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Explication des bas-reliefs d'un tombeau antique.
A l'entrée de l'église de Tortone, en dedans, on voit un tombeau antique trouvé dans le château. Il est très-beau et très-bien conservé, et a été érigé en l'honneur de P. iElius Sabinus, par sa mère Antonia Tisiplio. Cet iîilius Sabinus mourut âgé de vingt-quatre ans. Les bas- reliefs du tombeau font presque tous allusion à son âge. Sur le devant Phaeton tombe de son char : cet emblème désignerait-il que Sabinus avait péri pour s'être engagé dans une entreprise audacieuse ? Sur la même face Castor et Pollux. Auprès du premier on a tracé ces mots grecs : 0APCEI KAI EYPENEI. Auprès du second : OYAEIC A0ANATOC. Peut-être que Sabinus avait im autre frère qui lui était fort attaché et qui avait souhaité que leur amitié fut éternisée sur ce monument, en s'y faisant représenter sous la figure de Castor, et avec une inscription qui l'exhortait à prendre courage ; tandis que son frère paraissait sous la figure de Pollux , et ime
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devise qui annonçait la nécessité de mourir. Au côté droit de l'autel, deux génies ailés sont témoins d'un combat entre un coq et un autre animal. Le coq est vaincu ; le génie qui est de ce côté-là paraît consterné; l'autre tient une palme, et lui montre que la victoire est de son côté. Ces deux génies sont vraisemblablement ceux de la vie et de la mort : le coq représente Sabinus.
Au côté gauche est l'autre bas -relief. Deux autres génies ont jeté leurs osselets; celui qui a perdu essuie ses larmes , pendant que le vainqueur se baisse et se fait un plaisir de lui montrer avec le doigt son osselet.
Par derrière sont deux autres bas -reliefs. Dans l'un , une figure à tête de bélier en embrasse une autre qui a un carquois pendu sur le côté droit : on voit deux chiens à leurs pieds et deux arbres par derrière. Dans l'autre bas-relief est un enfant qui semble gémir. J'ignore la signification de ces deux bas-reliefs.
Le couvercle est orné de plusieurs beaux ornements. Sur la face de devant se trouve une urne d'où sortent deux ceps de vigne chargés de feuilles et de raisins , et serpentant sur toute l'étendue du tombeau. Deux enfants tiennent chacun une grappe de raisin : une de ces grappes , qui ne tient plus à la vigne , est tombée avant sa maturité ', c'est Sabinus qui est mort. L'autre grappe tient encore au cep; mais le petit enfant qui semble vouloir l'enlever, ne désignerait-il pas quelque maladie dont les jours du frère de Sabinus étaient menacés ^^
Dans les quatre angles du couvercle on voit par devant deux têtes de femmes;. je ne sais ce qu elles font là. Par derrière est d'un côté Léda avec son cygne, et de l'autre un chien auprès d'un laurier.
pieds, pouc. lig.
Largeur de face 6 6 3
Hauteur non compris la base et le
couvercle a 9
Base Il
Largeur des côtés i 8
Saillie du couvercle i 9
Le couvercle se termine en pointe.
Voyage de Plaisance à Bologne.
Nous partîmes de Plaisance le 29 septembre 1755, à midi, et arrivâmes à Parme à six lieur^, ayant passé par Fiorenzela , et de là à Bronni : le chemin est très-beau , assez bien aligné ; il se trouve sur l'ancienne voie iEmilia, qui allait depuis Plaisance jusqu'à Rimini ; cependant M. Banville a raison dans son analyse , en disant que , malgré cet ahgnement, il doit y avoir de petites courbures. Le territoire est si beau, si intéressant, qu'il serait impossible d'en donner une véritable idée.
Au dôme ou cathédrale de Parme , on ^remarque la coupole peinte par le Corrège. Une partie a été
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détruite par le temps , et l'autre partie n'est pas visible. Cette coupole est si élevée, que les peintures ne peuvent avoir été faites pour l'usage des hommes. On dit qu'elles représentent l'assômption de la Vierge; une foule innombrable de saints et d'anges se prosternent, brûlent des parfums ou des branches d'olivier, idée singulière et neuve; d'autres jouent de divers instruments et même de tambours de basque. Les ennemis du Corrège disaient que c'était un ragoût de grenouilles : il est vrai qu'on ne voit que des jambes, des cuisses, des têtes, etc.
