PRÉFACE
dernière volonté. On a j)his fait encore an commencement de ce siècle : les moindres remarques, les anecdotes futiles, des bons ou mauvais mots, échappés aux gens de lettres plus ou moins connus, tout a été recueilli sous le titre à'Ana; ouvrages dont le succès passager annonçait déjà la lassitude des esprits, le dégoût du véritable savoir, et la décadence des lettres. Le goût des choses frivoles est pire que Tignorance, et précède toujours les temps de barbarie.
Vint ensuite une foule d'ouvrages, les uns dérobés aux héritiers des auteurs , ou publiés sans leur .consentement, les autres altérés on même supposés , plusieurs simplement ébauchés ou informes; enfin, presque tous jugés avec trop d'indulgence et adoptés avec peu de discernement. Jamais le triomphe de la licence ne fut plus complet; et l'immoralité de notre siècle se manifestait dans les actions qui en
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paraissaient le moins susceptibles. De re nombre est sans doute celle qui fait outrager, par avidité, les mânes respectables d'un homme célèbre, en mettant au jour des écrits posthumes c[iu peuvent obscurcir sa gloire. J'espère (ju'on n'aura aucun de ces reproches à me l'aire dans l'édition des OEuvr-es diverses de ./. /. Barthélémy , l'illustre auteur du Voyage d' Aiiacharsis. Quoiqu'elles ne soient composées que d'opuscules, de fragnients, de lettres, etc., elles n'offrent pourtant que des pièces qui font honneur ou à son esprit ou à son cœur; dans lesquelles on retrouve son goût, sa sagacité et son érudition. Toutes donnent de lui une idée avantageuse , et quel- <jues-unes ajoutent encore à celle qu'on en avait déjà. D'ailleurs, il avait lui-^même fait, en quelque sorte , le choix de ces pièces , puisfju'il en brûla, peu de temps avant sa mort, un grand nombre, vraisemblablement toutes celles
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dont il ne voulait pas qu'après sa mort on fît le moindre usage.
On n'entre ici dans aucun détail sur chacune des mêmes pièces, parce qu'on le trouvera dans les avertissements qui précèdent les six sections dans lesquelles on les a classées- Tja première renferme un traité de morale; la seconde , un roman ; la troisième , un poème ; la quatrième, des analyses littéraires; la cinquième , des mémoires sur l'antiquité, les arts, les fragments d'un voyage en Italie ; et la sixième, quelques chapitres précieux d'un traité de science numismatique, un mémoire ou compte rendu sur le Cabinet des médailles, des lettres diverses, etc. On n'a point osé mettre dans ce recueil les écrits de Barthélémy qui font partie des Mémoires de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres ; ils y sont à l'abri des injures du temps et hors des atteintes de l'ignorance. D'ailleurs , le citoyen Bar-
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thélemy de Coiirçay, neveu du savant académicien et zélateur éclairé de sa gloire, se propose d'en former une collection particulière, d'après les vues de son oncle, lorsqu'il aura publié la nouvelle édition du V^oyage d' Anacharsis , qui est actuellement sous presse. Trois éloges de Barthélémy ont paru peu de temps après sa mort*. Le premier a pour ti-
* Outre les trois éloges cités par le baron de Sainte- Croix, l'éditeur des OEuvres complètes de Barthélémy fait mention de deux autres : celui publié par^^. L. Milan,, in 8° de 24 pages, jugé superficiel^ inexact et incomplet; et celui qui fut prononcé à une séance publique de la deuxième classe de l'Institut, le i3 août 1806, par M. de Boufflers. L'éditeur s'exprime ainsi (page liv de sa notice) sur le mérite de cet éloge : < L'ingénieux au- « teur du conte d'Aline et de quelques pièces fugitives « paraissait peu propre à louer un archéologue. Mais si " M. de Boufflers n'a pu atteindre la hauteur de son " sujet, il s'est du moins élevé au-dessus de lui-même :
"^ tre: Essai sur la vie de J. ./. Bartliéleiny, par Loiiis-Jules-Barboii-Maiiciiii Niiveniois. Il ne
" de faux brillants mêlés à beaucoup d'esprit n'em- « pèchent pas de remarquer des passages écrits avec ta- ■< lent. Nous choisissons celui-ci comme se rapportant " également à Barthélémy, et aux travaux qui occupè- « rent constamment ses veilles et ses jours : — « Si les « sciences , les arts et les lettres n'avaient jamais cessé « d'être en honneur, on n'aurait pas besoin d'antiquaires : « l'antiquité elle-même serait toujours là ; elle parlerait à « tous les yeux; l'instruction irait toujours croissant; et '< chaque siècle, héritier de ceux qui l'auraient précédé, ■< transmettrait aux siècles qui le suivraient un plus riche -< patrimoine. Mais rien n'est comme il fut et comme il « sera; et tout ce qu'on admire est condamné à dis- " paraître : la nature le veut ainsi ; elle a besoin de tout , «même de nos chefs-d'œuvre, pour en faire autre « chose.
« Les générations abâtardies, également indifférentes « et à la sfloire de leurs ancêtres et à la félicité de leurs " neveux, laissent tout finir, tout s'effacer, tout s'en- " foncer dans le néant ; elles y travaillent elles-mêmes ,
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manque ni d'intérêt, ni d'agrément; cependant [)resc|ue tout le succès en est dû au nom de
< comme si elles craignaient jusqu'au moindre indice qui
■ pourrait les accuser devant les races futures. Hélas! ces « tristes lacunes tiennent malheureusement trop de place « dans les annales du monde ; et les beaux moments sont '< trop fugitifs ! que de siècles barbares contre un siècle
■ poli 5 et combien , pour l'esprit humain , les nuits sont " plus longues que les jours !
« Ce n'est donc que de loin en loin , et dans les inter- '< valles lucides des nations , qu'on voit paraître des Hé- « rodote, des Varron, des Spanheim et des Barthélémy. •< Alors les esprits réveillés de leur longue léthargie es- « saient de ramasser les débris de leur ancienne fortune, '< de relire leurs titres de gloire ; de plonger , pour ainsi •< dire, dans le Léthé, pour ravir quelque proie, sinon à " la mort, au moins à l'oubli, cette seconde mort que ■< les grandes âmes craignent plus que la première. «
11 est probable que , par les citations qu'on vient de lire , l'éditeur a voulu justifier la pi'emière partie de sa critique : De faux brillants mêlés a beaucoup d'esprit. — Les passages suivants sont plus heureusement choi-
l'auteur; il n'y donne qu'une idée très-impar-
.><is , et nous nous faisons un plaisir d'en l'aire jouir nos lecteurs.
« Eh bien ! ce rassemblement aussi effrayant qu'incom- '< plet des éléments dont se compose le véritable mérite •< d'un antiquaire , est une faible esquisse de l'érudition « de M. Barthélémy. Si l'on veut lire attentivement, et •< ses mémoires à l'académie des Inscriptions, et ses dis- ' sertations insérées dans le Journal des Savants , et plu- « sieurs observations ajoutées à divers ouvrages de ses '< confrères, et ce qui reste d'une correspondance soute- ■i nue pendant plus de cinquante ans avec tous les •■ hommes de l'Europe le plus versés dans ce genre " d'étude, on verra que chaque page, chaque ligne de ■' ces écrits , ont nécessité la lecture , l'analyse , la con- '( frontation de plusieurs volumes. Pensons maintenant à « toutes les langues vivantes et mortes qu'il a dû se ren- « dre familières ; joignons-y ces idiomes qu'on ne savait « pas même avoir jamais existé , et dont il ne restait de <> vestiges que sur quelques éclats de pierres brisées. Ces «caractères, étrangers a toute autre écriture, étaient '< devenus le sujet d'un défi entre tous les savant-s de
DE L liDlTEUR. Il
faite du caractère et des ouvrages de lîartliéle-
l'Europe , qui , jusque-là , n'avaient pas même osé hasarder une conjecture, lorsque, au grand étonnement du monde lettré , M. Barthélémy en présente à la fois l'alphahet et l'explication....
•< Je me rappelle encore avec admiration ces renseignements précis que M. Barthélémy avait su recueillir sur l'ancienne géographie, l'ancienne topographie, et même les anciens aspects de (-es contrées fameuses où il n'avait jamais poité ses pas , mais où sa rêverie se plaisait. De pareilles connaissarices feraient honneur à qui les rassemhlerait sur le pays qu'il hahite, et pouvaient même faire soupçonner notre savant d'avoir moins besoin de guide autour d'Athènes ou de Lacédémone, que dans les environs de Paris.
•< Plus d'une fois , en Italie , dans des terrains où les regards de ses compagnons auraient à peine aperçu des traces de ruines sous les hérites et les broussailles qui les couvraient, on l'a vu s'arrêter tout à coup, et reconnaître , comme par ressouvenir , des camps , des temples, des cirques, des hippodromes, des édifices publics ou particuliers; en sorte que, conversant inté-
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niy, et les détails qu'il s'y permet sont quelquefois insii»iiifiaiits et souvent trop minutieux*.
« rieurement avec les illustres mânes qui semblent tou- " jours errer autour de la capitale du vieux monde, on " l'eût pris pour un citoyen de l'ancienne Rome voya- '< géant dans la moderne.
" Parlerai-je de cet art exercé en peinture, en sculp- " ture, en gravure; de cet œil de lynx qui portait la " lumière sur tout ce qu'il (observait? Un trait jnsqu'a- " lors inaperçu par tous les connaisseurs, un reste de « signe, effacé pour tout autre, lui indiquait le sujet, ■- l'époque , la raison d'un monument , et jusqu'au nom " dc'l'artiste; vous eussiez dit que le génie invisible de '■ l'antiquité, à l'exemple du démon de Socrate , le sui- « vait partout, et n'avait point de secrets pour lui. >-
* « Ce jugement (dit l'éditeur des OEuvres complètes) " est dur dans sa vérité. Nous citerons, pour en adoucir « la rigueur, le début de l'ouvrage du duc de JXivernois » : Je i)ais écrire avec simplicitc la vie , etc. , etc. ( Voyez la suite, toni. I, ^^. v, ou p. i.xxxi de cette nouvelle édition.)
