XCIJ ESSAI SUR LA VIE
M. de Boze, garde du cabinet des médailles, étant mort en 1^53, Barthélémy, qui lui était associé depuis sept ans , ne pouvait manquer de lui succéder en titre dans cette honorable place. Il se trouva pourtant quelqu'un qui eut le courage ou la honte de la solliciter pour lui-même. Barthélémy, qu'on en informa, ne voulut pas savoir le nom du demandeur, ne fit aucune démarche personnelle, et se reposa de son sort sur la justice qui lui était due. De zélés et illustres (i) amis la firent aisément valoir; et il devint garde des médailles en chef (i). On peut aisément se figurer le zèle infatigable avec lequel* il remplit ses fonctions : découvrant et acquérant, ou du moins éclaircissant chaque jour les plus précieux restes de l'antiquité, son attention principale se portait , comme de raison , sur les monuments grecs et romains, et il eut bientôt une belle occasion dien faire la recherche la plus complète.
M. de Stainville , depuis ministre d'état , sous le nom de Choiseul , fut nommé à l'ambassade de Rome. Connaisseur en hommes et en talents, il joignit à sa générosité naturelle une vue que tous les hommes d'état doivent avoir : celle de favoriser , d'aider , de prévenir les sujets distingués par un mérite reconnu. Il proposa au jeune savant de faire, sous ses auspices et avec ses secours, le voyage d'Italie. Cette proposi-
(i) M. de Malesherbes ; M. de Stainville, depuis duc de Choiseul et ministre; M. de Gontaut, frère du dernier maréchal de Byron.
{'i) En 1753.
DE J. J. BARTHELEMY. XCIIl
tion, faite avec toute la grâce qui sied si bien d'accompagnement aux bienfaits, fiit reçue et acceptée par l'abbé, avec une reconnaissance pour ses protecteurs, qui, bien loin de jamais s'affaiblir, n'a fait que s'accroître pendant tout le cours de sa vie. J'ai dit ses protecteurs, parce que la jeune femme de l'ambassadeur ne cessait d'avertir, d'exciter avec vigilance les dispositions généreuses d'un mari qui était l'unique objet de son adoration et de son culte, comme il est depuis dix années celui de ses regrets et de ses larmes.
M. et M"* de Stainville offrirent obligeamment à Barthélémy de le mener de Paris à Rome, dans leur voiture ; et c'eût été de part et d'autre un bon marché. L'abbé, à qui, je ne dis pas l'intérêt, mais l'amitié même ne faisait jamais oublier ses devoirs , ne se trouva pas en état de les suivre, et son départ fut différé par les affaires du cabinet des médailles.
Il s'associa peu après pour le voyage, avec M. de Cotte, qui désirait depuis long-temps de voir l'Italie. M. de Cotte était son ami, et digne de l'être par ses vertus et ses connaissances. Ils partirent ensemble au mois d'août 1765, et arrivèrent le i*'^ novembre à Rome , où le nouveau ministre faisait déjà oublier son prédécesseur par son extrême magnificence, et par le développement de ses talents, soit pour plaire, soit pour négocier.
Sa jeune femme le secondait avec zèle et succès. Agée de dix -sept ans, mais formée par des lectures solides, par des réflexions toujours justes, et mieux encore par l'heureux instinct d'un caractère qui ne lui laisse dire, penser et faire que ce qui est bien, elle