XC ESSAI SUR LA. VIE
de Barthélémy, et le cœur trop bon pour ne pas lui conserver son amitié, en lui rendant la liberté.
M. Burette mourut le lo mai i']^'], et Barthélémy fut élu à la place d'associé dans l'académie des Inscriptions , M. Lebeau s'étant abstenu généreusement en sa faveur de toute démarche pour lui-même. Une autre place vaqua peu après , et M. Lebeau fut unanimement élu. C'était là le prélude d'un combat de générosité entre ces deux savants et vertueux hommes. M. de Bougainville, accablé d'infirmités, se démit du secrétariat de l'académie, et proposa à M. d'Argenson (i) de le remplacer par Barthélémy. Le ministre y consentit, mais Barthélémy refusa la place, et se fit préférer M. Lebeau. Celui-ci, quittant le secrétariat quelques aimées après, voulut le céder à l'abbé, en lui disant : Je vous le devais et je vous le rends. Je le cède à un autre, lui répondit Barthélémy; mais je ne cède à personne le droit et le plaisir de publier qu'on ne saurait vous vaincre en bons procédés. Ainsi régnait alors, parmi ces illustres rivaux, l'émulation des vertiis avec celle de la gloire : amalgame assez rare quelquefois dans la carrière des lettres, comme dans toute autre.
Devenu le successeur de tant d'illustres savants qui ont si bien servi la littérature, depuis l'établissement de l'académie (2), Barthélémy associa le travail annuel que cette compagnie attendait de ses membres, aux
(i) Le ministre de la t^çueire, qui avait aussi les académies dans son département. (2) En i6r>:î.
DE .T. J. BARTHELEMY. XCI
travaux journaliers qu'exigeait le cabinet des médailKs, et il s'acquitta de ce double devoir avec une exactitude que la plus vaste érudition pouvait seule permettre.
On trouvera à la fin de cet essai , non pas une notice que je ne suis pas en état de faire, mais une liste de ses ouvrages en ce genre. Explications de monuments hébreux, persans , phéniciens, égyptiens, arabes : toutes les nations, toutes les langues étaient soumises à ses recherches laborieuses et à sa judicieuse critique. Dans ce travail , il ne pouvait s'empêcher de relever souvent les erreurs de plusieurs savants estimables qui s'étaient livrés avant lui aOx mêmes recherches; mais, en découvrant leurs fautes avec une sagacité à laquelle rien n'échappait, il ne les présente jamais qu'avec cette modestie, cette aménité qui était son caractère distinctif. C'est ce qu'on peut observer, surtout dans sa belle dissertation sur les inscriptions trouvées à Palmyre par des voyageurs anglais. Elles sont accolées à des inscriptions grecques , et on avait plusieurs fois tenté d'expliquer les unes à la faveur des autres; mais on n'avait fait, avec beaucoup de lumières et de génie même, que des efforts de divination qui avaient conduit à des résultats fautifs. Barthélémy en donna une explication qui, par sa simplicité, sa clarté, fit oublier toutes les autres, sans dépriser leurs auteurs; et il alla jusqu'à former un alphabet palmyrénien qui satisfît tout le monde savant: découverte qui pourra servir un joinà ressusciter la mémoire dun peuple jadis célèbre par sa puissance, par ses exploits, par son commerce, son goiit pour les arts, sa magnificence, et dont la haine et la vengeance des Romains ont éteint presque jusqu'au souvenir.