On voit dans l'église de Saint -Jean près du dôme , chapelle à gauche , deux tableaux du Corrège , l'un du martyre de saint Placide et de sainte Flavie , l'autre une descente de croix. I.e premier a de grandes beautés : les bras des bourreaux font réellement des efforts pour plonger l'épée dans le sein de sainte Flavie, et pour couper la tête à saint Placide; mais rien n'est si beau que le tableau opposé. Jésus -Christ est étendu sur les genoux de la Vierge : à ses pieds la Madeleine ; auprès de la Vierge, Marie Salomé, et une autre figure indéfinissable auprès de Marie Salomé; un homme descend de la croix , tenant les clous dans sa main ; c'est celui qui a détaché le corps. Le caractère du visage est la fermeté. Je ne voudrais pas que sa tête fût environnée d'un nimbe; cet attribut le suppose chrétien , et , en ce cas , il faudrait qu'il fût un peu plus affligé. Je ne parle pas de La figure inconnue, et qui étend ses mains.
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d'une manière inconcevable. Le corps de Jésus- Christ est très-beau , les trois femmes sont dans la douleur, mais dans des douleurs variées; la Vierge est morte , Madeleine se meurt et Marie Saiomé est bien malade. On s'afflige avec cette dernière, on s'attendrit avec la seconde, mais on a le cœur déchiré avec la première. Le coloris est fort beau, et les draperies sont bien jetées. Je ne sais si c'est une illusion , on a plus de plaisir à fixer ses regards sur des expressions de douleur que sur celles de la joio. On ne peut s'arracher du spectacle dont je viens de tracer une si légère ébauche. Ce sentiment profond dont la Vierge et la Madeleine paraissent pénétrées, agite Tâme du spectateur et la remplit. Pourquoi tant d'attraits pour ces situations terribles? Sommes -nous donc faits pour la douleur plutôt que pour le plaisir? Mon Dieu! cette pauvre Madeleine; elle a dû bien souffrir.
Un autre tableau du Corrège était conservé autrefois chez des moines qui cherchaient à s'en défaire; aujourd'hui il se trouve au dôme par ordre de la ville. La Vierge tenant l'enfant Jésus , la Madeleine lui baise un de ses pieds, derrière la Madeleine , un enfant qui tient le vase de parfums dont la Madeleine veut oindre apparemment les pieds de Jésus; de l'autre côté on voit une grande figure d'homme, qu'on dit être saint Jérôme debout, tenant de la main droite un rouleau à l'antique déplié, de la gauche un livre à la moderne ouvert, dans lequel un ange montre à IVnfant Jé- 1 «6
SUS, OU les principes de la lecture, ou les prophéties qui le concernent.
Le Corrège a pu supposer qu'une femme amie de la Vierge, instruite du mystère, est venue rendre ses hommages à l'enfant ; il a pu anticiper l'effusion du parfum qui se fit chez Simon le lépreux. Ce serait une licence, mais pardonnable à un si grand peintre. Mais que fait celte grande figure ? si c'est un saint Jérôme , il est ridicule ; si c'est le maître d'école du village, c'est un personnage bas est inutile. Il y a un bras de la Madeleine très-mal dessiné, c'est le gauche, et d'autres incorrections de dessin. Mais que ce tableau est admirable! sur le visage de la Vierge, quelle noble majesté, quel doux sourire , quelle beauté décente, quelle paix suave! dans celui de l'enfant, quelle joie naïve, quelle agréable vivacité! dans celui de l'ange , quelle satisfaction , quelle admiration , quel respect! dans celui de la Madeleine enfin, quel tendre empressement, quel amour! dans toutes les tètes, il y a finesse et élégance de traits ; mais celle de la Madeleine est le modèle le plus parfait. Je ne sais où les peintres ont pris que cette sainte fût si belle. Dans im temps où on la confondait avec la pécheresse, aurait -on cru que toutes les femmes de mauvaise vie avaient de la beauté? non certainement ; mais les peintres ont été bien aises (ie trouver pour les sujets saints une femme qui reunît en elle les perfections de la beauté : ils avaient Vénus pour les sujets de la fable ; ils ont pris la Madeleine pour les sujets de l'histoire sa-
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crée. Il tant voir comment ils profitent de la liberté qn'ils ont prise. La Madeleine n'est pins qn'une amante sonvent passionnée, et qnelqnefois tendre même en versant des larmes. Les peintres pouvaient faire autrement; n'en doutons, point: les plus licencieux donnent à la Vierge même un air de décence; ils auraient pu également trouver un caractère, une expression pour la Madeleine; mais la plupart n'ont point de génie , et ceux qui en ont, sont souvent des libertins. Ceci est une vérité l'ondée sur ce principe que tout doit être peint avec ses propres couleurs.
Au Sépulcre, il y a trois tableaux du Corrège : dans l'un saint Joseph cueille des fleurs, les donne à l'enfant qui se jette sur les genoux de la Vierge, laquelle tient de sa main droite une tasse. J'ai vu ce tableau sur le soir : la figure de l'ange m'a paru mal posée.
Il y a plusieurs autres ouvrages du Corrège à Parme : il faudrait du temps pour les voir, et des connaissances pour les apprécier. Voici l'idée générale que je me suis faite de ce peintre: fin, gracieux, élégant dans les têtes, surtout dans les têtes de femmes, habile à grouper, vrai et fort dans ses couleurs , souvent incorrect dans le dessin, savant dans l'art des expressions, non -seulement par rapport à l'espèce, mais encore par raj)port aux nuances fi).
(i) Vovez , sur le monte du Corrèi^e, ce qu'en dit son ;idunialeiir Ant. ilalT. Meni;s. 0/)crc , t. I. j). So, t. H, p- i-'»^-
Deux statues colossales de basalte ou de pierre noire, de douze pieds romains de hauteur, ont été trouvées, en 1724, dans le palais des Césars, aujourd'hui le jardin de Farnèse. L'une représente Hercule ou. Caracalla , tenant la massue, la peau de lion et trois pommes; l'autre, Bacchus appuyé sur un satyre : toutes les deux ont été gravées par les soins de M. Bianchini (i ). Celle d'Hercule ressemble à Caracalla. Les deux satyres sont mutilés ; il manque à celle d'Hercule le bras droit , et pres- <jue tout le gauche, le reste du corps est bien conservé. Le groupe de Bacchus a plus souffert; il lui manque la jambe droite, le bras droit et une partie du ventre , qui a été restaurée. On avait commencé à rétablir le reste, mais l'ouvrage a été interrompu; il va se reprendre, et on mettra ces deux grands morceaux dans le nouveau jardin qu'on doit construire.
La proportion de la brasse de Parme au pied de Paris, est comme quatre cents à deux cent trentehuit.
La latitude de Parme, prise cette année par le R. P. Tortosa, Jésuite, professeur de mathématiques au collège de Parme, est de 44° 48' 44" 3o'.
Le théâtre si célèbre qu'on voit dans le palais est, dit-on, de la construction de Vignole: il est en <lemi-ovale, a douze gradins en amphithéâtre, et au-dessus deux rangs de loges; depuis leurs extrémités jusqu'au théâtre proprement dit, il y a un
il) DflPalazzode' Cesari. Voron.i, 17^8, tnli. XIX et XX.
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espace assez considérable où sont deux portes, audessus les statues en stuc de deux princes de la maison Farnèse. Tout l'intérieur est en bois, les gradins, les loges, excepté les deux murs de refend qui sont sur le théâtre. Ce bois est d'une 'espèce de chêne, nommé pesso en Italien, le même dont on fait les tables de violon. Le parterre s'inonde quelquefois jusqu'à hauteur des gradins pour y donner des 'naumachies au moyen d'une quinzaines de petites chaloupes. Le soubassement des gradins et du théâtre était couvert de plomb que les Allemands ont pris dans la dernière guerre.
Le hazard a fait qu'un écho s'est rencontré dans celte salle , mais il ne résonne que lorsque la salle est vide. Nous nous donnâmes une petite représentation. Du fond (hi théâtre je récitai des vers à voix assez basse qu'on entendait du fond de la loge opposée. Les voyageurs frapjîés de cet accident en ont fait honneur à l'architecte; mais plusieurs personnes nous ont assuré que dans les grandes représentations l'écho se tait, et qu'on n'entend presque pas les acteurs. On dit que ce théâtre contient quatorze mille personnes; il est assez dans le goût des anciens. De celui-ci on entre par une porte latérale dans un autre très-joli, qui est du chevalier Bernin.