DE L EDITEUR. il
Le second éloge se trouve dans un jouiiml appelé la Décade philosophique. On en est redevable au fameux astronome Lalande. Peu versé dans les matières dont Barthélémy faisait l'objet principal de ses études, il ne sait j);;s les apprécier; il connaît encore moins la vie privée de cet homme célèbre. Au reste, ce qu'il rapporte siu^ le Vojas^e du Jeune Anacliarsis est tiré d'un extrait de cet ouvrage, inséré dans le Journal des Savants. T^e troisième éloge a été publié dans le Magasin encyclopédique, et imprimé séparément; il est d'un ami intime de Barthélémy, son confrère à l'académie des Belles-Lettres, appliqué au même genre d'érudition que lui. Quoiqu'on y lise des détails exacts, ils ne sont pas néanmoins complets, l'auteur ayant été obligé de se circonscrire dans des bornes étroites; ce qui l'a engagé k le refaire entièrement, et à n'en laisser subsister qu'une très-petite partie. En conséquence,
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on a cru devoir préférer ce dernier écrit , presque neuf, aux deux autres, en le plaçant à la tête des OE livres diverses de Barthélémy. Il est suivi de quelques pièces justificatives qui méritaient d'être conservées*.
« Si quelqu'un demande encore à quoi ser- (cvent les éloges; ils servent, dirons-nous, à « faire connaître de grands noms qui seraient c( demeurés dans l'oubli , à désigner les véri- « tables soin ces de l'instruction et du savoir : « peut-être aussi que le spectacle d'une assem- « blée nombreuse , attentive à la lecture d'un « éloge , a quelque chose de consolant pour
* A la suite de ces pièces justificatives, se trouve une Epitre de Fontanes à fauteur des Voyages du jeune Anacharsis dans la Grèce. Le jugement qu'en porte le baron de Sainte-Croix nous fait un devoir de ne pas en priver nos lecteurs. Nous favons insérée dans le deuxième volume, section littérature ancienne^ beauxarts, a la suite de l'avertissement, page 9. ^'^- ^^ C-é-Cl a .^^UK
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« l'humanité. Ces lectures sont, dit-on, vouées « à rindulgence. Pourquoi ne laisserait-on pas «entrevoir aux hommes qu'il suffit d'avoii- « rendu des services réels aux sciences , aux « lettres, à la patrie, pour obtenir, s'ils en ont «besoin un jour, quelque grâce devant elles? «Vit-on jamais la satire, la critique même, se «renfermer dans de justes bornes? De quel « droit condamnerait-on la louange seule à n'en « point sortir ? » Telles étaient les réflexions d'un écrivain célèbre,* dans l'éloge d'un homme de génie. Une surtout est applicable à Barthélémy- En effet, nous regrettons qu'il n'ait |)as été prononcé dans une des séances publiques de cette académie dont il fut si longtemps la lumière , et à laquelle il a survécu avec tant de douleur. Nous n'avons pas moins de regret que ce même éloge n'ait pu sortir de la bouche
* ViCQ dAziR, Eloge de ScheeU, pciga ^3 , p4-
l() PRÉFACE DE l'ÉDITEUR,
de son secrétaire, le citoyen Dacier, capable ])ar ses talents de rendre à Barthélémy, son ami , nn hommage digne de Ini et de la comj)agnie qu'il avait illustrée.
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AVERTISSEMENT
DE L'ÉDITEUR
JLi£S réflexions qu'on va lire sont un véritable traité de morale, divisé en quatre articles : i*^ de la Religion , 2° de la Patrie, 3° des Parents , 4° des Amis. L'auteur y parle le langage du cœur, et ramène tout au sentiment. C'est une ancienne loi des Perses, rapportée par Xénophon dans le premier livre de sa Cyropédie, qui sert de texte à Barthélémy , et dont il fait une heureuse application à son principe.
Ce traité, écrit avec autant de grâce que de clarté, est dédié à Marie-Louise de Lamoignon , digne sœur de l'illustre Malesherbes, et femme de Guillaume Castanier d'Auriac , premier président du grand - conseil , magistrat vertueux et éclairé. Elle n'eut qu'un fils , Francois- GuiUaume , avocat -général au même tribunal. Ce fut pour lui que Barthélémy composa, en lySS, ces réflexions et le roman de Carite et Poljdore. Il ne travailla pas en vain , et jamais personne ne donna plus d'espérances que le jeune d'Auriac; mais une mort prématurée l'enleva, en 1769, à sa patrie, à ses parents et à ses amis, dont il faisait les délices.
Il avait beaucoup de connaissances et une grande jus-