CXII ESSAI SUR LA VIE
citât dans sa cliambre. Comtois , son excellent domestique, y entra de lui-même, par inquiétude, à huit heures du matin, surpris que l'abbé, qui était fort matinal, ne l'eût point encore appelé. Il le trouva sans connaissance, les pieds dans le lit et la tête sur le parquet. Il le coucha. La connaissance revint peu à peu; mais la fièvre était déclarée, et ne cessa plus. La toux devint fatigante, et l'expectoration pénible. La poitrine se remplit, et cet excellent homme s'endormit du sommeil des justes et des sages, sans douleur, et peut-être sans voir sa fin, quoique ayant conservé toute sa connaissance jusqu'à son dernier moment.
Ce moment cruel pour ses amis et pour les lettres arriva le 3o avril (ii floréal) de la présente année, à trois heures après midi , et ne fut annoncé par aucune souffrance. A une heure, Barthélémy hsait paisiblement Horace; mais ses mains déjà froides ne pouvaient plus tenir le livre , et il le laissa tomber. Sa tête se pencha ; i\ paraissait dormir ; on le croyait. Son tendre neveu , qui ne le quittait pas un seul instant, le crut lui-même, et ne perdit cette douce illusion qu'au bout de deux heures , en s'apercevant qu'il n'entendait plus la respiration de son oncle.
Ainsi mourut, avec le calme qui avait régné dans toute sa vie , cet homme , un des ornements de son siècle ; laissant à chacun de ses parents un père à pleurer, à ses amis une perte irréparable à regretter, aux savants de toutes les nations un exemple à suivre, aux hommes de tous les lieux et de tous les. temps un modèle à imiter.