib. 3, Parerg., page 35o; puis par le marquis Maffei, tome III, Obse/v. Litter. et in Museo Veron. Muratori en avait eu une f.oj)ie qu'il publia eii 1740, tome II, Thesaur. Inscrip.
doute, c'est que dans l'endroit où les lettres du fragment anglais sont tronqués et imparfaites, le reste de leurs jambages se voit dans la table de Naples; de sorte qu'il y a très-peu de caractères que la fracture du métal ait entièrement détruit. Ces deux morceaux réunis forment un tout, dont le fragment anglais fait le quart, et par conséquent celui de Naples, les trois quarts. Le- chevalier de Guevare ne se vit pas plutôt possesseur de ces monuments précieux, qu'il résolut d'en faire présent au roi de Naples; mais il voulut auparavant faire travailler à un commentaire qui leur servît d'explication, ouvrage dont M. Mazochi se chargea, et en donner au public la copie la plus exacte qu'il serait possible. Voici la manière dont il s'y prit. Il fit couvrir la table d'un papier fin, choisi exprès, mouillé légèrement, et la laissa quelques jours en cet état sous une presse préparée à dessein. On prit toutes les précautions nécessaires pour l'exactitude de l'opération qui fut répétée trois fois, parce qu'à chaque reprise on ne tirait l'empreinte que du tiers de la table. On évita par ce moyen des fautes pareilles à celles qui se trouvent dans ce que Maittaire, le marquis Maffei et Muratori ont publié du fragment anglais ; car le papier étant ensuite appliqué sur des planches de cuivre, il était aisé de suivre avec le burin tous les traits que l'original y avait laissés. On avertit donc en conséquence les critiques de ne pas se donner la torture, pour imaginer des leçons contraires au texte des planches qu'on publie, parce qu'on est
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assuré qu'il n'y a pas la moindre différence entre l'original et la copie (i).
Ce n'est ici que la première partie de l'ouvrage entrepris par M. le chanoine Mazochi , encore ne roule-t-elle principalement que sur l'inscription grecque de la première table. Le commentaire est précédé de trois dissertations dont la première contient de savantes recherches sur l'étendue et la dénomination de la Grande -Grèce; la seconde traite en particulier d'Héraclée et de quelques villes voisines; et la troisième contient des remarques , tant sur le dialecte des deux inscriptions grecques que sur la forme des caractères, avec des conjectures sur l'âge de ces monuments. Nous nous bornerons aujourd'hui à cette dissertation, parce qu'elle a un rapport plus immédiat à l'inscription commentée dans ce volume; les deux précédentes fourniront assez de matière pour un second extrait. Commençons par faire connaître le sujet de l'inscription.
Il y avait dans le voisinage d'Héraclée un terrain consacré à Bacchus, dont plusieurs portions, par le laps de temps, avaient passé entre les mains de quelques particuliers. On résolut dans une assemblée du peuple de remettre les choses sur l'ancien pied, et pour cet effet on choisit des- arpenteurs
(i/ Nam quovis deposito pignore decertainus , nusquam aliter, quhm quoinodo in impressis prœlo tabulis exhibetur , in œre scriptttni , idque non modo litterd ^ sed ne apicc minus ( V'^'é^' 7 )■
qui furent chargés de mesurer exactement toute l'étendue du domaine sacré. On connut aisément par ce moyen ce qui avait été envahi , et on rendit au dieu tout ce que des mains profanes hii avaient enlevé. Le terrain fut ensuite divisé en quatre parties, dont les dimensions furent prises, et les limites fixées avec tout le soin possible. Après quoi les quatre parcelles furent affermées à vie, séparément, à quatre particuliers qui sont nommés, moyennant une redevance annuelle déterminée, et à la charge de donner des cautions dont les noms sont aussi exprimés. Cette espèce de bail emphythéotique , outre des clauses générales et communes à tous les fermiers, en contient d'autres particuhères à chacun, et relatives à la nature du terrain qui lui était affermé. On y trouve jusqu'au nombre des pieds d'olivier et de vigne que chaque usufruitier s'engageait de planter, les devis et les dimensions des bâtiments, d'une grange, par exemple, et d'une étable à bœufs, que chacun dans son lot était obligé de construire; sans parler de plusieurs autres clauses qui tendent à l'entretien et à l'amélioration des champs sacrés. Telle est la matière de l'inscription ; pa'ssons à la forme.
