N" XIII
Du cabinet de Portici.
Tous les monuments trouvés à Herculanum sont rassemblés dans les cabinets que sa majesté Sicilienne a fait construire à Portici. Ceux à qui la garde de ce dépôt est confiée, fidèles aux ordres de ce prince, ne laissent prendre aucune note, et rien ne peut tromper leur vigilance. On n'a donc que la liberté de se rappeler à loisir ce (|U on a remarqué de plus essentiel, et de négliger des détails dont la plus heureuse mémoire ne pourrait se charger qu'au préjudice des articles plus considérables. On en peut juger par l'état sommaire de tous les monuments d'antiquité contenus dans les cabinets de Portici. Environ huit cents morceaux de peinture, trois cent cinquante statues , bustes , têtes de différentes grandeurs , soit de bronze , soit de marbre ; sept cents vases différents par la forme ou la grandeur, presque tous de bronze, et la plupart destinés aux usages de la vie civile; une vingtaine de trépieds de bronze; environ quarante candélabres ou chandeliers de la même matière, sur lesquels on posait les lampes qui éclairaient les appartements ; huit cents manuscrits , et six cents autres morceaux , comme des lampes, des instruments, des anneaux, des bracelets, des colliers, des miroirs, etc.
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Parmi les statues dont j'ai parlé je comprends dans ce nombre toutes les petites figures de bronze et de marbre, multipliées aujourd'hui dans presque tous les cabinets d'antiquités. Ces sortes de monuments ne méritent de l'attention que lorsqu'ils représentent des formes élégantes, lorsqu'ils font connaître des attributs propres à caractériser les divinités des anciens, enfin , lorsqu'ils restituent l'exacte ressemblance de ces hommes célèbres dont nous admirons les actions ou les écrits. Je me contenterai de citer quelques petits bustes qui portent les noms d'Êpicure, de Zenon, de Déraosthène et du philosophe épicurien Hermachus. Les statues de grandeur naturelle sont au nombre d'environ quarante, dont près delà moitié est en bronze, et le reste en marbre. Parmi ces dernières on a beaucoup célébré la figure équestre de Nonius lîalbus, que sa majesté Sicilienne a fait placer dans le vestibule du cabinet de Portici. Les arlistes conviennent tous du mérite de ce monument, et ne craignent pas de le comparer au JNÏarc-Aurèle du Capitole. C'est en donner une grande idée. On a découvert une autre figure équestre de marbre , mais fort mutilée, et qu'on a restaurée avecun art infini. Parmi les statues de bronze on peut remarquer deux figures de jeune homme , d'environ quatre pieds de proportion, trouvées sur les bortls d'une fontaine : ils sont dans l'attitude de gens prêts à se jeter dans l'eau. L'expression, le dessin et le travail en sont admirables. Les autres statues ont aussi de grandes beautés. Dans celles qui pa-
missent n'avoir représenté que de simples particuliers, on aperçoit une manière de vêtements assez semblable à celle qui est encore en usage aux environs de Naples.
Il paraît que, dans l'éruption du Vésuve qui combla la ville d'Herculanum, les habitants eurent le temps de s'échapper au danger, et de sauver la plupart de leurs effets. Voilà ce qui fait qu'on n'a point trouvé de bijoux en or, et qu'on n'y a découvert que de petits vases en argent. Ceux de bronze sont en très-grand nombre, et, en général, d'un contour agréable et d'un travail excellent. Les ornements y sont diversifiés en cent façons différentes, mais toujours avec sagesse : tantôt ce sont des feuillages incrustés en argent, qui circulent sur le bord ou au cou du vase, tantôt ce sont de jolies petites figures entrelacées qui tiennent lieu d'anses : la plupart sont en forme d'aiguière, d'écuelle, de soucoupe. Les antiquaires, qui, pour relever le prix de leurs travaux , veulent ennoblir tout ce qu'ils expliquent , regardent pour l'ordinaire ces monuments comme des vases de sacrifice ; mais la quantité qu'on en découvre tous les jours dans la ville* d'Herculanum , prouve qu'ils étaient simplement destinés aux usages de la vie civile. Le soin qu'on a pris de les embellir, prouve en même temps que le goût des Grecs ne se bornait pas aux grands ouvrages, mais qu'il s'étendait jusqu'aux plus petits objets. Il en est un qu'il ne faut pas oublier ; il consiste en des balances de différentes façons, et surtout en deux pieds de bronze qui