Étant 'partis de Parme à sept heures et demie du matin, nous arrivâmes à Reggio, où nous nous sommes arrêtés trois quarts d'heure pour voir des tableaux qu'on ne voit pas, étant mal placés. Nous fûmes à Modène sur les deux heures , et nous ren-
dîmes visite à la hoiisarde au père Zachane, jésuite, qui faisait la méridienne: interrompre son sommeil, parcourir ses livres , lui faire quelques mauvais compliments, lui demander du chocolat, en prendre et partir, tout cela fut l'affaire d'une demi-heuce. Je tiens de lui qu'on ne trouve plus à Modène que quelques inscriptions de peu de conséquence et déjà publiées.
La route de Parme à Bologne est assez droite, et il y a un très-beau chemin. La campagne est toute hérissée de noyers, saules, chênes, peupliers et d'autres arbres alignés , divisant tout ce terrain en compartiments carrés, qui font autant de pièces de terre différentes, toutes coupées par des canaux qui fournissent à deux grands qui bordent tout le chemin. C'est là que viennent aboutir toutes ces allées dont les arbres sont liés ensemble par des guirlandes ou des festons de vignes; quelques-unes de ces guirlandes viennent même tomber dans le chemin. Chaque vigne s'appuie sur son arbre comme sur un sigisbée; dès qu'ils sont unis, ils ne s'abandonnent plus.
Ayant passé le petit Rhin, fleuve nuisible à l'état de Bologne, surtout depuis qu'il ne peut plus se jeter dans le Pô, nous sommes arrivés, le vendredi sur les sept heures, à Bologne, où se trouvent deux cardinaux, dont l'un est légat et par coiiséquent étranger, et l'autre archevêque et par conséquent originaire du lieu. Sabellioni était légat, et Malvezzi archevêque. Nous entendîmes la messe à Sainte- Petrone , où assistaient les deux cardinaux : il y
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avait Ijelle et grande musique de Pesto, exéeutéi^ par plus de quarante violons et de cent musiciens. Cette musique finit au credo.
Les maisons de Bologne sont bâties de brique, de même que les églises; les colonnes même sont de cette matière, quoique cannelées. On préparc quelquefois la brique pour la faire servir à ces colonnes, en la faisant en forme de triangle curviligne. Il n'y a point de marbre aux environs; on se sert, mais rarement, du rougeâtre de Vérone, de celui de Massa et de Carrara, qui ne peut guère arriver que par Venise. C'est la même chose à Parme, où les jésuites ont fait construire un autel de marbre qui revient à plus de 20,000 livres. On ne trouve point d'ardoise, qu'ils ne connaissent ici que sous le nom de pierre de Lavagne. La même cliose est à Parme.
On trouve sur les hauteurs voisines de petites pierres dures à plusieurs lits dont on peut faire des camées, beaucoup de coquilles pétrifiées, el luie sorte de pierre qui n'est qu'un composé de grains de sable, tendre, légère et propre à couvnr les terrasses. Le terrain depuis Modène jusqu'à Bologne est fort gras, argilleux, retenant les eaux qui s'y trouvent en abondance.
Plaçons-nous à Plaisance, de là jusqu'à Rimini, où allait aboutir la voie ^Emilienne : des marais sans nombre y étaient autrefois formés par les pluies d'automne et les eaux des «Apennins , qui devaient naturellement se répandre dans cette plaine entourée de montagnes jusqu'au Pô, où
elles se trouvent retenues par la nature du soi, ^Emilius Scaurus, suivant Strabon, dessécha les marais par des canaux navigables depuis le Pô jusqu'à Parme (i). Xylander a corrigé le texte et a mis a Placentia Pannain usque. Il prétend que (7rappLy;<7wv) est Parme , et Cluvier est de son sentiment; Casaubon en doute. Je ne sais pourquoi l'on veut changer le Pô en Plaisance. Que seraient devenues toutes ces eaux transportées dans des canaux depuis Plaisance jusqu'à Parme ? on peut conserver le texte comme il est, et supposer que les canaux allaient de Parme jusqu'au Pô.