Le caractère a des singularités dont on chercherait inutilement des exemples dans la paléographie du père Montfaucon , et dans d'auti^es livres de ce genre. Ce n'est pas qu'on y remarque les traits principaux qui distinguent les lettres grecques majuscules; mais on y voit des particularités accidentelles, des variétés pareilles à celles qu'on
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observe clans les mêmes caractères d'une langue, tracés dans des temps différents. M. Mazochi a donné dans un alphabet toutes celles que présentent sur chaque lettre les deux tables d'Héraclée; il y trouve deux caractères nouveaux qui l'engagent dans de profondes recherches. Le premier F, qu'il convient avoir remarqué sur des médailles et sur un vase antique , exprime une aspiration forte, et répond à l'esprit rude des Grecs modernes. S'il faut l'en croire, tant que subsista dans la Grèce l'ancien alphabet apporté par les Pelages, la lettre h y servit, comme chez les Romains, pour marquer l'aspiration. Lorsqu'ensuite Simonide, qui vivait quelque temps avant Pindare et Sophocle , augmenta l'alphabet de deux voyelles longues ( V oméga et Vèta ) , Vh ne servit plus dans la Grèce propre qu'à désigner Vé long; et on négligea de mai*quer les esprits. Mais les Grecs d'Italie employèrent ïh entier pour Vé long, et la moitié gauche de cette même lettre pour désigner une aspiratid^ l^rte. Long-temps après, les Grecs s'avisèrent de couper cet H en deux parties, et de faire servir la gauche à l'aspiration forte, comme la droite à l'aspiration faible. Telle fut la première forme des esprits qui sont aujourd'hui en usage dans la langue grecque.
L'autre caractère n ressemble au beth renversé des Hébreux, et quoique l'auteur lui attribue cet le origine, il lui donne le nom de f^au ou Bau, avec le son de notre /^consonne, et le place dans l'ancien alphabet grec au sixième rang, qui est celui
ano LES TABLES
que la lettre du même nom a dans l'alphabet hébreu ou phénicien. Il convient cependant que quelquefois il porte dans ces tables le son de VS, comme dans le mot e^ dont les Latins ont fait sex. Il nous semble bien difficile de fixer généralement le son attaché à ce caractère. Il paraît seulement certain qu'il n'est autre chose que l'ancien digamma des Eoliens F. Nous avons même observé, que , dans l'inscription grecque dont il s'agit, ce caractère indique ordinairement un son qui tient le milieu entre l'aspiration de l'esprit rude et celle de l'esprit doux. Or, ce son n'était peut-être pas toujours absolument le même; c'est ainsi que les Latins ont rendu l'esprit rude des Grecs, tantôt par un S, comme dans sal, septem, supe}\ de àlç,érTà ÛTuàf ; tantôt par \F consonne, comme àansvespern, vened, de éairepa, svgTot; et quelquefois les Grecs eux-mêmes par un F, puisqu'on trouve sur des médailles FHPAKAEfi- TiiN, pour fipaxXecoTcov, et ailleurs FsT^évvi pour ÉT^ewi, Fàaa^a pour ajxaEa; ce qui fiit auss^Vmté des Latins qui dirent pareillement /o/r/ez^/w pour hordeum ^ fœdus pour hœdus,fircus pour hircus. D'ailleurs on voit dans l'alphabet tiré des tables d'Héraclée, le caractère dont il s'agit, figuré aussi d'une manière Z. qui lui donne une ressemblance presque complète à l'ancien digamma. Nous ajouterons ici en passant, que la figure de ce digamma.^ sixième lettre de l'ancien alphabet grec , s'altéra peu à peu, et prit enfin la forme sous laquelle elle exprime aujourd'hui chez. les Grecs le nombre 6. S. Sylburg
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{Alphab. Grœc, pag. 8.) avait trouvé d'anciens monuments où cetie lettre était nommée erisinen et episiiion; mais, s'il est permis de dire ce que nous en pensons , il est probable que ces mots ont été altérés par les copistes, et formés du grec episimon (é-jriV/ifxov) qui est le nom qu'on donne à cette figure, lorsqu'elle se prend pour une marque numérique. Du caractère, passons à la langue.
