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Observations sur les antiquités de la France méridionale.
IM oiis n'avons pas vouln pénétrer en Italie sans jeter un coup d'œil sur les antiquités qui sujjsistent encore dans les parties méridionales de la France.
Nous avons vu à Lyon plusieurs inscriptions qui ont déjà été publiées, et d'autres qui ne l'ont jamais été; unt, entre autres, d'un particulier qui faisait tout le mardi: il naissait le mardi, il mourait le mardi, il s'était marié le mardi, etc.
Mais la plus importante de ces inscriptions est celle qu'on voit à l'hùtel-de-ville, et qui renferme la harangue de l'empereur Claude. On a tort de dire que c'étaient deux tables de fonte ; ce n'est qu'une seule cassée en deux. Il y a deux colonnes de lignes. On a faussement avancé que tous les mots, sans exception, sont séparés par des points; ceux qui sont à la fin des lignes et plusieurs dans
le corps de l'inscription n'en ont pas. Que de réflexions ferait naître la comparaison de ce monument avec la harangue de Claude, telle que Tacite Ta rapportée ! c'est le même fonds de pensées ; mais dans l'inscription tout est simple et digne de Claude; dans l'historien, tout est fort et digne de Tacite. Il suit de là que cet historien n'a pas rapporté littéralement les harangues insérées dans son ouvrage ; mais qu'il prenait la substance de celles qui avaient été prononcées, et les traduisait dans son style. Dans celle qu'il met dans la bouche de Claude , il parle des Lacédémoniens ; et comme de fait il n'est pas question de ce peuple dans l'inscription-de l'hôtel-de-ville, il s'ensuit que la harangue de Claude ne se trouve point entière dans cette planche ; cela est d'ailleurs très-visible.
Nous nous embarquâmes sur le Rhône ; et après avoir passé, sans aucune crainte, le pont du Saint- Esprit, nous mîmes pied à terre vis-à-vis d'Orange. . Nous y avons vu l'arc de triomphe : il est composé de trois arcades et chargé de bas-reliefs représentant des combats, des trophées, des histruments de guerre, des tridents, des éperons de navire, etc. Les antiquaires sont partagés sur le temps et l'objet de ce monument: les uns le rapportent à Marins , après la défaite des Cimbres ; d'autres à Jules César, après la conquête des Gaules ; d'autres enfin, au siècle d'Adrien. Le goût du travail, et d'autres petites circonstances, nous ont fait juger que la seconde de ces opinions était la plus probable. Ce monument a été gravé plusieurs fois, et ne l'a jamais été exactement.
On trouve encore dans cette ville les restes d'nn théâtre ancien ; les gradins sont presqne tons détruits, mais la scène est demenrée dans son entier. C'est un mur d'environ cent dix pieds de hauteur, et de près de trois cent vingt- huit de longueur, orné d'arcades , et construit avec des pierres d'environ deux pieds. en carré, taillées et unies ensemble avec un art infini. Le goût, la solidité, la grandeur, tout se trouve réuni dans ce monument précieux.
Si l'impression qu'on en reçoit pouvait être effacée, elle le serait sans doute par le pont du Gard et les antiquités de Nîmes. Ce pont est un ouvrage des plus grands, des plus beaux et des plus hardis que les Romains nous aient laissés; et l'imagination est effrayée quand on pense que ce monument n'était destiné qu'à soutenir un aqueduc pour transporter la petite rivière d'Eure auprès d'Uzès ins(|u'à Nîmes, où l'on trouvait d'ailleurs les eaux abondantes de cette fontaine célèbre qui ne tarit jamais et qui subsistait du temps des Romains. iNTais c'est à Nîmes principalement où tout devient ini objet d'admiration pour un antiquaire; c'est là qu'on trouve l'amphithéâtre le mieux conservé de tous ceux qui subsistent, et cette maison carrée qu'on regarde depuis long-temps comme le chefd'œuvre de l'architecture ancienne, et le désespoir de la moderne. Cependant on ne jouit de ce spectacle qu'avec une sorte de douleur. Un peuple grossier, logé dans l'intérieur, et sur les gradins mêmes de l'amphithéâtre, le dégrade sans cesse et détruit
impunément ce que les flammes avaient épargné t^u temps de Charles Martel. Dans les travaux de Li nouvelle fontaine on a vu des ouvriers barbares mutiler des statues, des mosaïques, et replonger dans les fondements des inscriptions que le hasard leur faisait découvrir. Les soins de M. de Saint- Priest en ont sauvé quelques-unes de la fureur de ces iconoclastes. Mais ces soins, qui s'étendent sur bous les monuments de Nîmes, ne sauraient triompher de la négligence des subalternes. Plusieurs personnes de goût, et dignes de foi, nous ont attesté qu'on a vu quelquefois des enfants assiéger la maison carrée , et détruire les ornements d'architecture qui la décorent , pour y prendre des nids d'oiseaux. On nous a montré les traces de ces déprédations; nous avons vu les belles feuilles d'acanthe qui forment les chapiteaux des colonnes, ])risées à coups de pierres, et nous avons regretté qu'un si beau monument ne fût point à couvert de pareilles insultes. Indépendamment des outrages des hommes , la maison carrée a beaucoup souffert des injures du temps; un des murs a perdu son aplomb dans la partie du milieu , vraisemblablement par le toit dont on l'a recouvert, et par les ouvrages qu'on a construits en dedans de l'é- <lifice, lorsqu'on a voulu en faire une église (i).
