‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy (volume 2)Chapitre 53 sur 115 · XIV ESSAI SUR LA VIK · texte numérisé non relu

XIV ESSAI SUR LA VIK

mœurs, qui s'y unissait à l'élégance des Grecs, dont elle est une colonie.

C'est là qu'il fit ses basses classes au collège de l'Oratoire, sous un excellent instituteur, le père Renaud, homme d'esprit et de goût, qui distingua sans peine un pareil élève , et se plut à lui donner tous ses soins. M. de La Yisclède, littérateur qui jouissait tl'une haute considération, arriva à Marseille; c'était l'intime ami du père Renaud. Il partagea ses sentiments, et concourut avec intérêt aux progrès du jeune Barthélémy, qui furent singulièrement rapides et brillants.

Il s'était destmé lui-même à l'état ecclésiastique ; mais, pour s'y préparer, il fut obligé de changer d'école. M. de Belzunce , alors évêque de Marseille , refusait d'admettre les étudiants à l'Oratoire; et Barthélémy, quittant avec regret ses anciens maîtres , alla faire son cours de philosophie et de théologie chez les Jésuites, oii par hasard il ne tomba pas d'abord en de bonnes mains ; et peut-être ce contre-temps fut un bonheur pour lui.

Il se fit alors un plan d'études particulières, indépendantes de ses professeurs. Il s'appliqua aux langues anciennes, au grec, à l'hébreu, au chaldéen, au syriaque. Passionné pour l'étude , il s'y livrait avec l'effervescence d'un esprit élevé qui s'enflamme avec plus d'impétuosité que de mesure; et cet excès pensa lui coûter la vie : il tomba dangereusement malade , et ne

DE J. .1. BARTHELEMY. XV

recouvra ses forces qu'au moment d'entrer au séminaire, où il reçut la tonsure. Dans cette pieuse retraite , il avait beaucoup de loisir, et il en profita pour apprendre l'arabe. Un jeune Maronite, élevé à Rome, se trouvait alors à Marseille, auprès d'un oncle qui faisait le commerce du Levant. Il se lia avec Barthélémy, devint son maître de langue, lui enseigna l'arabe à fond, et l'accoutuma même, dans des conversations journalières, à le parler facilement. Alors il lui proposa de rendre un service à des Maronites, des Arméniens , et d'autres catholiques arabes qui n'entendaient presque pas le français : c'était de leur annoncer la parole de Dieu dans leur langue. Ce jeune homme avait entre les mains quelques sermons arabes d'un jésuite prédicateur de la Propagande. Barthélémy , qui ne savait ni rien refuser à un ami , ni se refuser à aucun genre de travail , en apprit un ou deux par cœur, et les prononça avec succès dans une salle du séminaire , où ses auditeurs orientaux furent si enchantés de lui , qu'ils le prièrent de vouloir bien les entendre en confession ; mais sa complaisance n'alla pas jusque là , et il leur répondit qu'il n'entendait pas la langue des péchés arabes.

Il était si éloigné , je ne dis pas d'étaler sa vaste érudition, mais même de la laisser paraître, que peu de personnes savent à quel point il s'était familiarisé avec les langues orientales, et c'est ce qui m'a engagé

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