Quoiqu'il en soit, on voit par ce passage que le pays était fort marécageux, et que la voie ^Emilienne devoit être fort élevée : j'ai cru en découvrir des vestiges ; ils sont semblables à ceux qu'on trouve au sortir de Tortone, et qu'on serait d'abord tenté de prendre pour des restes d'aquéduc. Le petit Rhin , qui est près de Bologne , inonde une partie du territoire vers le Pô , où il ne trouve plus d'issue.
Dans Bologne il y a soixante-dix mille habitants;' et dans le territoire, vingt mille.
L'étendue de ce territoire est, de l'est à l'ouest, d'environ trente milles , du nord au sud d'environ cinquante milles.
L'institut est un établissement digne d'Auguste ou de Louis XIV : il a été formé par un simple officier disgracié, et un ecclésiastique de Bologne
(i) Geogr., lib. V, cdit. Vignon, p. i5o.
lîommé Bollette en a donné l'histoire. On troiiNc dans cette ville de belles peintures, des cabinets, de belles suites d'histoire naturelle , 'un cabinet de médailles données en i^rande partie par le pape régnant (^Benoît XIV;, dans lequel est une suite de médailles grecques du cardinal Porto Carrero, eiftin, un cabinet d'antiques, où Ton remarque des sarcophages même eu brique, trois morceaux de peintures antiques, une tète de femme, et un Hercule dans le jardin des ïlespérides.
Dans toute cette plaine, depuis l'arc de Suze jusqu'à la mer, il n'y a point de grands monuments; c'est i** parce qu'ils n'avaient point de pierres, et que tout se lait encore en brique; 'j^ qu'il n'y a pas de pays dans le monde qui ait plus souffert par leg tauses physiques et morales, par l'exhaussement du sol, et par les inondations des eaux et des barbares.
Bologne fut habitée d'abord par les Étrusques, qui la nommèrent Felsina, ensuite par les Gaulois Boïens, qui peut-être l'appelèrent Bononic à cause de la ville de ce nom qui est dans la Gaule Belgique. Elle devint colonie romaine l'an 563 de la fondation de Borne, et reçut alors trois mille nouveaux habitants. Après bien des guerres intérieures, elle s'est donnée au pape Nicolas dans le treizième siècle.
A l'église de Saint-Jean in Monte, on admire wn tableau de Raphaël. Il représente sainte Cécile , sainte Madeleine , saint Augustin , ^a^nt Jean et saint Paul, surmontés d'une gloire de six anges.
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Sainte Cécile tient un orgue renversé qui lui sert . apparemment d'attribut, mais on ne tient pas un orgue comme *un violon: toutes les tètes sont fort belles; celle de la Madeleine est très-décente, elle m'a paru ressembler un peu à celle de sainte Ce- ■ dlle. L'attitude de saint Paul est admirable; on y lit la profondeur, la sublimité des idées dont elle était remplie, et le courage intrépide qui l'animait. H me semble qu'il doit être difficile à un peintre de placer cinq grandes figures debout sur le devant d'un tableau, sur-tout lorsqu'elles ne sont pas animées par un intérêt commun ; mais Raphaël les a si bien groupées , contrastées et peintes , qu'on se laisse aller à l'admiration. On avait sans doute exigé de ce grand peintre de mettre tous ces saints ensemble. Otez ce motif et analysez ce fai)leau , vous verrez sainte Cécile les yeux tournés vers le ciel , et tenant d'une main une file de tuyaux d'orgue; à la- droite saint Paul qui de sa main droite soutient sa tète, de la gauche s'appuie sur son épée; et près de la sainte d'un côté est saint Jean, dont on ne voit guère que la tète , de l'autre son commentateur saint Augustin, caractérisé par une crosse; ils lorgnent la sainte : ensuite Madeleine qui, les yeux fixés sur les spectateurs., tient un vase de parfums. Ne prenons pas garde aux attributs , ils ne servent qu'à caractériser les personnages: mais ces personnages que font -ils là? quelle est l'actioft principale à laquelle les autres sont assorties? J'ai^oWe mon tort: je ne puis encore m'accoutumer à ces assemblages bizarres de saints que
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nos peintres mettent en compagnie, quoiqu'ils n'iiieut jamais eu rien à démêler eusemble. Du reste, ce tableau est si beau, les draperies sont si fines, si bien jetées, le dessin est si correct, qu'on a raison de le regarder comme un des plus divins morceaux du divin Raphaël.
A Saint-Paul, au maître autel, il y a un gronpe en marbre de l'Algarde. Saint Paul à genoux, plein de résignation, de fermeté et de douceur, attend le coup fatal qui va le frapper. Le bourreau debout tient l'épée levée et ne montre guère j)lus de mouvement que s'il devait abattre une tête de pavot; son visage respire la fureur, et son corps est tranquille. Les draperies des deux figures sont belles; et le morceau, en tout, produit l'admiration.
Au Corpus Dornini , ou Sainte-Catherine, le tableau du maître autel, qui est de Francischini , représente la cène. Jésus-Christ n'est pas à table; il est debout et donne la communion aux apôtres: cette supposition fournit plus de hberté au peintre; il en a profité. L'apôtre qui va recevoir le corps, celui qui , après l'avoir reçu , s'en va les mains jointes , les autres qui sont également affectés, tout cela jette beaucoup de mouvement dans ce tableau, qui d'ailleurs ne brille pas moins par les autres parties de l'art.
A Saint-Philippe de Neri, on voit Jesus-Christ enfant, la Sainte Vierge, saint Joseph, le Père Eternel en haut, accompagné de plusieurs anges qui montrent à l'enfant les instruments de la passion. La tète de l'enfant levant ses regards vers son père,
est d'une beauté inconcevable ; celle de la Vierge est fort belle aussi: elle est attentive au mystère révélé. A l'égard de saint Joseph, il ne paraît pas avoir connaissance de celte apparition ; mais comme il doit y prendre part f le peintre le représente lisant un livre ; et je suis sûr que c'était le chapitre d'Isaïe, ou le psaume de David , qui parle de la passion. Ce tableau est de l'Albane.
A Saint-Michel in Boscho est un tableau du Guerchin. Saint Thomas, instituteur des olivetans, v reçoit sa règle des mains d'un ange : le saint est à genoux, l'ange sort des nuages, la Vierge est audessus du saint, tenant de la gauche l'enfant Jésus, et de la droite les armes de la maison, qui sont trois petites montagnes surmontées d'une croix entourée de deux branches d'olivier. C'est un des plus beaux tableaux qui soient à Bologne. Les tètes en sont charmantes, et les draperies fort bonnes : il fait effet ; mais jamais figure plus inutile que celle de la Vierge dans ce tableau : le saint ni l'ange ne la regardent pas ; il semble qu'elle vient là pour voir si l'ange s'acquitte bien de sa commision. Sans doute les moines l'avaient voulu ainsi; ils avaient distribué les personnages au Guide , comme si Auguste avait voulu distribuer à Virgile ceux qu'il devait mettre en œuvre. C'est un grand malheur que les peintres soient tant de fois obligés de se plier aux volontés capricieuses de ceux qui les font travailler. Les Italiens appellent ces sortes de tableaux obliguti, tableaux ou sujets de commande.
Le cloître de cette maison était autrefois cou-
vert (le très-belles fresques que le temps a fort endommagées. Il y en avait de plusieurs peintres différents, et, entre autres, d'un des Carraches; mais celle qui faisait le plus grand effet était un saint Benoît prêchant dans le désert, ppr.le Guide. Ce sont les plus belles tètes que j'aie jamais vues, sur-tout la tète de femme qni est dans le milieu , et qu'on nommait la turbantine , parce qu'elle est couverte d'un turban. Un peintre nommé Viani a tiré une copie de ce tableau en 1689, et l'a mise dans le sanctuaire.
