REFLEXIONS
ODELQUES PEINTURES MEXICAINES,
r EU de temps après que Fernand Cortès fut arrivé dans le Mexique, il reçut de l'empereur Montezuma des ambassadeurs qui avaient à leur suite des peintres chargés de représenter sur des toiles de coton rhabillement et les armes des Espagnols, ainsi que le nombre et l'état de leurs troupes. Ce général , s'en étant ajjerru, cru devoir profiter de cette occasion pour donner à Montezuma une grande idée de ses forces. Des courses de bagues, un combat de cavalerie, diverses évolutions mUitaires, des décharges fréquentes de la part de l'infanterie et de la cavalerie, remplirent les Indiens de terreur et fournirent à leurs peintres le moyen de déployer leurs talents. On les vit aussitôt dessiner des soldats rangés en bataille, peindre des chevaux dans l'agitation des combats, inventer de nouvelles images pour rendre les nouveaux objets dont ils étaient frappés; ils figuraient un coup de canon par du feu et de la fumée , et le bruit de l'artillerie par ces traits lumineux dont ils avaient coutume de
l5o DES PEINTURES
représenter la foudre. Il faut observer qu'ils suppléaient quelquefois à linsuffisance de l'image ou de la figure par des signes de convention qu'ils plaçaient tout auprès (i).
Ce récit des historiens espagnols peut nous donner une idée de Técriture mexicaine. Tantôt elle se bornait à copier fidèlement les objets matériels, tantôt elle appliquait à la circonstance actuelle des images étrangères, quelquefois elle employait des signes dont on était convenu; tels étaient, entre autres, ceux dont ils se servaient pour exprimer les nombres: les premiers étaient désignés par des globules ; cette note P signifiait vingt ; un épi , quatre cents; une bourse garnie de quatre houppes, huit mille.
Dès que les Mexicains avaient imaginé des signes pour rench^e sensibles les idées que la peinture ne pouvait exprimer, il est visible que si leur empire avait subsisté encore quelques siècles , leur écriture, par des progrès successifs, serait devenue
(i) Herrera, qu'on doit regarder comme un auteur classique, en ce qui concerne les premiers temps de la découverte de l'Amérique , parle des peintures des anciens Mexicains en ces termes : « Ils avaient des livres d'histoire et des calendriers sur « lesquels ils faisaient leurs remarques au moven de figures. « Pour désigner les événements, c'étaient des roues, chacune « exprimant un siècle , et à côté ils peignaient les plus mémo- « râbles ; par exemple , ils dessinaient un chapeau et un habil- « lement long de couleur rouge, dans le signe de la canicule, « pour marquer l'invasion des Castillans , etc. » Voyez liv. II , chap. 28 , etc. Note de l'éditeur.
MEXICAINES. IDI
eutièrenicnt liiéroglypliique , comme celle des Égyptiens et des Chinois.
Des historiens espagnols ajoutent que les peintres mexicains étaient assez habiles pour rendre exactement l'entretien de Cortès avec les ambassadeurs de Montezuma. Si le fait est vrai , on doit supposer qu'ils avaient auparavant disposé sur leur toile des représentations relati\es aux éclaircissements que desirait 3Iontezuma. Comme ce prince voulait savoir si les Espagnols étaient dans la résolution de quitter ses états ou de suivre leur route jusqu'à la capitale, il ne fut pas difficile aux peintres de tracer le chemin que les Espagnols devaient tenir. Cette explication est fondée sur ce que les toiles des peintres étaient déjà imprimées {\) quand ils se présentèrent devant Cortès; c'est-àdire, que les questions de l'empereur s'y trouvaient énoncées par de faibles esquisses aisées à terminer.
Ce qui est plus difficile à concevoir, c'est la manière dont ils pouvaient rendre les idées morales et abstraites. Nous n'avons sur cela que de faibles lumières.
Quoique cette écriture fut soumise à certaines règles , on était pourtant obligé à tout moment d'inventer de nouveaux signes pour les nouvelles idées qu'acquérait la nation; et cela exigeait, de la part des artistes, de l'expérience et une sorte de talent. Aussi leur profession était -elle honorée parmi les Indiens, et nous voyons qu'on avait donné
(i) Solis^ Conq. du Mex.