‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 37 sur 85 · SCIENCE NUMISMATIQUE · texte numérisé non relu

SCIENCE NUMISMATIQUE

1 j A connaissance des médailles fut long-temps un objet de curiosité, de trafic et de charlatanisme; et elle n'offrit des résultats importants ou utiles aux lettres et aux arts que par les veilles de Vaillant, deNorris, de Spanheim, etc.. C'est sur leurs traces que Barthélémy a marché , et il n'y a aucun de ses huit mémoires , lus à l'académie des Inscriptions , sur cette matière , qui ne renferme des vues neuves , ingénieuses et pleines de sagacité. Il ne s amusa pas , comme beaucoup d'antiquaires, à disserter vainement, ou, si j'ose le dire, puérilement, sur des points d'érudition étrangers à son sujet, ou qui ne pouvaient l'éclaircir. Il n'y attacha jamais plus d'importance que la chose ne le méritait; et c'est en quoi consiste le véritable esprit philosophique. Enfin, il se montra toujours supérieur, soit dans la manière de considérer ce même sujet, soit dans celle de le traiter avec autant de clarté que d'agrément. On ne doit pas être surpris de ce que ses écrits , quoique courts et peu nombreux , lui aient bientôt fait une grande réputation. Tous les savants de l'Europe s'empressèrent de le consulter, et la plupart le regardèrent comme leur oracle, en ce genre. Le célèbre Eckhel , qui aujourd'hui est, en quelque sorte, le législateur de la littérature numismatique, lui rendit compte de ses premières études, et and)itionna de l'avoir 1 ï3

yq^ AVERTISSEMENT.

pour guide dans sa carrière (i). Il ne s'y était pas encore distingué, et n'avait composé aucun de ses excellents ouvrages, lorsque Barthélémy, sentant la nécessité d'un traité classique sur les médailles , en conçut le dessein. Celui du père Jobert était trop superficiel , et n'avait de prix que par les additions de Bimard-la-Bastie , savantes, mais incomplètes.

Ce nouveau traité devait former la matière de trois volumes , et être divisé en cinq livres. Dans la préface , Barthélémy comptait i*^ faire l'histoire abrégée du progrès de la connaissance des médailles , depuis deux siècles : 2° indiquer la vraie manière d'étudier ces sortes de monuments. Le premier livre aurait été subdivisé en quatre chapitres. Après avoii distingué les médailles anciennes des médailles modei nés , et avoir fixé leurs limites , il ne s'an était qu'aux premières , et renvoyait les secondes à un autre ouvrage. Ce premier chapitre devait être suivi d un second , qui aurait contenu l'histoire plus étendue des médailles anciennes , qu'il ne considérait dans leur origine que comme de simples monnaies. Les définitions des termes de l'art, revers, exergue, légende, inscription, etc., devenaient l'objet du troisième chapitre. Dans le quatrième il aurait d'abord parlé de la division ordinaire des médailles anciennes , en différentes suites de villes , de rois , d'empereurs , de consnlaires , etc. : ensuite il se serait arrêté à une autre plus générale, celle de médailles grecques, de médailles romaines et de médailles orientales ou en caractères inconnus. Il projetait de commencer par les impériales ,

(i) litud a te rnajorern in tnodum oro , ut, si casu.<;

id exiger et ^ tuis me velis consiliis juvare, etc. Epist. Itlibiis Maiis, MDCr.LTY

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parce quelles sont les plus connues. Dans le second livre, après des observations générales sur la méthode de commencer par les impériales, l'auteur se proposait de traiter, en trois sections, i°des médailles impériales; 2° des médailles consulaires; 3° des médailles frappées dans quelques villes d'Italie, en avertissant toutefois qu'elles doivent être placées dans la suite des villes. Le troisième livre aurait été consacré aux médailles grecques, et divisé en trois sections, subdivisées, comme dans les précédents , en plusieurs chapitres : la première section aurait concerné les médailles des villes ; la seconde , celle des rois, et la troisième , les singularités sur les médailles grecques , les lettres initiales , les monogrammes, les époques, etc.... Le quatrième livre aurait renfermé tout ce qui est relatif aux médailles gauloises, espagnoles, étrusques, orientales, etc.; et le cinquième ou dernier, les règles pour discerner les médailles vraies d'avec les fausses.