(i) Le savant et généreux Seguier a restauré depuis, à ses Irais et par ses soins, la maison carrée; il a tâché encore d'en rétablir l'inscription. Si ses conjectures là-dessus ne sont pas
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Eu sortant de Nîmes, nous avons vu , à Sainl- Renii, l'ancien Glaruim , un arc de triomphe en l'honneur d'un général romain , et son tombeau
hors de tout doute, on doit néanmoins avouer que son procédé est fort ingénieux. Mais lui appartient-il? c'est ce qu'on a cru jusqu'à j)résent. Pour prouver le contraire, il suffit toutefois do lire ce qu'eu a dit Barthélémy, dans son Mémoire sur les monuments de Rome , lu à l'académie des Belles-Lettres, le 3o août
1757, en parlant de l'inscription ancienne qui avait été placée sur l'architrave de cet éditice : « Les lettres de métal ont dis- « paru; mais l'empreinte des crampons qui les fixaient dans la « pierre subsiste encore, et je suis persuadé, malgré les doutes « du marquis Maffei, que ces indices, étudiés avec soin, sufli- '1 raient pour rétablir au moins une partie de cette inscription. « J'en découvris plusieurs lettres avec assez de facilité, et je fus « sur le point de faire dresser des échafauds pour voir de plus « près les traces des autres, etc. . . » Et dans une note : « Ce fut « en conséquence de ces difficultés et de ces réponses, que M. « Ménard écrivit à Nîmes pour avoir une copie exacte de ces « trous. M. Scguier se chargea de ce soin , et ne tarda pas à « rectifier l'inscription entière. II a rendu compte de son tra- « vail, dans une dissertation imprimée en 1759. Acad. des insc. « t. XXVIII, p. 58o. '* Il est tellement certain que c'est d'après les idées de Barthélémy que Seguier a fait cette opéiation, qu'il n'y croyait pas lui-même un an aiqiaravant. J'en ai sous tes yeux la preuve indubitable dans une lettre qu'il écrivit à ce sujet à l'antiquaire Graverol. Elle est datée de Nîmes, le 10 mai
1758, et conçue en ces termes: « Quoique je sois encore d'une « santé assez faible, je me suis senti assez de force pour faire « ce que M. l'abbé Barthélémy désire de moi. Je vous envoie « la copie exacte des trous qui sont à l'architrave de notre inai- « son carrée, d'après uu dessin que j'en lis, il v a plus de 3o « ans, et que j'ai vérifié hier sur l'original; je vous [>rie de la '< lui présenter, et, en l'assurant de mes respects, dites.-lui, je
placé tout, auprès. Ces deux monuments, dont ou n'a donné que des dessins informes, même dans les mémoires de l'académie des Belles-Lettres, mériteraient d'être dessinés plus exactement. On lit sur ce mausolée ou cénotaphe: SEX. L. M. JVLIEI. C. F. PARENTIBYS. SVEIS , que j'explique par ces mots: Sextius^ Lucius^ Marcus^ Julii Caii Filii, Parentibus Suis (i). Dans ce canton on dut écrire, d'après la prononciation, El pour I; l'inscription de l'arc de Saint-Chamas en fournit la preuve. Celui de Saint-Remv avait été érigé en l'honneur de
'< vous prie, que je suis charmé de lui être utile. Je ne doute «1 point que l'étendue de son savoir et de ses connaissances ne « lui fasse découvrir l'usage de ces trous, qui, à mou avis, nont ii jamais servi pour les lettres cV une inscj-iption. J'ai sur cela des n idées qu'il serait trop long de vous détailler, et dans lesquelles « je me suis encore plus confirmé depuis que j'ai examiné de près « les anciens édifices d'Italie, etc..» Le modeste Seguier, en se* rappelant cette lettre, n'aurait donc pu revendiquer l'honneur d'un pareil procédé, et on a eu tort de le lui attribuer. L'idée en appartient entièrement à Barthélémy, qui d'ailleurs s'en était déjà serxi avec succès à Rome, pour rétablir l'inscription de l'arc de Scptimc-Sévère. Mais est-il bien démontré que celle de la maison carrée, imaginée par Seguier, soit la véritable, ou, si l'on veut, la seule qui ait été placée sur l'architrave de ce bel édifice? Il serait possible de soutenir la négative , sans s'écarter des règles d'une saine critique. Qu'on lise sur ce sujet des remarques insérées dans le Magasin Encyclopédique , première année, t. II, n° 8, pag. 537, 541. Note de V Éditeur.
(i) Barthélémy a rapporté cette même leçon dans son Mémoire sur les monuments de Rome; celle ci est, assure-t-il, la treizième, et, j'ose le dire, la véritable, pag. 579. Note, id.