Il suffit de jeter les yeux sur cette table, pour reconnaître le dialecte dorique ; plusieurs monuments déposent que ce dialecte était en usage à Héraclée , à Tarente , et même dans presque toute la grande Grèce. Mais on apprend d'un ancien grammairien , qu'il y avait deux sortes de dialecte dorique, l'un ancien , qui dans la suite fut insensiblement négligé; un autre plus nouveau, dont Sophron (i) et Epicharme (2) furent les inventeurs , et dont se servit Théocirte (3) environ deux cents ans après. Quoique M. Mazochi n'ose pas déterminer le genre de dialecte dorique, employé dans les tables d'Héraclée, tout néanmoins lui persuade que c'est le premier; parce qu'il croit y remarquer cette rudesse et celte grossièreté qu'on reprochait à l'ancien dorique. Il en donne pour exemple ces deux mots: TTOiovrauci, TToaacovTaccii. pour ttoiû'jci, rcaGCouai. Il reste à savoir dans quel temps ces- tables furent gravées : pour y parvenir, M. Mazochi observe quel-
fi) Vers la soixante-quinzième olympiade.
(2) Vers la quatre-vingt-quatiièmc olympiade «^
|i) Vers la eenf-trentième olvmpiade.
ques époques relatives à l'état d'Héraclée en divers temps. Elle fut bâtie, l'an 3i3 de. Rome, par les Tarentins, sous la domination desquels elle fut jusque vers l'an 4^7 ? qu'Alexandre Molossus la leur enleva, comme le rapporte Tite-Live, /. VIII, c. 24. Dès ce moment, elle jouit de tous les privilèges de l'autonomie; elle fit ensuite alliance avec Rome , sous le consulat de G. Fabricius , vers l'an 475, comme le témoigne Cicéron; {pro Corn. Balbo. c. 22). Mais ce traité ne donna pas au corps entier des citoyens d'Héraclée le droit de bourgeoisie à Rome, ni celui d'y parvenir aux magistratures civiles. Après la guerre sociale, vers l'an 663, la loi Julia déféra le droit de bourgeoisie romaine aux villes d'Italie, alliées de la république, et c'est alors qu'Héraclée, renonçant à son autonomie, adopta les lois de Rome. Or, M. Mazochi pense qu'on ne peut pas faire remonter l'époque des tables au temps où Héraclée était sous la domination des Tarentins; car, outre qu'il n'y est jamais fait mention de ces peuples, cette ville y est, au contraire, représentée comme une cité libre, et gouvernée par ses propres lois. Ce ne peut donc être qu'après l'an 4^7 , temps auquel Molossus lui assura ces avantages: ainsi M. Mazochi croit pouvoir fixer la date de ces monuments vers l'an 43o de Rome, un peu plus de trois cents ans avant Jésus-Christ. Il ne doute pas néanmoins que le second soit un peu moins ancien, parce que la forme des caractères en est u|i peu moins grossière , le dialecte moins dur, et l'oYthographe moins éloignée de l'usage mo-
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derne. Mais comme l'on voit quelquefois dans tous les deux les mêmes personnes nommées, l'intervalle de l'un à l'autre ne peut pas être considérable. Quoiqu'il en soit, ils nous apprennent que les habitants d'Héraclée, comme ceux de Lacédémone, avaient des éphores : aussi Strabon témoigne que lesTarentins, dont Héraclée fut une colonie, étaient issus des Lacédémoniens. Ces magistrats avaient le droit de convoquer la nation, de présider à ses assemblées, et leurs noms servait à la date des années, comme celui des consuls chez les Romains. On sait qu'à Sparte il y avait cinq éphores : mais on ignore si leur nombre était le même à Héraclée; on voit uniquement qu'un seul était éponyme. Il avait sous lui deux autres magistrats nommés polianomes , et leur fonction paraît avoir été la même que celle des préfets à Rome; car Dion (lid. 44) donne le nom de polianomes aux préfets que Jules César, au rapport de Suétone (m Julio, c. 76), établit au lieu des préteurs, pour gérer les affaires civiles pendant son absence. Il y a lieu de présumer que l'autorité de ces deux magistrats était plus grande à Héraclée, que celle des astjnomesda.ns la ville d'Athènes, où ils étaient au nombre de vingt.
On trouve aussi dans ces tables les noms de deux mois connus chez les .Macédoniens , appelée et panemus : le savant auteur croit le premier originaire de Sparte, parce que le mot (aTreXXat) dont il dérive, et qui signifie comices, assemblée, était particulier aux Laçons. Il est vrai qu'il remonte encore plus haut, puisqu'd veut le faire descendre I 18
a'^/'i LFS TABLES
(le l'hcbreu {phillel)^ mais c'est une étymologie qui nous paraît plus ingénieuse que solide. Quant au mois pane mus, il n'en dit rien pour en faire honneur aux Lacédémoniens, il se contente de confirmer l'idée de Suidas, qui le fait répondre au mois de juillet.