Telles sont les premières idées que Barthélémy avait jetées confusément sur le papier, et sur lesquelles il serait sans doute revenu, soit pour les étendre, soit pour les mieux classer, s'il eut avancé davantage l'exécution de son plan. Il ne s est bien occupé que de la seconde section du troisième livre , et l'a laissée entièrement rédigée. En la Usant, on regrettera qu'il n'ait pas eu le temps de travailler aux autres. A ce fragment, qu'on peut néanmoins regarder comme un traité élémentaire sur les médailles des rois grecs , nous avons fait suivre une instruction sur des recherches numismatiques dans le royaume de Naples et en Sicile, qui est un modèle en ce genre. Ensuite se trouve placé un mémoire sur le cabinet des médailles et antiques. Barthélémy l'avait remis, le 8 juillet 1784, à M. Le Noir, bibliothécaire, pour

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être présenté à Louis XVI. Les tlétails en pourraient paraître minutieux; mais ils font connaître les acquisitions successives qui ont rendu ce cabinet le premier du monde, et offrent des moyens d'accroissement et de conservation qu'on ne doit pas négliger. D'ailleurs, ce mémoire est une espèce de compte rendu de la longue , active et sage administration de Barthélémy.

Le zèle qu'il avait pour augmenter le dépôt précieux qui était confié à ses soins , l'obligea à se livrer à une correspondance fort étendue; et il fut en commerce de lettres avec tous les antiquaires de l'Europe. La réputation que lui acquirent ses premiers écrits, engagèrent aussi plusieurs savants distingués d'avoir recours à ses lumières. Wood, Morton , Kennicot ,Woide, Maty, Stanley, Hunter, Henley, Dutens, Milles, Horace Walpole , Duane , etc...., en Angleterre; les cardinaux Spinelli , Alexandre Albani , Borgia , Garampi , Passionei , l'abbé Galiani , le marquis Olivieri , le chanoine Mazochi, le prince de Tonemuzza , Guarnacci , le marquis CaraccioH, \enuti, le père Paciaudi, le prélat Assemani, Schiavo, Bartoli, Needham , Tardia , Lorenzi, etc...., en Italie; Richter, Schœpflln , Bruck, Stosch, Eckhel, etc...., en Allemagne; Bayer, en Espagne; sont les gens de lettres étrangers dont nous avons trouvé un plus grand nombre de lettres dans les papiers de Barthélémy. Lorsqu'il était absent de Paris , ou qu'il ne voulait pas y perdre trop de temps à faire ou à recevoir des visites , il entretenait des relations plus ou moins étroites avec des savants distingués de cette capitale , la plupart ses confrères , tels que Foncemagne,De Guignes, Bréquigny, Le Beau, Malesherbes , Larcher , d'Ansse de Villoison , Anquetil du Perron, PcUerin, Chaupy, etc. En province, il avait pour correspondants, Cary, Revest , Seguier, Audibert

de Toulouse, Fauris-Saint-Vlncens, Bon, Montcarra , Calvet, Bouii>ui<'uon de Saintes, etc. Le recueil des lettrès que Barthélémy en a reçues et qu'il avait conservées , est très-considérable; niais, pour qu'il fût intéressant et utile, il faudrait y joindre ses réponses: il n'en a laissé la copie que d'un très-petit nombre, vraisemblablement de celles qui méritaient, selon lui, le plus d'attention. En conséquence, on a cru pouvoir les faire imprinier, sans outrager sa mémoire, comme plusieurs éditeurs l'ont osé, en mettant au jour des correspondances secrètes, souvent étrangères à la littérature, fruit d'une confiance sacrée , dont l'indiscrétion la plus coupable peut seule abuser, au mépris de tous les devoirs sociaux. Nous avons fait précéder ces lettres du discours que Barthélémy prononça, le 25 août 1789, dans la séance publique de l'académie Française, lorsqu'il y fut élu à la place de M. Beauzée. Ce discours et la réponse (ju'y fit le chevalier de Boufllers sont réimprimés littéralement. On ne s'est pas permis le moindre changement dans ce recueil des œuvres diverses de Barthélémy, par rapport aux expressions et aux formules usitées avant la révolution, persuadés qu'un éditeur ne peut commettre de pareils anachronismes de langage, sans manquer à la fidélité et aux convenances.

Ue Sainte-C^roix.

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