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Caius Juliiis, auquel ses trois fils, Sextius, Liiciiis et Marcus élevèrent le tombeau qui est à droite auprès du monument de sa gloire. Il est placé sur un tertre qui domine une grande plaine, dans laquelle vraisemblablement ce Julius avait remporté quelque avantage signalé sur ses ennemis. L'arc d'Orange se trouve à peu près dans la même situation.
Ces deux arcs et celui de Carpentras sont du même travail et du même goût. Pour fixer le temps où ils ont été construits, il faudrait connaître l'âge de ce Caïus. Or, nous voyons, sur les médailles attribuées vulgairement à César, un trophée orné de boucliers et d'autres armes fort semblables à celles qu'on trouve sur les monuments dont il est ici» question , lesquelles portent cette légende : tlViP. C^SAR. Peut-être ces médailles pourraient se rapporter à l'événement qui a fait élever ces arcs, et qu'elles appartiennent à un des ancêtres de Jules César.
Arrivé à Marseille, je me suis occupé à faire la vérification des médailles du sieur Cary (i), dont j'ai procuré l'acquisition au cabinet du roi , et suis très-satisfait de la rareté et de la conservation des pièces que j'y trouve.
J'ai acquis plusieurs autres médailles précieuses, parmi lesquelles il en est une qui suffirait, en
(1) Savant connu par quelques ouvrages; entre autres, C Histoire des rois de Thrace et du Bosphore Cimmérien , éclaircie par les médailles , in-4° ivSz, dont Barthélémy a été l'éditeur. Note de T Editeur.
quelque façon, pour justifier mon voyage; c'est une médaille d'or de Veiranio Augustus, qui manquait non-seulement au cabinet du roi, mais dans tous les cabinets connus. Elle était entre les mains d'un antiquaire de Marseille, qui, depuis vingtcinq ans, la voyait tous les jours et croyait toujours lavoir pour la première fois. Il s'était toujours refusé aux offres avantageuses qu'on lui avait faites de divers endroits; enfin, à force de raisons, de prières et de complaisances, je l'ai contraint à la céder au cabinet du roi, dont elle fera un des principaux ornements. Je l'ai estimée environ 800 livres, et j'ai donné environ moitié de cette somme en médailles doubles.
N" IL Découverte de 2^aurœntum.
A une demi-lieue de la Ciotat, en Provence, au fond du golfe des Baumelles, sont les ruines d'une ancienne ville, qui nous parurent mériter quelque examen. Nous nous y rendîmes avec une douzaine de paysans et quelques plongeurs, parce qu'on nous avait dit qu'une partie de ces ruines était dans la mer. Le premier objet qui s'offrit à nos regards, fut un rang de dix-sept piles placées sur le rivage et distantes les unes des autres d'environ douze à quinze pieds ; car cette distance varie. La
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plupart s'élevaient k deux ou trois pieds sur terre, d'autres étaient entièrement ensevelies sous le sable. Nous en finies découvrir quelques-iuies; elles étaient isolées, et aboutissaient d'un côté -à upe espèce de bassin qu'on a détruit il y a quelques années, et de l'autre à un édificô qui paraît avoir été fortifié, mais dont il ne reste plus que des débris informes. Ces piles étaient peut-être destinées à porter un aqueduc, et à servir d'arc-boutant à un mur parallèle qui n'en était éloigné que de quelques toises et dont les fondements subsistent encore. On voit dans cet édifice les restes de différents petits appartements dont les murs ne sont plus qu'à hauteur d'appui; l'intérieur était recouvert d'un marbre blanc dont on voit des vestiges en quelques endroits. On découvre aux environs les fondements de plusieurs maisons, et l'on n'y peut creuser sans trouver des morceaux de pavés en mosaïque , et des fragments de poterie chargés d'ornements d'un assez bon goîit. L'ouvrage, en général, paraît être romain. Il était presque tout fondé sur le roc ; une partie est tombée dans la mer, où l'on ne put plonger parce qu'elle était fort agitée; l'autre est ensevelie sous le sable que les pluies entraînent des montagnes voisines. Il faudrait pour le dégager beaucoup de temps et d'ouvriers, et peut-être que les découvertes qu'on y ferait dédommageraient faiblement des peines qu'on se serait données.
Il restait à connaître le nom de cette ville. Je soupçonnai, en voyant ces ruines, que c'étaient
les restes de Taurœntum , ville ou château que les Marseillais avaient fondé sur cette cote , et où leurs forces se joignirent à celles de Nasidius, lieutenant de Pompée, dans la guerre qu'ils firent à César. Cette conjecture me parut d'autant mieux fondée, que les habitants donnent encore à ce canton le nom de Taurent. Cependant , comme elle ne peut se concilier avec le témoignage apparent de quelques géographes anciens, je me réserve à l'examiner avec plus d'attention dans un temps où, libre de tout autre soin, je pourrai trouver, dans le secours des livres qui me manquent ici, de quoi la confirmer ou la détruire (i).