Le schœnej mesure de longueur, fort en usage parmi les anciens, se trouve plusieurs fois dans ces tables; mais, s'il est certain qu'il ne valait pas trentedeux ni quarante stades comme en quelques endroits, selon Pline , encore moins soixante, comme eu Egypte , rien ne peut nous donner une connaissance exacte de sa longueur chez les peuples de la Grande -Grèce: il faut se contenter de savoir qu'il se divisait en pas, et le pas en pieds. Ces monuments ne nous fournissent pas plus de lumières sur la capacité du congé, du médimne et de la chénice^ mesures creuses, dont ils font mention; on remarque seulement que le congé, qui ailleurs ne servait ordinairement qu'à mesurer les liqueurs, était aussi à Héraclée une mesure de choses sèches.
Tout ce qu'on y trouve sur la monnaie de cette ville fournit à la fois peu de ressources, pour en faire l'estimation , et une ample matière de disserter au docte commentateur. Nous n'avons garde de mettre ici sur son compte une méprise , qui ne peut être qu'une faute d'impression; et quoiqu'on nous dise que la mine attique était de six cents dragmes , mina atiica drachmas sexcentas continehat (page 219), nous voyons assez qu'il était trop instruit pour ignorer que la mine attique ne comprenait pas plus de cent dragmes. Au reste, cette
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tache légère est bien rachetée par une correction très-heureuse d'un passage de Pollux qui avait fort embarrassé les savants. Aristole, selon cet auteur (/. XI, segm. 87), témoigne que l'ancien talent sicilien avait vingt-quatre nummus , le nouveau douze, et le nummus une obole et demie. M. Mazochi observe qu'il faut lire vingt-quatre mines; ce qu'il prouve par l'autorité d'un ancien , cité par Suidas, par celle d'un scholiaste de Saint-Grégoire deNazianze, qui paraît avoir copié Pollux: il ajoute que, puisque le nummus des Tarentins valait trois demi-oboles, il devait avoir à peu près la même valeur que le sesterce; ce qui peut être assez juste, pourvu qu'on ne veuille pas en inférer une égalité parfaite entre la dragme attique et le denier romain.
Nous n'entrerons pas dans un plus grand détail sur les particularités contenues dans la table d'Héraclée; il suffit de dire, en général, qu'outre plusieurs noms de lieux, dont on cherche peut-être inutilement la signification, elle présente beaucoup de mots grecs qui ne sont point du tout , ou seulement en partie, dans les recueils des lexicographes; nous osons dire qu elle est très-utile pour connaître l'origine et les progrès de la langue grecque, et qu'on y trouve les principes de plusieurs règles grammaticales, dont les grammairiens ont souvent peine à rendre raison. Il nous serait- par exemple , bien aisé de montrer que ce Troiovracr^'- ou TvoiovTeccri , qui choque si fort l'oreille de M. Mazochi même, est très-régulier et conforme à l'inflexion
primordiale, tandis qu'au contraire, cet antre Trotouci qui a prévalu, s'écarte de la régularité primitive. Noys souhaiterions qu'un esprit philosophe et versé dans le mécanisme des langues, vonlîit examiner sous ce point dé vue les tables d'Héraclée, il y trouverait sans doute les matériaux d'un nouveau plan de grammaire plus profond et plus lumineux que ceux que nous avons. A l'égard du commentaire de M. Mazochi, nous avons déjà donné assez à connaître le cas que nous en faisons. Qu'importe, en effet, qu'il s'abandonne de temps en temps à des conjectures assez faibles, qu'il se répète quelquefois, et que, par des digressions un peu fréquentes, il dépayse les lecteurs et interrompe leur attention , s'il les dédommage des courses et des fatigues qu'il leur fait essuyer? C'est encore un léger inconvénient de le voir quelquefois changer d'opinion, se réfuter lui-même, et détruire dans un endroit ce qu'il avait avancé dans un autre; le lecteur laborieux le suit, non sans peine, mais du moins il s'instruit avec lui: d'ailleurs c'est une suite de la nécessité où il s'est trouvé de travailler, pour nous servir de ses termes, au jour la journée, et de fournir à l'impression à mesure qu'elle avançait (i).
(i) De interpretatione verb universi neapolitani ceris nihildum equidem prœstare lectori queo; quippe quant non rnodà perfectam , sed ne affectain quidem ullâ ex parte habeam. Sic enim sum eorum ritu qui in diem vivant, ut quidquid chartis illinitur, id statiin typogrnphis cogor formis componendum tradere {pn'^e 167).
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