‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy (volume 2)Chapitre 52 sur 115 · XII ESSAI SUR LA VIE · texte numérisé non relu

XII ESSAI SUR LA VIE

quence. Quand l'art de les cueillir ne ine manquerait pas, les larmes que je répands m'en ôteraient le pouvoir. Je ne cesserai jamais de pleurer cet excellent homme, à qui j'étais si tendrement attaché : il m'honorait de son estime et de son amitié. Je sens qu'il y a de l'orgueil à le dire; mais c'est un orgueil que je n'ai pas le courage de réprimer. Plus heureux que Plutarque et Népos , je n'ai point à décrire ces scènes brillantes et terribles, oii l'ambition et la passion de la gloire ont déployé des talents trop souvent pernicieux. Je détaillerai des travaux littéraires aussi utiles qu'immenses , entrepris avec un courage rare , suivis avec une persévérance plus rare encore ; et j'offrirai le tableau d'un caractère et d'une conduite où s'alliaient la sensibilité, le désintéressement, la modestie, toutes les vertus qui font le plus d'honneur à l'humanité, parce que ce sont celles qui servent le mieux les hommes.

Jean-Jacques Barthélémy naquit à Cassis, petit port voisin d'Aubagne. C'est à Aubagne, jolie ville entre Marseille et Tq^^ilon , cpie sa famille était établie depuis long-temps. Son père, Joseph Barthélémy, avait épousé Magdeleine Rastit, fdle d'un négociant de Cassis. En i'7i5, elle alla faire une visite à ses parents, et ce fut pendant son séjour à Cassis qu'elle donna le jour à Jean-Jacques Barthélémy, le 20 janvier 17 16. On ne tarda pas à !e transporter à Aubagne, oii , à l'âge de

DE T. J. U.VRTH ÉLl'. MY. XI If

quatre ans, il percfït sa mère très-jeune encore, et déjà chère à ses concitoyens par les qualités de son cœur et de son esprit : il apprit de son père à la pleurer. Joseph le prenait souvent sur ses genoux , et l'entretenant, les larmes aux yeux, de leur perte commune, la lui faisait sentir avec tant d'attendrissement , (jue l'impression ne s'en est jamais effacée. Ainsi , le bon cœur du père formait, par un exemple touchant, le bon cœur 3u fils, et développait la sensibilité exquise dont la nature l'avait doué.

Magdeleine Rastit Barthélémy laissa deux fils et deux hlles qui ne démentirent jamais leui* honorable naissance, ni les leçons et les exemples d'un père si universellement estimé de ses concitoyens, que le jour de sa mort fut un jour de deuil pour toute la ville d'Aubagne. La mort du frère de celui dont j'écris la vie , fit dans la suite le même effet; et c'est ainsi qu'une succession de vertus non interrompue a honoré cette respectable famille , bien plus que n'auraient pu faire les titres et les décorations dont la vanité fait tant de cas : précieux héritage (jue les neveux de Jean-Jacques Barthélémy étaient bien dignes de recueillir, et ([ui ne dépérira pas entre leurs mains.

Jean -Jacques avait douze ans, lorsque son père , après avoir formé son cœur, l'envoya faire ses études à ]Marseille, cette ancienne et fameuse ville, qui , du temps de Tacite , était recommandable par la sunpiicité de

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