Dans la vallée sur laquelle domine, du côté de l'ouest, le couvent de Saint-Michel, est un monument ancien qu'on appelle les bains de Marins, il est de brique, de forme ronde, et s'élève sur terre de quelques pieds , couvert par une plate-forme , au milieu de laquelle est un soupirail. L'entrée est en bas; elle introduit d'abord à une pièce qui sert comme de vestibule, et ensuite à une autre qui prend jour par le soupirail et dans laquelle on descend par un escalier de plusieurs marches; le sol en est divisé par plusieurs parties creusées et capables de contenir de l'eau, et dans le milieu est un vide à travers lequel passe le jour d'en haut pour éclairer une autre salle qui est dessous. Il règne autour du mur un espace de quelques pieds pour passer librement, et des ouvertures en forme de portes qui donnent entrée à des aqueducs qui vont bien avant dans la montagne. C-es aqueducs sont fort hauts ; deux petits ruisseaux conduisent l'eau jusqu'à ces petits bassins dont j'ai parlé. Une
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de ces ouvertures conduit, par le moyen d'un petit escalier de trois à quatre marches, à une autre petite salle de bains; et de celle-ci on va, par le moven d'un autre escalier, à une troisième salle qui est sous la première. On prétend qu'ici est un aqueduc qui transporte cette eau à la fontaine du palais public : cette fontaine où l'on voit de si belles figures de Jean de Bologne, mi Neptune qui écarte les jambes, et en bas des femmes qui se terminent *en poisson. Observez que ce bain ou ce réservoir d'eau n'a subsisté si long-temps que parce qu'il est sur le penchant d'une montagne, et que les eaux et les barbares n'ont pu le détruire.
La tour Asinelli , bâtie dans le douzième siècle par un nommé Asinelli, est haute de trois cent soixante-seize pieds de Bologne. L'ancien escalier est détruit, on y a substitué des échelles qui serpentent autour des murs; ainsi le milieu est absolument vide. Il y avait autrefois d'espace en espace des planchers dont il ne reste plus que les naissances. Vers le haut , les côtés de la tour ont environ treize pieds dans œuvre; l'épaisseur des murs est en bien des endroits d'environ cinq pieds. A quoi pouvait servir un bâtiment de cette nature? Au-dessus est une cloche. Les pères Grimaldi et Riccioli ont mesuré géométriquement la distance de la tour Asinelli. Suivant une inscription tracée sur cette tour, elle penche de trente-huit pouces du coté de l'occident.
De dessus la tour on voit le haut de la Garisande qui est à coté; on a demandé si elle avait
été construite avec cet air penché, ou si quelque accident le lui avait clotiné. Il paraît assez clairement que c'est un ouvrage de Tart : l'^il y a trois de ces tours en Italie; est-il vraisemblable que la nature eût répété un effet si extraordinaire jusqu'à trois fois? 1^ il n'y a pas de crevasse dans la tour, ni sur le coté même opposé à celui qui est penché; 3" on prétend à Bologne que par-dehors l'inclinaison est de sept [)ieds, et par-dedans d'un pied seulement: si cela est, la question est décidée; il faut avouer que l'ouverture supérieure de cette tour paraît bien placée dans le milieu. Je n'ai f)as pu y monter; mais je l'ai vu de dessus la tour Asinelli, qui n'en est distante que de quelques toises. J'ajoute néanmoins que cette observation ne conclut rien; l'architecte de la Garisande, qui, pour empêcher qu'on ne montât sur le haut , ne l'a munie d'aucun garde-fou, et en a même fermé l'ouverture avec une grille de fer, a pu placer cette ouverture dans le milieu , afin de tromper ceux qui voudraient épier son ouvrage de dessus la grande tour; car, à quelques pieds de l'ouverture, on voit une bâtisse qui semble prendre une autre direction.
Fi'endroit où l'on croit que se fit la division du monde entre les triumvirs, est à cinq milles et demi de Bologne , au lieu nommé Saint-Chiamo , en-deçà du Lavino. On y voit une colonne avec deux inscriptions, l'une à l'est et l'autre à l'ouest; l'une antique et l'autre moderne. Magini, dans sa carte du territoire de Bologne , faite en 1 399 , place
cette entrevue dans l'endroit nommé Forcelli, entre le Ghironda et le Lavino*;*mais les lieux ont bien changé depuis Magini.
Il y a une inscription célèbre à un mille de Bologne ( AELIA. LAELIA CRISPIS), dans un endroit nommé Castello Realie, où est un séminaire : elle est enclavée dans le mur d'une cour. Une autre inscription par-dessous montre que celle-ci n'est qu'une copie.
EMGMA QVOD PEPERIT GLORIA
ANTIQUITAS
NE PERIRET I^GLORIUM
EX ANTIQUATO MARMORE