F TV ITALIE
contiennent environ onze pouces de notre pied de roi. Un pain fixe aussi l'attention des curieux : on y trouve une inscription qu'on verrait à peine, si on pouvait l'examiner sans obstacle, et qu'on voit encore moins depuis qu'on l'a recouvert d'une glace. Cette inscription contient deux lignes. J'ai cru liredans la seconde le mot latin qui signifie pois chiches. Il paraît que la police ordonnait de marquer sur chaque pain le genre de farine dont il était composé.
Au reste , toutes les différentes classes de monuments déterrés à Herculanum feraient la matière de plusieurs articles, mais je ne m'arrête qu'aux manuscrits, comme étant le plus essentiel. Pour en avoir d'abord une juste idée, il f;iut concevoir une bande de papier plus ou moins longue , et largo d'environ un pied. On distribuait sur la lou^ueui^ de cette bande plusieurs colonnes d'écriture, séparées entre elles et allant de droite à gauche. On la roulait ensuite , mais de façon qu'en ouvrant le manuscrit on avait sous les yeux la première colonne ou page de l'ouvrage , et que la dernière se trouvait dans l'intérieur du rouleau.
Les manuscrits d'Herculanum furent trouvés dans une chambre d'un palais qu'on n'a pas encore achevé de fouiller. Ils sont de papier d'Egypte et noirs comme du charbon. On fut long-temps sans connaître le moyen de les dérouler, et dans cette incertitude, on prit le parti d'en couper quelquesuns dans toute leur longueur, comme si on divisait un cylindre suivant la direction de son axe. Cette
l44 VOYAGE
opération laissait apercevoir disiinclement récriture. Mais les manuscrits furent entièrement perdus. Les différentes couches de papier étaient tellement collées ensemble qu'on les réduisait en poussière en les détachant, et tout ce qu'on pouvait se promettre par cette voie , c'était de conserver une seule page ou colonne d'un manuscrit qui en contenait peut-être cent.
Il se présenta dans ces circonstances un moine industrieux et patient qui proposa un moyen de dérouler entièrement les manuscrits. Il fit des essais qui demandaient beaucoup de temps, mais qui réussirent ; il les continue avec le même succès et la même lenteur. Il cherche le bord extérieur du manuscrit ; il y attache plusieurs fils de soie qu'il roule autour d'autant de chevilles engagées dans un petit châssis. Il tourne ces chevilles avec précaution et le manuscrit se déplie imperceptiblement. On ne doit pas compter sur les premières couches du papier, elles sont déchirées ou pourries. Il faut parvenir à une certaine profondeur et rencontrer la partie du manuscrit qui n'est que calcinée. Quand on a déroulé quelques colonnes, on les coupe et on les colle sur de la toile. Il faut plusieurs mois pour déplier un de ces manuscrits, et depuis le temps qu'on y travaille, on n'a pu sauver que les trent«-huit dernières colonnes d'un ouvrage grec contre la musique, fait par un nommé Philodémus, dont il est parlé dans Strabon et dans d'autres auteurs anciens i . Son nom et le sujet de son livre
(i) M. Charles Rofini a publit- à Naplcs, en 179H, le rroisièmc
EN ITALIE. l/|)
se sont iieureusoment trouvés à la fin du iiuumscrit. Ces trente-huit colonnes ont quelques petites lacunes , mais , en général , l'écriture en est trèsbelle et très-lisibl(\
On montre aussi deux autres colonnes de deux manuscrits grecs qu'on avait partagés, avant qu'on eût le secret de les dérouler. L'une et l'autre paraissent avoir fait partie d'un traité de philosophie. Celle que j'ai examinée avec le plus de soin contient viligt-huit lignes; j'en ai retenu vingt-trois , que j'enverrai incessamment à l'académie. J'ai tâché de retenir aussi la forme des lettres et le nombre que chaque Ugne en contient, et je ne crois pas m'étre trompé : au reste , cette page ne m'a paru renfermer que des généralités sur les philosophes , et le nom d'Épicure s'y trouve cité avec honneur. Le manuscrit que l'on déplie actuellement paraît être un traité de rhétorique : on y distingue du moins ce nom en plusieurs endroits (i).
livre de cet ouvrage T^if: aouaix^;, sur lequel M. Schutz, professeur à lena , s'est empressé de faire des observations qui ont paru en 1795. Voilà donc le seul fruit qu'on ait encore retiré de la découverte presque miraculeuse de tant de manuscrits.
(i) Pour faire connaître le sort des manuscrits dont Barthélémy \'ient de parler, je rapporterai l'extrait de trois lettres du secrétaire de l'ambassade de France à Naples, chargé d'en prendre des informations. La première est du premier juin 1786. n Les papyrus , que M. Bertin a su qui avaient été jetés à la mer, n sont ceux qu'un mauvais chimiste avait dissous par une pré- « paration mercurielle, en voulant les rétablir comme ils étaient « avant l'embrasement. C'est une perte sans ressource ; s'il était « arrivé qu'on eût jeté en mer des rouleaux entiers , ils n'au- ■2 10
j/i6 voy\gf: